Noix Vomique

Whatever happened to all the heroes ?

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The Stranglers, No More Heroes, 1977.

-They watched their Rome burn / Whatever happened to all the heroes.

Ah, les Stranglers! Alors que les Clash, en criant haut et fort qu’ils étaient socialistes, alimentaient le cliché d’une subversion forcément de gauche, les Stranglers ne semblaient pas avoir de convictions politiques et ne donnaient aucun signe d’allégeance. Cela les rendait évidemment suspects aux yeux de la presse. Que Jean-Jacques Burnel casse la gueule à un critique du magazine Sounds n’avait rien arrangé: les journalistes ne cessèrent par la suite de reprocher aux Stranglers d’être brutaux, fascistes, racistes ou encore misogynes. Mais les Stranglers s’en foutaient, c’était le moindre de leurs soucis d’être bien vus, du moment qu’ils pouvaient continuer à enregistrer des albums somptueux. C’est aussi pour cela qu’on les aime.

Rédigé par Noix Vomique

18 juin 2013 à 14 h 10 min

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Shopping tragique à Saint-Lazare: 1 mort

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meric_antifa

Une discussion; le ton monte. L’étudiant brillant se prend un violent coup de poing et tombe. Dans sa chute, il se blesse grièvement à la tête. Il est mort à l’hôpital des suites de ses blessures. Les médias nationaux n’en parleront pas. Les politiques ne réagiront pas. Ils nous expliqueront que la mort de François Noguier, 22 ans, élève ingénieur des Arts et Métiers, est un fait divers banal. Et que la mort de Clément Méric, elle, est différente, car elle est "politique".

La mort d’un gamin, quel qu’il soit, qu’il soit promis à un bel avenir ou pas, qu’il soit militant politique ou non, est un drame épouvantable. On ne peut que partager la peine des parents. Dans le cas de Clément Méric, les médias et les politiques sont en train de se livrer à une récupération totalement obscène qui sent la profanation de tombe dans le cimetière de Carpentras. On nous parle donc d’un gamin qui est mort à cause de son engagement politique. Clément Méric était en effet un militant d’extrême-gauche, membre du mouvement Antifa, ce groupuscule loin d’être pacifique qui est régulièrement venu provoquer les cortèges de la Manif pour Tous.

On a très vite connu les circonstances de la mort de Clément Méric. Le Monde nous explique que "La victime et trois de ses amis se trouvaient dans un appartement de la rue de Caumartin pour participer à une vente privée de vêtements de plusieurs marques appréciées par les jeunes militants issus à la fois de l’extrême gauche et de l’extrême droite". En fin d’après-midi, trois skinheads accompagnés d’une fille font irruption dans l’appartement: les militants d’extrême gauche les chambrent. On s’insulte et les deux groupes se retrouvent ensuite dans la rue pour en découdre, à quatre contre quatre: "Mais la rixe ne dure pas longtemps. Clément Méric reçoit un "violent coup de poing", selon les témoins. Le jeune homme chute et sa tête heurte un poteau. Il perd connaissance. Rapidement transféré à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13e), il ne se réveillera pas".

Voilà pour les faits. Franchement, il est difficile d’y voir le signe que la République est en danger. On nous ressort l’éternel épouvantail de la menace fasciste. Pourtant, ce n’est pas la peine d’avoir lu l’excellent Subculture: the meaning of styles, de Dick Hebdige, pour savoir que skinheads et antifa sont comparables à des tribus urbaines, avec leurs codes vestimentaires, et que leur antagonisme singe la lutte des classes. Pas forcément dans le sens que l’on croit, d’ailleurs. À l’inverse du skinhead, qui est souvent un prolo -et la gauche ne se prive pas de railler son manque d’éducation, l’ultra-gauchiste est ici un petit bourgeois bien propre sur lui, fils d’universitaires et étudiant à Science-Po. Par charité, on évitera d’ironiser sur le fait que des militants d’extrême-gauche, par essence anti-capitalistes, se rendent à des ventes privées pour acheter des fringues Fred Perry et Ben Sherman qui coûtent la peau du cul. En revanche, on se posera des questions sur la formation intellectuelle qui est dispensée à Science-Po. Les journalistes, sans doute parce qu’ils en sont eux-mêmes souvent issus, ont en effet beaucoup insisté sur le fait que Clément Méric était étudiant dans la vénérable maison de la rue Saint-Guillaume. Or, voilà que ce brillant élément était d’extrême-gauche et antifa. Qu’est-ce qu’on leur enseigne, à Science-Po? On ne leur a pas dit que le fascisme était mort avec la défaite de 1945 et qu’il se réduisait aujourd’hui à quelques marginaux? On n’ose imaginer que les professeurs préparent leurs cours en copiant-collant les articles du Nouvel Obs!

Les vrais responsables de la mort de Clément Méric sont d’ailleurs là: ce sont tous ces gens qui, depuis trente ans, et souvent dans un but électoral, laissent croire qu’il existe une menace fasciste en France. Certes, l’auteur présumé du coup mortel a été interpelé -il se prénomme Esteban et le réac que je suis, forcément xénophobe, se gardera bien de faire un commentaire sur ce prénom qui n’a pas une consonnance très française. On estime à plusieurs centaines le nombre de skinheads comme lui en France: ils sont marginaux mais ça suffit à alimenter les fantasmes des gauchistes. Non, les vrais responsables de ce drame insupportable sont ceux qui divisent les Français, hurlent au loup et manipulent des jeunes comme Clément Méric. Lionel Jospin l’avait d’ailleurs admis en 2007 lors d’un entretien avec Alain Finkielkraut: ""Durant les années du mitterrandisme, tout antifascisme n’était que du théâtre" car "il n’y a jamais eu de menace fasciste". Clément Méric est la victime de cette mascarade de gauche, qu’il repose en paix. Et que François Noguier repose en paix, également.

Rédigé par Noix Vomique

7 juin 2013 à 13 h 56 min

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La Syrie aux Syriens?

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Une manifestation contre le mandat français en Syrie (Alep, 1936).

Une manifestation contre le mandat français en Syrie (Alep, 1936).

J’aime ces vieilles photos en noir et blanc qui renvoient à des époques révolues. Ce cliché d’une manifestation à Alep, en 1936, évoque les origines du nationalisme syrien: le démembrement de l’Empire ottoman; la création d’un éphémère royaume arabe syrien en 1918, alors que les accords Sykes-Picot, signés en secret à Downing Street en 1916, prévoyaient que la France et le Royaume-Uni se partageraient le Proche-Orient; la bataille de Maysaloun et l’entrée du général Goybet à Damas en 1920… Les Syriens n’ont jamais accepté le mandat français et l’Université de Damas fut le point de départ, en janvier 1936, de manifestations hostiles à la France. Le mouvement s’étendit aux autres grandes villes et une grève générale paralysa la Syrie pendant deux mois. Cette première démonstration du nationalisme syrien aboutit la même année à des négociations dans le but de rédiger un traité d’indépendance. Une indépendance qui n’interviendra finalement qu’après la Seconde guerre mondiale, après le ralliement de la Syrie à la France Libre. Toutes ces histoires de nationalisme au Proche et au Moyen-Orient, et le rôle parfois trouble de la perfide Albion, m’ont toujours captivé: pas seulement parce que Lawrence d’Arabie est un excellent film; également parce que j’eus un temps un directeur de thèse anglais, qui avait été le précepteur du jeune Fayçal II et qui avait toujours de bonnes anecdotes à raconter. Aujourd’hui, dans la guerre civile qui ensanglante la Syrie, on peut se demander qui sont les héritiers de ces nationalistes syriens de l’entre-deux-guerres: le régime de Bachar al-Assad ou les rebelles?

Le Conseil de sécurité de l’ONU vient d’inscrire les rebelles syriens du front djihadiste Al-Nosrasur sur la liste des organisations terroristes et la vidéo d’un rebelle découpant le cadavre d’un soldat au couteau fait oublier les atrocités commises par le régime de Bachar Al-Assad: l’image des rebelles est ternie et la communauté internationale a du mal trouver un point d’accord sur les modalités d’une solution diplomatique. L’Union européenne, à la demande de la Grande-Bretagne et de la France, a voté la levée de l’embargo européen sur les armes vers la Syrie. La Russie reste un allié indéfectible de Bachar Al-Assad et elle espérait, avec les États-Unis, organiser au mois de juin une conférence internationale, dite "Genève-2". L’opposition, par la voix du président par intérim de la Coalition nationale syrienne (CNS), a déjà annoncé qu’elle boycotterait la conférence qui sera donc reportée. Bref, il est difficile de voir clair dans un conflit qui se caractérise par son extrême brutalité, d’autant plus que les enjeux ont évolué avec le temps. Alors qu’au départ, il semblait qu’il s’agissait d’une révolution pour davantage de libertés, dans la continuité du Printemps arabe, on se retrouve aujourd’hui avec une guerre confessionnelle, notamment entre chiites et sunnites. Un rapport de l’OTAN, révélé la semaine dernière par le World Tribune, souligne cette évolution mais montre également que la majorité des Syriens vivent mal la récupération de l’insurrection par des combattants qui viennent du Qatar et d’Arabie Saoudite. Est-ce un sursaut du vieux nationalisme syrien, par delà les différences confessionnelles? Une enquête a été menée auprès de la population et, même s’il faut prendre les résultats avec précaution, le rapport conclut que "les Syriens sont fatigués de la guerre et ont encore plus d’aversion pour les djihadistes que pour Bachar Al-Assad." Et l’on nous livre ce chiffre étonnant: 70% des Syriens soutiendraient Bachar Al-Assad! De quoi se demander, comme en rêve Daoud Boughezala, s’il n’est pas temps, pour Assad, d’organiser un référendum…

Rédigé par Noix Vomique

4 juin 2013 à 9 h 14 min

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La logique de mort à l’oeuvre

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L’historien Dominique Venner, admirateur de Mishima, s’est donc tiré une balle devant l’autel de la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Je connaissais Dominique Venner en tant que directeur de l’estimable Nouvelle Revue d’Histoire mais je ne m’étais jamais intéressé à son parcours, et j’avoue n’avoir lu aucun de ses livres. Depuis mardi, j’ai eu l’occasion de le découvrir un peu, notamment en parcourant son blog. Autant dire que son suicide, tel une belle opération marketing, aura permis à plein de gens de le découvrir. Et après? Son suicide ne laisse pas indifférent car il est théâtralisé. On peut y voir une certaine noblesse antique. Et le fait qu’il ait choisi Notre-Dame pour commettre son acte insensé a quelque chose de terriblement dérangeant. Par ailleurs, si j’essaie d’interpréter ce geste, pour lui donner du sens, je ne peux m’empêcher d’éprouver un véritable malaise.

Pourquoi, lorsqu’on se déclare athée, voire païen, se suicider sur l’autel d’une cathédrale? Puisque Dominique Venner rejetait le christianisme, sa mort est difficilement assimilable à un sacrifice, au sens christique. Elle ressemble davantage à une profanation. On se situe alors dans la même logique sacrilège que de vulgaires Femen: à ceci près que ces misérables connes n’ont justement pas les couilles de pousser la provocation jusqu’au bout. Du coup, si l’on se place d’un point de vue religieux, ce suicide a quelque chose de diabolique. Pour certains, Dominique Venner va devenir une icône: il est d’ailleurs curieux de voir comment est en train de se développer dans notre société une véritable apologie du suicide. Or, en tant que chrétien, je réprouve le suicide. Je suis convaincu qu’un suicide n’est pas un sacrifice, à moins de vouloir se comporter comme un kamikaze islamiste. Alors que Paris bruisse depuis des semaine des rumeurs d’un Printemps français, dont l’appellation ridicule prouve à quel point on est à la traîne, c’est comme si Dominique Venner avait imité Mohamed Bouazizi, ce jeune tunisien qui, en s’immolant par le feu, déclencha ce que les journalistes ont appelé le « printemps arabe ». Suivre l’exemple d’un musulman, quand on lutte contre l’islamisation de la France, n’est-ce pas quand même étrange?

Ensuite, je m’interroge sur la portée du suicide de Dominique Venner. Dans une beau texte où il justifie son geste, Dominique Venner explique qu’il veut «réveiller les consciences assoupies». Il s’insurge «contre la fatalité», «contre les poisons de l’âme» et «les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire». Très bien. Entre deux nouvelles, mercredi matin, France-Inter a glissé en quelques secondes qu’un "militant d’extrême-droite" s’était donné la mort à Notre-Dame. De son côté, Marine Le Pen essaie de récupérer ce suicide sur Twitter en lui donnant une signification "éminemment politique". Chacun est à sa place et je suis persuadé que, trois jours plus tard, la grande majorité des Français a déjà oublié ce suicide. Comme Woland l’a très bien dit, ce suicide ne sert à rien: "en tant que patriote, bordel de pine à cul vérolé ! Son cerveau nous était tellement plus utile à tous bien au chaud dans sa boîte crânienne que comme déco post-moderne sur le sol de Notre-Dame". Au passage, en se donnant la mort dans Notre-Dame de Paris, Dominique Venner rappelle que la cathédrale fut édifiée «sur des lieux de cultes plus anciens, rappelant nos origines immémoriales». Sans doute parce que je suis calviniste, je trouve insupportables toutes ces fadaises himmlériennes sur le paganisme et une prétendue identité européenne pré-chrétienne et donc païenne. L’Europe, c’est le christianisme. En niant l’importance du christianisme dans la construction de l’identité française, on donne en fait des arguments aux promoteurs d’une islamisation de la France. Et c’est ce qui me désole le plus, dans le suicide de Dominique Venner: on ne peut pas pleurnicher depuis des années que notre civilisation est en train de se suicider pour finalement se joindre au mouvement et se donner la mort. Ceci dit, Dominique Venner est mort, qu’il repose en paix.

Rédigé par Noix Vomique

24 mai 2013 à 12 h 29 min

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Les skinheads ne sont plus ce qu’ils étaient

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Les fascistes opposés au Mariage gay ne sont pas aussi pacifiques que ça.

Les fascistes opposés au Mariage gay sont-ils vraiment pacifiques?

On a tous vu les images des violents incidents qui ont éclaté au Trocadéro, alors que le PSG célébrait son troisième titre de champion de France. Ces scènes d’émeutes sont l’occasion de vérifier, une fois de plus, que les socialistes sont souvent largués dès que la réalité ne correspond plus à leurs convictions. Dans la soirée de lundi, alors qu’on dénombrait une trentaine de blessés (3 chez les forces de l’ordre) et 21 interpellations, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls évoquait une simple "bousculade".  Rien de méchant, rien à voir avec ces terribles "militants d’extrême droite qui [avaient] jeté des boulons" le 24 mars dernier lors de la Manifestation contre le mariage gay. D’ailleurs, ce jour-là, les forces de l’ordre n’avaient pas hésité à réprimer durement, à coups de matraque et de gaz lacrymogène, ces vilaines familles qui menaçaient la République.

Le problème, à force de nier la réalité, c’est que les socialistes finissent toujours par s’empêtrer dans des contradictions. Il suffit de regarder les photos des incidents du Trocadéro pour avoir une idée du profil des émeutiers. Or, alors que Manuel Valls ou Bertrand Delanoë essayaient de minimiser les émeutes du Trocadéro, deux élus socialistes ont vu, eux, la signature de groupes liés à l’extrême-droite. Jean-Marie Le Guen, député et adjoint au Maire de Paris, estimait sur Twitter que "ces violences ont été effectuées par des ultras #PSG". Il précisait aussitôt dans un second tweet que "ces groupes [sont] liés à l’extrême droite". Jean-Christophe Cambadélis, quant à lui, évoquait une "connexion" entre les manifestants contre le mariage gay et les hooligans du Trocadéro. Oui: une connexion! Les médias ont relayé: Libération n’a vu que des ultras parmi les casseurs et, sur Europe 1, on demande à Pierre Lescure si "ce sont ces membres du GUD, ces skinheads, ces mouvances d’extrême-droite qui reviennent aujourd’hui".

Ainsi, si la cérémonie du PSG a dégénéré, ce n’est pas la faute du préfet Boucault. Non, non, non: c’est la faute des catholiques-intégristes-fachos-homophobes qui refusent le mariage gay. À gauche, on n’a pas peur de faire des amalgames si cela permet de pousser des cris d’orfraie. Le 24 mars, on n’avait pas hésité à réduire le million de manifestants à la dizaine d’imbéciles qui faisaient le salut nazi. On a les croquemitaines que l’on peut. Sihem Souid, chargée de mission au Ministère de la Justice et directrice de la communication de la Gauche Forte, avait enfoncé le clou: n’avait-elle pas en effet déclaré que la "La plupart des manifestants de la manif pour tous ont une tête de nazi"? Et bien, matez les photos du Trocadéro: ne voyez-vous pas que ce sont ces mêmes têtes de nazis que l’on retrouve? Les heurts violents avec les forces de l’ordre, les pillages de boutiques, les voitures incendiées, les cars de touristes assaillis, c’étaient eux. Des membres du GUD. Des skinheads. N’allez surtout pas dire que ces skinheads sont basanés ou qu’ils sont plus proches de l’Africain que de l’Aryen. Et, puisque l’on ramène tout à l’homophobie, si l’on suppose que ces skinheads sont homophobes, c’est parce qu’ils sont justement d’extrême-droite, et non parce qu’ils pourraient par exemple venir d’une cité de banlieue. Ceci dit, il n’est pas interdit d’être dubitatif quand on les entend se vanter bruyamment, encore et encore, qu’ils enculent Marseille. Bizarre, pour des homophobes.

Rédigé par Noix Vomique

21 mai 2013 à 9 h 51 min

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À quoi sert la réacosphère ?

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la-blogosphere-politique-fin-2012_

Pharamond se pose la question. Et y répond fort bien. C’est ici.

Rédigé par Noix Vomique

19 mai 2013 à 16 h 15 min

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L’Allemagne, la France et les 500 millions de la Begum

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Illustration de Léon Benet pour "Les 500 millions de la Begum" (1879).

Illustration de Léon Benet pour "Les 500 millions de la Begum" (1879).

La mésentente entre l’Allemagne et la France semble avoir été ravivée par les récentes déclarations de Claude Bartolone, qui plaide pour une "confrontation" avec l’Allemagne, et les accusations d’"intransigeance égoïste" adressées à Angela Merkel par la direction du PS. Les socialistes français reprochent en effet à la chancelière de ne songer "à rien d’autre qu’à l’épargne des déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée par Berlin et à son avenir électoral" . En réponse, le ministère allemand de l’Économie a autorisé la publication d’un rapport sur l’état de l’économie française: «L’industrie   française perd de plus en plus en compétitivité. La délocalisation à l’étranger des entreprises se poursuit. La rentabilité des entreprises est faible». Ces désaccords, entre une France qui se présente comme un parangon de vertu et une Allemagne qui se veut réaliste, ne sont rien d’autre que la manifestation du vieil antagonisme franco-allemand, tel qu’on le retrouve dans un roman de Jules Verne, Les cinq cents millions de la Begum, publié en 1879 par Hetzel.

Ce roman étonnant raconte la rivalité d’un Français, le docteur Sarrasin, et d’un Allemand, le professeur Schultze, qui sont les héritiers de la fortune d’une richissime Bégum et qui se lancent chacun dans la construction d’une ville utopique. Avec sa part d’héritage, Sarrasin crée France-Ville, qui prétend être à la pointe du progrès en matière d’hygiène:  c’est, dit-il, la "ville de la santé et du bien-être". Schultze, quant à lui, choisit de construire Stahlstadt, qui est un modèle de ville industrielle: "Grâce à la puissance d’un capital énorme, un établissement monstre, une ville véritable, qui est en même temps une usine modèle, est sortie de terre comme à un coup de baguette. Trente mille travailleurs, pour la plupart allemands d’origine, sont venus se grouper autour d’elle et en former les faubourgs. En quelques mois, ses produits ont dû à leur écrasante supériorité une célébrité universelle".

En réalité, Jules Verne n’est pas le véritable auteur de ce roman. Il s’est contenté de retravailler un manuscrit original de Paschal Grousset que l’éditeur Hetzel avait acheté pour quelque 1500 Francs. Les enjeux derrière les deux cités idéales laissent entrevoir les convictions socialistes de ce personnage extraordinaire qu’est Paschal Grousset: journaliste engagé, rédacteur en chef de La Marseillaise pendant le Second Empire et impliqué à ce titre dans l’affaire Victor Noir, communard et délégué aux relations extérieures dans le gouvernement de la Commune, il est ensuite déporté au bagne en Nouvelle-Calédonie, il s’en évade et s’installe à Londres, où il entreprend l’écriture de son roman, sans doute influencé par la lecture du Hygeia, a City of Health de Benjamin Ward Richardson (1876). Plus tard, Jules Verne et Paschal Grousset vont encore collaborer à deux romans: L’étoile du Sud et L’épave du Cynthia. Dans Les cinq cents millions de la Begum, France-Ville, cette cité idéale construite aux États-Unis par des coolies chinois, n’est rien d’autre qu’une émanation de ce socialisme utopique à la française, qui a vu fleurir les projets de phalanstères au milieu du dix-neuvième siècle. Elle n’est pas sans rappeler, non plus, cette Icarie qu’Étienne Cabet avait tenté de créer dans l’Illinois en 1847.

À travers la concurrence entre les projets de Sarrasin et Schultze, ce sont deux cultures qui s’affrontent dans Les cinq cents millions de la Begum. Ce sont également deux nations: la défaite de Sedan n’est pas loin et le roman a parfois des accents germanophobes et revanchards. France-Ville est donc une utopie hygiéniste, c’est-à-dire une ville idéale sans saleté et sans maladies, et on l’imagine débarrassée de ces fléaux que sont l’alcoolisme et la prostitution, ce qui devrait ravir Najat Vallaud-Belkacem. L’obsession pour l’hygiène, élevée au rang d’idéologie, conditionne toute la vie des habitants, de l’éducation au régime alimentaire, en passant par l’architecture, et semble annoncer notre écologie politique. D’ailleurs, les fumées ne sont-elles pas «dépouillées des particules de carbone qu’elles emportent»? À l’inverse, dans Stahlstadt, les ouvriers semblent exploités dans les vapeurs industrielles. Certains ont voulu voir dans la représentation de la ville allemande une préfiguration du nazisme, voire des camps de concentration. Pourtant, et paradoxalement, n’est-ce pas la ville française, avec sa "police sanitaire", qui se rapproche le plus d’un régime totalitaire? On est dans une société encadrée, telle que Hannah Arendt la définit, puisqu’il s’exerce bien une «domination de tous les individus dans toutes les sphères de leur vie». D’ailleurs, après le fiasco de l’Icarie de Cabet, Proudhon, dans la Voix du peuple, n’avait-il pas dénoncé ces communautés "égalitaires et fraternelles" qui dégénèrent en dictatures politiques, en supprimant les libertés et en encourageant la délation? L’obsession de l’hygiène peut également conduire à l’eugénisme et à l’euthanasie, de façon à éradiquer tous ceux qui ne seraient pas hygiéniquement purs. Ainsi, comme l’explique Frédéric Rouvillois dans un article paru chez Causeur, en voulant imposer le paradis sur terre, on finit par instaurer l’enfer: "si l’utopie se propose d’établir une société parfaite, elle est amenée, par définition à remodeler dans son ensemble une réalité qui ne l’est pas: et donc, à rééduquer ceux dont elle veut faire des hommes nouveaux, puis à les contrôler en permanence afin de prévenir toute rechute".

On retrouve bien dans France-Ville ce sentiment de supériorité qui anime la gauche française: les socialistes n’ont-ils pas la certitude d’incarner le Bien et le progrès? Et, quand ils reprochent à l’Allemagne d’être égoïste, ils jouent finalement avec une germanophobie ancrée depuis longtemps dans notre inconscient. L’Allemand, c’est ce monstre qui dézingue nos arrière-grands-pères à Verdun. C’est encore celui qui envahit la France et l’oblige à collaborer à ses crimes abominables. Pendant longtemps, la germanophobie fut de droite: il suffit de relire L’Histoire de France de Jacques Bainville pour s’en convaincre. C’est d’ailleurs pour cela que de nombreux hommes de droite, tels les Colonel Rémy ou de la Rocque, ne pouvaient accepter la défaite de 1940 et n’hésitèrent pas à rejoindre la résistance. À l’inverse, les politiciens de gauche furent nombreux à accueillir l’occupant allemand à bras ouverts, au nom du pacifisme. Or, depuis quelques temps, la germanophobie est de gauche, et antilibérale, comme d’ailleurs celle, en son temps, de Paschal Grousset. Ainsi, en mai 2000, Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, avait déclaré que l’Allemagne "rêve toujours du Saint Empire romain germanique." Plus récemment, en novembre 2011, au tout début de la campagne présidentielle, alors qu’Angela Merkel avait depuis longtemps affiché son soutien à Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Le Guen, député socialiste de Paris, compara l’incapacité de Nicolas Sarkozy à "convaincre les dirigeants européens" à l’attitude d’Edouard Daladier en 1938, lors des accords de Munich. Ce qui revenait, implicitement, à faire l’amalgame entre Angela Merkel et Adolf Hitler. Sur LCP, Arnaud Montebourg avait préféré comparer Angela Merkel à Bismarck, une comparaison qu’il imaginait sans doute féroce, alors que Bismarck fut en réalité un grand homme d’État et qu’il mena une véritable politique sociale. Angela Merkel se situe ainsi dans la droite lignée du professeur Schultze. À l’opposé, avec son totalitarisme hygiéniste, le docteur Sarrasin incarne cette gauche française, éternelle donneuse de leçon, qui se vante de vouloir le bien de l’humanité et qui est prête pour cela à nettoyer le monde de tout ce qui n’est pas conforme à son idéologie. N’est-il pas savoureux de voir la France, avec sa croissance en berne et son chômage en hausse, prétendre donner des leçons à l’Allemagne? Dans ces conditions, on attend avec impatience le discours de François Hollande lors des célébrations du 150ème anniversaire du Parti social-démocrate allemand à Leipzig, fin mai, à quatre mois des législatives en Allemagne.

[Ce texte a été publié par Causeur]

Rédigé par Noix Vomique

17 mai 2013 à 12 h 13 min

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