Noix Vomique

Islamisme: Claude Bartolone a trouvé la parade

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Sousse, Tunisie, ce week end.

Sousse, Tunisie, ce week end. Merci à Eugénie Bastié d’avoir déniché cette photo.

«Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.»

Philippe Muray, Chers djihadistes, Mille et Une Nuits, 2002.

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Vendredi, un musulman, que ses voisins présentèrent ensuite devant les caméras de télévision comme quelqu’un de normal, a décapité son chef puis tenté de faire exploser une usine de gaz dans l’Isère. Les gauchistes voulurent voir les signes d’un vrai conflit social, comme au bon vieux temps de la lutte des classes, mais leurs espoirs furent vite déçus -le terroriste avait envoyé une photo de son forfait à l’un de ses contacts en Syrie, et celui-ci n’est probablement pas un délégué syndical. Le même jour, un djihadiste autrement plus déterminé reproduisait sur une plage de Tunisie la scène de l’attentat décrite par Michel Houellebecq à la fin de Plateforme (Flammarion, 2001): le bruit de moteur venant de la mer, les rafales de mitraillette, une grande femme blonde qui s’effondre, les cris, etc. Le tueur, que les médias nous présentent comme un étudiant normal, amateur de football et de breakdance, ne visait que les occidentaux, si bien que ce massacre n’inspire aujourd’hui que des réflexions sur l’effondrement du tourisme en Tunisie: avant d’être des personnes, les trente-huit victimes sont en effet des touristes! Et dès le lendemain du massacre, des survivants en bermuda rappliquaient pour filmer les lieux du drame.

Bien sûr, François Hollande se précipita pour commenter les événements: il n’avait rien à dire, ou si peu -les pleurnicheries et les incantations habituelles. Il aurait pu faire sa déclaration en bermuda: la fonction présidentielle n’eût pas été davantage discréditée. Alors que le gouvernement tunisien affichait sa fermeté et annonçait la fermeture de 80 mosquées salafistes, la France préférait se demander si Manuel Valls avait raison de dire que «c’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons». Le Premier ministre ne serait-il pas islamophobe? Et s’il se trompait? Et si c’était notre ramollissement que nous sommes condamnés, désormais, à défendre? Dans la majorité présidentielle, sans doute désireux de montrer qu’il n’est pas président de l’Assemblée nationale par hasard, Claude Bartolone fut l’un des rares à proposer une réponse au terrorisme islamiste. Et quelle réponse! Sur son blog, il explique en effet, dans une prose invraisemblable, que les terroristes ne gagneront pas car «dans les rues de Paris, des milliers de personnes de toute origine et de toute croyance célèbreront la liberté, à l’appel des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. Ces foules de couleurs et de mouvements rappelleront à tous les assoiffés de destruction que des plus intenses métissages naissent les plus grandes harmonies». Il suffisait d’y penser: la Gay pride, comme moyen de combattre l’islamisme! Voilà qui devrait terroriser les terroristes, pour reprendre une formule de feu Charles Pasqua. En voyant l’homosexualité jouer fièrement des guiboles sur les décombres de notre société, les djihadistes, pauvres résidus de l’hétérosexualité, devraient enfin comprendre que leur guerre est totalement archaïque. Ce serait tellement beau s’ils se joignaient aux victimes de l’homophobie dans des défilés festifs et multicolores! Et qu’ils n’oublient pas de participer, également, à la fête des voisins; c’est très important, au cas où les journalistes viendraient faire une enquête.

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1 juillet 2015 at 11 h 45 min

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-Ceci est-il une véritable bataille? -Un peu.

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Louis-Victor Baillot, né en 1793, dernier survivant de la bataille de Waterloo, photographié à Carisey en 1897.

Louis-Victor Baillot, né en 1793, dernier survivant de la bataille de Waterloo, photographié en 1897.

À ce moment, un boulet donna dans la ligne de saules, qu’il prit de biais, et Fabrice eut le curieux spectacle de toutes ces petites branches volant de côté et d’autre comme rasées par un coup de faux.

— Tiens, voilà le brutal qui s’avance, lui dit le soldat en prenant ses vingt francs. Il pouvait être deux heures.

Fabrice était encore dans l’enchantement de ce spectacle curieux, lorsqu’une troupe de généraux, suivis d’une vingtaine de hussards, traversèrent au galop un des angles de la vaste prairie au bord de laquelle il était arrêté ; son cheval hennit, se cabra deux ou trois fois de suite, puis donna des coups de tête violents contre la bride qui le retenait. Hé bien, soit se dit Fabrice.

Le cheval laissé à lui-même partit ventre à terre et alla rejoindre l’escorte qui suivait les généraux. Fabrice compta quatre chapeaux bordés. Un quart d’heure après, par quelques mots que dit un hussard son voisin, Fabrice comprit qu’un de ces généraux était le célèbre maréchal Ney. Son bonheur fut au comble ; toutefois il ne put deviner lequel des quatre généraux était le maréchal Ney ; il eût donné tout au monde pour le savoir, mais il se rappela qu’il ne fallait pas parler. L’escorte s’arrêta pour passer un large fossé rempli d’eau par la pluie de la veille ; il était bordé de grands arbres et terminait sur la gauche la prairie à l’entrée de laquelle Fabrice avait acheté le cheval. Presque tous les hussards avaient mis pied à terre ; le bord du fossé était à pic et fort glissant, et l’eau se trouvait bien à trois ou quatre pieds en contre-bas au-dessous de la prairie. Fabrice, distrait par sa joie, songeait plus au maréchal Ney et à la gloire qu’à son cheval, lequel, étant fort animé, sauta dans le canal ce qui fit rejaillir l’eau à une hauteur considérable. Un des généraux fut entièrement mouillé par la nappe d’eau, et s’écria en jurant Au diable la f… bête ! Fabrice se sentit profondément blessé de cette injure. Puis-je en demander raison ? se dit-il. En attendant, pour prouver qu’il n’était pas si gauche, il entreprit de faire monter à son cheval la rive opposée du fossé ; mais elle était à pic et haute de cinq à six pieds. Il fallut y renoncer ; alors il remonta le courant, son cheval ayant de l’eau jusqu’à la tête, et enfin trouva une sorte d’abreuvoir ; par cette pente douce il gagna facilement le champ de l’autre côté du canal. Il fut le premier homme de l’escorte qui y parut ; il se mit à trotter fièrement le long du bord ; au fond du canal les hussards se démenaient, assez embarrassés de leur position ; car en beaucoup d’endroits l’eau avait cinq pieds de profondeur. Deux ou trois chevaux prirent peur et voulurent nager, ce qui fit un barbotement épouvantable. Un maréchal-des-logis s’aperçut de la manœuvre que venait de faire ce blanc-bec, qui avait l’air si peu militaire.

— Remontez ! il y a un abreuvoir à gauche ! s’écria-t-il, et peu à peu tous passèrent.

En arrivant sur l’autre rive, Fabrice y avait trouvé les généraux tout seuls ; le bruit du canon lui sembla redoubler ; ce fut à peine s’il entendit le général, par lui si bien mouillé, qui criait à son oreille :

— Où as-tu pris ce cheval ?

Fabrice était tellement troublé qu’il répondit en italien :

L’ho comprato poco fa. (Je viens de l’acheter à l’instant.)

— Que dis-tu ? lui cria le général.

Mais le tapage devint tellement fort en ce moment, que Fabrice ne put lui répondre. Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois, la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L’escorte prit le galop ; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.

— Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards de l’escorte, et d’abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu’en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d’horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore ; ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s’arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit rouge. L’escorte s’arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d’attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.

— Veux-tu bien t’arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal-des-logis. Fabrice s’aperçut qu’il était à vingt pas sur la droite en avant des généraux, et précisément du côté où ils regardaient avec leurs lorgnettes. En revenant se ranger à la queue des autres hussards restés à quelques pas en arrière, il vit le plus gros de ces généraux qui parlait à son voisin, général aussi, d’un air d’autorité et presque de réprimande ; il jurait. Fabrice ne put retenir sa curiosité et, malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière, il arrangea une petite phrase bien française, bien correcte, et dit à son voisin :

— Quel est-il ce général qui gourmande son voisin ?

— Pardi, c’est le maréchal !

— Quel maréchal ?

— Le maréchal Ney, bêta ! Ah çà ! où as-tu servi jusqu’ici ?

Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l’injure ; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves.

Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d’une façon singulière. Le fond des sillons était plein d’eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui ; c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres le sang coulait dans la boue.

Ah ! m’y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J’ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. À ce moment, l’escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c’étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d’où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n’y comprenait rien du tout.

À ce moment, les généraux et l’escorte descendirent dans un petit chemin plein d’eau, qui était à cinq pieds en contre-bas.

Le maréchal s’arrêta, et regarda de nouveau avec sa lorgnette. Fabrice, cette fois, put le voir tout à son aise ; il le trouva très-blond, avec une grosse tête rouge. Nous n’avons point des figures comme celle-là en Italie, se dit-il. Jamais, moi qui suis si pâle et qui ai des cheveux châtains, je ne serai comme ça, ajoutait-il avec tristesse. Pour lui ces paroles voulaient dire : Jamais je ne serai un héros. Il regarda les hussards à l’exception d’un seul, tous avaient des moustaches jaunes. Si Fabrice regardait les hussards de l’escorte, tous le regardaient aussi. Ce regard le fit rougir, et, pour finir son embarras, il tourna la tête vers l’ennemi. C’étaient des lignes fort étendues d’hommes rouges ; mais, ce qui l’étonna fort, ces hommes lui semblaient tout petits. Leurs longues files, qui étaient des régiments ou des divisions, ne lui paraissaient pas plus hautes que des haies. Une ligne de cavaliers rouges trottait pour se rapprocher du chemin en contre-bas que le maréchal et l’escorte s’étaient mis à suivre au petit pas, pataugeant dans la boue. La fumée empêchait de rien distinguer du côté vers lequel on s’avançait ; l’on voyait quelquefois des hommes au galop se détacher sur cette fumée blanche.

Tout à coup, du côté de l’ennemi, Fabrice vit quatre hommes qui arrivaient ventre à terre. Ah ! nous sommes attaqués, se dit-il ; puis il vit deux de ces hommes parler au maréchal. Un des généraux de la suite de ce dernier partit au galop du côté de l’ennemi, suivi de deux hussards de l’escorte et des quatre hommes qui venaient d’arriver. Après un petit canal que tout le monde passa, Fabrice se trouva à côté d’un maréchal-des-logis qui avait l’air fort bon enfant. Il faut que je parle à celui-là, se dit-il, peut-être ils cesseront de me regarder. Il médita longtemps.

— Monsieur, c’est la première fois que j’assiste à la bataille, dit-il enfin au maréchal-des-logis ; mais ceci est-il une véritable bataille ?

— Un peu. Mais vous, qui êtes-vous ?

— Je suis frère de la femme d’un capitaine.

— Et comment l’appelez-vous, ce capitaine ?

Notre héros fut terriblement embarrassé ; il n’avait point prévu cette question. Par bonheur, le maréchal et l’escorte repartaient au galop. Quel nom français dirai-je ? pensait-il. Enfin il se rappela le nom du maître de l’hôtel où il avait logé à Paris ; il rapprocha son cheval de celui du maréchal-des-logis, et lui cria de toutes ses forces :

— Le capitaine Meunier ! L’autre, entendant mal à cause du roulement du canon, lui répondit : — Ah ! le capitaine Teulier ? Eh bien ! il a été tué. Bravo se dit Fabrice. Le capitaine Teulier ; il faut faire l’affligé. — Ah, mon Dieu cria-t-il et il prit une mine piteuse. On était sorti du chemin en contre-bas, on traversait un petit pré, on allait ventre à terre, les boulets arrivaient de nouveau, le maréchal se porta vers une division de cavalerie. L’escorte se trouvait au milieu de cadavres et de blessés ; mais ce spectacle ne faisait déjà plus autant d’impression sur notre héros ; il avait autre chose à penser.

Pendant que l’escorte était arrêtée, il aperçut la petite voiture d’une cantinière, et sa tendresse pour ce corps respectable l’emportant sur tout, il partit au galop pour la rejoindre.

— Restez donc, s… ! lui cria le maréchal-des-logis.

Que peut-il me faire ici ? pensa Fabrice, et il continua de galoper vers la cantinière. En donnant de l’éperon à son cheval, il avait eu quelque espoir que c’était sa bonne cantinière du matin ; les chevaux et les petites charrettes se ressemblaient fort, mais la propriétaire était tout autre, et notre héros lui trouva l’air fort méchant. Comme il l’abordait, Fabrice l’entendit qui disait : — Il était pourtant bien bel homme ! Un fort vilain spectacle attendait là le nouveau soldat ; on coupait la cuisse à un cuirassier, beau jeune homme de cinq pieds dix pouces. Fabrice ferma les yeux et but coup sur coup quatre verres d’eau-de-vie. — Comme tu y vas, gringalet ! s’écria la cantinière. L’eau-de-vie lui donna une idée : il faut que j’achète la bienveillance de mes camarades les hussards de l’escorte.

— Donnez-moi le reste de la bouteille, dit-il à la vivandière.

— Mais sais-tu, répondit-elle, que ce reste-là coûte dix francs, un jour comme aujourd’hui ?

Comme il regagnait l’escorte au galop :

— Ah ! tu nous rapportes la goutte s’écria le maréchal-des-logis, c’est pour ça que tu désertais ? Donne.

La bouteille circula ; le dernier qui la prit la jeta en l’air après avoir bu. — Merci, camarade ! cria-t-il à Fabrice. Tous les yeux le regardèrent avec bienveillance. Ces regards ôtèrent un poids de cent livres de dessus le cœur de Fabrice ; c’était un de ces cœurs de fabrique trop fine qui ont besoin de l’amitié de ce qui les entoure. Enfin il n’était plus mal vu de ses compagnons, il y avait liaison entre eux ; Fabrice respira profondément, puis d’une voix libre, il dit au maréchal-des-logis :

— Et si le capitaine Teulier a été tué, où pourrai-je rejoindre ma sœur ? Il se croyait un petit Machiavel, de dire si bien Teulier au lieu de Meunier.

— C’est ce que vous saurez ce soir, lui répondit le maréchal-des-logis.

L’escorte repartit et se porta vers des divisions d’infanterie. Fabrice se sentait tout à fait enivré ; il avait bu trop d’eau-de-vie, il roulait un peu sur sa selle ; il se souvint fort à propos d’un mot que répétait le cocher de sa mère :Quand on a levé le coude, il faut regarder entre les oreilles de son cheval, et faire comme fait le voisin. Le maréchal s’arrêta longtemps auprès de plusieurs corps de cavalerie qu’il fit charger ; mais pendant une heure ou deux notre héros n’eut guère la conscience de ce qui se passait autour de lui. Il se sentait fort las, et quand son cheval galopait il retombait sur la selle comme un morceau de plomb.

Tout à coup le maréchal-des-logis cria à ses hommes :

— Vous ne voyez donc pas l’Empereur, s… ! Sur-le-champ l’escorte cria vive l’Empereur ! à tue-tête. On peut penser si notre héros regarda de tous ses yeux, mais il ne vit que des généraux qui galopaient, suivis, eux aussi, d’une escorte. Les longues crinières pendantes que portaient à leurs casques les dragons de la suite l’empêchèrent de distinguer les figures. Ainsi, je n’ai pu voir l’Empereur sur un champ de bataille, à cause de ces maudits verres d’eau-de-vie ! Cette réflexion le réveilla tout à fait.

Stendhal, La Chartreuse de Parme.

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18 juin 2015 at 0 h 24 min

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Trafic de reliques

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Traité des reliques Jean Calvin

Si vous vous trouvez à Séville un 30 mai, ne manquez pas de passer par la cathédrale car la tradition exige ce matin-là que le cercueil d’argent de Ferdinand III de Castille soit ouvert: vous apercevrez alors le corps miraculeusement conservé du roi -petite chose racornie dans son costume d’apparat, avec ce visage parcheminé et dentu qui n’en finit pas de rendre son dernier souffle. Lorsque je vivais à Séville, et qu’accessoirement j’y travaillais une thèse d’histoire, j’avais déniché dans la bibliothèque colombine le manuscrit d’un gars qui racontait le transfert en 1579 du corps du roi dans la cathédrale, à l’occasion de la Fête-Dieu: une procession avait accompagné en grande pompe le cercueil jusqu’à la chapelle royale. La foule des Sévillans s’était pressée pour assister à l’événement car Ferdinand, qui avait reconquis la ville en 1248, inspirait une vraie dévotion -il sera d’ailleurs canonisé en 1671. Il pouvait enfin reposer dans la Cathédrale, que l’on venait d’achever, et, selon son vœu, aux pieds de cette statue de la Vierge, dite des Rois, qu’il avait reçue de son cousin, Saint Louis des Français. Ce genre d’histoire me ravissait et je n’ai jamais terminé ma thèse -sans doute parce que j’étais trop désinvolte, un brin enclin à l’autodestruction, mais aussi, peut-être, parce que les coulisses de l’université m’étaient totalement étrangères. À un moment, je m’étais amusé à recenser toutes les reliques conservées dans les églises et monastères de Séville, ce qui me donnait l’impression de marcher dans les pas de Jean Calvin, lorsqu’il avait écrit le Traité des reliques: en bon protestant, je riais de tous ces ossements, cheveux et morceaux de bois dont on faisait commerce mais j’étais également émerveillé par la nature des sentiments que cet invraisemblable fatras pouvait susciter.

Le Traité des reliques fut publié en 1543 à Genève; il connut un vif succès et fit l’objet d’une dizaine de rééditions durant le seizième siècle -en France, la Faculté de théologie de Paris l’avait inscrit dès sa parution à l’Index librorum prohibitorum. Le texte est magnifique, car Calvin était un vrai humaniste, qui écrivait avec beaucoup d’élégance -l’essor de la réforme fut aussi celui de la langue française. Calvin était aussi capable d’une ironie féroce. Lorsqu’il évoquait la prolifération des reliques un peu partout en Europe, il s’étonnait «que Jésus-Christ ait eu trois prépuces», «qu’il ait été crucifié avec quatorze clous ou qu’on eût employé une haie toute entière à lui faire sa couronne d’épines» ou encore, constatant que le lait de la Vierge était conservé en abondance, il conclut «que si la sainte Vierge eût été une vache, ou qu’elle eût été nourrice toute sa vie, à grand peine en eût-elle pu rendre telle quantité». Il regrettait que le monde, «au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole» s’amusât avec«ses robes, chemises et drapeaux; et en ce faisant a laissé le principal, pour suivre l’accessoire». Mais, surtout, il dénonçait que l’on en fût arrivé, par fétichisme, à profaner des sépultures:

«C’était l’office des chrétiens, de laisser les corps des saints en leur sépulcre pour obéir à cette sentence universelle, que tout homme est poussière et retournera en poussière: non pas de les élever en pompe et somptuosité, pour faire une résurrection devant le temps. Cela n’a pas été entendu, mais au contraire, contre l’ordonnance de Dieu on a déterré les corps des fidèles pour les magnifier en gloire, au lieu qu’ils devaient être en leurs couches et lieu de repos, en attendant le dernier jour».

Aujourd’hui, dans la France du vingt-et-unième siècle, on continue à déterrer des cadavres. Mais ce n’est pas l’Église qui se livre à ce trafic: c’est la République. Et personne ne s’en étonne. Ainsi, le 27 mai dernier, quatre cercueils furent solennellement transportés dans le Panthéon. Dans les deux premiers, les restes de Pierre Brossolette et Jean Zay, que François Hollande salua comme «deux francs-maçons qui eurent très jeunes des responsabilités politiques importantes»; dans les deux autres, que dalle, puisque leurs familles ont refusé que Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz soient exhumées. Mais la communication politicienne ne s’arrête pas à de telles broutilles et François Hollande a débité son boniment devant des cercueils vides. Sans doute persuadé, comme saint Basile, que «celui qui touche les os des martyrs participe à la sainteté et à la grâce qui y réside», il cherche à utiliser quelques morts d’exception, quitte à trahir leur mémoire, pour sauver son misérable destin politique. Quand il présente Jean Zay comme un précurseur de la réforme des collèges de Najat Vallaud-Belkacem, sa prosopopée médiocre se situe bien sûr à des années-lumière du discours d’André Malraux, lorsque les cendres de Jean Moulin, par un jour glacial de décembre 1964, furent transférées au Panthéon. Nous en sommes là: il aura fallu que François Hollande soit président de la République pour réaliser que la cérémonie de la panthéonisation est grotesque.

Pourtant, on s’en doutait. En 1984, dans Les lieux de mémoire, Mona Ozouf avait déjà évoqué la «désuétude du Panthéon»: indissociable de la Révolution, emblématique d’une époque où la République devait encore lutter pour s’imposer, il est devenu, écrivait-elle, «un lieu mort de notre imaginaire national». On se souvient de moments glorieux, comme les funérailles de Victor Hugo en 1885, mais il est évident que cette histoire de Panthéon était mal engagée dès le départ, lorsque l’Assemblée constituante décida, après la mort de Mirabeau, en avril 1791, de transformer l’église Sainte-Geneviève: les fenêtres furent obstruées et les décorations baroques supprimées pour donner l’impression d’une crypte gigantesque et austère. Le résultat est sinistre: rien à voir, par exemple, avec l’abbaye de Westminster, ni avec la Sainte-Chapelle, que Saint Louis fit construire pour abriter sa collection de reliques de la Passion. Triste réplique de la basilique Saint-Denis, le Panthéon allait donc accueillir les grands hommes de la Nation. Mais les révolutionnaires eurent du mal, même parmi leurs rangs, à trouver des récipiendaires: Mirabeau fut exclu en 1793 lorsqu’on découvrit ses liens avec la Cour, la dépouille de Marat ne resta que quelques mois avant d’être finalement jetée aux égouts et la panthéonisation de Bara fut annulée après que Robespierre fut arrêté. Aux yeux des révolutionnaires, ce que l’on pouvait sauver de l’Ancien régime se résumait à Voltaire et Rousseau: on exhuma donc leurs restes pour les inhumer dans le Panthéon -ils sont finalement les seuls rescapés de cette époque. Aussi le Panthéon est-il le révélateur des faiblesses de la Révolution. Celle-ci ne savait pas, en effet, à quel saint se vouer: elle recyclait d’anciens cultes. Pour satisfaire ses penchants morbides, elle allait prendre l’habitude de manipuler des cadavres -ceux de ses héros mais également ceux de ses ennemis. Le Panthéon nous renvoie ainsi, malgré lui, aux horreurs du mois d’octobre 1793. Alors que le procès de Marie-Antoinette s’ouvrait à Paris, on décida d’appliquer le décret de la Convention, signé le 1er août, qui ordonnait la destruction des tombes royales de la basilique Saint-Denis: celles-ci furent donc saccagées, les corps, exhumés et profanés. Alexandre Lenoir, conservateur du dépôt depuis 1791, et futur fondateur du musée des Monuments français, n’hésita pas à s’opposer aux profanateurs. Parce qu’il avait l’intention de gagner un peu d’argent en organisant lui-même un trafic de reliques royales.

Written by Noix Vomique

12 juin 2015 at 11 h 17 min

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Réforme du collège: naufrage pour tous ?

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Qu'attendre d'un gouvernement qui s'adresse aux citoyens comme s'ils étaient complètement débiles?

Qu’attendre d’un gouvernement qui s’adresse aux citoyens comme s’ils étaient complètement débiles?

En se précipitant pour publier le décret et l’arrêté sur la réforme du collège, le gouvernement a donc décidé de faire un gigantesque bras d’honneur aux enseignants qui venaient de manifester. À moins que ce ne soit un début de panique, car la réforme du collège soulevait une contestation de plus en plus véhémente. La polémique s’était fixée sur la suppression des options latin et grec, la disparition des classes bilangues ou encore le caractère optionnel de certains chapitres d’histoire, comme la Chrétienté au Moyen-Âge ou le Siècle des Lumières. La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait tenté de balayer les critiques d’un revers de la main, en qualifiant les opposants de «pseudo-intellectuels». Les petits carriéristes qui soutiennent la réforme cherchèrent ensuite à transformer le débat en bataille idéologique qui aurait opposé le camp du progrès à celui de la réaction. Les syndicats d’enseignants, qui ont manifesté ce 19 mai et qui sont majoritairement à gauche, ont certainement apprécié d’être assimilé à des réacs -mais ne l’avaient-ils pas cherché en s’opposant à la réforme aux côtés d’un Nicolas Sarkozy? Et d’ailleurs, à l’UMP, ne sont-ils pas un peu couillons? Qu’ont-ils fait, eux-mêmes, lorsqu’ils étaient au pouvoir? Ils réclament depuis des années la fin du collège unique et davantage d’autonomie pour les établissements scolaires, et, alors que la réforme prévue par le gouvernement va dans ce sens, ils trouvent aujourd’hui le moyen de moufter? Le diable lui-même y perdrait son latin.

Très vite, les programmes d’histoire furent le prétexte pour jouer la querelle des Anciens et des Modernes: pour un peu, il aurait fallu prendre parti entre Dimitri Casali  et Laurence De Cock. Le premier prône un retour à l’enseignement du «roman national» -sans avoir peur d’être grotesque lorsqu’il prolonge jusqu’à nos jours le petit Lavisse, ce manuel de l’école de la Troisième République, et qu’il tente vainement d’imiter le style d’Ernest Lavisse; la seconde, qui défend l’idée d’une histoire scolaire «ouverte à l’altérité», «décloisonnée et indisciplinée», soutient la réforme -le contraire eût été surprenant puisqu’elle fait partie des experts consultés par le Conseil supérieur des programme. Personnellement, je n’ai pas envie de choisir entre les certitudes de ces deux collègues. Certes, la polémique sur les programmes aurait pu rappeler cette controverse qui opposa Edmund Burke à Thomas Paine -Burke regrettait que les révolutionnaires français aient fait table rase du passé. Mais non. Le talent n’est pas au rendez-vous -sans doute la faute à l’Éducation nationale- et nous n’avons qu’un débat bidon, comme un contre-feu allumé en toute hâte. En réalité, les enjeux de la réforme se situent ailleurs.

J’avoue ne pas comprendre ceux qui, soudainement, s’inquiètent d’une éventuelle baisse du niveau des élèves: la réforme du collège s’inscrit en effet dans la continuation d’une politique qui, depuis une quarantaine d’années, a lentement déconstruit les savoirs. Que l’enseignement du français ou de l’histoire soit sacrifié, ce n’est pas une nouveauté. D’ailleurs, cette fois-ci, le contenu des programmes change peu [1]. Nous pouvons regretter, évidemment, que la chrétienté médiévale, l’humanisme ou encore les Lumières soient devenus des thèmes optionnels. Nous pouvons regretter, encore, comme le dit Pierre Nora, que les programmes d’histoire soient «l’expression d’une France fatiguée d’elle-même». Mais nous nous consolerons en songeant que la réforme laisse encore beaucoup de liberté aux professeurs. Cette liberté a toujours existé: en classe, dans le cadre fixé par le programme, je fais finalement ce que je veux. Qu’est-ce qui m’empêche, en 5ème, de parler à mes élèves de Philippe Auguste, de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, de façon à ce qu’ils comprennent ce que représentent ces personnages, ou encore d’insister sur ce Temps des cathédrales cher à Georges Duby? Je ne vais pas me gêner! Et, contrairement à ce que semble craindre Michel Lussault, qui préside le Conseil supérieur des programmes, il n’est pas question de transformer l’histoire en une sorte de «roman national» quasi-mythologique: il s’agit de produire en classe un récit national, soucieux d’exactitude historique, où l’on peut aborder la colonisation et les traites négrières sans tomber dans la repentance, et qui permette finalement aux élèves de comprendre cette nation à laquelle ils appartiennent. N’est-il pas légitime, en effet, que les jeunes connaissent l’histoire du pays où ils vivent? Bien sûr, on ne niera pas que l’histoire doit être ouverte sur le monde: par exemple, loin d’être une nouveauté en 5ème, l’enseignement sur les débuts de l’islam est l’occasion de montrer la véritable nature de cette religion, lorsque Mahomet, en 630, s’empara de La Mecque par la force puis détruisit les idoles de la Kaaba. Les élèves pourront ainsi faire le lien avec notre époque, lorsque les djihadistes de l’État islamique anéantissent les vestiges archéologiques de Mossoul, ou peut-être lorsqu’ils déboulent au milieu des ruines de Palmyre en gueulant «rien à branler des cultures antiques, foutez-moi ça en l’air» -et oui, il existe des gens, comme ça, qui n’aiment pas ceux qui les ont précédés.

Mais cessons de discutailler sur les programmes: le vice le plus néfaste de la réforme du collège est ailleurs. Horrifiés à l’idée que certains élèves puissent mieux réussir que d’autres, Najat Vallaud Belkacem et les idéologues du Conseil supérieur des programmes ont donc décidé de s’attaquer à cette injustice en coupant les têtes qui dépassaient. Au nom de l’égalité, il s’agit d’adapter l’ensemble du collège aux élèves qui, selon la ministre, «s’ennuient». Puisque les élèves sont incapables de rester concentrés, on leur proposera des «enseignements pratiques interdisciplinaires» (EPI) pour qu’ils travaillent différemment, sur des thèmes tarte-à-la-crème définis par le ministère. Et là, il faut résister à la déprime. Pendant une dizaine d’années, dans les lycées agricoles successifs où j’ai exercé, j’ai pratiqué l’enseignement pluridisciplinaire: nous étions plusieurs professeurs à travailler avec les élèves sur des projets communs. Par rapport au temps investi, les résultats étaient souvent décevants: les bons élèves s’impliquaient volontiers et arrivaient à s’approprier quelques vagues notions; les autres, qui n’avaient pas acquis les bases suffisantes dans les différentes disciplines, glandouillaient et ne tiraient rien de ces activités. Aussi, en 1994, René Rémond rédigea un rapport sur l’enseignement agricole [2] où il concluait que «les pratiques pluridisciplinaires ne sauraient masquer la médiocrité disciplinaire». Or, la réforme du collège prévoit de systématiser des enseignements interdisciplinaires qui seront mis en place au détriment des disciplines traditionnelles. En histoire-géographie, les élèves devront travailler des compétences telles que «s’informer dans le monde du numérique» ou «coopérer et mutualiser», qui ne sont évidemment pas spécifiques à l’histoire ou à la géographie: les connaissances passent au second plan. C’est la logique perverse des compétences: les élèves doivent être de bons exécutants -peu importe qu’ils soient ignares. Chaque établissement sera chargé d’organiser ses EPI, et il est probable que le principal aura le dernier mot au moment de répartir les heures et de choisir les thèmes et les matières. Cela signifie qu’il y aura de grandes disparités d’un établissement à l’autre: selon les moyens et le bon vouloir des chefs d’établissement, les EPI seront plus ou moins fauchés. Toujours est-il que les enseignements disciplinaires vont dérouiller au nom d’un égalitarisme niveleur. De la même façon, les options de latin et grec, jugées élitistes, seront supprimées. Elles connaissaient pourtant un succès grandissant, notamment dans les établissements de ZEP où l’inspection générale avait souligné qu’elles permettaient de «donner plus à des élèves qui sont de bonne volonté et ont le désir d’apprendre et de réussir». Mes parents étaient ouvriers et ils m’ont encouragé à faire du latin, pour me donner le goût de me cultiver -c’était la fin des années soixante-dix, j’étais élève au collège Jules Ferry de Conflans et, dans un souci d’imiter les punks, nous rêvions de bousiller notre collège, nous griffonnions sur les tables de classe des «Destroy Jules Ferry» qui se voulaient furibards; quarante ans plus tard, en rompant avec la culture du mérite et en refusant aux meilleurs élèves le droit d’être les meilleurs, Najat Vallaud-Belkacem et Michel Lussault réalisent hélas ce souhait: leur réforme signe la mise à mort de l’école républicaine, les élèves issus des milieux les plus modestes seront désormais condamnés à la médiocrité et les inégalités vont immanquablement se creuser. L‘hommage que François Hollande avait rendu à Jules Ferry au lendemain de son élection était bel et bien un enterrement de première classe.

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[1] Cette fois, nous avons évité le pire. Annie Genevard, membre du Conseil supérieur des programmes, raconte dans Le Figaro, que nous avons échappé, entre autres délires idéologiques, à un thème mettant sur le même plan les invasions barbares, la colonisation et l’immigration «pour accréditer l’idée que tous les Français seraient le produit de ces mouvements migratoires».

[2] René Rémond, Commission d’évaluation de la rénovation pédagogique de l’enseignement agricole public et privé ; Rapport à Monsieur le Ministre de l’agriculture et de la pêche, 1994. – 79 p.

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22 mai 2015 at 21 h 42 min

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Reichstag, flies red flag, signalling the end

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Le drapeau de la victoire

Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny Khaldei: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier était définitivement sécurisé, il remonta sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalisa ce cliché. La propagande veilla ensuite à effacer les montres que le soldat portait aux deux poignets, car elles indiquaient que les soviétiques se livraient au pillage, ce qui était honteux, et elle utilisa ce drapeau qui flotte sur le toit du Reichstag pour signifier au monde entier que c’était l’Armée Rouge qui avait pris Berlin.

Staline était comblé, car les Soviétiques étaient arrivés à Berlin avant les Américains. La perfidie payait: début avril, alors qu’il avait déjà décidé que l’attaque aurait lieu le 16 avril, il avait annoncé à Eisenhower que Berlin ne l’intéressait pas et qu’il ne lancerait aucune offensive avant la mi-mai. Le 16 avril, l’armée du maréchal Joukov tira plus d’un million d’obus sur les lignes allemandes et traversait l’Oder. Au même moment, plus au sud, le maréchal Koniev atteignait la Spree et se vantait d’être en mesure de prendre Berlin. Staline lui demanda alors d’encercler la capitale pour couper la route aux Américains. Les soldats soviétiques firent une percée et entrèrent dans la ville le 21 avril. Ils avaient reçu des drapeaux soviétiques: le premier qui réussirait à hisser le sien sur le Reichstag serait décoré de la médaille de l’Étoile d’or.

Le 2 mai, après une terrible bataille de rue qui dura dix jours, Berlin tombait et le drapeau soviétique flottait sur le Reichstag. La capitulation de l’Allemagne était imminente. Les troupes soviétiques se déchainèrent contre les Berlinois -ils traquaient les femmes mais aussi les petites filles jusque dans les caves pour les violer. Staline, qui venait d’apprendre la mort d’Hitler, exigeait une reddition sans conditions de la part des plénipotentiaires allemands. Mais hors de Berlin, les combats se poursuivaient. Aussi, Staline piqua une colère noire le 7 mai lorsqu’il apprit que la capitulation avait été conclue à Reims, dans la zone libérée par les Britanniques et les Américains. En effet, ce matin-là, à 2h41, dans un collège technique de Reims, Jodl avait signé l’acte de capitulation au nom du Haut Commandement allemand et l’avait remis au général Bedel-Smith, chef d’état-major d’Eisenhower. Certes, les soviétiques étaient présents, représentés par le général Susloparoff mais, aux yeux de Staline, ces deux pages dactylographiées en deux coups de cuiller à pot ressemblaient à une victoire des Américains. Il exigea donc qu’une nouvelle capitulation soit mise en scène le soir du 8 mai à Berlin, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov.

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Aujourd’hui, j’écoute toujours avec le même plaisir cette chanson des Damned, Generals, composée par le bassiste Paul Gray et extraite de l’album Strawberries, qui tourna et tourna sur ma platine alors que j’étais lycéen: elle raconte la chute de Berlin, avec une allusion à ces exactions commises par les Soviétiques que des historiens semblent découvrir aujourd’hui, et les Damned avaient eu l’idée saugrenue de la sortir en single [1] -ce fut bien sûr un bide. Mais nous nous en foutions car c’est aussi pour cela, et pas seulement parce qu’ils étaient extraordinaires, que nous aimions les Damned: leur absence de succès nous donnait l’impression d’appartenir à une sorte de gratin décadent. Il y a deux semaines, je les ai à nouveau vus en concert -comme si le temps ne filochait pas, Captain Sensible continue à être un fabuleux guitariste et Dave Vanian bouge toujours comme un Elvis déglingué: ils jouèrent de vieilles chansons, de celles qui m’ont accompagné durant ces trente-cinq dernières années et qui donnent encore envie de pogoter, au risque d’envoyer valdinguer mes lunettes -mais ils ne jouèrent pas Generals. Il faut dire qu’il n’y avait pas, non plus, de nonnes sexy qui dansaient sur scène… Peut-être que l’un ne va pas sans l’autre.

GENERALS

Big city all scratched out, revenge is not so sweet
Once proud once so devout, they’re tired and they are weak
They came from east to west, counting up the cost
Red star soon to arrive, they know that all is lost

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

What once was decadence, now nothing but razed land
The end so imminent, big city’s not so grand
They came they saw, they conquered, people hid in fear
They looted, raped and plundered, angry Russian bear

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

Reichstag, flies red flag, signalling the end
Party now bad bad, suicide the end
There’s some who think that golden years might lie ahead
No leaders anymore, in the bunker dead

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
The whole world is going insane

. [1] The DAMNED. Generals, Bronze Records BRO nº159, novembre 1982.

Written by Noix Vomique

6 mai 2015 at 16 h 23 min

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Nichons et salut nazi

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Alors que les Femen vociféraient sur ce balcon d’un hôtel de la place de l’Opéra et mimaient le salut nazi, les seins à l’air, comment ne pas penser à ces pisseuses qui fricotaient avec les Fridolins? Ou à l’esthétique vaguement érotique de ces séries Z des années soixante-dix telles que Ilsa, la louve des SS? Ce n’était pas l’effet recherché; il est cependant difficile de ne pas y penser.

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Written by Noix Vomique

3 mai 2015 at 11 h 24 min

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Migrants: le talon d’Achille de l’Europe

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Les routes de l'immigration vers l'Europe (Source: Le Figaro, 24 avril 2015)

Les routes de l’immigration vers l’Europe (Source: Le Figaro, 24 avril 2015)

Rendus tout mélancoliques après le naufrage d’un chalutier qui a fait 800 morts au large des côtes de Libye, les dirigeants de l’Union européenne ont donc décidé jeudi de tripler le budget des opérations de surveillance maritime. Ces moyens serviront pour que l’agence européenne Frontex, plutôt que protéger efficacement les frontières, se consacre au sauvetage en mer des migrants. Autant dire que cette décision, qui risque de produire un «effet d’aspiration», puisque les clandestins sont désormais assurés d’arriver à bon port, n’est pas à la hauteur des enjeux.

Mais que pouvait-on espérer de l’Union européenne? Ces derniers jours, n’avait-on pas entendu Gil Arias-Fernández, directeur adjoint de Frontex, déclarer qu’il serait temps d’envisager l’ouverture de «nouvelles voies d’immigration légale» et Cecilia Malstrom, commissaire européen, répéter que «l’immigration est une opportunité pour l’Europe»? Bien sûr, et c’est heureux, le droit maritime oblige tous les navires à prêter assistance aux personnes en difficulté. Mais après? Fidèle à son credo immigrationniste, l’Union européenne continue à encourager les candidats à l’immigration puisque ceux-ci, une fois sauvés, savent qu’ils auront le loisir de rester en Europe. En 2012, au motif que l’article 4 de la Convention européenne des droits de l’homme interdit les expulsions groupées, la Cour européenne des droits de l’homme n’a-t-elle pas, en effet, condamné l’Italie parce qu’elle avait refoulé des clandestins interceptés en Méditerranée? Depuis, le nombre de migrants en provenance de Libye n’a pas cessé d’augmenter -dans ces conditions, l’Union européenne va réussir à nous faire regretter l’époque du colonel Kadhafi.

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Depuis le début de l’année, environ mille six cents personnes ont péri en traversant la Méditerranée vers l’Italie. C’est évidemment tragique. Mais, contrairement à ce que répètent les bonnes consciences, qui accusent l’Europe «de non-assistance à personne en danger», l’Union européenne n’est pas responsable de la mort de ces pauvres gens -elle serait plutôt responsable d’imposer aux peuples européens une immigration dont ils ne veulent pas. De fait, la responsabilité de ces tragédies n’incombe-t-elle pas d’abord aux passeurs qui, dévorés par la cupidité, embarquent les migrants sur des rafiots improbables?

Alors qu’il commentait la mort des migrants au large des côtes libyennes, François Hollande a dit quelque chose d’intéressant -c’est d’ailleurs si étonnant que l’on soupçonne un lapsus: il a qualifié les passeurs de «terroristes». Au même moment, les terroristes de l’État islamique diffusaient une vidéo mettant en scène l’assassinat de chrétiens sur une plage de Libye. Coïncidence? En février dernier, l’État islamique n’avait-il pas menacé d’envoyer 500000 migrants depuis la Libye? En ce début d’année, les flux migratoires à travers la mer Méditerranée ont augmenté de 42% par rapport à la même période de 2014 -le directeur exécutif de Frontex estime que le nombre de migrants pourrait atteindre le million en 2015. Parmi ces clandestins qui embarquent pour l’Italie, tous ne ne sont évidemment pas des djihadistes: on trouve des réfugiés, notamment de Somalie ou d’Érythrée, qui fuient la guerre ou les persécutions, et de nombreux Africains de l’Ouest en quête de conditions de vie plus faciles. Il y a une majorité de musulmans; certains d’entre eux sont si fervents qu’ils n’ont d’ailleurs pas hésité, récemment, à jeter par dessus bord leurs compagnons d’infortune chrétiens. Ceux qui réussissent à passer en Europe sont cent fois plus nombreux que ceux qui périssent et l‘État islamique, qui nous a déclaré la guerre, cherche à les instrumentaliser pour déstabiliser l’Europe. En effet, lorsque les guerres sont asymétriques, les combattants les plus faibles, qui ont recours à la guérilla et au terrorisme, ne peuvent pas projeter d’envahir militairement le territoire de leur ennemi, car ils n’en ont pas les moyens, et l’invasion doit donc prendre une autre forme. L‘État islamique a compris que la gestion des flux migratoires vers la botte italienne était le talon d’Achille des démocraties européennes. Il n’est pas impossible que les départ de bateaux vers l’Italie s’amplifient: les djihadistes utiliseront ces flottilles chargées de malheureux comme les instruments d’une invasion.

En réponse à cette menace, le «plan de sauvetage européen» n’a pas été conçu pour sauver l’Europe: il entérine, au nom de la solidarité, le fait d’être envahi. Or, soyons réalistes: l’Europe ne peut pas accueillir ces nouveaux migrants; elle n’en a pas les moyens. Mais les dirigeants européens semblent persister dans leurs erreurs, à tel point qu’on ne sait plus s’ils ont une mentalité de négriers ou s’ils sont suicidaires. Qu’ils ne s’étonnent pas, ensuite, si les peuples européens, qui se sentent méprisés, soient révoltés. Car c’est à la source qu’il faut attaquer le problème de l’immigration transméditerranéenne: pour empêcher les migrants de mourir, il faut les empêcher de partir. Aussi, la solution passe d’abord par un blocus maritime de la Libye puis, n’en déplaise au branquignol Ban Ki-moon, par une véritable intervention militaire au sol. C’est seulement ensuite, lorsque la région sera sécurisée et stabilisée, que l’on pourra envisager des aides au développement. Mais l’Union européenne n’a pas le courage de prendre de vraies décisions. On se consolera en songeant que Laurent Fabius n’a pas proposé de livrer des bateaux neufs aux passeurs. C’est déjà ça.

Written by Noix Vomique

28 avril 2015 at 11 h 13 min

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