Noix Vomique

Retape électorale

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quartiers-et-vivre-ensemble

« Une politique des quartiers »… « Vivre ensemble »…
Aucun doute, Vincent Peillon a des idées neuves!
Depuis trente ans, combien de ministres de la ville ? Combien de milliards engloutis ? Pour quels résultats?

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14 janvier 2017 at 16 h 33 min

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L’énergie du désespoir

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Je n’ai jamais été punk: il eût fallu l’être précisément en 1976 ; ensuite, au début des années quatre-vingts, j’avais beau collectionner fébrilement des disques, me gominer les cheveux comme Paul Simonon, pogoter en concert ou saborder avec application tout ce que j’aurais pu réussir, c’était trop tard, et tout cela était déjà un anachronisme. Au moment de l’explosion punk, j’avais onze ans, je n’avais pas de grand frère pour me dévergonder et je ressemblais finalement à ces mômes, que l’on aperçoit, assis au second plan, pacifiques et bien élevés, dans cette séquence filmée à Pithiviers durant l’été chaud et sec de l’année 1976.

Cette séquence, extraite d’une obscure émission de télévision, est tout simplement extraordinaire. Le hasard d’une découpure maladroite la fait démarrer abruptement, à la fin d’une première chanson, sur un plan décallé -un homme avec un attaché-case qui poireaute au pied d’un arbre. Puis nous avons un magnifique plan-séquence de plus de trois minutes qui se suffit à lui-même, sans doute le chef d’oeuvre que Jean-Luc Godard n’aura finalement jamais réussi à signer : après avoir reçu quelques applaudissements polis, Dr.Feelgood, filmé de trois-quarts dos, attaque une seconde chanson, “Going Back Home”, extraite de l’album Malpractice. La caméra balaie ce qui ressemble à une cour d’école plantée d’arbres, et s’attardera même sur un tronc en premier plan, mais surtout elle zoome et rezoome sur Lee Brilleaux : le chanteur et harmoniciste de Dr.Feelgood se donne à fond, avec toute l’énergie du désespoir -c’est à peine si un doute l’a effleuré lorsqu’il a toisé brièvement le public, pendant l’introduction de “Going Back Home”. Wilko Johnson gratte les cordes de sa guitare comme à son habitude, si particulière, c’est-à-dire sans mediator, et danse une sorte de menuet pressé -quatre pas en avant, quatre en arrière. On a l’impression qu’ils jouent le concert de leur vie ; il y a de l’électricité dans l’air -comme l’envie d’en découdre.

Car, visiblement, le public n’est pas venu pour leur rythm’n’blues énervé. Certes, nous apercevons dans le fond un gars, en pantalon rouge, qui bat la mesure en martelant une caisse claire imaginaire, un autre qui plaque des accords sur une guitare invisible, ou encore une fille en jean qui se trémousse. Mais les spectateurs, dans leur grande majorité, semblent davantage habitués à écouter les chansons de Joe Dassin, Johnny Hallyday ou encore Brotherhood Of Man. Des gamins sont sagement assis en tailleur, et derrière eux, les mères de famille papotent ou ont les bras croisés, comme pour afficher leur scepticisme ; certaines rajustent le bob sur la blonde tête de leur petit pour qu’il ne chope pas d’insolation ; d’autres sont venues avec le filet des commissions. Tout ce joli monde ignore sans doute que Dr.Feelgood, qui a sorti deux albums en 1975, Down By The Jetty puis Malpractice, est le porte-drapeau de la scène pub-rock anglaise; en rupture avec l’avachissement des hippies, il annonce le mouvement punk. C’est d’ailleurs grâce à Lee Brilleaux, qui leur prêta 400 livres, que Dave Robinson et Jake Riviera purent créer Stiff Records et publier dès ce mois d’août 1976 un premier single, le “So It Goes” de Nick Lowe, avant d’être le premier label, en octobre, à sortir un single punk en Angleterre, le “New Rose” des Damned. Mais comment les hommes en noir de Dr.Feelgood s’étaient-ils retrouvés à Pithiviers? S’étaient-ils égarés, alors qu’ils étaient censés descendre à Mont-de-Marsan pour participer au premier festival punk? Combien de chansons ont-ils joué? Toujours est-il que leur performance, ce jour d’été, devant un public qui ne leur était pas acquis, impose le respect -le mois suivant, un premier album live, Stupidity, immortalisera l’énergie qu’ils étaient alors capables de déployer sur scène.

Je ne suis jamais allé à Pithiviers ; en 1976,  je passais mes vacances d’été, comme toutes les autres, en Normandie, à Saint-Aubin-sur mer. Sur la digue en bordure de mer, un bar un peu cradingue, le Royal, attirait tous les loulous de la côte: pour des hippies, ils avaient l’air agités et écoutaient une musique bruyante -ma petite soeur et moi, qui passions devant pour aller à la guigui, nous trouvions cela vaguement intrigant, sans plus. La petite séquence de Dr.Feelgood à Pithiviers me rappelle de but en blanc le gamin que j’étais à cette époque. Mais elle a surtout le mérite de montrer la France des années soixante-dix. C’est une époque révolue; même le rock n’existe plus. Et Lee Brilleaux est mort depuis longtemps, dans sa quarante-deuxième année : il n’a pas eu, lui, le conformisme d’attendre 2016.

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“Going Back Home”

I wanna live the way I like
Sleep all the morning
Goin’ get my fun at night
Things ain’t like that here
Workin’ just to keep my payments clear
I bought a brand new motor

And I’m waitin’ for a loan
So I can fill her up and start her
Then I’m going back home

I got a girl a man’s best friend
I’d have her now if she’d just come back again
But she left me in the fog
Told me that I treat her like a dog
The last time that I saw her she was buryin’ a bone
I’m tired of whistlin’ for her

Then I’m going back home

Old Johnny Green he asked me in
We watched his TV and we drank a little gin
Then I float on down the street
Smilin’ at the faces that I meet
That was back this morning
Now I’m dizzy sick and stoned
When the world stops turning
Then I’m going back home

Written by Noix Vomique

30 décembre 2016 at 13 h 57 min

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La mélancolie française

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28 décembre 2016 at 15 h 53 min

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Noël

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noel-a-homs-2014-afp

Une crèche au milieu des ruines, à Homs, Syrie, en décembre 2014.

Je vous souhaite à tous un joyeux Noël.

Written by Noix Vomique

24 décembre 2016 at 14 h 33 min

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C’est ainsi que naît l’esprit fasciste

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notre-avant-guerre

« On n’a pas coutume d’écrire ses Mémoires à trente ans ». Robert Brasillach semble s’excuser de rassembler ses souvenirs dans Notre avant-guerre, qu’il publie chez Plon en 1941, et il ajoute : « je voudrais qu’on pût lire ce livre comme un roman, comme une suite d’éducations sentimentales et intellectuelles ; je voudrais qu’on pût le lire comme une histoire plus vaste que la mienne, encore que je désire m’en tenir à ce que j’ai vu ». Il nous raconte donc sa jeunesse durant l’entre-deux-guerres, de l’École normale supérieure à la ligne Maginot, et nous découvrons un petit groupe d’amis, qui se connurent à l’école, travaillèrent pour les mêmes revues et voyagèrent ensemble, dans l’Italie mussolinienne ou encore l’Espagne de l’après guerre civile: leur histoire est bien sûr une célébration de l’amitié mais elle est surtout indissociable de la grande histoire. Car Robert Brasillach est un témoin attentif de son époque. Dans le cinquième chapitre, qu’il intitule « J’avais des camarades », il décrit le Front populaire comme une épisode odieux et grotesque qui saisira « plus tard les historiens de stupéfaction, de rigolade et de honte »:

Des grèves partout. Dans le Vaugirard que nous habitions encore, nous nous heurtions aux quêteurs, aux quêteuses. Les fenêtres étaient décorées avec des drapeaux rouges, ornés de faucilles et de marteaux, ou d’étoiles, ou même, par condescendance, d’un écusson tricolore. Par réaction, le 14-Juillet, les Patriotes pavoisèrent aux trois couleurs dans toute la France, sur l’instigation du colonel de La Rocque. Les usines, périodiquement, étaient occupées. On enfermait le directeur, les ingénieurs, et les ouvriers ne quittaient pas les lieux: cela se nommait « la grève sur le tas ». À la porte, un tableau noir où l’on inscrivait les jours de grève. À l’intérieur, des groupes très photogéniques avec des joueurs d’accordéon à la manière des films russes. Premier ministre depuis juin, M. Blum se lamentait, pleurait deux fois par mois à la radio, d’une voix languissante, promettait l’apaisement, des satisfactions à tous. On publiait, on republiait ses fausses prophéties, ses erreurs innombrables, on rappelait ses livres de jeunesse, son esthétisme obscène et fatigué. En même temps, le 18 juillet, dans l’Espagne affaiblie par un Front populaire plus nocif, éclatait une insurrection de généraux qui devait devenir aussitôt à la fois une guerre civile et une révolution nationaliste. Les communistes manifestaient pour l’envoi à Madrid de canons et d’avions, afin d’écraser le « fascisme », organisaient le trafic d’armes et d’hommes, criaient « Blum à l’action! » et conjuguaient ainsi leur désir de guerre à l’extérieur et d’affaiblissement à l’intérieur.

L’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires (A.E.A.R.) avait eu de beaux jours. Couverts d’honneurs, ses membres se promenaient volontiers avec la rosette de la Légion d’honneur sous le revers du veston: ainsi prouvaient-ils leur indépendance vis-à-vis du régime. Le mois de mai 1936 libéra ces consciences scrupuleuses, et les promotions, par une grâce divine, commencèrent en même temps de pleuvoir. La Maison de la Culture était née. C’était une vraie maison d’ailleurs, sise rue de Navarin, avec patente et pignon sur rue. Devant « le péril réactionnaire » elle s’appuyait sur un funambulesque Comité de Vigilance antifasciste où brillaient les professeurs Langevin, Perrin, Joliot-Curie. On vit s’y précipiter toute la littérature du temps, ou peu s’en faut. En même temps, avec l’argent des marquises rouges, se fondait un étonnant journal, Vendredi. […] Le journal était fort ennuyeux, et d’un accent de pion tout à fait caractéristique de ces belles années.

Car la fausse révolution de 1936 fut bien une révolution d’intellectuels. Précipités sur les prébendes, ils n’en tirèrent rien que des rapports et des thèses. Les humoristes eux-mêmes perdaient tout sens du comique. Le vieux journal anarchiste que nous avions lu, le Canard enchaîné, expulsait la plupart de ses collaborateurs coupables d’esprit frondeur, devenait strictement « Front populaire », et flirtait ouvertement avec les staliniens. On paya des sommes folles, à l’Exposition de 1937, pour montrer des spectacles collectifs absolument inouïs: la Naissance d’une cité, de J.-R. Bloch, où il y avait plus d’acteurs que de spectateurs, Liberté, composé en collaboration par douze écrivains, qui avaient chacun traité à leur façon un épisode de l’histoire de France: après une Jeanne d’Arc burlesque, un entretien scolaire entre Pascal et Descartes sur le coeur et la raison, tout s’achevait sur l’apothéose du serment du 14 juillet 1935 pour « défendre les libertés démocratiques ». Car tel était le sens de l’histoire.

Des écrivains de talent se mêlaient parfois à ces jeux. Le plus en vue était André Malraux, dont nous avions lu les sombres, brumeux et durs romans, apologies de la souffrance et du sadisme intellectuel, remplis de tortures chinoises et du crépitement des mitrailleuses, les Conquérants, la Condition humaine: il faisait du recrutement officiel pour l’Espagne rouge, et il fut même lieutenant-colonel commandant l’escadrille España. Devant sa gloire, les autres boute-feux au coin du feu pâlissaient. Mais ils se faisaient une raison en croyant atteindre à l’action, en croyant aller au peuple ils levaient le poing dans des meetings, et Jean Guehenno, un peu plus tard, devait écrire là-dessus quelques pages de cornichon sincère, et quasi-repentant. C’était le temps où dans une réunion sur l’art, si un « peintre du dimanche » déclarait qu’il était communiste, qu’il faisait la grève quand il le fallait, mais que lorsqu’il peignait, il aimait à peindre sa femme ou sa fille plutôt que d’exalter la conscience de classe, il se faisait huer. C’était le temps où Aragon et Jean Cassou déploraient qu’on ne pût dire si une toile avait été peinte avant ou après le 6 février (ces phrases extraordinaires ont été réellement dites, et pensées) et expliquaient la décadence de l’art par les sales gueules des « deux cents familles ».

Car la France était gouvernée par une oligarchie de « deux cents familles ». Aux entrées de métro, les vendeurs criaient: –Demandez la liste officielle et complète des deux cents familles. Nul ne s’étonnait de cette annonce énorme et bouffonne. Les bourgeois blêmissaient, pensaient qu’ils seraient sauvés tantôt par le P.S.F. et tantôt par les radicaux, donnaient aux quêteurs rouges, se laissaient arrêter sur les routes, et avaient une belle frousse. Rares étaient ceux qui faisaient le coup de poing avec les grévistes: il y en avait pourtant, et à qui personne n’osait toucher. D’autres étaient plus mûrs pour les révolutions qui, il faut bien le dire, ne sont pas imméritées pour tout le monde. Dans une entreprise que je connais, on reçut avis que les Rouges viendraient « attaquer » un samedi après-midi. C’était l’été, le patron était sur son yacht. Il téléphona qu’il accourait, et que quelques employés fussent prêts à défendre le capitalisme. Des camarades vinrent donc, avec un petit arsenal, tout l’après-midi. Point d’assaillants. Point de patron non plus. Le lundi suivant, il apparut pourtant, et, doucement railleur, il déclara: -Alors, vous avez été en état d’alerte pieuse, samedi?

On ne s’étonnera pas si, pris entre le conservatisme social et la racaille marxiste, une bonne part de la jeunesse hésitait. Les triomphes de 1936 révélaient des justices abominables, aidaient à comprendre certaines situations, faisaient espérer des réformes nécessaires et justes. Toutes les grèves, surtout celles du début, où il y eut parfois une joie, une liberté, une tension charmantes vers la délivrance, vers l’espoir, n’étaient pas injustifiées. Nous savions bien qu’aucune conquête ouvrière n’a jamais été obtenue de bon gré, que les patrons ont gémi qu’ils allaient à la ruine lorsqu’on établit sous Louis-Philippe la journée de onze heures et l’interdiction pour les enfants de moins de douze ans de travailler la nuit. Nous savions bien que rien n’a été fait sans la lutte, sans le sacrifice, sans le sang. Nous n’avons pas d’intérêt dans l’univers capitaliste. Le fameux « souffle de mai 1936 », nous ne l’avons pas toujours senti passer avec hostilité dans une atmosphère de gabegie, d’excès, de démagogie et de bassesse, inimaginable. C’est ainsi que naît l’esprit fasciste.

On le vit naître. Nous l’avons vu naître. Parfois, nous assistions à ces incroyables défilés de 1936, ces vastes piétinements de foules énormes, entre la place de la République et la place de la Nation. De l’enthousiasme? Je n’en suis pas sûr. Mais une extraordinaire docilité: c’est vers un but rouge et mystérieux qu’allait le destin français, et les passants levaient le poing, et ils se rassemblaient derrière les bigophonistes libres penseurs, les pêcheurs à la ligne antifascistes, et ils marchaient vers les colonnes de la place du Trône décorés de gigantesques drapeaux. On vendait de petits pantins: le colonel de La Rocque. On promenait, à la mode russe, des images géantes: les libérateurs de la pensée, Descartes, Voltaire, Karl Marx, Henri Barbusse. C’était bouffon et poussiéreux, l’esprit primaire devenu maître de tout. Et pourtant, si, aux quêteurs de juillet 36, on répondait: « Non, camarade, je suis fasciste », nul n’insistait. La mode du salut à la romaine faillit même devenir courante, non par goût, mais par riposte, quand les communistes défilaient le poing tendu vers l’Arc de Triomphe. On leva le bras, on chanta la Marseillaise. L’esprit nationaliste réclamait ses rites, et les moscoutaires essayaient de les lui chiper, en chantant, eux aussi, la Marseillaise et en se parant de tricolore, et en déclarant lutter contre le fascisme menaçant, pour les libertés françaises. Ainsi parlait Maurice Thorez, député communiste, depuis déserteur. Drôle d’époque.

Dans un monde parallèle, Notre avant-guerre serait considéré comme un classique du vingtième siècle. Mais voilà: il a été écrit par Robert Brasillach. Notre avant-guerre est donc un livre maudit, qu’on ne trouvera jamais par hasard dans une bibliothèque ou dans une librairie. Il ne sera jamais étudié en classe de français, ni même en histoire. Les pontes de l’Éducation nationale ne pourraient permettre, en effet, que ce livre magnifique tombât entre des mains innocentes: il fait trop joliment l’éloge de l’esprit fasciste, présenté comme « l’esprit même de l’amitié, dont nous aurions voulu qu’il s’élevât jusqu’à l’amitié nationale ». L’écriture est trop belle, l’anticonformisme de l’auteur est trop dangereux.

Written by Noix Vomique

19 décembre 2016 at 16 h 08 min

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Rendre des comptes

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Les braves gens qui ont élu François Hollande à la présidence de la République doivent tout-de-même l’avoir mauvaise: il ne se présentera pas devant eux pour défendre son bilan. Ils se consoleront d’avoir été cocufiés, n’en doutons pas. Car l’électeur est lui-même volage: un jour, il vote pour Sarkozy, cinq ans plus tard, il reporte son choix sur Hollande, puis il élira encore quelqu’un d’autre. Il peut se permettre en toute impunité d’être inconstant et de voter pour n’importe qui ; en démocratie, ce sont les élus qui doivent rendre des comptes, et non ceux qui les désignent. En 2012, alors que tous les sondages lui prévoyaient une sévère raclée, Nicolas Sarkozy avait eu le courage, au moins, d’affronter son électorat. Mais cette fois, le président sortant ayant renoncé à batailler, personne n’assumera la responsabilité d’avoir conduit la politique de la France pendant ces dernières années, et nous voyons Emmanuel Macron et Manuel Valls se lancer, sans aucune gêne, dans la course présidentielle, comme s’ils n’étaient pas tous les deux largement impliqués dans le fiasco de François Hollande. Ils n’ont pas grand chose à dire ; leur démarche est d’abord narcissique. Pourquoi s’embarrasser ? Ce week end, en meeting à Paris, alors qu’il n’a jamais rien prouvé, Emmanuel Macron a réussi à rassembler, sur son seul nom, une dizaine de milliers de personnes. Il fut longuement applaudi. De son discours, essentiellement économique, on a retenu les quelques instants maladroits, certes comiques, mais véritables, où, à la manière d’un télévangéliste, il s’emballait et s’égosillait. Cette posture d’irascible est une manie étonnante, que l’on retrouve aussi chez Manuel Valls et d’autres hommes politiques, lorsqu’ils veulent se donner des airs de tribun: ils haussent le ton, comme s’ils engueulaient leur public, et terminent, frémissants de rage, en poussant des vociférations furibardes. On remarquera que Manuel Valls a toujours l’air d’être en colère, alors qu’Emmanuel Macron donne plutôt l’impression de forcer sa nature. Les conseillers en communication de nos politiciens croient-ils vraiment qu’il suffit de jouer la colère pour s’attirer le suffrage d’électeurs qui sont, à force d’être trompés, réellement fumasses? Supposons que Manuel Valls ou Emmanuel Macron aient des raisons de piquer une rogne, seuls sur scène, devant leur fan-club. Contre qui leur colère est-elle dirigée? A-t-elle vraiment un objet?  Peut-être s’emportent-ils contre eux-mêmes, parce qu’ils connaissent leurs propres limites ; peut-être s’emportent-ils contre l’électorat, parce qu’ils savent, au fond, qu’il est volage. Dans De la colère, Sénèque explique que la colère est un moment de folie, qu’elle brouille le raisonnement et favorise l’injustice, et il dit: « le grand mal de la colère, c’est qu’elle ne veut pas être éclairée. La vérité elle-même l’indigne dès qu’elle éclate contre son gré ». Et si, finalement, nos hommes politiques tremblaient de colère devant ce monde réel qui leur demande des comptes?

Written by Noix Vomique

14 décembre 2016 at 18 h 11 min

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Uchronie (5)

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Dans le livre vingt-troisième des Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand raconte qu’il accueille la tourmente du mois de juin 1815 avec des sentiments partagés: « Bien qu’un succès de Napoléon m’ouvrît un exil éternel, la patrie l’emportait dans ce moment dans mon coeur ; mes voeux étaient pour l’oppresseur de la France, s’il devait, en sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère ». Le 18 juin, à Gand, lorsqu’un courrier du duc de Berry lui apprend que « Bonaparte est entré dans Bruxelles après un combat sanglant », il comprend que la retraite des alliés devant les troupes napoléoniennes est définitive:

Le 18 au matin, avant les premiers coups de canon, le duc de Wellington déclara qu’il ne pourrait tenir jusqu’à trois heures ; mais qu’à cette heure, si les Prussiens ne paraissaient pas, il serait nécessairement écrasé. Surpris par Napoléon, il savait qu’il ne pourrait inverser le cours des événements : ses troupes étaient accablées par le nombre ; sa position militaire était détestable ; la bataille était perdue d’avance. Il était inutile d’attendre Blücher, durement éprouvé par la défaite de Ligny. La mort dans l’âme, Wellington décida donc de ne pas livrer combat et demanda à ses soldats de quitter Waterloo. Les Anglais se retirèrent dans un flot de poussière ; Napoléon triomphait.

Et Chateaubriand ajoute:

De retour à Londres, Wellington fut acclamé comme un grand homme. En refusant de batailler, iI avait fait montre de lucidité ; tout le monde saluait son courage et la dignité de son caractère.

Written by Noix Vomique

4 décembre 2016 at 10 h 56 min

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