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Quelque chose de pourri au royaume de Danemark

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Au moins 500 personnes ont participé à l’enterrement du terroriste de Copenhague (Photo: Jens Alstrup)

Au moins 500 personnes ont participé à l’enterrement du terroriste de Copenhague. (Photo: Jens Alstrup)

Foreign Policy, prestigieuse revue américaine créée en 1970 par Samuel Huntington, a publié le 21 janvier dernier un article intitulé The French Colonialist’s Comeuppance, ce que l’on pourrait traduire par La punition méritée des colonisateurs français. On peut y lire que les attentats islamistes qui ont ensanglanté Paris en janvier sont la conséquence directe de l’histoire coloniale de la France. En effet, les Français, incapables de s’adapter aux flux migratoires venant de leurs anciennes colonies, auraient continué à se comporter en colonisateurs: du coup, les enfants d’immigrés, humiliés d’être discriminés, toujours ramenés au rang de colonisés, trouveraient dans le djihad une façon d’exprimer leur rage. L’auteur de cette tartine n’est pas un obscur scribouillard de Mediapart: il est professeur d’université -avec de tels experts en relations internationales, on comprend maintenant que les États-Unis n’aient pas vu venir les attentats du World Trade Center puis qu’ils aient attaqué l’Irak de Saddam Hussein sans en mesurer les conséquences.

C’est donc la faute au général Bugeaud si des attentats meurtriers ont été commis à Paris contre Charlie Hebdo et le supermarché casher de la Porte de Vincennes. En France, ceux que l’historien Daniel Lefeuvre appelait les Repentants rabâchent le même discours: l’islamophobie, qui empêcherait l’islam de s’insérer dans la société française, est un héritage du colonialisme. À les entendre, l’ethnicisation des banlieues, qu’ils comparent à une ghettoïsation, s’inscrirait également dans le prolongement du sectarisme colonial. Ils ont donc bu du petit lait lorsque Manuel Valls a dénoncé, le 20 janvier dernier, l’existence d’un «apartheid territorial, social, ethnique», laissant penser que ces territoires sont délibérément marginalisés par la République -alors qu’ils bénéficient, comme le géographe Christophe Guilluy l’a expliqué, d’une densité d’équipements publics supérieure à la moyenne des zones périurbaines et rurales. Le Premier ministre n’est pas crédible: comment peut-il parler d’apartheid et, ensuite, nous servir l’habituel boniment sur les valeurs républicaines? N’y a-t-il pas une contradiction? De la même façon, l’histoire coloniale est liée à celle de la République: lorsqu’ils accusent le colonialisme de tous les maux, les bobos anticolonialistes du vingt-et-unième siècle remettent finalement en question les fondements d’une République porteuse de Lumières, d’universalisme et d’égalité- et c’est Jules Ferry qui doit se retourner dans sa tombe.

Mais voilà. Le weekend dernier, les attentats de Copenhague, qui ont fait deux morts et cinq blessés, ont apporté un démenti cinglant à l’idéologie gauchiste de la repentance coloniale. Car le Danemark n’a pas de passé colonial. Le seul territoire qu’il n’ait jamais colonisé est le Groënland. Or, ce n’est pas un Inuit qui ouvert le feu, à deux reprises, sur les participants d’un débat consacré à la liberté d’expression puis sur une synagogue. Ce ne sont pas, non plus, des Inuits qui sont venus déposer des fleurs en hommage au terroriste, sur le trottoir où il a été abattu par la police. Enfin, ce ne sont pas 500 Inuits qui ont participé vendredi aux funérailles du tueur. L’explication coloniale ne tient donc pas. Reste à savoir pourquoi le Danemark, pays prospère qu’on nous présentait comme un modèle, à la fois en matière d’intégration et d’État-providence, a échoué. Je me souviens de cette jeune Danoise, rencontrée au début des années quatre-vingt dix lorsque je vivais à Séville. Elle s’appelait Issa, blonde, mignonne comme tout, avec de longues jambes. Le Danemark venait de voter non au traité de Maastricht. Faisant fi du politiquement correct, elle m’avait raconté -déjà- les difficultés liées à l’immigration musulmane. Aujourd’hui, ce qu’elle pressentait se vérifie: la distribution des aides sociales, loin de favoriser l’intégration, a encouragé le parasitisme et le communautarisme. Edwy Plenel aura beau sangloter sur «l’enfance malheureuse des frères Kouachi», force est de constater que les attentats islamistes de Paris et de Copenhague sont moins une conséquence du passé colonial que le résultat de l’immigrationnisme, du laxisme et du padamalgamisme. Les gauchistes nous ont mis en garde pendant des décennies contre les dangers de la xénophobie et du fascisme; nous nous retrouvons aujourd’hui avec une menace djihadiste sur le sol européen. Et, comme par hasard, au moment des attentats de Copenhague, l’État islamique nous envoyait sa nouvelle vidéo: sur une plage libyenne, sous un ciel tempétueux, l’égorgement et la décapitation de vingt-et-un coptes égyptiens. Le chef des djihadistes, qui s’adresse à la caméra, semble défier les «nations chrétiennes», fanfaronnant qu’ils vont «conquérir Rome», là, juste derrière lui, de l’autre côté de la Méditerranée. Nous y sommes. Ça se précise; l’ennemi est . Et le vivre ensemble, ce n’est pas son truc. Si nous ne voulons pas le voir, nous sommes fichus.

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21 février 2015 at 12 h 07 min

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Le Soudan du Sud est-il entré dans l’Histoire?

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Une femme nuer en train de tirer le lait.  Photo d'Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Museum.

Une femme nuer trait le lait. Photo d’Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Museum.

En déplacement au Sénégal pour le XVème sommet de la Francophonie, fin novembre, François Hollande n’avait pas pu s’empêcher, comme s’il en avait besoin pour exister, de faire allusion au fameux discours de Dakar, lorsque Nicolas Sarkozy avait dit que «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire». À l’époque, en 2007, ces propos avaient fait un assez joli scandale si bien que Ségolène Royal, lors d’un voyage au Sénégal en 2009, s’était crue obligée de demander «pardon» aux Africains. Aussi, marchant dans les pas de son ex, François Hollande a déclaré que «l’Afrique est non seulement entrée dans l’Histoire mais [qu’] elle est aussi une partie de notre avenir». L’Afrique. En général. C’est bien la peine de nous rabattre les oreilles avec la diversité, si c’est pour ensuite exprimer une vision aussi simpliste de l’Afrique. Une Afrique rêvée, comme à l’époque coloniale. Dans l’actualité, l’Afrique est surtout évoquée à travers le Mali et la Centrafrique. Le Nigeria, encore, où les populations du Nord-Est se font régulièrement enlever ou massacrer par les islamistes de Boko Haram. Mais le Soudan du Sud? Qui s’intéresse à ce pays, devenu indépendant en juillet 2011, et qui a basculé en décembre 2013 dans une abominable guerre civile? Des milliers de morts, le déplacement d’un million et demi de réfugiés, une insécurité alimentaire qui touche quatre millions de personnes. Personne n’a respecté le cessez-le-feu signé le 23 janvier 2013 et, depuis un an, les embrouilles se sont multipliées, notamment entre les ethnies Dinka et Nuer. En décembre dernier, l’ONU déplorait un regain des combats et c’est sans grande illusion qu’un nouveau cessez-le feu, le septième en un an, fut proposé le 2 février. Toute cette violence n’était-elle pas prévisible dès la création de ce nouvel État? Mais, surtout, n’est-elle pas le signe que le Soudan du Sud se situe bel et bien dans l’histoire?

Juba, la capitale du Soudan du Sud. (Photo: AFP)

Djouba, la capitale du Soudan du Sud. (Photo: AFP)

En devenant indépendant, le Soudan du Sud entrait d’emblée dans la catégorie des pays les moins avancés du monde: des revenus par habitants très faibles (90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), une population majoritairement rurale (83% de la population) et analphabète (le taux d’analphabétisme est de 73% pour les hommes et de 92% pour les femmes), une forte croissance démographique (72% de la population a moins de trente ans et 50% moins de 18 ans), une espérance de vie faible (58 ans pour les hommes et 62 ans pour les femmes), un taux de mortalité infantile élevé (102 pour 1000 naissances), une malnutrition chronique (près de la moitié de la population du sud du Soudan est confrontée à des pénuries alimentaires) et une situation sanitaire préoccupante (l’accès aux soins de base est inexistant pour les trois quarts de la population). Le tableau n’est pas brillant: on mesure à quel point l’expression «Pays les Moins Avancés», créée par l’ONU en 1971, est un doux euphémisme. Car le Soudan du Sud est un pays véritablement sous-développé. Les Pays les Moins Avancés sont exclus de la mondialisation, ce qui limite encore leurs espoirs de croissance. À l’inverse, les pays qui décollent sont ceux qui parviennent à s’intégrer au mouvement. Sachant cela, le Soudan du Sud compte sur ses réserves pétrolières, estimées à plus de cinq milliards de barils, pour financer son développement: les oléoducs qui traversent le Soudan jusqu’au terminal de Port-Soudan, sur la Mer Rouge, lui permettraient de se désenclaver et de se rattacher à la mondialisation -Total est dans les starting-blocks pour commencer l’exploitation du « Bloc B », une concession de 120.000 kilomètres carrés obtenue en 1980 dans la région de Jonglei.

La mondialisation, loin de n’être qu’un phénomène géographique et économique, est aussi le temps historique qui a succédé à la guerre froide: en s’y incorporant, les Sud-Soudanais devraient donc, logiquement, trouver leur place dans l’histoire. Mais saisissent-ils vraiment les enjeux du développement? Palperont-ils les bénéfices des exportations de pétrole? Pour la plupart, ils vivent encore de manière traditionnelle: leur principale activité est l’agriculture vivrière. Les principales ethnies présentes au Sud-Soudan, telles que les Dinka (deux millions de personnes), les Nuer (environ un million), ou encore les Mundari qui vivent au nord de Djouba, continuent à donner au bétail une place centrale dans la vie économique. Pour ces populations, la tradition est plus importante que le développement, l’essentiel étant de transmettre aux générations futures ce que l’on a soi-même reçu.

On a l’habitude de considérer que les sociétés traditionnelles, soumises aux contraintes de la tradition, sont immuables. Elles se stabiliseraient dans la répétition et donneraient l’illusion de sociétés a-historiques, sans réelle conscience historique. Pour Claude Lévi-Strauss, elles résistent à l’histoire parce qu’elles «produisent extrêmement peu de désordre», contrairement aux sociétés historiques qui, en créant du déséquilibre, se trouvent obligées de se transformer constamment: «Tandis que les sociétés dites primitives baignent dans un fluide historique auquel elles s’efforcent de demeurer imperméables, nos sociétés intériorisent, si l’on peut dire, l’histoire pour en faire le moteur de leur développement» [1]. Cependant, ces sociétés n’échappent pas à l’histoire et se modifient avec le temps. Pour l’ethnographe britannique Edward Evan Evans-Pritchard, qui vécut avec les Nuer entre 1930 et 1936, et qui leur consacra une monographie magnifique [2], ces sociétés sont le résultat d’une succession d’événements. Elles ont un passé, au cours duquel elles ont subi des mouvements de populations, des crises, ou encore des guerres. Au Soudan, la domination musulmane puis la colonisation ont laissé des traces: les peuples du Sud se souviennent que les Ottomans les réduisaient en esclavage et que les Britanniques mirent fin à ces pratiques en 1882 lorsqu’ils occupèrent l’Égypte. Certes, les sociétés traditionnelles essaient de limiter les effets de ces événements en se conformant à la tradition, et notamment en ayant recours au culte des ancêtres. Mais, comme l’explique l’ethnologue Georges Balandier dans Anthopo-logiques [3], le temps est l’agent qui compose, décompose et recompose les sociétés:

«De là, le rapport essentiellement ambigu que toute société établit au temps: du passé, elle reçoit les moyens de se définir et de se maintenir, et le “récit” historique par lequel elle se légitime; du présent, elle tire la découverte de son caractère problématique en raison des calculs et des pratiques propres aux divers acteurs sociaux; par l’avenir, elle prend conscience des tendances qui peuvent la contraindre au développement et/ou à la mutation, des configurations latentes qui, en elle, cherchent à s’actualiser. Les sociétés disposent de deux possibilités d’esquiver le défi du temps, de produire l’illusion a-historique; soit en éternisant le passé et la continuité (perspective conservatrice), soit en rendant imaginairement présent un avenir par lequel l’histoire se trouve abolie (perspective eschatologique).»

Loin d’être des univers clos et hors du temps, les sociétés traditionnelles se situent donc dans l’histoire. Georges Balandier souligne que la constitution d’un État, alors que les sociétés traditionnelles sont des sociétés sans État, réveille la conscience du temps historique, puisqu’elle «entraine la construction d’une société d’un type nouveau, plus différenciée et souvent plus “plurale”, plus ouverte à l’inégalité et assurant la suprématie d’un groupe dominant, davantage libérée des relations primaires résultant de la parenté, de la filiation et de l’alliance». Au Soudan du Sud, la création d’un État indépendant en 2011 a évidemment généré un désordre: les Nuer contestent la légitimité du chef de l’État, Salva Kiir, parce qu’il est un Dinka. Par leur culture, ils ont toujours été réticents à l’idée d’un pouvoir politique organisé et centralisé, si bien qu’Evans-Pritchard avait parlé à leur sujet d’une «anarchie ordonnée»: «ni maître ni serviteur dans leur société, mais des égaux qui se considèrent comme la plus noble création de Dieu. Le respect qu’ils se témoignent entre eux fait contraste avec leur mépris de tous les autres peuples». Leur aversion pour les Dinka montrent que les rapports de force, dans une société multiculturelle, sont moins politiques ou sociaux qu’ethniques. Et cela rend difficile l’exercice de la démocratie. Thomas Joassin se demandait d’ailleurs dans Causeur si le modèle étatique moderne était adapté aux sociétés africaines: «La logique d’un système ethnique, dans ce type d’État unifié, encourage la violence par une logique de vengeance et de punition collective». Les Nuer et les Dinka s’étaient déjà castagnés dans le passé; il n’en fallait donc pas beaucoup pour qu’ils reprennent les armes. Les raffinements du multiculturalisme, sans doute.

Deux guerriers nuer simulent un duel. Photo d'Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Musuem.

Deux guerriers nuer simulent un duel. Photo d’Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Musuem.

Certes, le Soudan du Sud n’est pas l’Afrique. Mais nous voyons bien que l’indépendance, la guerre civile et les espoirs liés à la mondialisation ont permis aux habitants de ce nouveau pays de réaliser qu’ils se situaient dans l’histoire et qu’ils pouvaient transformer par leur action la société dans laquelle ils vivaient. L’Histoire n’est-elle pas, en effet, le résultat d’une prise de conscience? Nos hommes politiques l’ont oublié; tels des concierges, ils en sont réduits à surveiller qui entre, ou pas, dans l’Histoire. Et plutôt que dire que «l’Afrique est une partie de notre avenir», ce qui suppose que la France n’est plus maîtresse de son destin, plutôt que s’interroger sur sa propre postérité, en regrettant que «ceux qui racontent l’Histoire ont plus de chance d’être aimés que ceux qui font l’Histoire», François Hollande serait bien inspiré de se demander pourquoi tant de Français semblent partager aujourd’hui l’étrange sentiment que la France est en train de sortir de l’Histoire.

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[1] Georges CHARBONNIER. Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, Paris : Presses Pocket , 1996, 188 pages.

[2] Edward Evan EVANS-PRITCHARD. Les Nuer, Paris, Gallimard, 1994, 312 pages.

[3] Georges BALANDIER. Antropo-logiques, Paris, Livre de Poche, 1985, 320 pages.

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11 février 2015 at 10 h 57 min

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Robert Brasillach quand même

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François Hollande a beau être pris d’une fièvre commémorative, c’est un anniversaire qu’il ne commémorera pas. L’unité nationale a ses limites. Robert Brasillach fut exécuté le 6 février 1945, il y a soixante-dix ans. Ce matin là, dans la cour du fort de Montrouge, face aux douze hommes du peloton d’exécution, il avait refusé qu’on lui bandât les yeux. Et lorsque l’ordre de tirer fut donné, il s’écria: «Vive la France quand même».

Ses dernières journées en prison furent, selon ses propres mots, «riches et pleines». Il écrivit des poèmes, relut les Évangiles et pria. La veille de son exécution, la coïncidence des dates, qui n’en était certainement pas une, lui inspira un dernier quatrain:

AUX MORTS DE FÉVRIER

Les derniers coups de feu continuent de briller
Dans le jour indistinct où sont tombés les nôtres.
Sur onze ans de retard, serai-je donc des vôtres ?
Je pense à vous ce soir, ô morts de Février.

En août 1944, alors que la libération de Paris ne faisait plus aucun doute, Robert Brasillach avait refusé de quitter la France. Dans un texte publié en 1965 dans les Cahiers des Amis de Robert Brasillach, Saint-Loup relate leur dernière rencontre:

Je ne le revis qu’une fois en 1944. Je lui demandai :

-Quand partez-vous ?

C’était en août. La plus gigantesque rafle policière, la plus impitoyable des Inquisitions que le monde ait jamais connues, s’apprêtaient à déferler sur la France, vêtues des plus mensongères couleurs du patriotisme. Brasillach me dit :

-Je ne pars pas.

Il ajouta en souriant, timide et modeste comme à l’accoutumée :

-Voyez-vous, je suis comme Danton. Je ne peux pas emporter ma patrie à la semelle de mes souliers !

Pauvre Brasillach ! Naïf Brasillach ! Il n’avais pas compris que l’heure était venue d’écouter Trotzky : « En période de troubles graves, le premier devoir d’un révolutionnaire est de plonger dans l’anonymat des foules pour survivre. » J’avais lu Trotzky. Entre les communistes et nous n’existait qu’une fragile frontière représentée, il est vrai, par ce rideau de mort qui flambait sur le front de l’Est. Mais en ce qui concerne Brasillach, je compris plus tard que ce que je prenais pour de la naïveté n’était que la réponse fournie à l’appel du destin plus élevé que celui du révolutionnaire que j’étais.

Je ne le revis plus. J’appris la nouvelle de son supplice dans les Alpes de Bavière.

Brasillach se constitua prisonnier en septembre, pour qu’en échange, sa mère, incarcérée, fût libérée. Le procès eut lieu le 19 janvier 1945 devant la cour d’assises de la Seine. Il faisait froid, il avait neigé, et dans la pénombre du tribunal, l’avocat de Brasillach, maître Jacques Isorni, qui allait ensuite défendre Pétain, s’interrogeait: «les peuples civilisés fusillent-ils les poètes?» Brasillach n’était pas jugé pour ses oeuvres littéraires, mais pour ses articles, souvent virulents, parus dans Je suis partout. Plus d’une fois, il avait écrit qu’il souhaitait la mort de Georges Mandel. Aussi, en juillet 1944, lorsque celui-ci, à son retour de Buckenwald, fut assassiné par des miliciens dans la forêt de Fontainebleau, on désigna Brasillach comme l’un des responsables de l’assassinat. Dans les esprits, c’était une charge qui s’ajoutait à l’accusation d’avoir collaboré avec l’ennemi. En revanche, les propos antisémites qu’il avait publiés ne pesaient pas lourd -à cette date, l’horreur des camps d’extermination n’avait pas encore été découverte. Après six heures d’audience, durant lesquelles Brasillach s’était défendu avec beaucoup de talent, le délibéré fut expédié en vingt minutes; Philippe Bilger raconte dans Vingt minutes pour la mort (Éditions du Rocher, 2011) que le Président Vidal fit pression sur les jurés, en leur présentant une alternative truquée: l’acquittement ou la mort. Or, l’acquittement était bien entendu impossible. Ce fut donc la mort.

La mère de Brasillach supplia François Mauriac d’obtenir la grâce de son fils. Malgré la réprobation des communistes qui noyautaient déjà les Lettres Françaises et le Comité national des écrivains, une pétition circula, qu’Albert Camus signa, par principe, parce qu’il était opposé à la peine de mort -il envisagera même plus tard d’écrire un livre sur Brasillach. Après avoir reçu Mauriac puis Isorni le 3 février 1945, le Général de Gaulle passa une partie de la nuit à étudier le dossier. Comme il l’expliqua à son fils Philippe, il ne pouvait pas pardonner à Brasillach d’avoir exhorté «de pauvres jeunes Français à revêtir l’uniforme de l’occupant»: les écrivains devaient, en effet, prendre leurs responsabilités. Selon Jean Lacouture, de Gaulle avait également besoin de faire des concessions aux communistes. Il ne voulait pas, non plus, être accusé de faiblesse. Cependant, en rejetant l’appel, il offrait un martyr au fascisme à la française.

Robert Brasillach fut donc davantage jugé sur ses écrits que sur des actes. D’ailleurs, quels actes aurait-on pu lui reprocher? Un jour, en 1943, dans un salon de l’ambassade allemande de Paris, il avait confié à Saint-Loup n’être qu’un «planqué»: il se sentait incapable d’être un soldat. Dans l’hommage qu’il publia en 1965, Saint-Loup raconte que la sincérité de Brasillach l’avait impressionné: «je sentais bien que son courage était d’une autre essence que le nôtre, que son combat se situait à des altitudes plus élevées, mais il m’a fallu des années pour en comprendre la philosophie». Saint-Loup, de son vrai nom Marc Augier, était d’une autre trempe, il s’était découvert une âme de guerrier en 1941 quand, engagé dans la Légion des Volontaires Français, il était parti pour le front russe. Il avait dirigé Le combattant européen, le journal de la LVF, puis avait rejoint les Waffen SS de la divison Charlemagne. On en aurait oublié le Marc Augier d’avant-guerre, socialiste, fervent admirateur de Léon Blum, et qui était membre du cabinet de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et au Sport du gouvernement du Front populaire. Dans Un paradoxe français (Albin Michel, 2008), l’historien Simon Epstein a montré que ce parcours n’était pas si extraordinaire: Saint-Loup expliquera ensuite que «la mutation subie du socialisme au national-socialisme répondait à tout». À la fin de la guerre, il se cacha en Italie puis s’évapora en Argentine. Condamné à mort par contumace, il fut amnistié à son retour en 1953 et fit une carrière littéraire sous le nom de Saint-Loup. Toujours dans ce texte publié en 1965 dans les Cahiers des amis de Robert Brasillach, il revient sur l’engagement politique de Brasillach:

La collaboration avait rallié les plus grands des écrivains français. Plus réservé qu’Henry de Montherlant qui donnait des articles à La Gerbe, ou Giono dont Signal campait le personnage de faux-prophète, Louis-Ferdinand Céline me disait, alors que je lui demandais un article :

-Mon p’tit, j’ai écrit sur les Juifs tout ce qu’il fallait avant la guerre. Maintenant que les Boches sont là, j’veux pas en remettre. Je crache pas sur les vaincus !

Brasillach ne crachait pas sur les vaincus mais il attendait de Mussolini et d’Hitler la réalisation du fascisme qu’il avait annoncé à la France. Angoisse extrême. Nous avions sacrifié le nationalisme –trente ans avant la CED ou le Marché commun– en faveur d’une Europe unie et socialiste. Et le visage qui s’en dessinait, à travers les silences de l’Allemagne, les réticences d’Hitler, c’était un espace asservi à une nouvelle hégémonie nationale. À travers les lignes de Brasillach, on pouvait lire les prémices d’un proche désenchantement.

En effet, Robert Brasillach doutait; cela lui valut d’être évincé de Je suis partout dès août 1943. Un an plus tard, en août 1944, il était planqué, mais, cette fois-ci, dans une chambre de bonne, au 16 rue de Tournon. Quelques jours plus tôt, il était allé applaudir Huis Clos, de Jean-Paul Sartre, au théâtre du Vieux-Colombier. Sa dernière sortie. Et le 22 août, alors qu’il entendait dehors Paris s’insurger, il composa ce poème:

JE NE SAIS RIEN

Voila quatre jours que je suis enfermé,
Quatre jours que je raye le calendrier
Quatre jours que je ne sais rien.
Un à un, parce qu’il le faut bien,

Au dehors, c’est le bruit de la ville,
A chaque minute claque un coup sourd.
Les mitrailleuses roulent comme des sacs de billes,
Cela dure depuis quatre jours.
Mais il y a aussi des enfants qui jouent,
Et d’autres bruits inconnus et lointains
Mais ma fenêtre est fermée.
Je ne sais rien.

Quelquefois je pense que c’est le canon
Ou un mortier, je ne m’y connais pas très bien.
La rue s’emplit du bruit des chars ou des camions
Peut-être s’en vont-ils. Est-ce la fin ?
Mais non, tout recommence comme dans un rêve,
Tout s’enchaîne et rien n’a de fin.
Une voix tout-à-l’heure a annoncé une trêve,
Il me semble du moins, car je ne sais rien.

Quand je suis passé dans la ville, à midi,
L’autre jour, il y avait du soleil dans les rues,
On avait mis des drapeaux sur les mairies,
Des garçons passaient avec des brassards inconnus.
Depuis, je ne sais plus rien de ce qui se passe,
Sauf ce qui, à travers ces murs, me revient.
J’entends sans cesse les voitures d’incendie qui passent,
La nuit, le ciel est rouge.
Je ne sais rien.

Me voici seul comme je ne l’ai jamais été.
Robinson construisant son monde entre ces quatre murs.
Ceux-là que j’aime ? Où sont les miens ?
Dieu les garde de la fureur.
Je ne sais rien.

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6 février 2015 at 11 h 09 min

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Enseigner la Shoah

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Le 27 janvier, alors que les soixante-dix ans de la libération d’Auschwitz-Birkenau étaient célébrés en grande pompe, j’ai publié un billet qui se limitait à une série de photos des camps prises par l’Armée rouge. Ces photos étaient parfois surprenantes, car les prisonniers n’étaient pas tondus et semblaient plutôt bien nourris, mais je ne doutais pas de leur véracité puisque je les avais trouvées sur le site du mémorial Yad Vashem. Or, très vite, la sagacité de Didier Goux a mis en évidence ce que je m’interdisais de voir: ces photos étaient bidouillées, sans doute à des fins de propagande, et les Soviétiques les avaient mises en scène avec des figurants polonais. Par paresse autant que par naïveté, je m’étais donc fait couillonner. De quoi ressentir un malaise car, en présentant ces photos comme authentiques, Yad Vashem prend le risque de prêter le flanc à toutes les divagations négationnistes. Du coup, j’ai décidé d’effacer mon billet et de le recouvrir, à la manière d’un palimpseste, d’un nouveau texte. Je conserve ainsi les commentaires de mes lecteurs perspicaces: vous pourrez les trouver ci-après.

Mais bordel de merde, comment ai-je pu me faire pigeonner? C’est d’autant plus condamnable que, lorsque je traite cette question en classe, je rechigne à utiliser ce genre de photos. Quelles images doit-on d’ailleurs montrer aux élèves? L’enseignement de la Shoah m’a toujours semblé difficile: ce chapitre d’histoire n’est pas comme les autres; l’extermination systématique de ces millions de personnes à l’échelle d’un continent dépasse l’entendement. Et, au-delà d’une dimension émotionnelle bien compréhensible, cette question amène, comme l’a dit Najat Vallaud-Belkacem, à réfléchir  «sur le bien et le mal». Comment des hommes ordinaires ont-ils pu, en effet, commettre cette abomination? Cependant, en parlant de «mal», le devoir de mémoire risque de se transformer en une leçon de morale, voire en transmission de la culpabilité, ce qui pourrait s’avérer pesant pour les élèves.

On a parfois l’impression que la Shoah prend beaucoup de place à l’école. En fait, elle est abordée, à raison de quelques heures par an, en CM2, en troisième et en première. Le sentiment de saturation est davantage entretenu par les politiques et les médias, notamment lorsqu’ils ont des poussées de fièvre commémorative. Mardi, quel était l’intérêt d’entendre le président de la République, toujours incapable de trouver les mots justes, mélanger Auschwitz, l’antisémitisme des islamistes, le génocide des Arméniens puis celui des Tutsis au Rwanda? Il ne manquait plus qu’il évoque les traites négrières.

C’est le problème des commémorations: elles flattent les mémoires mais ne suscitent pas vraiment de réflexion historique. J’ai également la faiblesse de penser que la visite des camps n’apporte pas grand chose, hormis, évidemment, une émotion très forte. Une fois, et une seule, j’ai emmené des lycéens à Auschwitz. Il y a une vingtaine d’années: la Guerre froide venait de se terminer, j’étais un jeune professeur et je n’avais pas peur d’organiser à travers l’Europe des voyages insensés en autobus. La visite d’Auschwitz, par une belle journée ensoleillée, fut bien sûr bouleversante: guidés par un survivant, les élèves prenaient la mesure de l’horreur et, notamment, de la dimension industrielle de l’extermination. Mais, de la même façon que nous ne sommes pas obligés de voir la marque des clous pour croire, est-il nécessaire d’aller à Auschwitz pour appréhender la Shoah? Le vrai travail de compréhension ne se fait-il pas entre les murs de la classe, le professeur face à ses élèves?

En classe de première, on étudie «la politique nazie d’extermination des Juifs et des Tsiganes» dans le thème consacré à «la guerre au XXème siècle». Je suis persuadé qu’il faudrait séparer l’étude de la Shoah de la Seconde guerre mondiale, quitte à détacher également les massacres perpétrés par les Einsatzgruppen sur le front de l’Est, car, à force, les élèves ont tendance à faire du génocide un enjeu central de la guerre. Alors qu’il s’inscrit davantage dans l’histoire du nazisme. Pour expliquer l’extermination des Juifs, le Mémorial de la Shoah propose un cours que je trouve intéressant car il s’appuie sur le raisonnement de l’historien américain Raul Hilberg. À partir d’une série de documents -textes, cartes, tableaux statistiques, photos et vidéos, les élèves sont amenés à comprendre le processus complexe qui conduit de l’idéologie nazie à la destruction des Juifs. Ces documents me vont très bien: ils n’imposent pas aux élèves des images qui pourraient les choquer. Quel est l’intérêt pédagogique, en effet, de montrer des amoncellements de cadavres décharnés? Personnellement, je m’y refuse: je trouve que c’est un manque de respect pour les victimes. C’est comme si, après les nazis, notre regard continuait à les avilir et à leur nier toute dignité humaine. Pour cette raison, je ne projette jamais Nuit et Brouillard, le film d’Alain Resnais: outre le fait que ce film a vieilli, que le texte de Jean Cayrol m’insupporte et qu’il confond camps de concentration et d’extermination, la scène du bulldozer de Bergen-Belsen qui pousse les cadavres dans une fosse de commune est, à mon avis, une véritable horreur qui n’a pas sa place en classe.

Les élèves sont sensibles aux témoignages. Ça ne remplace pas un cours, évidemment, mais dans leur tête, le témoin est celui qui sait, parce qu’il a vécu les événements. En classe, nous lisons des extraits de Si c’est un homme, de Primo Levi. Il y a Shoah, de Claude Lanzmann, qui repose sur des témoignages, mais que j’ai toujours du mal à réduire à quelques extraits. Une année, au Mémorial de la Shoah, à Paris, nous avons rencontré un rescapé d’Auschwitz, Henri Borlant, qui nous raconta son histoire avec beaucoup de simplicité et de gentillesse. Sa famille avait fui les grands pogroms de Russie et s’était installée en France au début du vingtième siècle. En juillet 1942, les Allemands vinrent arrêter tous ceux qui avaient entre quinze et cinquante ans; il fut déporté avec son père, Aron, son frère Bernard et sa sœur Denise. Il avait quinze ans et sera le seul à revenir en France, après s’être évadé du camp d’Ohrdruf en avril 1945. Sa mère et ses autres frères et sœurs furent sauvés par un gendarme et par le maire de la petite commune du Maine-et-Loire où ils résidaient. Son récit de l’arrivée à Auschwitz, après un voyage en train déjà terrible, est poignant: l’affolement, les hurlements dans une langue, l’allemand, qu’il ne comprenait pas, les coups qui pleuvent, les chiens qui aboient, la vision étrange de ces gens en habits de bagnards, l’humiliation d’être tondu puis tatoué, les gens qui sont tués au hasard devant tout le monde, pour signifier que la vie n’a plus aucune valeur. C’était brusquement l’enfer, alors que la semaine précédente, il était encore «avec papa et maman, petit garçon gentil, poli, pas très téméraire, pas vraiment casse-cou». En l’écoutant, les élèves s’approchaient de l’idée de ce que pouvait être l’existence à Auschwitz: la terreur, les beignes, la faim, les maladies, la mort omniprésente, notamment lors de l’épreuve, toujours imprévisible, de la sélection pour la chambre à gaz, mais aussi la solidarité entre les prisonniers, cette solidarité qui prouve que les nazis n’avaient pas réussi à déshumaniser entièrement leurs victimes. Aujourd’hui, j’utilise en classe des extraits de son récit (Merci d’avoir survécu, Seuil, 2011). Comme les témoins sont avec le temps de moins en moins nombreux, le Mémorial de la Shoah a eu la bonne idée de mettre en ligne des témoignages enregistrés.

Chaque année, je prépare un nouveau cours sur la Shoah. Et chaque année, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait. C’est comme si ce cours, par son objet, ne pouvait jamais être satisfaisant. J’ai vu que Canopé, l’éditeur de l’Éducation nationale, a décidé de republier L’Album d’Auschwitz, qui regroupe 200 photos prises au printemps 1944 par un SS. C’est un document saisissant qui, comme l’a souligné Serge Klarsfeld, «montre la Shoah dans ce qu’elle avait de programmé, de systématique». Parmi les photos, il y a celle, terrible, où l’on voit des femmes juives avec leurs enfants, avant d’être gazées: une rescapée la découvrira trente ans plus tard et identifiera les membres de sa famille. Mais c’est encore à travers le regard des bourreaux que l’on appréhende ici la Shoah. Canopé a donc utilisé un second album, qu’un militaire américain a offert au musée de l’Holocauste à Washington, pour produire un excellent Web-documentaire intitulé Les deux albums d’Auschwitz. Pour décrire le fonctionnement d’un camp sans avoir l’impression d’adopter le regard des nazis, il existe aussi quatre photos, prises clandestinement durant l’été 1944 par des membres du Sonderkommando d’Auschwitz. Ces prisonniers juifs, qui étaient préposés au crématoire, avaient réussi à se procurer un appareil photo: ils firent des photos et firent parvenir la pellicule, accompagnées d’une note explicative, à la résistance polonaise de Cracovie. Ces clichés sont de piètre qualité, on devine plus qu’on ne voit ces femmes qui vont à la chambre à gaz ou ces corps qui sont brûlés. Mais l’angle de vue restitue aux victimes leur humanité et leur statut de victimes. Et, bien sûr, ces photos ont une valeur historique autrement plus grande que celles mises en scène par les Soviétiques après la libération d’Auschwitz.

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31 janvier 2015 at 17 h 08 min

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L’Internationale

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Manifestations hostiles à Charlie Hebdo

Vendredi dernier, à Pontoise, l’enterrement de Charb avait des allures de Fête de l’Huma. La télévision nous montra les invités, leur petit poing levé, en train de chanter L’Internationale. Et il nous fut répété, comme si tout ce beau monde était nostalgique de la Pravda, qu’ils étaient là parce que la liberté d’expression avait été attaquée. Tout de suite, les grands mots. En fait, les djihadistes ont surtout zigouillé des dessinateurs qui, à leurs yeux, avaient insulté Mahomet. Ils ont également assassiné des policiers, des Juifs, ou des gens qui avaient le malheur de se trouver sur leur chemin. Mais les journalistes, par réflexe corporatiste, nous ont rabâché que la liberté d’expression était menacée et ont fait monter la mayonnaise de l’émotion. Ils ont ainsi «donné sa forme à l’événement». Lundi, les yeux rivés sur la courbe des sondages, le Président de la République en a remis une couche en déclarant, lors des vœux à l’AFP, que «les journalistes tués faisaient plus que leur travail. Ils poursuivaient une vocation, celle de nous informer». Quelle aubaine: tant qu’ils jactent liberté d’expression, journalistes et politiciens évitent de faire leur autocritique; ils persistent dans le déni de la menace islamiste et court-circuitent tout espoir d’un sursaut patriotique.

Le soir de l’attentat, Laurent Joffrin avait publié un éditorial sidérant dans les colonnes du mal-nommé Libération. Il s’étonnait que les djihadistes aient attaqué Charlie Hebdo:

Les terroristes ne se sont pas attaqués aux «islamophobes», aux ennemis des musulmans, à ceux qui ne cessent de crier au loup islamiste. Ils ont visé Charlie. C’est-à-dire la tolérance, le refus du fanatisme, le défi au dogmatisme. Ils ont visé cette gauche ouverte, tolérante, laïque, trop gentille sans doute, «droit-de-l’hommiste», pacifique, indignée par le monde mais qui préfère s’en moquer plutôt que d’infliger son catéchisme. Cette gauche dont se moquent tant Houellebecq, Finkielkraut et tous les identitaires…

En se lamentant qu’ils n’aient pas plutôt tiré dans le lard des «islamophobes», Laurent Joffrin reconnaissait à demi-mots que les tueurs étaient musulmans. Et, à toutes fins utiles, il leur désignait des cibles pour leurs prochains attentats: les soit-disants «ennemis des musulmans». Si, par malheur, Michel Houellebecq ou Alain Finkielkraut devaient se faire buter, aura-t-il ensuite le culot de proclamer qu’il est Houellebecq ou Finkielkraut?

À force de répéter que l’islam est une religion de paix et d’amour, la gauche s’est montrée incapable de voir que l’islamisme gagnait du terrain. Ne reculant devant aucun amalgame, elle considérait que tous les musulmans étaient naturellement bons. Et elle excusait ceux d’entre eux qui se conduisaient mal, car ils étaient avant tout des victimes -de la colonisation, du capitalisme, voire de l’islamophobie. La gauche a donc bichonné les musulmans comme le ferait une mère et, fidèle aux principes soixante-huitards, lesquels consacrèrent l’enfant-roi, elle ne leur disait jamais non: elle leur a souhaité de bons ramadans et de joyeux Aïd-el-Kébir, elle leur a construit des mosquées et facilité la nourriture hallal, elle a proposé à leurs femmes des horaires de piscine aménagés et fermé les yeux sur le port de la burqa, elle a censuré Robert Redeker et fait pression pour qu’Éric Zemmour soit viré d’i>Télé.

Malgré tous ces efforts, parfois lourds d’arrière-pensées électorales, de jeunes musulmans Français, tels des enfants trop choyés à qui l’on aurait brusquement dit non, se sont sentis trahis, parce que la France s’engageait dans des guerres contre d’autres musulmans, en Afghanistan, au Mali ou encore en Irak. Ils se sont donc radicalisés, en suivant toujours le même parcours: adolescence difficile, délinquance, radicalisation religieuse en prison ou dans une mosquée, voyage initiatique dans l’un des foyers du djihad. Dans Les Religions meurtrières (Flammarion, 2006), Élie Barnavi a montré que ces recrues se situaient pleinement dans la mondialisation:

Ces musulmans européens, nés et éduqués en Europe et dûment occidentalisés, ont été en fait islamisés sur place. Leur apprentissage musulman a été le plus souvent superficiel. Il y a d’ailleurs parmi eux un nombre non négligeable de conversions de fraîche date. Ce sont en fait des analphabètes religieux, que seule intéresse l’action directe. Coupés de leur pays d’origine, dont ils ignorent la langue et les coutumes, et sans lien direct avec les aires de conflits majeures, ce sont d’authentiques internationalistes. Le sort de l’État-nation les laisse froids; eux ne s’intéressent qu’à l’oumma globale. Produits de la mondialisation; ils en sont les acteurs. En fait, c’est le nouveau visage de l’anarchisme gauchiste violent dont l’Europe a fait les frais dans les années soixante-dix, l’avatar musulman des terroristes de la bande Baader-Meinhof, des Brigades rouges italiennes, de l’Armée rouge japonaise ou de l’Action directe française.

Voilà pourquoi les gauchistes ont parfois de la sympathie pour les djihadistes: ils ont en commun la même détestation de la démocratie libérale, le même goût pour l’action révolutionnaire et, finalement, le même mépris pour la vie humaine. Si ça leur chante, ils peuvent continuer à pousser la romance de L’Internationale comme ils l’ont fait à l’enterrement de Charb. Mais ils donnent surtout la sensation d’être dépassés par les événements, comme incapables de voir que l‘Internationale a changé et qu’elle est désormais djihadiste. En France, les islamistes n’appartiennent-ils pas davantage à l’oumma qu’à la nation française?

L’attentat commis par les frères Kouachi, revendiqué par la branche d’Al-Qaïda au Yémen, montre les limites d’un islam de France. Depuis quarante ans, nos hommes politiques n’ont cessé de déconstruire l’idée de la nation: comment pouvaient-ils espérer, dans ces conditions, acclimater l’islam à une France de plus en plus transparente? Du coup, ils ont laissé le champ libre à un islam global. Dans une vidéo publiée le 14 janvier, Aymeric Chauprade explique que l’islam global est «resté fidèle à ses fondements djihadiques»: il est «en guerre contre les autres civilisations depuis le VIIe siècle» et «refuse de s’inscrire dans les nations». Cet islam global, c’est celui qui proteste depuis une semaine, du Pakistan au Niger, contre la dernière caricature de Mahomet en une de Charlie Hebdo. Al-Qaïda, semblable à une multinationale, avec ses franchises dans chaque pays, est son bras armé. Cet islam global séduit de jeunes Français musulmans en quête de repères. Il nous a déclaré la guerre et essaie de nous entraîner sur le terrain du choc des civilisations: pour avoir accrédité cette thèse, Aymeric Chauprade s’est fait désavouer par Marine Le Pen. La présidente du Front National ne veut pas, en effet, heurter l’électorat musulman qu’elle drague depuis l’adoption du mariage gay: d’ailleurs, le 7 janvier dernier, elle fut l’une des premières à refuser «tout amalgame» entre «nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs » et «ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam». Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas dit mieux. Mais ce n’est qu’un détail: pour les membres de l’Internationale djihadiste, les Français, avant d’être de droite ou de gauche, ne sont-ils pas tous des mécréants?

Written by Noix Vomique

23 janvier 2015 at 17 h 21 min

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En guerre contre l’islamisme

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Charlie, tu n'iras pas au Paradis parce que tes pensées sont mauvaises.

Il était tout de même fendard d’entendre les manifestants entonner la Marseillaise en hommage à Charlie Hebdo. On a également aperçu de nombreux drapeaux français. Et les flics, qui étaient applaudis. On pourra toujours ironiser sur cette foule qui carbure à l’émotion, la même, finalement, capable d’accueillir Pétain le 28 avril 1944 puis De Gaulle le 26 août 1944. On pourra toujours dénoncer les arrière-pensées politiciennes de François Hollande ou la présence de personnages comme le président gabonais ou le premier ministre turc. Mais ces millions d’anonymes sont descendus dans la rue parce qu’ils étaient bouleversés. S’ils proclamaient qu’ils étaient Charlie, ils n’oubliaient pas, non plus, les autres victimes de ces trois journées tragiques, les policiers, les Juifs ou encore ce modeste agent de maintenance. Mais on observera que Charlie Hebdo a le don de mobiliser des foules qui ne l’ont jamais lu: les fois précédentes, c’était en Égypte ou au Pakistan, quand des hordes de musulmans furibards vociféraient des menaces à l’encontre des dessinateurs.

Je n’étais pas un lecteur régulier de Charlie Hebdo. Néanmoins, j’avais pris l’habitude d’en feuilleter les exemplaires qu’un collègue déposait chaque semaine en salle des profs, et, parfois, les dessins me faisaient marrer. Charb, Cabu, Wolinski et les autres étaient certes des gauchistes mais après l’attentat de mercredi, l’envie de les absoudre est très forte. Ils représentaient en effet un certain esprit français, à la fois railleur et frondeur, et ils eurent la moelle de ne pas céder aux intimidations des islamistes: ils continuèrent donc de se moquer de l’islam -comme ils le faisaient des autres religions; et cette bravoure leur a coûté la vie.

Mais ce dimanche, en bon flemmard, j’ai manifesté seul, devant la télévision: d’autres occasions se présenteront, n’en doutons pas, lorsque nous serons endeuillés par les prochains attentats. Je n’ai pas proclamé que je suis Charlie. D’ailleurs, pour rendre hommage à Charlie Hebdo, plutôt que ce slogan consensuel, il eût été préférable de brandir ou publier les fameuses vignettes qui donnaient des boutons aux islamistes du monde entier. Mais on ne les a pas vues, ces caricatures, comme si ceux qui prétendent manifester leur attachement à la liberté d’expression ne voulaient blesser personne. C’est donc dans mon divan que j’assistai à cette journée que les journalistes qualifiaient d’historique: d’ici quelques siècles, il serait étonnant que l’on vibre autant à son souvenir qu’à celui du Sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération, mais on peut comprendre, en effet, que les attentats soient une irruption brutale de l’Histoire dans le monde gentillet des bobos. Les journalistes parlaient de «violence terroriste» sans jamais la nommer ni en préciser l’origine -il était une époque où ils ne prenaient pas autant de gants avec les séparatistes basques ou les nationalistes corses. De la même façon, vendredi soir, François Hollande, incapable de mettre des mots sur les maux, nous avait parlé d’un terrorisme indéfini. Or, en évitant de désigner l’islamisme, comme si c’était la même chose que l’islam, toutes ces voix autorisées ne contribuent-elles pas à entretenir les amalgames?

Certes, il est parfois difficile de distinguer un musulman modéré d’un islamiste. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, s’est évertué à cultiver la confusion: avec l’Union des organisations islamiques de France, il avait intenté en 2007 un procès à Charlie pour un dessin de Cabu, où Mahomet, «débordé par les intégristes», se lamentait «d’être suivi par des cons». Les dessins de Charlie ne cherchaient pourtant pas à offenser les musulmans: ils chambraient les plus radicaux d’entre eux. Plus tard, en 2011, après la sortie d’un numéro baptisé «Charia Hebdo», alors que les locaux de la rédaction de Charlie furent détruits par une attaque au cocktail molotov, un collectif de militants antiracistes avait dénoncé un «buzz antimusulman» et affirmait qu’il n’y avait pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo. Et mercredi dernier, après l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, Dalil Boubakeur ne montra aucune compassion pour les victimes: au lieu de condamner l’attentat, sa première réaction fut de disculper l’islam et plaindre les musulmans. Sami Aldeeb, docteur en droit et professeur d’université en Suisse, lui a rétorqué de façon cinglante que «ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman». Un jour, les musulmans de France devront clarifier leur position. En accusant Charlie d’être islamophobe, à l’instar de certains gauchistes du parti de la soumission, lesquels nous expliquent sans rire qu’il y a des djihadistes à cause de Zemmour ou de Finkielkraut, Dalil Boubakeur a fait le jeu des islamistes et donné une raison d’être aux terroristes; cela ne l’a cependant pas empêché de se joindre à la marche de dimanche -dans une chaise roulante, ce qui lui donnait un petit air de Docteur Folamour.

La mobilisation de dimanche est la preuve que le malaise est ancien et profond. N’en déplaise aux suiveurs de Philippe Muray, les millions de français qui défilèrent n’étaient pas que des moutons compassionnels. Beaucoup d’entre eux étaient sincèrement émus, et ils avaient enfin l’occasion de montrer qu’ils étaient là, qu’ils n’avaient pas encore été complètement remplacés. Ils rendaient hommage aux forces de l’ordre et exprimaient leur attachement à la liberté. Une façon de manifester, in fine, leur amour de la France. Une leçon de civilisation, en quelque sorte, qui répondait à la barbarie islamiste. Évidemment, journalistes et politiques continuent à nous arnaquer lorsqu’ils parlent d’union nationale et lorsqu’ils nous mettent en garde contre les amalgames -toujours les mêmes phrases creuses, et les plus merdeux d’entre eux s’obstineront dans le déni, ce qui les décharge de leurs responsabilités. En fait, ce sont eux, les véritables moutons. Et ils sont mûrs pour l’Aïd el-Kebir: au nom du vivre-ensemble, ils semblent avoir capitulé et tendent le cou, prêts à se faire égorger.

Cependant, ce mardi, devant l’Assemblée nationale, le discours de Manuel Valls a tranché avec les habituelles simagrées de nos hommes politiques. En nommant l’innommable, le Premier ministre a tenu le langage de la vérité: «la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical». On lui pardonnera le pléonasme: l’islamisme est toujours radical. Après une trentaine d’années d’angélisme, nous sommes en effet en guerre. Et nous verrons bien la suite; car il s’agit de changer toutes les politiques d’immigration, d’intégration et d’éducation. Et, bordel de merde, il faudra également penser à bombarder généreusement le Yémen. En attendant, n’ayons pas peur de stigmatiser l’islamisme. Il ne faut pas avoir peur de dire que cet islam radical, parce qu’il est synonyme d’obscurantisme et de barbarie, n’a pas sa place en France.

Mahomet-et mes fesses

Written by Noix Vomique

14 janvier 2015 at 14 h 58 min

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Assassins

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Charlie hebdo - Charb - Rire tue
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Charlie hebdo - c_est dur d_etre aime par des cons - Cabu
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Attentat Charlie Hebdo Policier tué.

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Written by Noix Vomique

7 janvier 2015 at 18 h 49 min

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