Noix Vomique

Le plus bel hommage

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Ne cherchez pas. C’est ici, chez Fredi, que Johnny a reçu son plus bel hommage.

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Written by Noix Vomique

9 décembre 2017 at 19 07 43 124312

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Égalitarisme d’illettrés

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Source: Le blog à dessins de Xavier Gorce. http://xaviergorce.blog.lemonde.fr/2017/11/24/ce-genre-daneries/

L’écriture « inclusive » semble se répandre comme la vérole sur le bas-clergé, sans doute parce que ses sectateurs ont une certaine influence à l’Université, dans l’administration et, évidemment, dans les médias. Ils sont imités par des mutins de panurge qui se croient sans doute modernes, ou plus intelligents que le commun des mortels, convaincus que notre langue doit être soumise à leurs lubies égalitaristes, convaincus que cette réécriture va dans le sens du progrès. Or, rien n’est moins naturel qu’un tel charabia, venu de nulle part et impossible à lire à haute voix. C’est en effet l’usage, et lui seul, qui doit permettre à la langue d’évoluer, et tout le monde sait bien que l’écriture inclusive est un artifice forcé, un caprice idéologique que seuls quelques adeptes utilisent réellement. Leur féminisme d’analphabètes voudrait nous faire croire que la langue française oppresse les femmes mais ils confondent volontairement le sexe et le genre grammatical, un peu comme si une personne était une femme et un paillasson, un homme. Ce contresens fut déjà dénoncé en 1984 par Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss -alors que la féminisation des noms de métiers faisait débat, les deux grands académiciens avaient publié un texte où ils défendaient l’esprit de la langue française:

Il convient de rappeler qu’en français comme dans les autres langues indo-européennes, aucun rapport d’équivalence n’existe entre le genre grammatical et le genre naturel. Le français connaît deux genres, traditionnellement dénommés « masculin » et « féminin ». Ces vocables hérités de l’ancienne grammaire sont impropres. Le seul moyen satisfaisant de définir les genres du français eu égard à leur fonctionnement réel consiste à les distinguer en genres respectivement marqué et non marqué. Le genre dit couramment « masculin » est le genre non marqué, qu’on peut appeler aussi extensif en ce sens qu’il a capacité à représenter à lui seul les éléments relevant de l’un et l’autre genre. Quand on dit « tous les hommes sont mortels », « cette ville compte 20 000 habitants », « tous les candidats ont été reçus à l’examen », etc., le genre non marqué désigne indifféremment des hommes ou des femmes. Son emploi signifie que, dans le cas considéré, l’opposition des sexes n’est pas pertinente et qu’on peut donc les confondre. En revanche, le genre dit couramment « féminin » est le genre marqué, ou intensif.

Ainsi, la langue française est déjà inclusive lorsque le « ils » inclut à la fois des hommes et des femmes. À l’inverse, la marque du féminin est clairement distinctive: les femmes sont ici différenciées, comme des êtres à part, un peu comme lorsqu’elles mettent un voile pour sortir dans la rue. Mais notre bonne vieille grammaire reste condamnable aux yeux des précieuses ridicules du progressisme: des professeurs et des universitaires ont récemment déclaré qu’ils n’enseigneraient plus la règle selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin » -ils n’ont pas précisé si les erreurs de leurs pauvres élèves seraient considérées comme des fautes d’orthographe ou comme des crimes sexistes. Dans ces conditions, il va être de plus en plus difficile de transmettre l’amour de la langue française. L’écriture inclusive pourrait n’être qu’absurde ; elle est surtout le symptôme d’une entreprise de déconstruction de notre langue et, plus avant, de notre identité. Elle rappelle la « novlangue » décrite par George Orwell dans 1984 : nous sommes dans une sorte de délire totalitaire et révisionniste qui prétend tout réécrire. La langue sera nettoyée de tous les signes d’une supposée oppression patriarcale -les écologistes de la Ville de Paris ont d’ailleurs proposé que les Journées du Patrimoine soient rebaptisées « Journées du Matrimoine et du Patrimoine ». Tout ce vent de démence ne résoudra évidemment pas les inégalités salariales ou la précarité dont souffrent les femmes: à force d’être patraque, le féminisme est simplement devenu une matraque.

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3 décembre 2017 at 16 04 20 122012

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Ludique

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Lombricomposteurs

La Ville de Paris distribue des lombricomposteurs aux parisiens. « Cela rend le tri ludique, on ne jette plus, on donne à manger aux vers! »

L’argument devrait faire réfléchir les hygiénistes du deuil car, vu sous cet angle, l’inhumation est autrement plus amusante que la crémation.

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26 novembre 2017 at 16 04 09 110911

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Mélancolie catalane

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La marche hispanique, au début du IXème siècle.

Après la récente proclamation d’indépendance de la Catalogne, mes sentiments sont partagés entre la sympathie, pour une nation qui défend son identité et cherche à proclamer sa souveraineté, et le scepticisme, à l’égard de l’extrême-gauche catalane qui se met en avant et pousse à la rupture. Les indépendantistes de l’Esquerra Republicana de Cataluny (ERC) et de la Candidatura d’Unitat Popular (CUP) sont en effet prêts à créer une nouvelle frontière qui diviserait l’Espagne alors que, dans le même temps, ils claironnent qu’il faut ouvrir les frontières aux migrants. C’est assez paradoxal. En réalité, ils sont grossièrement indépendantistes: ils rejettent Madrid plus qu’ils n’aiment la Catalogne.

En 2005, la Generalitat de Catalunya, c’est-à-dire le gouvernement autonome catalan, avait décerné à Claude Lévi-Strauss le Prix international Catalunya. Le grand ethnologue aimait rappeler que le majorquin Raymond Lulle, inventeur du catalan littéraire, avait, le premier, au XIIIème siècle, esquissé le mode de raisonnement de l’anthropologie structurale: il s’attachait toujours à étudier les différences entre les concepts ou les êtres, de façon à mettre en évidence, au moyen d’opérations logiques, des liens jusque-là insoupçonnés. Les indépendantistes devraient en prendre de la graine: ils comprendraient peut-être que les identités politiques de la Catalogne et de l’Espagne, au-delà de leur dissemblances, sont solidaires depuis l’origine -elles se sont en effet construites ensemble, dans le contexte historique bien précis de la Reconquista. Aussi, pendant longtemps, jusqu’au vingtième siècle, l’attachement des Catalans à leur langue et à leurs traditions ne les empêchait pas d’avoir également un sentiment d’appartenance à la nation politique espagnole. Cette double identité était parfaitement assumée.

L’identité catalane, véritablement ancienne, remonte aux temps des Carolingiens, au début du IXème siècle. Évidemment, à l’époque, ce n’était pas une identité nationale telle que nous l’entendons aujourd’hui -le nationalisme actuel n’est finalement que très récent. Depuis le début du VIIIème siècle, les Arabes exerçaient leur domination sur la plus grande partie de la péninsule ibérique. Seul le nord leur avait résisté – le royaume chrétien des Asturies s’était constitué après la victoire de Pelayo à Covadonga, en 722, et du côté des Pyrénées, la Navarre, le Sobrarbre, la Ribagorce et le Pallars avaient réussi à échapper à leur emprise. En 778, Charlemagne franchit les Pyrénées avec la ferme intention de repousser les Sarrasins: il occupa Pampelune et Huesca avant d’échouer aux portes de Saragosse -c’est au retour de cette expédition que son arrière-garde fut attaquée à Roncevaux par des Basques. En 801, après que Gérone, Urgell et la Cerdagne s’eurent placé spontanément sous sa protection, Charlemagne envoya Louis d’Aquitaine en direction de la mer des Baléares et Barcelone fut reprise aux Arabes. La région pyrénéenne qui s’étend de Jaca à Ampurias fut alors partagée en dix comtés: elle constituait la Marche hispanique, une zone tampon chargée de protéger les frontières de l’Empire d’Occident. De nombreuses abbayes furent fondées, de façon à bien marquer que ces terres étaient à nouveau chrétiennes. Cependant, les comtes catalans montrèrent très vite qu’ils tenaient à s’émanciper du pouvoir carolingien -ils n’hésitèrent pas, lorsque cela les arrangeait, à conclure des accords de bon voisinage avec les Arabes installés à Lérida ou Tortosa. Peu à peu, ils se placèrent sous l’autorité du comte de Barcelone, Guifred le Velu, qui posa ainsi les fondements d’un État féodal. En 987, après une offensive d’Almanzor sur Barcelone, le comte Borrell II reprocha au Roi des Francs Hugues Capet de ne pas avoir défendu la Marche ; il saisit ce prétexte pour faire de la Catalogne un État indépendant. De leur côté, les populations du pays de Jaca et de la rivière Aragón avaient constitué un comté indépendant, quoique d’abord lié au royaume de Navarre, qui allait devenir en 1035 le royaume d’Aragon. Ce nouvel État passa sous l’autorité du comte de Barcelone après que la fille du roi d’Aragon, Pétronille, eut épousé en 1137 Raymond Bérenger, le fils du comte de Barcelone, et après que leur héritier eut pris le titre de roi d’Aragon en 1162: la puissante couronne d’Aragon, sorte de confédération au sein de laquelle se trouvait la Catalogne, était née.

À cette époque, l’Espagne –Spania en langue vulgaire- n’existait pas: c’était davantage une idée à laquelle les chrétiens se rattachaient ; celle d’un pays dérobé illégitimement à lui-même par les musulmans. Il faut croire qu’on avait la nostalgie de l’ancien royaume wisigothique: on avait longtemps pleuré sa perte et on voulait désormais le reconquérir. Les royaumes du nord de la péninsule n’existaient donc que dans l’espoir de reconstituer l’Espagne dans son unité: ils furent évidemment les foyers de départ de la Reconquête. Au début du XIIIème siècle, ils répondirent à l’appel du Pape Innocent III qui avait confié à l’archevêque de Tolède le soin d’organiser une nouvelle croisade pour bouter les musulmans hors d’Espagne. Une armée puissante, composée de chevaliers venus de tout l’Occident et conduite par les rois de Castille, de Navarre et d’Aragon écrasa les forces du calife almohade à Las Navas de Tolosa en 1212. Les Arabes, refoulés dans le sud de la péninsule, formèrent alors le royaume de Grenade qui subsistera jusqu’en 1492. Les quatre royaumes chrétiens de Castille et León, du Portugal, de Navarre et d’Aragon étaient alors tous reconnus comme espagnols: par delà les coutumes locales, ils étaient régis par les mêmes règles -celles de la loi coutumière de l’Espagne. À cette époque, alors que Raymond Lulle s’employait à convaincre les musulmans de se convertir au christianisme, la Catalogne était la région la plus dynamique de la péninsule. Les Catalans étaient ambitieux et s’étaient lancés dans une politique expansionniste: ils s’étaient emparés du royaume de Majorque, du royaume de Valence, puis, en Méditerranée, de la Sicile, de la Sardaigne et, plus tard, du royaume de Naples. Barcelone n’était pas seulement un port très actif, c’était aussi un grand foyer industriel. La bourgeoisie de la ville, entreprenante, essentiellement composée de banquiers, d’armateurs, de drapiers et de marchands, voyait ses affaires prospérer. Cette réussite contrastait avec la situation du reste du royaume d’Aragon: à la campagne, la noblesse s’accrochait à des pouvoirs exorbitants et les paysans finirent par se révolter, ce qui plongea la Catalogne, à la fin du XVème siècle, dans une crise profonde.

C’est précisément à la fin du XVème siècle que l’Espagne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, devint une réalité. Pour les Espagnols qui ont encore une conscience historique, les Rois Catholiques sont un véritable mythe fondateur: l’unité de l’État est en effet une conséquence du mariage, en 1469, d’Isabelle, reine de Castille, et de Ferdinand, roi d’Aragon. La titulature qu’utilisaient Isabelle et Ferdinand ressemble à une douce litanie, pleine de rêves; elle n’en est pas moins significative: « Roi et reine de Castille, d’Aragon, de León, de Tolède, de Valence, de Galice, de Majorque, de Séville, de Sardaigne, de Cordoue, de Corse, de Murcie, de Jaen, des Algarves, d’Algeciras, de Gibraltar, comte et comtesse de Barcelone, seigneurs de Biscaye et de Molina, ducs d’Athènes et de Néopatrie, comtes de Roussillon et de Cerdagne, marquis d’Oristan et de Gociano ». La prééminence de la Castille était désormais évidente ; il était cependant établi que la Catalogne et les autres entités territoriales constituant la Couronne d’Aragon garderaient leur langue, leur monnaie, leur organisation politique, leurs cours de justice, leur droit privé et public. L’unité de l’Espagne sera parachevée quelques années plus tard, en 1492 avec la prise de Grenade, puis en 1512 avec la soumission du royaume de Navarre.

Ces vieilles histoires ont probablement laissé quelques traces dans l’inconscient de la Catalogne. Elles nous enseignent que les États ne sont pas éternels: ils apparaissent, ils disparaissent. Elles nous montrent également qu’aucune nation n’est méprisable. Aujourd’hui, sans doute parce que l’Europe a contribué à affaiblir les États, le catalanisme est de moins en moins un régionalisme et de plus en plus un nationalisme. Face au manque d’envergure intellectuelle de Madrid, les Catalans semblent désormais déterminés à défendre l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes et nous ne les blâmerons pas: cela nous change des nations qui renoncent docilement à leur souveraineté.

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16 novembre 2017 at 13 01 25 112511

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Jusqu’au-boutiste

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Chez Tom Gauld.

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Le jeune Miguel de Unamuno

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Les vagues de l’histoire, avec leur rumeur et leur écume miroitante au soleil, roulent sur une mer massive, profonde, infiniment plus profonde que la couche qui ondule sur cette mer silencieuse dont le fond dernier n’est jamais atteint par le soleil. Tout ce que racontent quotidiennement les journaux, toute l’histoire du « moment historique présent », ce n’est que la surface de la mer; surface qui se congèle et cristallise dans les livres et les archives. Les journaux ne disent rien de la vie silencieuse des millions d’hommes sans histoire qui à chaque heure du jour et dans tous les pays du globe se lèvent sur un ordre du soleil et vont à leurs champs pour continuer l’obscure et silencieuse tâche, quotidienne et éternelle, cette tâche semblable à celle des madrépores au fond des océans et qui jette les bases sur lesquelles s’érigent les îlots de l’histoire. C’est sur le silence auguste, disais-je, que le son prend appui et vie: c’est sur l’immense humanité silencieuse que se dressent ceux qui font du bruit dans l’histoire. Cette vie intra-historique, silencieuse et massive comme le fond même de la mer, c’est la substance du progrès, la vraie tradition, la tradition éternelle, bien différente de la tradition mensongère qu’on a coutume d’aller demander au passé enseveli dans les livres et les papiers, les monuments et les pierres.

Ceux qui vivent dans le monde, dans l’histoire, attachés au « moment historique présent », ballottés par les vagues à la surface de la mer où ils se débattent comme des naufragés, ceux-là ne croient qu’aux tempêtes et aux cataclysmes suivis d’accalmies, ceux-là croient que la vie peut s’interrompre et se renouer. On a beaucoup parlé d’un renouement de l’histoire d’Espagne, et si elle a été renouée jusqu’à un certain point, c’est parce que l’histoire jaillit de la non-histoire, et que les vagues sont les vagues de la mer paisible et éternelle. Ce n’est pas la restauration de 1875 qui a renoué l’histoire d’Espagne: ce sont les millions d’hommes qui ont continué à faire comme auparavant, ces millions pour lesquels le soleil fut pareil après qu’avant le 29 septembre 1868, pareils leurs travaux, pareilles les chansons qu’ils chantaient en suivant les sillons des labours. Et en réalité ils n’ont rien renoué, parce que rien ne s’était rompu. Une vague après une vague, ce n’est pas une autre eau, c’est la même ondulation qui court sur la même mer. Grand enseignement que celui de 68 ! Ceux qui vivent dans l’histoire deviennent sourds au silence. Mais, après tout, combien de bouches ont crié en 68 ? Combien ont eu leur vie renouvelée par cette « destruction de l’existant au milieu du tumulte » selon la formule de Prim ? Il l’a répété bien des fois: « Détruire au milieu du tumulte des obstacles ! » Ce turbulent portait au cœur l’amour du bruit de l’histoire; mais si l’on entendit le bruit, ce fut parce que l’immense majorité des Espagnols se taisait: on entendit le tumulte de cet orage d’été sur le silence auguste de la mer éternelle.

C’est là, dans le monde des silencieux, au fond de la mer, plus bas que l’histoire, que vit la vraie, l’éternelle tradition, et dans le présent, non dans le passé mort à jamais et enterré avec les choses mortes. C’est au fond du présent qu’il faut chercher la tradition éternelle, dans les entrailles de la mer, non dans les glaçons du passé qui, dès qu’on veut leur donner vie, fondent, restituant leur eau à la mer. De même que la tradition est la substance de l’histoire, l’éternité est celle du temps: l’histoire est la forme de la tradition, de même que le temps est celle de l’éternité. Et chercher la tradition dans le passé mort, c’est chercher l’éternité dans le passé, dans la mort, chercher l’éternité de la mort. […] La tradition éternelle, voilà ce que doivent chercher les voyants de chaque peuple pour s’élever à la lumière; il faut qu’ils rendent conscient en eux ce qui dans leur peuple est inconscient, afin de le guider mieux. La tradition espagnole éternelle -et qui dit éternelle dit humaine plutôt qu’espagnole, -voilà ce que nous devons chercher nous autres Espagnols, dans le présent vivant, non pas dans le passé mort.

Miguel de Unamuno, L’essence de l’Espagne, « La tradition éternelle », 1895,
trad. de Marcel Bataillon, Gallimard, 1967.

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Al-Andalus

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Plaza Salvador Sevilla

Lorsque j’ai entendu, après les attentats islamistes qui ont frappé la Catalogne, que les djihadistes promettaient de « récupérer Al-Andalus », je me suis souvenu de cette soirée, en novembre 1993, alors que je vivais à Séville dans l’espoir de terminer une thèse d’histoire, laquelle essayait de montrer, dans les pas de Miguel de Unamuno, que la religion catholique était devenue le principal lien social dans l’Espagne du Siècle d’or, et nous buvions quelques bières, avec un ami, assis sur les marches qui conduisent à la magnifique église du Salvador, sur la place du même nom -qui n’est pas celle dont parle Cervantes dans ses Nouvelles Exemplaires, car à l’époque, on désignait ainsi la petite place située de l’autre côté de la collégiale, où se tenait un petit marché et où les Sévillans venaient acheter leur pain, alors que la place actuelle, plus encaissée qu’elle ne l’est aujourd’hui, était un cimetière attenant à l’hôpital des Bubons ; nous étions donc en train de picoler dans cet ancien jardin des macchabées, assis non loin de la statue de Martínez Montañéz, et un gars, ayant entendu que nous parlions français, engagea la conversation : il était marocain, vivait à Séville depuis quelques mois, et il entreprit de nous raconter ce que nous savions déjà, que l’église du Sauveur avait été construite à l’endroit où s’élevait jadis une mosquée, et lorsque je lui expliquai que les Arabes avaient eux-mêmes recyclé une église chrétienne, celle où avait officié saint Isidore, et qui avait été bâtie par les Wisigoths sur les ruines d’un temple romain, il ne voulut pas m’entendre, car il était trop soucieux de nous vanter la grandeur d’Al-Andalus, à tel point qu’on eût cru qu’il récitait un article de Jean Daniel pour les lecteurs du Nouvel Obs, et il finit par s’emporter et déclara que l’Andalousie devait revenir à l’islam, au seul prétexte qu’elle avait été jadis musulmane, à quoi je répondis, car l’alcool me rend souvent taquin, que Constantinople devait dans ce cas remplacer Istanbul, et que les Juifs avaient raison de dire que Jérusalem était à eux ; il resta un moment interloqué et se leva sans un mot; nous le regardâmes s’éloigner, convaincus que nous avions eu affaire à un déséquilibré.

Written by Noix Vomique

22 septembre 2017 at 10 10 13 09139

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