Noix Vomique

La grandeur d’un gramophone

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Alep, Syrie, 2017 (source: Joseph Eid / AFP)

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14 mars 2017 at 12 12 50 03503

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Hauts-de-forme

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Quand le parti communiste s’inspirait des codes graphiques de Mandrake le magicien.

François Fillon est mal barré s’il se répand en excuses dès que la gauche essaie de l’intimider avec des polémiques débiles. Il a donc rambiné parce que certains ont vu, dans une infographie publiée sur le compte Twitter des Républicains, un nez crochu et un haut-de-forme qui puiseraient dans l’imaginaire antisémite. Mais pour que cette caricature fût antisémite, il eût déjà fallu qu’Emmanuel Macron soit juif. Sans doute est-ce l’évolution naturelle d’un antiracisme devenu délirant: on n’a plus besoin d’être juif pour prétendre être victime d’antisémitisme.

Ceux qui prétendent que la caricature d’Emmanuel Macron est affublée d’un nez crochu devraient se rafraîchir la mémoire et examiner les vieilles caricatures antisémites produites dans les années trente puis pendant l’occupation -ils verraient la différence:

exposition le juif et la france (michel jacquot -1941)

Quant au haut-de-forme, en quoi ce galure permet-il d’identifier un juif ? Ce n’est pas une kippa ni un schtreimel. En revanche, et c’est la raison pour laquelle le dessin des Républicains est stupide, le haut-de-forme reprend les codes d’un anti-capitalisme suranné: dans les années trente, lorsque les communistes voulaient dénoncer les méfaits de la finance internationale, ils montraient des huiles en hauts-de-forme. Les gauchistes qui ont essayé d’assimiler François Fillon à Vichy ne s’en souviennent-ils pas? Peut-être ont-ils été trahis par leur inconscient?

Car il était une époque où les socialistes associaient volontiers le capitalisme au judaïsme. Puisqu’ils luttaient contre le capital, Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui et Georges Vacher de Lapouge étaient naturellement antisémites. Au moment de l’affaire Dreyfus, socialistes et radicaux avaient d’abord été anti-dreyfusards: Léon Blum raconte qu’ils considéraient en effet « que Dreyfus [était], d’une part, un riche bourgeois, d’autre part un quasi-étranger, et que le défendre ne [relevait] pas de leur combat anticapitaliste et jacobin ». Aujourd’hui, sans doute parce qu’elle croit que les musulmans ont remplacé le prolétariat historique, la gauche ferme les yeux sur l’antisémitisme qui gangrène les banlieues françaises : elle préfère chercher querelle à François Fillon pour une mauvaise caricature.

Finalement, les vrais antisémites ne sont-ils pas ceux qui voient un juif quand il n’y a qu’un capitaliste en haut-de-forme?

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12 mars 2017 at 11 11 49 03493

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Le Chemin des Dames

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Pour Pénélope Fillon, cette élection présidentielle est certainement un véritable chemin de croix. Elle rêvait sans doute de tranquillité, d’une campagne dans l’ombre de son mari, et elle se retrouve prise dans une véritable guerre de tranchée, sous un déluge de feu. À la suite d’un article du Canard enchaîné, elle est donc soupçonnée d’avoir occupé entre 1998 et 2013 un emploi fictif d’attachée parlementaire, parce que son époux, lorsqu’il était député, l’avait recrutée comme collaboratrice, comme la loi le permettait, sur la base d’un contrat de travail de droit privé -il la rémunérait en utilisant un crédit collaborateur qui lui était de toute façon acquis. Moralement, c’est condamnable : quelle besoin Pénélope Fillon avait-elle d’être la salariée de son mari? Elle ne pouvait pas se contenter d’être une femme au foyer, dévouée et désintéressée? Ça ne lui plaisait pas de répondre au téléphone pour son mari lorsqu’il était à Paris, réserver ses billets de train, prendre ses rendez-vous, tenir son agenda, repasser ses chemises, faire le pied de grue quand les réunions s’éternisaient? Elle voulait être payée pour cela? Une femme doit savoir rester dans son rôle gracieux de bobonne : il n’y pas de raison qu’elle touche un salaire ménager. Voilà pourquoi le Parquet national financier s’est dressé sur le chemin de Pénélope et de son patron. La défense risque d’être épuisante, car le travail de petite main est difficile à discerner. Imagine-ton Ulysse mis en examen? Sa femme eût-elle pu prouver qu’elle avait vraiment travaillé durant vingt ans, alors qu’elle défaisait la nuit la tapisserie qu’elle avait tissée le jour?

Cette triste histoire montre à quel point la France est un pays misogyne et rétrograde, toujours prêt à renvoyer les femmes à leurs travaux domestiques. Cependant, le camp du progrès, acquis à la cause du féminisme, trouvera une raison de sécher ses larmes : en accablant Pénélope Fillon, les médias et la justice n’ont pas vu que leur offensive était vouée à l’échec ; ils ont ouvert un peu plus le chemin de l’Elysée à une autre dame. Ce serait une révolution, et les progressistes doivent certainement frétiller de joie à l’idée qu’une femme, enfin, puisse être élue à la présidence de la République !

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8 mars 2017 at 8 08 24 03243

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Président des mickeys

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« Vive la France, vive la République et vive Eurodisney. »

Samedi, François Hollande a bredouillé qu’en France « il n’y a pas de personnes qui prennent des armes pour tirer dans la foule » et nous avons aussitôt cru qu’il avait boulotté le Bataclan, les terrasses et la Promenade des Anglais. Or, plus tard, lorsqu’il a annoncé qu’il était prêt à envoyer un billet à Donald Trump « pour qu’il vienne au moins à Eurodisney et qu’il comprenne ce qu’est la France », son raisonnement devenait limpide: le président américain pourra en effet vérifier que personne, à Disneyland, n’arrose la foule à la kalachnikov. Au sommet de son art, le président Hollande répondait aussi, à demi-mots, à Emmanuel Macron, qui avait affirmé que la culture française n’existe pas : comment le jeune et fringant candidat à l’élection présidentielle avait-il pu dire une telle ânerie et oublier Disneyland ?

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27 février 2017 at 13 01 09 02092

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Strabisme

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Édouard Louis devrait tout-de-même se méfier de ses amis: lorsque le grand remplacement arrivera, il risque d’être balancé du haut d’un immeuble.

Le gauchisme est un strabisme. Par exemple, Jean-Paul Sartre approuva l’exécution de Robert Brasillach au nom de la responsabilité de l’écrivain et Simone de Beauvoir parce qu’il y a «des mots aussi meurtriers qu’une chambre à gaz »». Lors de son procès, accusé d’intelligence avec l’ennemi, Robert Brasillach n’avait pas essayé de fuir: ses articles violemment antisémites parus dans la presse collaborationniste constituaient un délit d’opinion qu’il ne pouvait effacer; ils l’envoyèrent à la mort. C’est comme si les écrivains devaient répondre de leurs écrits et en supporter toutes les conséquences; or, aujourd’hui, on voit avec l’affaire Mehdi Meklat que les gauchistes sont capables de produire un autre point de vue, en invoquant la littérature comme pitoyable excuse.

Durant des années, Mehdi Meklat a déversé sur Twitter sa haine des Juifs, des Blancs, ou encore de Charlie Hebdo. Mis face à ses responsabilités, le jeune homme s’est défendu dans Télérama en invoquant un « double de fiction » qui l’aurait dépassé. Les médias qui l’ont fabriqué ont repris cette échappatoire: tout cela n’était donc qu’un « travail littéraire et artistique ». Sur Twitter, Pascale Clark a volé au secours de son petit protégé -elle le lisait d’ailleurs avec bonheur car c’était le compte qu’il « était urgent de suivre »: selon elle, le personnage qui tweetait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps était « odieux, fictif » et « ne servait qu’à dénoncer » le racisme. Or, bizarrement, ce personnage au nom si français était uniquement raciste à l’égard des Blancs et des Juifs et il n’hésitait pas à entreprendre l’apologie de Ben Laden ou de Mohamed Merah. Un certain nombre de médias trouvaient cela très bien. Pierre Siankowski, directeur de la rédaction des Inrocks, qui jure aujourd’hui qu’il n’avait pas connaissance des fameux tweets, pleurait de rire en les lisant. Claude Askolovitch a relativisé le caractère antisémite des tweets en les réduisant à des « blagues nazes » -pourquoi ne pas avoir vu, alors, que le fameux « Durafour crématoire » dont on nous a rebattu les oreilles était également une mauvaise plaisanterie?

Une certaine gauche a des complaisances coupables pour les « jeunes de banlieue »;  elle s’accommode volontiers avec les immondices qui leur servent de pensée. À travers des médias tels que Libération, Le Monde, Les Inrocks, Télérama, Mediapart, Canal+ ou encore France Inter, elle n’a cessé d’encenser et de promouvoir Mehdi Meklat et son compagnon Badroudine Saïd Abdallah, pour en faire les porte-paroles des jeunes issus de l’immigration -on devine, comme l’explique très bien le politologue Laurent Bouvet dans Le Figaro, qu’elle les a utilisés pour se donner bonne conscience, parce qu’elle reconnaît dans leur sous-culture de racailles «une forme de dédouanement et de relais à ses engagements politiques et sociaux oubliés, à tous ses renoncements depuis des décennies ». C’est sans doute ce qui est le plus obscène dans cette histoire: le paternalisme post-colonial de journalistes prêts à pardonner à Mehdi Mekrat ce qu’ils ne pardonneraient pas à d’autres -pour eux, les Arabes sont forcément des victimes et méritent notre mansuétude. En 2015, les mêmes journalistes n’avaient pas eu de mots assez durs pour condamner l’historien Georges Bensoussan qui, invité dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut, avait justement évoqué l’antisémitisme atavique des familles arabes en France. Le CSA avait alors adressé à France Culture « une mise en garde ferme » et Georges Bensoussan fut traîné devant les tribunaux, poursuivi pour « provocation à la haine raciale » par les grandes associations antiracistes –Ligue des droits de l’homme, Licra, MRAP, SOS-Racisme et le Collectif contre l’islamophobie en France. 

L’indignation à géométrie variable des journalistes n’est pas nouvelle. Dans Un paradoxe français, Simon Epstein nous parle de ces journalistes qui dénonçaient l’antisémitisme hitlérien dans les années trente puis, pendant l’occupation, écrivaient des insanités antisémites dans la presse collaborationniste. On en est là. Les journalistes si complaisants avec l’antisémitisme de Mehdi Meklat auraient sans doute applaudi l’exécution de Robert Brasillach. De Gaulle a expliqué dans ses Mémoires qu’il n’avait pas gracié l’écrivain parce que « le talent est un titre de responsabilité, il est donc une circonstance aggravante, car il accroît l’influence de l’écrivain ». Nous nous consolerons donc en pensant que Mehdi Meklat n’est pas responsable parce qu’il n’a aucun talent littéraire -les Éditions du Seuil publient ses livres comme elles publient ceux d’Édouard Louis: parce que la haine de la France est aussi un fonds de commerce.

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La mixité sociale selon Benoît Hamon

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Devant la mosquée En-Nour, gérée par l’Union des musulmans de Trappes (Photo Paris-Match)

Ce n’est pas facile d’être député. Certains utilisent leur épouse comme attachée parlementaire, un peu comme un boucher met sa femme à la caisse pendant qu’il est occupé à faisander des pigeons; d’autres sont obligés de choisir entre leurs électeurs et leur femme. Prenez Benoît Hamon, député de Trappes, c’est-à-dire la onzième circonscription des Yvelines. Dans Madame Figaro, il explique que sa femme aime la discrétion et il précise: « elle n’est jamais venue dans ma circonscription ». Après tout, elle a le droit de ne pas s’intéresser aux activités de son époux -elle n’est pas attachée parlementaire, elle travaille pour LVMH, le leader mondial du luxe. Mais si elle n’est jamais venue à Trappes, c’est qu’elle n’y vit pas. On imagine alors que Benoît Hamon s’agite dans ce dilemme: doit-il habiter dans sa circonscription, ou avec sa femme?

Comme nombre de députés, il ne vit pas là où il a été élu. Sa bourgeoise n’a jamais eu l’occasion d’entrer dans un café de sa circonscription. Et leurs filles ne sont certainement pas scolarisées à Trappes, cette ville « où il fait bon vivre ». De la part d’un candidat qui veut favoriser la mixité sociale, notamment à l’école, c’est tout-de-même dommage. Certes, Benoît Hamon est aux petits soins pour ses électeurs: comme le fait remarquer le député socialiste Malek Boutih, il est toujours prêt à s’accommoder avec l’islamisme. Mais il est regrettable qu’un homme politique de gauche ne donne pas l’exemple et qu’il laisse le vivre-ensemble aux autres. Il ne faudra pas se plaindre ensuite que la population, à Trappes, devienne de plus en plus uniforme.

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Après les émeutes de juillet 2013 (photo: Le Parisien)

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Une rumeur de cirque et de demi-débauche

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Ce week end, en visite dans le Pas-de-Calais, Emmanuel Macron avait envie de rencontrer des « gens vaillants ». Il se rendit donc dans un supermarché, où il félicita Sandrine, une caissière, ou encore Fabrice, qui s’occupe du rayon conserves:  «  Sur cette terre qui a souffert et que je connais bien, le sursaut n’est possible que par le travail  » expliqua-t-il alors à la petite cour de journalistes qui l’entourait. Le lendemain, en meeting à Lille, il insistait: « Dans les secteurs miniers où j’étais hier, ils veulent du travail, rien d’autre ». Pour lutter contre l’alcoolisme et le tabagisme, il espère créer des emplois dans les grandes surfaces: elles ouvriront le dimanche et pourront fourguer des tranquilisants à ceux qui ne bossent pas ce jour-là. Puisqu’il était dans le coin, le candidat à l’élection présidentielle aurait pu faire un saut jusqu’à l’hypermarché Auchan de Roncq: il aurait dialogué avec les salariés, qui sont assurément au comble de la félicité -ce n’est pas comme Auchan, à Tourcoing, où une caissière fut licenciée pour « un préjudice de 85 centimes », où une autre fit une fausse couche sur son poste de travail parce qu’on lui avait interdit de le quitter.

L’hypermarché de Roncq a récemment célébré son cinquantième anniversaire ; pour l’occasion, un petit film fut diffusé sur les réseaux sociaux, qui préfigure un monde où le bonheur sera obligatoire. On voit les salariés rangés en haie et, tels des intermittents du spectacle, sourire aux lèvres, ils applaudissent les premiers clients qui, ce matin-là, entrent dans le magasin. Une sorte de Disneyland, un monde où les liens sociaux sont radicalement simplifiés. La sympathique animatrice, qui devrait tout-de-même songer à faire décoller sa carrière en Corée du Nord, ne parle pas d’employés ou de salariés, mais de « collaborateurs ». Or la collaboration ressemble parfois à une soumission. Comment ne pas plaindre, en effet, ces salariés, condamnés, s’ils veulent survivre, à feindre l’enthousiasme lors d’une fête sans consistance? Les responsables du marketing, véritables maîtres de ces attractions, rêvent sans doute que la foule prenne date: les gens passeraient la nuit dehors dans l’espoir d’être les premiers, le lendemain matin, à profiter des soldes, ils se rueraient sur les écrans de télévision, se battraient pour des boîtes de conserve et brandiraient triomphalement des rouleaux de papier-cul à 50% -une telle frénésie ne s’empare-t-elle pas des acheteurs chaque fois qu’Apple commercialise un nouveau produit? Mais il faut croire qu’un hypermarché Auchan n’est pas un Apple store, et Roncq ne sera pas le théâtre d’un mouvement de foule semblable à une avalanche de réfugiés franchissant la frontière macédonienne : les clients ne sont pas si nombreux à avoir attendu l’ouverture des portes, ils ont presque l’air contrariés d’être infantilisés et, sans perdre de temps, visiblement très concentrés, ils cavalent vers leurs achats. On cherche en vain « la joie dans leur regard ».

Un non-événement de cet acabit entretient l’idée que l’histoire ne se déroule plus, qu’il n’y a plus de passé ni d’avenir: alors que Roncq était connue jadis pour ses filatures, les gens vivent désormais dans un présent de friches industrielles. L’hypermarché organise des événementiels pour les distraire de ce qui n’existe plus et de ce qui ne se produira pas ; aucun caddy fou ne viendra gâcher la fête. N’en déplaise à Emmanuel Macron, cette perspective donne sacrément envie de se précipiter sur le rayon des alcools pour s’arsouiller consciencieusement. Comme si une rumeur de cirque et de demi-débauche montait des rayonnages.

Written by Noix Vomique

19 janvier 2017 at 15 03 59 01591

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