Noix Vomique

Les siècles

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Il y a 200 ans, jour pour jour, le 20 mars 1815, Napoléon entrait triomphalement dans Paris, le drapeau tricolore flottait à nouveau sur les Tuileries le temps des Cent-Jours, et j’aime penser que ma Grand-mère, qui est née en 1921, a connu, gamine, des gens qui ont eux-mêmes connu des gens qui ont vécu ces événements, il faudrait que je le lui demande, la prochaine fois que nous monterons à Conflans, car elle a toujours des anecdotes à raconter, qui parfois mettent en scène ses parents ou ses grands-parents, ou encore ce personnage, marin, qui avait ramené en 1840 les cendres de Napoléon à bord de la «Belle Poule», souvenirs qu’elle a finalement écrits pour qu’ils ne se perdent pas (l’occasion pour elle, à l’âge vénérable qui est le sien, de découvrir Windows) et que mes filles, qui n’ont que 3 et 5 ans, trouvent sans doute pour le moment lointains, voire insignifiants, mais j’imagine, lorsqu’elles auront l’âge de ma grand-mère, à l’aube du vingt-deuxième siècle, qu’elles pourront évoquer à leur tour ces aïeux d’un autre temps, tels Étienne Berthélémy, fils de forgeron, né en 1856 près de Sedan, qui devint gendarme et se maria avec Esther Vaury, fille de pasteur, née en 1861, qui fit l’École normale de Boissy-Saint-Léger, et lorsqu’elles en parleront à leurs petits-enfants, ceux-ci auront l’impression encore plus profonde que ce sont de très vieilles histoires -d’ailleurs ce seront peut-être leurs arrières-petits-enfants, si les générations se renouvellent plus rapidement que je ne l’ai permis, car j’ai tardé à me marier et à avoir une progéniture: mes filles sont encore toutes petites et je fête aujourd’hui mes cinquante balais, un demi-siècle, bordel, un demi-siècle qui est passé si vite que ce n’est vraiment rien -multipliez ça par quarante et vous vous retrouvez deux mille ans plus tôt, à l’époque du Christ; et mes filles, au début du vingt-deuxième siècle parleront de leur père avec tendresse, du moins je l’espère, en précisant peut-être, comme une curiosité, qu’il était français et qu’il les éduquait comme s’il était en retard sur son siècle -de toute façon, il était toujours en retard, et j’ignore si elles le diront en français, ce français que je leur enseigne, ou en basque, leur langue maternelle, ou encore dans une autre langue qu’elles auront apprise, un peu comme j’essaie d’apprendre aujourd’hui celle de leur mère; je n’aurai alors plus mal aux dents depuis longtemps, ces vilaines dents que je vais maintenant rincer en me servant un autre scotch.

Written by Noix Vomique

20 mars 2015 at 22 h 01 min

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Fin de vie

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college_mazarin

La loi sur la fin de vie a été adoptée par l’Assemblée nationale alors que nous célébrons la Semaine de la langue française. N’y voyez aucune malice. De toute façon, la fin de vie, les académiciens s’en tapent: ils sont immortels. Tout cela ne va donc pas perturber leurs séances du jeudi. L’Académie française travaille depuis 1986 à la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française: trois tomes sont déjà parus -de A à Enzyme, de Éocène à Mappemonde et de Maquereau à Quotité. La matière du quatrième et dernier tome, actuellement en cours de rédaction, est publiée au fur et à mesure de l’avancement des travaux dans les «Documents administratifs» du Journal officiel. Cette nouvelle édition, nous dit-on, reflète un «formidable accroissement du vocabulaire lié au développement des sciences et des techniques, à l’évolution des mœurs et des modes de communication». Ainsi, par rapport à l’édition précédente, qui fut achevée en 1935, 28000 nouveaux mots ont été introduits, tels que aérosol, autoradio, billetterie, calculette, énarque, hypermarché, jetable, laborantin, maquisard, maraîchage, marketing, médicaliser, micro-ordinateur, mondialisation, pénaliser, pesticide, pétainiste, photomontage, polluant, ou encore prêt-à-porter, qui rendent compte de l’évolution des modes de vie au cours de ces quatre-vingts dernières années. Je vous invite maintenant à parcourir la liste suivante:

A

  • abuseur. n. m. Celui qui abuse. Un grand abuseur. Il est familier et peu usité. (XIVe s. ; Acad. 4e)
  • académiste. n. m. Anciennement, Membre de l’Académie française. (XVIIe s., d’abord au sens de « membre de l’Académie française » (correspondance de Chapelain, 1634) ; Les Académistes, comédie de Saint-Evremond ; supplanté dès 1635 par académicien ; puis au sens de « élève d’une académie », enregistré par Acad. 1ère : « Qui apprend à monter à cheval et autres exercices dans une académie ».)
  • accortise. n. f. Humeur accorte. Il a vieilli. (XVIe s. ; Acad. 1ère)
  • acenser. v. tr. Donner à ferme. Il est vieux. (XIIIe s. ; Acad. 1ère)
  • acerbité. n. f. Qualité de ce qui est acerbe. Ce fruit est d’une acerbité insupportable. Il est peu usité. (XIVe s. ; Acad. 5e)
  • acidule. adj. des deux genres. Qui est légèrement acide. Eaux minérales acidules. Liqueur acidule. (XVIIIe s. ; Acad. 4e)
  • affinerie. n. f. Lieu où l’on affine. Porter l’or ou l’argent à l’affinerie. (XVIe s. ; Acad. 4e)
  • aliénisme. n. m. Science qui étudie l’aliénation mentale. (XIXe s. ; seulement dans Acad. 8e)
  • amatelotage. n. m. T. de Marine. Action d’amateloter. Il a vieilli. (XIXe s. ; Acad. 6e)
  • amusoire. . f. Moyen d’amuser, de distraire. Cela n’est pas sérieux, ce n’est qu’une amusoire. Il est familier et très peu usité. (XVIe s. ; Acad. 2 e)
  • anastatique. adj. des deux genres. Qui reproduit les textes et les dessins imprimés, en parlant d’un procédé chimique. (XIXe s. ; Acad. 8e)
  • anguillade (XVIe s. ; Acad. 1ère)
  • antanaclase. n. f. T. de Rhétorique. Répétition d’un même mot pris dans un sens différent. (XVIIIe s. ; Acad. 4e)
  • apercevance. n. f. Faculté d’apercevoir. Apercevance fine, prompte. Il est peu usité. (XIIe s. ; encore bien attesté XVIe s. ; repris Acad. 5e –> peu usité dès 6e.)
  • archidiaconat. n. m. Dignité d’archidiacre. (XVIe s. ; Acad. 1ère)
  • architriclin. n. m. T. d’Antiquité romaine. Celui qui était chargé de l’ordonnance du festin. (XIIe s., puis XVe s. ; Acad. 4e)
  • arrêtiste. n. m. Compilateur ou commentateur d’arrêts des Cours souveraines, etc. (XVIIIe s. ; Acad. 4e ; attesté dans la plupart des dictionnaires généraux du XIXe et du XXe s.)
  • assoter. v. tr. Rendre sot. Vos discours finiront par m’assoter. Il se dit parfois pour Rendre sottement amoureux. Il s’est assoté d’une femme qui le ruinera. Dans les deux acceptions il est familier et vieux.(XIIIe s. ; déjà vieilli au XVIIe s. : au participe passé dans Acad. 1ère, le verbe étant réputé sorti de l’usage.)
  • atonique. adj. des deux genres. T. de Médecine. Qui a rapport à l’atonie. (XVIe s. ; Acad. 6e)
  • attiseur. n. m. Celui qui attise, qui aime à attiser. Il est peu usité. (XIIIe s. ; Acad. 5e ; attesté dans la plupart des dictionnaires généraux du XIXe s.)
  • avénage. n. m. Redevance en avoine. L’avénage de cette terre rendait plus de six cents livres. Il a vieilli. (XIIIe s. ; Acad. 5e)
  • avertin. . m. T. d’ancienne Médecine. Maladie d’esprit qui rend opiniâtre, emporté, furieux. Il se disait, par extension, de Ceux qui étaient tourmentés de cette maladie. Le peuple appelait saint Mathurin le patron des avertins.Il se dit aujourd’hui de la Maladie des moutons que l’on nomme ordinairement TOURNIS. (XIIIe s. ; Acad. 5e + principaux dictionnaires généraux xixe et xxe s.)

B

  • babillement. n. m. Action de babiller. (XVIe s. ; Acad. 6e ; surtout utilisé en médecine, selon la plupart des dictionnaires généraux du XIXe s.)
  • bagues. n. f. pl. Bagages. Il ne s’emploie que dans cette phrase : Sortir vie et bagues sauves, Sortir d’une place de guerre avec permission d’emporter sur soi tout ce qu’on peut. Il a vieilli. Fig. et fam., Sortir, revenir bagues sauves, Sortir heureusement d’un danger. (XVe s. ; Acad. 6e)
  • baladinage. n. m. Plaisanterie bouffonne et de mauvais goût. (XVIIIe s. ; Acad. 5e)
  • baliverner. v. intr. S’occuper de balivernes. Ne faire que baliverner. Il est familier. (XVIe s. ; Acad. 4e)
  • bergerette. n. f. Jeune bergère. (XIIIe s., au sens donné par Acad. 8e, enregistré dès 6e ; XVIe s., au sens de « liqueur composé de vin et de miel », enregistré par Acad. 5e.)
  • besaigre. adj. des deux genres. Qui devient aigre, en parlant du vin. On l’emploie comme nom masculin. Ce vin tourne au besaigre. (XVIIe s. ; Acad. 4e)
  • biaiseur, -euse. n. Celui, celle qui a tendance à biaiser, qui use volontiers de faux-fuyants. (XIXe s. ; peu usité selon Larousse XIXe s., mais enregistré par Acad. 8e.)
  • boquillon. n. m. Bûcheron. Il est vieux. (XIIIe s. ; Acad. 4e ; supplanté par bûcheron au XVIIIe s., mais encore attesté en Picardie et en Flandre ; se rencontre chez La Fontaine.)
  • brandiller. v. tr. Mouvoir deçà et delà. Brandiller les jambes. Brandiller les bras. (XIIIe s., intransitivement ; XVIIe s., transitivement ; Acad. 1ère)
  • brétailler/brétailleur. v. intr. Tirer l’épée pour la moindre bagatelle. Il est familier. / n. m. Celui qui brétaille.(XVIIIe s. ; Acad. 4e)
  • brocardeur, -euse. n. Celui, celle qui dit des brocards. Il est peu usité. (XVIe s. ; Acad. 4e)

C

  • cacade. n. f. Décharge de ventre. Il est bas et ne se dit guère qu’au figuré. Faire une cacade, Manquer par lâcheté une entreprise où l’on s’était flatté de réussir. (fin XVIe s. ; Acad. 1ère, « plus ordinairement au figuré ».)
  • carrelure. n. f. Semelles neuves qu’on met à de vieux souliers, à de vieilles bottes. (XVe s. ; au sens de « bon repas », chez Rabelais, La Fontaine, enregistré par Acad. 1ère : « On dit figurément d’un homme affamé qui a fait un bon repas qu’Il s’est fait une quarreleure, une bonne quarreleure de ventre. »)
  • chancissure. n. f. Moisissure. Ôter la chancissure d’un pâté. (XVIe s. ; Acad. 1ère)
  • chapechute. n. f. Bonne aubaine due à une négligence d’autrui ou à un accident. (XIIe s. ; se rencontre chez La Fontaine ; Acad. 8e seulement)
  • chapeler. (Je chapelle; nous chapelons.) v. tr. Tailler en enlevant le dessus. Il se dit spécialement du pain qu’on taille en rognant la croûte. (XIIe s., au sens de « frapper rudement, tailler en pièces » ; XIVe s., au sens donné dans Acad. 8e, enregistré dès 1ère; XIXe s., au sens de « taillader ».)
  • charmoie. n. f. Lieu planté de charmes. Il a vieilli. (XIIIe s., comme toponyme ; puis XVIIe s. ; Acad. 4e)
  • charnure. n. f. La chair, les parties charnues, considérées selon les différentes qualités qu’elles peuvent avoir. Il ne se dit qu’en parlant des Personnes. Charnure ferme. Charnure molle. (XIIe s. ; Acad. 1ère ; emplois littéraires au XIXe et au XXe s. ex. : Georges Duhamel.)
  • chipotier, -ière. n. Celui, celle qui chipote. C’est un franc chipotier. (XVIIe s., chez Furetière ; Acad. 4e)
  • chômable. adj. des deux genres. Qu’on doit chômer, en parlant des jours de fêtes. (XVIe s., puis Acad. 1ère.)
  • chouanner. v. intr. Faire la guerre à la façon des chouans. (fin XVIIIe s., sous la Révolution ; se rencontre évidemment chez Balzac, Barbey d’Aurevilly, etc. ; chouan, chouannerie dans Acad. 7e, chouanner seulement dans 8e.)
  • clochement. n. m. Action de boiter. (XIVe s. ; Acad. 5e)
  • clubiste. n. m. Celui qui fréquentait les clubs politiques. (fin XVIIIe s. ; club et clubiste seulement dans Acad. 6e.)
  • colluder. v. intr. T. de Procédure. S’entendre dans un procès avec sa partie adverse au préjudice d’un tiers. Il a vieilli. (XVIe s. ; Acad. 1ère ; attesté dans la plupart des dictionnaires généraux du XIXe et du XXe s.)
  • collusoire. adj. des deux genres. Qui se fait par collusion. (XIVe s. ; idem.)
  • conjouir (se) (Xe s., transitivement, au sens de « recevoir avec courtoisie », puis, fin XIIe s., intransitivement ; XVe s., emploi pronominal –> déjà vieilli au XVIIe s., mais enregistré par Acad. 1ère.)
  • conspirant, -ante. adj. Qui concourt à produire un même effet. Des mouvements alternativement conspirants et contraires. En termes de Mécanique, Puissances conspirantes, celles qui, agissant suivant la même direction, concourent à produire le même effet. (XVIIIe s. ; Acad. 5e)
  • contre-police. n. f. Police qui surveille ou déjoue une autre police. Des contre-polices. ( fin XVIIIe s., sous la Révolution ; se rencontre chez Balzac ; Acad. 8e seulement)
  • convertissement (XIIIe s., au sens de « action de transformer une substance en une autre » ; XVIIe s., comme terme de finance, enregistré par Acad. 1ère.)
  • convoiteux, -euse. adj. Qui convoite. Être convoiteux de richesses, du bien d’autrui. (XIIe s. ; Acad. 1ère ; attesté dans les dictionnaires du XIXe s., mais réputé vieilli par Richelet ; se trouve chez La Fontaine.)
  • couchée. n. f. Lieu où on loge la nuit en faisant voyage. Il y a tant de lieues jusqu’à la couchée. Nous nous rencontrâmes à la couchée. Il se dit aussi du Souper et du logement des voyageurs dans l’hôtellerie. Il nous en coûta tant pour notre couchée. Il a vieilli dans ces deux acceptions. (XIIIe s., au sens de « action de se coucher (en parlant du soleil) » ; XVIIe s., au sens donné par Acad. 8e, enregistré dès 1ère.)
  • courte-botte. n. m. Petit homme. Il est populaire. Des courtes-bottes. (XVIIIe s., dans Acad. 4e )
  • crapoussin, -ine. n. Celui, celle qui est de taille petite et contrefaite. Ce n’est qu’un crapoussin, une crapoussine. Il est populaire. (XVIIIe s. ; Acad. 5e)
  • crosseur. n. m. Celui qui crosse, qui s’amuse à crosser. (XVIIe s., au sens de « personne qui joue à la crosse, qui chasse la balle avec une crosse » , enregistré par Acad. 1ère ; XIXe s., au sens de « querelleur ».)
  • curation. n. f. T. de Médecine. Traitement d’une maladie, d’une plaie. (XIIIe s.; dans la langue médicale du XVIIe s. –> repris par Molière ; Acad. 4e ; peu usité selon Larousse XIXe s. ; exclu des dictionnaires généraux du milieu du XXe s.)

D

  • délogement. n. m. Action de déloger. Il a vieilli. (fin XIVe s., en parlant d’une troupe qui lève le camp, quitte son casernement ou son cantonnement d’étape, puis XVIe s., au sens général donné par Acad. 8e et enregistré dès Acad. 1ère, avec la mention : « Il se dit plus ordinairement à l’égard des gens de guerre. »)
  • démeublement. n. m. Action de démeubler ou état de ce qui est démeublé. (XVIIe s. ; Acad. 4e)
  • dépopulariser. v. tr. Priver de la popularité. Ils cherchaient à le dépopulariser. Il se dépopularisait de jour en jour. (XVIIIe s. ; Acad. 6e)
  • dramatiste. n. m. Auteur dramatique. (fin XVIIIe s., comme dramaturge ; Acad. 5e)
  • duriuscule (XVIIe s., dans Le Malade imaginaire de Molière : « pouls duriuscule », par opposition à capricant ; Acad. 4e)

E

  • ébaudissement. n. m. Action de s’ébaudir, ou État de celui qui est ébaudi. Il est vieux. (XIIIe s. ; Acad. 4e)
  • écraseur, -euse. n. Celui, celle qui écrase. (XVIe s., comme adjectif, en parlant du tonnerre ; début XVIIe s., comme substantif, en parlant d’un mauvais cocher ; seulement dans Acad. 8e, au sens général de « celui qui écrase ».)
  • éraillement. n. m. Action d’érailler ou État de ce qui est éraillé. L’éraillement des étoffes. L’éraillement de la voix, des yeux. (XVIe s., en parlant des paupières (cf. ectropion) ; XIXe s., en parlant d’une étoffe et de la voix ; l’Acad. ne connaît que le premier sens, de la 4e à la 8e, qui mentionne le second.)
  • ergoterie. n. f. Argument reposant sur des vétilles ou Habitude de chicaner. (XVIe s., première attestation, puis XVIIIe s., dans Trévoux –> remplacé par ergotage ; Acad. 7e : renvoi à ergotage)
  • escroqueur, -euse. n. Celui, celle qui escroque. (XVIe s. ; Acad. 1ère)
  • ésopique. adj. des deux genres. Qui se rapporte à Ésope ou aux fables qui lui sont attribuées.(XVIe s. ; Acad. 8e)
  • euphuisme. n. m. Affectation de beau langage, du temps de la reine Élisabeth d’Angleterre. On l’emploie encore en parlant d’un Style affecté. (XIVe s. ; Acad. 8e ; cf. marinisme, gongorisme, etc.)
  • exacteur. n. m. Celui qui commet une exaction, des exactions. Il est vieux. (XIVe s. ; Acad. 1ère)

F

  • fanfan. n. m. Terme familier dont les mères et les nourrices se servent quelquefois en parlant aux enfants. Il est vieux. (début XVIe s. ; Acad. 4e)
  • finet, -ette. adj. Qui a une certaine finesse d’esprit. Il est familier et peu usité. (XVe s. ; Acad. 1ère ; peu usité selon Acad. 6e.)
  • friponneau. n. m. Jeune fripon malicieux. (XVIIe s., dans les Contes de La Fontaine ; Acad. 4e)
  • futurition. n. f. T. didactique. Caractère d’une chose future, en tant que future. (début XVIIIe s., chez Fénelon, au sens donné par Acad. 8e, enregistré dès 5e ; Acad. 4e : « Ce qui doit arriver. »)

G

  • gaminer. v. intr. Faire le gamin. (XIXe s. ; Acad. 8e)
  • gasconisme. n. m. Façon de parler et d’écrire empruntée du dialecte gascon et qui constitue une incorrection en français. Il y a de nombreux gasconismes dans les « Essai » de Montaigne. (XVIe s. ; Acad. 2e)
  • guenuche. n. f. Petite guenou. Une jolie, une gentille guenuche. Fig. et fam., C’est une guenuche coiffée, se dit d’un Femme laide et parée de façon ridicule. (XVIIe s. ; Acad. 2e)
  • havir. (H est aspirée.) v. tr. Il se dit en parlant de la Viande, lorsqu’on la fait rôtir à un grand feu, qui la dessèche et la brûle par-dessus, sans qu’elle soit cuite en dedans. Le trop grand feu havit la viande. La viande havit à un trop grand feu, ne fait que se havir. Il est peu usité.(début XIVe s., au sens figuré de « désirer ardemment, brûler de » ; XVIe s., au sens de « brûler, dessécher, hâler » ; XVIIe s., au sens donné par Acad. 8e, et seul enregistré par 1ère.)

H

  • hebdomadier, -ière. n. Celui, celle qui est de semaine, dans une maison religieuse. (XIIIe s. ; Acad. 2e)
  • hommagé, -ée/ hommager. adj. T. de Jurisprudence féodale. Qui est tenu en hommage. Terre hommagée. (XVIe s. ; Acad. 4e)

I

  • ichor. n. m. T. de Médecine. Sanie, sang aqueux mêlé de pus âcre, qui est le produit d’une inflammation de mauvaise nature.
  • ichoreux, -euse. adj. T. de Médecine. Qui tient de la nature de l’ichor. Plus ichoreux.(XVIe s. ; ichoreux, -euse, Acad. 4e, et ichor, 7e )
  • imbrisable. adj. des deux genres. Qui ne peut pas être brisé. Fig., La résistance de cette armée était imbrisable. (XIXe s. ; Acad. 8e)
  • immortification/immortifié, -ée. n. f. T. d’Ascétisme. État d’une personne qui n’est pas mortifiée. (début XVIIe s., chez saint François de Sales ; Acad. 2e)
  • impatroniser (s’) (XVIe s., au sens de « s’emparer, se rendre maître d’une ville, d’un pays » ; XVIIIe s., au sens donné dans Acad. 8e ; les deux sens figurent dans Acad. 1ère.)
  • imployable. adj. des deux genres. Qui ne peut pas être ployé (XVIe s., au propre et au figuré ; seulement Acad. 8e)
  • incorrigibilité. n. f. Défaut de celui qui est incorrigible. Son incorrigibilité, l’incorrigibilité de son caractère ne se conçoit pas. (début XVIe s. ; au XVIIe s., chez le cardinal de Retz ; Acad. 2e)
  • indévot , -ote. adj. Qui n’a point de dévotion, qui ne respecte pas les pratiques religieuses. Cet homme est indévot. Femme indévote.Il se dit, par extension, du ton, des manières, etc. Parler d’un ton indévot. Discours indévot. Il est vieux.
  • indévotion. n. f. Manque de dévotion, manque de respect pour les pratiques religieuses. Son indévotion scandalise tout le monde. Il se pique d’indévotion. (XVe s. ; indévot, substantif, XVIIe s. ; Acad. 1ère)
  • indulgencier. v. tr. Attacher une indulgence et une prière à un objet de piété. Indulgencier un chapelet. (XIXe s. ; Acad. 8e)

L

  • larmoyeur, -euse. n. Celui, celle qui larmoie. Cet enfant est un larmoyeur. (fin XVIIe s. ; Acad. 7e)
  • larroneau (XVe s. ; Acad. 1ère) n. m. Petit larron, qui ne dérobe que des choses de peu de valeur. Il est familier.

M

  • masticatoire. n. m. T. de Médecine. Sorte de médicament simple ou composé que l’on mâche pour exciter l’excrétion de la salive. Le pyrèthre, le bétel, le tabac sont des masticatoires. User de masticatoires. Adjectivement, Substance masticatoire.
  • mâtineau. n. m. Petit mâtin.
  • mensurer. v. tr. Soumettre à la mensuration. L’individu arrêté a été mensuré à son arrivée au Dépôt.
  • mésoffrir. v. intr. Offrir d’une marchandise moins qu’elle ne vaut. Il est vieux.
  • minon. m. Nom d’amitié que les enfants donnent aux chats. Viens, minon, mon petit minon. On dit aussi Minou. Ces deux mots sont familiers.
  • mireur, mireuse. n. Celui ou celle qui mire. Un mireur d’œufs.
  • mohatra. adj. m. Il ne s’emploie que dans cette locution, Contrat mohatra, Contrat ou marché usuraire, par lequel un marchand vend très cher, à crédit, ce qu’il rachète à très vil prix, mais argent comptant. Il est vieux.
  • monophylle. adj. m. T. de Botanique. Il se dit d’un Calice formé d’une seule pièce. Calice monophylle, à cinq divisions.
  • monseigneuriser. v. tr. Honorer quelqu’un du titre de monseigneur. Je l’ai monseigneurisé. Il ne s’emploie qu’ironiquement.
  • morfondure. n. f. T. d’Art vétérinaire. Sorte de catarrhe nasal qui vient aux chevaux lorsqu’ils ont été saisis du froid après avoir eu chaud. Ce cheval jette des naseaux, mais ce n’est qu’une morfondure.
  • Morphée. n. m. T. de Mythologie. Le dieu du sommeil. Ce nom s’emploie dans quelques locutions figurées et en manière de plaisanterie : Être dans les bras de Morphée, Être endormi ; Les pavots de Morphée, Le sommeil, etc.
  • mouille-bouche. n. f. Espèce de poire fondante qui mûrit dans les mois de juillet et d’août.
  • musico. n. m. Il s’est dit, dans les Pays-Bas, d’un Lieu où le bas peuple et les matelots allaient boire, fumer, entendre de la musique, etc.
  • musiquette. n. f. Petite musique. Il est familier.
  • myria. Préfixe emprunté du grec. Dix mille. Il sert à composer un certain nombre de termes scientifiques ou techniques dont nous ne citons ci-après que les principaux.
  • myriagramme. n. m. Mesure de poids qui vaut dix mille grammes.
  • myrtiforme. adj. des deux genres. T. d’Anatomie. Qui a la forme d’une feuille de myrte. Les caroncules myrtiformes.

N

  • narcotine. n. f. T. de Chimie. Alcaloïde que l’on tire de l’opium.
  • névroptère. n. m. T. d’Histoire naturelle. Nom générique des insectes dont les ailes sont transparentes et sont traversées de veines croisées en réseau. Les mouches d’or, les demoiselles, les termites sont des névroptères. Adjectivement, Les insectes névroptères.
  • némésis. n. f. T. d’Antiquité. Déesse de la vengeance. Il ne figure ici qu’en raison de son emploi comme nom commun dans le sens de Colère, vengeance divine. La Némésis antique est une personnification de la loi d’équilibre dans le monde.
  • Neptune. n. m. Dans la Mythologie, Dieu de la mer. Il s’emploie poétiquement pour désigner la Mer. Ce vaisseau brave les fureurs de Neptune.
  • neptunien, ienne. adj. T. de Géologie. Il se dit de Terrains formés par dépôt au fond de l’eau.
    Théorie neptunienne, Théorie d’après laquelle la terre a été primitivement couverte par les eaux.
  • Nestor. n. m. Il se dit, par allusion à un personnage d’Homère, d’un Vieillard respectable par son âge et par la sagesse de ses conseils. On respecte en lui le Nestor de l’assemblée.)
  • neutralement. adv. T. de Grammaire. Comme neutre, en manière de neutre.
  • neutralisant, ante. adj. T. de Chimie. Qui est propre à neutraliser. Une substance neutralisante. Substantivement, Un neutralisant.
  • Nicodème. n. m. Homme simple et borné. C’est un grand nicodème. Il est très familier.
  • nigauder. v. intr. Faire des actions de nigaud, s’amuser à des choses de rien. Il est familier.
  • niguedouille. n. f. Voyez nique-douille.
  • non avenu, ue. adj. Qui n’est pas arrivé. Cet incident fut considéré comme nul et tenu pour non avenu. Nul et non avenu. Voyez avenu.

O

  • octo. Mot grec et mot latin qui signifient Huit et qui, en français, employés comme préfixes, servent à former un certain nombre de mots dont nous citons les principaux.
  • Œdipe. n. m. Homme qui trouve facilement le mot des énigmes ou la solution de questions obscures, par allusion au personnage de l’antiquité qui résolut les énigmes posées par le sphinx. Il faudrait être un Œdipe pour deviner ce que cela veut dire. Je ne suis pas un Œdipe. On dit par dérision L’Œdipe du Café du Commerce. Il est familier.
  • œillère. adj. f. Qui avoisine l’œil. Il n’est guère usité que dans cette expression, Dents œillères, Dents de la mâchoire supérieure, qui sont entre les incisives et les molaires : on les nomme plus exactement Dents canines. Substantivement, On lui a arraché une œillère.
  • oignonière. n. f. Terre semée d’oignons.
  • olinde. n. f. Sorte de lame d’épée, fabriquée autrefois au Brésil dans la ville d’Olinda.
  • onéraire. adj. des deux genres. T. de Jurisprudence. Qui exerce réellement une charge dont un autre a le titre. Il est opposé à Honoraire et ne s’emploie guère que dans ces qualifications, Tuteur onéraire, Syndic onéraire. Il vieillit.
  • ophite. n. m. Sorte de porphyre ainsi nommé parce qu’il rappelle, par son fond vert tacheté de blanc, la peau bigarrée des serpents. Par apposition, Marbre ophite.
  • opulemment. adv. Avec opulence. Vivre opulemment. Il est un peu usité.
  • Orion. n. m. T. d’Astronomie. Nom d’une constellation de l’hémisphère méridional. Le lever d’Orion.
  • ormin. n. m. T. de Botanique. Plante du genre des Sauges.
  • orphéoniste. n. des deux genres. Membre d’une société de chant choral.
  • ostéo. Particule formée du grec, qui signifie Os et qui entre comme préfixe dans la composition de nombreux mots médicaux, dont nous ne donnons ci-dessous que les plus usités.
  • ostéocope. adj. des deux genres. T. de Médecine. Il se dit de Douleurs osseuses profondes, aiguës.
  • ostéogénie. n. f. T. didactique. Science de la formation et du développement des os. L’ostéogénie est une branche de la physiologie et de l’anatomie comparée.
  • ostéographie. n. f. T. didactique. Étude, description des os.
  • ostéolithe. n. m. T. d’Histoire naturelle. Os pétrifié.
  • oxygone. adj. des deux genres. T. de Géométrie. Il n’est guère usité que dans cette expression, Triangle oxygone, Triangle dont tous les angles sont aigus. On dit aussi et plus souvent dans le même sens Triangle acutangle.

P

  • pairement. adv. T. d’Arithmétique. Il n’est guère usité que dans cette locution : Nombre pairement pair, Nombre pair, dont la moitié est aussi un nombre pair, ou, ce qui revient au même, Nombre divisible par quatre. Huit, douze sont des nombres pairement pairs.
  • palmite. n. m. Nom donné à la moelle des palmiers, qui est une substance blanche comme du lait caillé, fort tendre et d’une saveur douce et agréable.
  • papalin, ine. adj. Qui se rapporte au pape. Troupes papalines. Substantivement, Les papalins, Les partisans du pape. Il se dit généralement en mauvaise part.
  • paraboliquement. adv. En décrivant une parabole. Un corps qui se meut paraboliquement.
  • paraphraste. n. m. Auteur de paraphrases. Les paraphrastes chaldaïques.
  • patelineur, euse. n. Celui, celle qui tâche de faire venir les autres à ses fins par des manières patelines.
  • patentable. adj. des deux genres. Qui est sujet à patente.
  • patronnet. n. m. Garçon pâtissier.
  • pantière. n. f. T. de Chasse. Sorte de filet qu’on tend verticalement pour prendre certains oiseaux. Les braconniers se servent de la pantière pour prendre les compagnies de perdrix pendant la nuit.
  • perchlorure. n. m. T. de Chimie. Composé qui contient la plus grande quantité de chlore qu’il peut renfermer à l’état de combinaison. Le perchlorure de fer.
  • péricrâne. n. m. T. d’Anatomie. Périoste externe du crâne.
  • péripatétisme. n. m. Philosophie péripatéticienne.
  • péristole. n. f. T. de Physiologie. Le mouvement péristaltique.
  • péristystole. n. f. T. de Physiologie. Intervalle de temps qui est entre la systole et la diastole, entre la contraction et la dilatation du cœur et des artères. La périsystole est insensible dans l’état naturel et ne s’aperçoit que chez les moribonds. Il est peu usité.
  • persévéramment. adv. Avec persévérance. S’occuper persévéramment de son salut, de la recherche de la vérité.
  • pétrosilex. (L’S se prononce comme un C.) n. m. T. de Minéralogie. Pierre siliceuse de la nature du feldspath.
  • phalangite. n. m. T. d’Antiquité. Soldat de la phalange. Il est peu usité.
  • phéniqué, ée. adj. T. de Chimie. Qui contient du phénol. Eau phéniquée. Gaze phéniquée.
  • philatélisme. n. m. Goût de collectionner les timbres-poste.
  • philotechnique. adj. des deux genres. Qui a pour objet l’amour, la culture des lettres et des arts. Société philotechnique.
  • phlegmoneux, euse. adj. T. de Médecine. Qui est de la nature du phlegmon. Inflammation phlegmoneuse. Érésipèle phlegmoneux.
  • phrénologique. adj. des deux genres. Qui appartient à la phrénologie. Le système phrénologique.
  • picoreur. n. m. Celui qui picore.
  • pigne. n. f. T. de Métallurgie. La masse d’or ou d’argent qui reste après l’évaporation du mercure qu’on avait amalgamé avec le minerai, pour en dégager le métal qu’il contenait.
  • pignochage. n. m. Manière de peindre de celui qui pignoche.
  • pinchina. n. m. Étoffe de laine, sorte de gros drap. Un habit de pinchina.
  • pionner. v. intr. T. des Échecs et du jeu de Dames. Il se dit d’un Joueur qui s’attache à prendre beaucoup de pions, qui se trouve obligé de prendre trop souvent des pions.
  • pissement. n. m. Il n’est guère usité qu’en Médecine et dans les expressions suivantes : Pissement involontaire, Écoulement d’urine qui n’est sollicité par aucune sensation irritante; Pissement de sang, de pus, Évacuation de sang, de pus par le canal de l’urètre.
  • pleige. n. m. T. d’ancienne Jurisprudence. Celui qui sert de caution. Il s’est offert pour pleige et caution dans cette affaire.
  • pleuropneumonie. n. f. T. de Médecine. Maladie dans laquelle la plèvre et les poumons sont simultanément enflammés.
  • plicatile. adj. des deux genres. T. de Botanique. Qui se plisse. La corolle du liseron est plicatile.
  • pneumonique. adj. des deux genres. T. de Médecine. Qui est relatif aux maladies du poumon, à la pneumonie. Des remèdes pneumoniques.
  • pnyx. n. m. T. d’Antiquité. Place publique d’Athènes, où se tenait ordinairement l’assemblée générale du peuple. La colline du pnyx d’Athènes. La tribune du pnyx.
  • poché. n. m. Sorte d’encre de Chine. Poché pur. Poché clair.
  • poétereau. n. m. Poète médiocre, mauvais poète. Ce n’est qu’un poétereau. Il est familier.
  • polymathie. n. f. Instruction multiple, variée, étendue.
  • polymathique. adj. des deux genres. Qui a rapport à la polymathie. École polymathique, École où l’on enseigne beaucoup de sciences.
  • polypeux, euse. adj. T. de Médecine. Qui a rapport au polype, qui est de la nature lu polype. Tumeur polypeuse.
  • populéum. (UM se prononce OME) n. m. T. de Pharmacie. Pommade calmante, dans la composition de laquelle entrent des germes de peuplier noir et d’autres substances. Par apposition, Onguent populéum.
  • porte-hache. n. m. Étui d’une hache de sapeur. Des porte-hache.
  • porte-vis. n. m. T. d’Arquebusier. Pièce de métal sur laquelle porte la tête des vis qui servent à fixer la platine d’un fusil, d’un pistolet, etc. On dit aussi Contre-platine.
  • prétermission. n. f. Synonyme, moins usité, de prétérition.
  • processionnellement. adv. En procession. Toutes les paroisses allèrent processionnellement à Notre-Dame
  • protocarbure. n. m. T. de Chimie. Premier degré de combinaison d’un corps simple avec le carbone.
  • protochlorure. n. m. T. de Chimie. Premier degré de combinaison d’un corps simple avec le chlore.
  • psora ou psore. n. f. T. de Médecine emprunté du grec. Nom de différentes maladies de la peau, caractérisées par des vésicules et des pustules.
    Il se dit aussi quelquefois de la Gale.
  • psorique. adj. des deux genres. T. de Médecine. Qui est de la nature des maladies pustuleuses et particulièrement de la gale. Virus psorique.
    Il se dit aussi des Remèdes qu’on emploie contre la gale. Remèdes psoriques.
  • ptomaine. n. f. T. de Chimie organique. Alcaloïde provenant de la décomposition des matières animales.
  • pucelle. n. f. Poisson qui ressemble à l’alose, mais qui est moins estimé.
  • puine. n. m. T. d’Eaux et Forêts. Il se dit des Arbrisseaux qui sont censés mort-bois. Voyez mort-bois.

Q

  • quadratrice. n. f. T. de Géométrie. Courbe inventée chez les anciens Grecs pour parvenir à la quadrature approchée du cercle. La quadratrice de Dinostrate.
  • quadrinôme. n. m. T. d’Algèbre. Expression algébrique composée de quatre termes.

.

Les mots qui figurent dans cette liste sont ceux que l’Académie a supprimés par rapport à la huitième édition. Les Immortels ont envisagé de les euthanasier au prétexte qu’ils sont «sortis de l’usage depuis longtemps» et n’ont «guère d’attestation littéraire». Je suis étonné: non seulement parce que certains mots, fort jolis, ne méritaient pas de tomber dans l’oubli mais, aussi, parce que j’en utilise encore parfois quelques uns. Bon, j’arrête là, je ne vais pas faire mon chipotier ou mon larmoyeur.

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19 mars 2015 at 11 h 29 min

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Pipeau

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Fleur Pellerin est une ministre appliquée: rien ne manquait dans le discours qu’elle a prononcé à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie. Elle a cité Léopold Sédar Senghor, mentionné le Musée de l’Immigration et elle nous a servi tous les poncifs du baratin républicain: «citoyenneté partagée», «diversité culturelle» et, bien sûr, l’inépuisable «lutte contre les inégalités». Il faut croire que ce monologue de shampooineuse n’était pas très palpitant: l’assistance a décroché rapidement et personne n’a ricané lorsque la ministre a expliqué, le plus sérieusement du monde, que «les pratiques artistiques de l’oralité» étaient une priorité du gouvernement pour «renforcer la citoyenneté». Une façon, sans doute, de nous faire comprendre que tout ça, c’est du pipeau. Fleur Pellerin a rappelé que la Semaine de la langue française et de la francophonie célébrait cette année les mots venus d’ailleurs. Il est évident que la langue française, au cours de son histoire, s’est nourrie d’apports extérieurs, mais les médias ont saisi l’occasion pour insinuer que la France ne serait rien sans les (mots) étrangers. Ainsi, TV5Monde fit l’inventaire de ce que le français devait à… la langue arabe. On regrettera que les exemples choisis soient toujours les mêmes -abricot, azur, café, coton, artichaut, algèbre. Car l’arabe ne nous a-t-il pas donné, également, de jolis mots tels que razzia, gourbi, assassin ou encore djihadiste?

Et avec ça, nous sommes bien avancés. Au lieu de nous asséner leur propagande lourdingue, les politiciens seraient bien inspirés de réfléchir à l’enseignement du français, qui donne des résultats de plus en plus catastrophiques. Non seulement les élèves n’ont acquis aucune notion de grammaire ou d’orthographe mais ils éprouvent de réelles difficultés à lire un texte simple: l’école n’est-elle pas aujourd’hui en train de fabriquer des illettrés?

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17 mars 2015 at 16 h 28 min

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Caricature et colonisation

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Conférence de Berlin - Draner

Bon, je ne vais pas épiloguer sur les raisons qui ont amené les frères Kouachi à sulfater la rédaction de Charlie Hebdo. Peu importe, finalement, qu’ils se soient monté le bourrichon à cause des caricatures de Mahomet (ce qu’ils ont clairement dit) ou du passé colonial de la France (ce que d’autres affirment à leur place). Ce serait en effet leur chercher des excuses, et par conséquent, se soumettre à leur logique. Or, le problème est ailleurs: nous sommes en présence d’une jeunesse française qui préfère les valeurs de l’Internationale djihadiste à celles de la République. Il n’est pas interdit d’y voir l’échec de notre bonne vieille école républicaine. Car j’imagine que les frères Kouachi, ou encore Coulibaly, Nemmouche et Merah, sont allés à l’école. Leur scolarité a sans doute été brève et chaotique, mais j’imagine qu’ils ont eu des professeurs d’histoire-géographie, qui leur ont donné également des cours d’éducation civique. J’aurais même pu les avoir en classe.

À la sortie de l’école, combien de types comme eux, pleins de rancune contre la France, prêts à basculer dans le terrorisme? En primaire et au collège, voire en 1ère, quand ils sont parvenus jusque là, ils ont certainement entendu parler de la colonisation: qu’en ont-ils retenu? Cette caricature célèbre de Draner, où l’on voit Bismarck, lors de la Conférence de Berlin, qui partage le gâteau africain? À propos de cette conférence, on peut lire dans le Manuel d’histoire critique, publié cet automne par le Monde diplomatique, page 28: «Réunis à Berlin en 1884-1885 à l’initiative du chancelier Otto von Bismarck, Britanniques, Français, Allemands, Belges, Portugais et Italiens se sont ainsi partagés l’Afrique, sans qu’aucun représentant africain ne soit consulté. La France et le Royaume-Uni se sont arrogé la part du lion, découpant les frontières avec une minutie de géomètre». Un tel raccourci peut induire les élèves en erreur. Car, n’en doutons pas, c’est un raccourci: l’intention de Bismarck, lorsqu’il proposa la conférence en novembre 1884, n’était pas de dépecer l’Afrique mais de régler les problèmes de commerce dans le bassin du Congo. De fait, l’acte final de la Conférence de Berlin, rédigé en février 1885, établissait le respect du libre-échange pour toute puissance européenne, même en cas de guerre. Il rappelait également l’interdiction de l’esclavage, et invitait les signataires à contribuer à son extinction; il définissait enfin les conditions à remplir pour l’occupation des côtes -l’implantation du drapeau et une notification diplomatique. Il n’était nullement question d’un partage de l’Afrique. Mais, en parlant pour la première fois de «sphères d’influence», on peut estimer que la conférence déclencha involontairement le scramble for Africa, lorsque Britanniques, Français, Allemands, Belges, Portugais et Italiens se ruèrent sur l’Afrique pour étendre leur influence. La France et la Grande-Bretagne constituèrent alors de vastes empires, parfois au prix d’incidents diplomatiques, comme à Fachoda, en 1898. Des traités bilatéraux fixaient les frontières des différentes colonies sur le principe des compensations territoriales: pas moins de 249 traités furent signés entre la Grande-Bretagne et la France entre 1885 et 1907. Mais ces frontières n’ont pas été découpées à Berlin, contrairement à ce que certains répètent, sans doute influencés par leur connaissance de ce qui s’est passé ensuite, ainsi que par la caricature de Draner, parue dans L’Illustration du 3 janvier 1885, et que l’on retrouve dans les manuels scolaires. Cette caricature dénonçait en fait l’arrogance de l’Allemagne qui prétendait dominer les puissances européennes; en outre, elle était un clin d’œil à un autre dessin fameux, paru en 1815 après le Congrès de Vienne, qui avait montré une France humiliée.

Il n’est pas étonnant que les gens du Monde diplomatique dénoncent la Conférence de Berlin: quand il s’agit d’instruire le procès du camp du mal, ils sont capables de déceler des intentions coupables, même lorsqu’il n’y en a pas. Et s’ils peuvent innocenter Staline, les mêmes nous expliqueront (page 62 du Manuel d’histoire critique) qu’il n’avait pas l’intention de liquider la classe paysanne -leur usage de l’histoire est avant tout idéologique, j’y reviendrai. Pourtant, il faut faire gaffe à ce que l’on raconte aux élèves. Si on leur explique, sans nuancer ni contextualiser, que ces salopards d’Occidentaux se sont partagés l’Afrique à Berlin -et si jamais on ajoute que ces salopards de sionistes ont colonisé la Palestine avec la bénédiction des mêmes Occidentaux, imaginez le bordel dans la tête des futurs Kouachi qui croient aux théories du complot et qui s’identifient aux victimes.

Je me souviens d’un rapport, sur «les défis de l’intégration à l’école», que le Haut Conseil à l’intégration avait remis au Premier ministre en 2010, et qui évoquait «l’embarras de certains enseignants d’histoire pour aborder la période coloniale face à un public d’élèves d’origine subsaharienne ou nord africaine». Je n’ose imaginer qu’un collègue, pour avoir la paix, puisse raconter aux élèves ce qu’ils ont envie d’entendre: les méchants colons français, les pauvres indigènes victimes de la cupidité et des discriminations, blablabla. La repentance n’est pas une démarche historique. Et un cours d’histoire n’est pas une séance de mortification. Ce n’est pas, non plus, un réquisitoire. Lorsque l’historien Gilles Manceron écrit, dans Marianne et les colonies (La découverte, 2005), qu’il faut condamner la colonisation «comme un crime, un crime contre l’humanité, la civilisation et les droits de l’homme», il se transforme en procureur et outrepasse son rôle. Et, au bout du compte, c’est la République que l’on affaiblit en matraquant ad nauseam son passé colonial. Bien sûr, on ne va pas suivre l’exemple inverse et se palucher frénétiquement sur les bienfaits de la colonisation: la loi du 23 février 2005, qui disposait que «les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord» était tout aussi lourdingue -comme toutes les lois mémorielles, d’ailleurs. Cela rappelle l’époque où la gauche se félicitait d’apporter la civilisation dans les colonies, parce que la France y construisait des écoles et des hôpitaux. En fait, l’historien doit être capable de voir que la colonisation a produit des effets à la fois négatifs et positifs: n’est-ce pas cette ambivalence qu’il faut mettre en lumière, sans tomber dans la caricature?

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7 mars 2015 at 23 h 11 min

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Quelque chose de pourri au royaume de Danemark

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Au moins 500 personnes ont participé à l’enterrement du terroriste de Copenhague (Photo: Jens Alstrup)

Au moins 500 personnes ont participé à l’enterrement du terroriste de Copenhague. (Photo: Jens Alstrup)

Foreign Policy, prestigieuse revue américaine créée en 1970 par Samuel Huntington, a publié le 21 janvier dernier un article intitulé The French Colonialist’s Comeuppance, ce que l’on pourrait traduire par La punition méritée des colonisateurs français. On peut y lire que les attentats islamistes qui ont ensanglanté Paris en janvier sont la conséquence directe de l’histoire coloniale de la France. En effet, les Français, incapables de s’adapter aux flux migratoires venant de leurs anciennes colonies, auraient continué à se comporter en colonisateurs: du coup, les enfants d’immigrés, humiliés d’être discriminés, toujours ramenés au rang de colonisés, trouveraient dans le djihad une façon d’exprimer leur rage. L’auteur de cette tartine n’est pas un obscur scribouillard de Mediapart: il est professeur d’université -avec de tels experts en relations internationales, on comprend maintenant que les États-Unis n’aient pas vu venir les attentats du World Trade Center puis qu’ils aient attaqué l’Irak de Saddam Hussein sans en mesurer les conséquences.

C’est donc la faute au général Bugeaud si des attentats meurtriers ont été commis à Paris contre Charlie Hebdo et le supermarché casher de la Porte de Vincennes. En France, ceux que l’historien Daniel Lefeuvre appelait les Repentants rabâchent le même discours: l’islamophobie, qui empêcherait l’islam de s’insérer dans la société française, est un héritage du colonialisme. À les entendre, l’ethnicisation des banlieues, qu’ils comparent à une ghettoïsation, s’inscrirait également dans le prolongement du sectarisme colonial. Ils ont donc bu du petit lait lorsque Manuel Valls a dénoncé, le 20 janvier dernier, l’existence d’un «apartheid territorial, social, ethnique», laissant penser que ces territoires sont délibérément marginalisés par la République -alors qu’ils bénéficient, comme le géographe Christophe Guilluy l’a expliqué, d’une densité d’équipements publics supérieure à la moyenne des zones périurbaines et rurales. Le Premier ministre n’est pas crédible: comment peut-il parler d’apartheid et, ensuite, nous servir l’habituel boniment sur les valeurs républicaines? N’y a-t-il pas une contradiction? De la même façon, l’histoire coloniale est liée à celle de la République: lorsqu’ils accusent le colonialisme de tous les maux, les bobos anticolonialistes du vingt-et-unième siècle remettent finalement en question les fondements d’une République porteuse de Lumières, d’universalisme et d’égalité- et c’est Jules Ferry qui doit se retourner dans sa tombe.

Mais voilà. Le weekend dernier, les attentats de Copenhague, qui ont fait deux morts et cinq blessés, ont apporté un démenti cinglant à l’idéologie gauchiste de la repentance coloniale. Car le Danemark n’a pas de passé colonial. Le seul territoire qu’il n’ait jamais colonisé est le Groënland. Or, ce n’est pas un Inuit qui ouvert le feu, à deux reprises, sur les participants d’un débat consacré à la liberté d’expression puis sur une synagogue. Ce ne sont pas, non plus, des Inuits qui sont venus déposer des fleurs en hommage au terroriste, sur le trottoir où il a été abattu par la police. Enfin, ce ne sont pas 500 Inuits qui ont participé vendredi aux funérailles du tueur. L’explication coloniale ne tient donc pas. Reste à savoir pourquoi le Danemark, pays prospère qu’on nous présentait comme un modèle, à la fois en matière d’intégration et d’État-providence, a échoué. Je me souviens de cette jeune Danoise, rencontrée au début des années quatre-vingt dix lorsque je vivais à Séville. Elle s’appelait Issa, blonde, mignonne comme tout, avec de longues jambes. Le Danemark venait de voter non au traité de Maastricht. Faisant fi du politiquement correct, elle m’avait raconté -déjà- les difficultés liées à l’immigration musulmane. Aujourd’hui, ce qu’elle pressentait se vérifie: la distribution des aides sociales, loin de favoriser l’intégration, a encouragé le parasitisme et le communautarisme. Edwy Plenel aura beau sangloter sur «l’enfance malheureuse des frères Kouachi», force est de constater que les attentats islamistes de Paris et de Copenhague sont moins une conséquence du passé colonial que le résultat de l’immigrationnisme, du laxisme et du padamalgamisme. Les gauchistes nous ont mis en garde pendant des décennies contre les dangers de la xénophobie et du fascisme; nous nous retrouvons aujourd’hui avec une menace djihadiste sur le sol européen. Et, comme par hasard, au moment des attentats de Copenhague, l’État islamique nous envoyait sa nouvelle vidéo: sur une plage libyenne, sous un ciel tempétueux, l’égorgement et la décapitation de vingt-et-un coptes égyptiens. Le chef des djihadistes, qui s’adresse à la caméra, semble défier les «nations chrétiennes», fanfaronnant qu’ils vont «conquérir Rome», là, juste derrière lui, de l’autre côté de la Méditerranée. Nous y sommes. Ça se précise; l’ennemi est . Et le vivre ensemble, ce n’est pas son truc. Si nous ne voulons pas le voir, nous sommes fichus.

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21 février 2015 at 12 h 07 min

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Le Soudan du Sud est-il entré dans l’Histoire?

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Une femme nuer en train de tirer le lait.  Photo d'Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Museum.

Une femme nuer trait le lait. Photo d’Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Museum.

En déplacement au Sénégal pour le XVème sommet de la Francophonie, fin novembre, François Hollande n’avait pas pu s’empêcher, comme s’il en avait besoin pour exister, de faire allusion au fameux discours de Dakar, lorsque Nicolas Sarkozy avait dit que «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire». À l’époque, en 2007, ces propos avaient fait un assez joli scandale si bien que Ségolène Royal, lors d’un voyage au Sénégal en 2009, s’était crue obligée de demander «pardon» aux Africains. Aussi, marchant dans les pas de son ex, François Hollande a déclaré que «l’Afrique est non seulement entrée dans l’Histoire mais [qu’] elle est aussi une partie de notre avenir». L’Afrique. En général. C’est bien la peine de nous rabattre les oreilles avec la diversité, si c’est pour ensuite exprimer une vision aussi simpliste de l’Afrique. Une Afrique rêvée, comme à l’époque coloniale. Dans l’actualité, l’Afrique est surtout évoquée à travers le Mali et la Centrafrique. Le Nigeria, encore, où les populations du Nord-Est se font régulièrement enlever ou massacrer par les islamistes de Boko Haram. Mais le Soudan du Sud? Qui s’intéresse à ce pays, devenu indépendant en juillet 2011, et qui a basculé en décembre 2013 dans une abominable guerre civile? Des milliers de morts, le déplacement d’un million et demi de réfugiés, une insécurité alimentaire qui touche quatre millions de personnes. Personne n’a respecté le cessez-le-feu signé le 23 janvier 2013 et, depuis un an, les embrouilles se sont multipliées, notamment entre les ethnies Dinka et Nuer. En décembre dernier, l’ONU déplorait un regain des combats et c’est sans grande illusion qu’un nouveau cessez-le feu, le septième en un an, fut proposé le 2 février. Toute cette violence n’était-elle pas prévisible dès la création de ce nouvel État? Mais, surtout, n’est-elle pas le signe que le Soudan du Sud se situe bel et bien dans l’histoire?

Juba, la capitale du Soudan du Sud. (Photo: AFP)

Djouba, la capitale du Soudan du Sud. (Photo: AFP)

En devenant indépendant, le Soudan du Sud entrait d’emblée dans la catégorie des pays les moins avancés du monde: des revenus par habitants très faibles (90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté), une population majoritairement rurale (83% de la population) et analphabète (le taux d’analphabétisme est de 73% pour les hommes et de 92% pour les femmes), une forte croissance démographique (72% de la population a moins de trente ans et 50% moins de 18 ans), une espérance de vie faible (58 ans pour les hommes et 62 ans pour les femmes), un taux de mortalité infantile élevé (102 pour 1000 naissances), une malnutrition chronique (près de la moitié de la population du sud du Soudan est confrontée à des pénuries alimentaires) et une situation sanitaire préoccupante (l’accès aux soins de base est inexistant pour les trois quarts de la population). Le tableau n’est pas brillant: on mesure à quel point l’expression «Pays les Moins Avancés», créée par l’ONU en 1971, est un doux euphémisme. Car le Soudan du Sud est un pays véritablement sous-développé. Les Pays les Moins Avancés sont exclus de la mondialisation, ce qui limite encore leurs espoirs de croissance. À l’inverse, les pays qui décollent sont ceux qui parviennent à s’intégrer au mouvement. Sachant cela, le Soudan du Sud compte sur ses réserves pétrolières, estimées à plus de cinq milliards de barils, pour financer son développement: les oléoducs qui traversent le Soudan jusqu’au terminal de Port-Soudan, sur la Mer Rouge, lui permettraient de se désenclaver et de se rattacher à la mondialisation -Total est dans les starting-blocks pour commencer l’exploitation du « Bloc B », une concession de 120.000 kilomètres carrés obtenue en 1980 dans la région de Jonglei.

La mondialisation, loin de n’être qu’un phénomène géographique et économique, est aussi le temps historique qui a succédé à la guerre froide: en s’y incorporant, les Sud-Soudanais devraient donc, logiquement, trouver leur place dans l’histoire. Mais saisissent-ils vraiment les enjeux du développement? Palperont-ils les bénéfices des exportations de pétrole? Pour la plupart, ils vivent encore de manière traditionnelle: leur principale activité est l’agriculture vivrière. Les principales ethnies présentes au Sud-Soudan, telles que les Dinka (deux millions de personnes), les Nuer (environ un million), ou encore les Mundari qui vivent au nord de Djouba, continuent à donner au bétail une place centrale dans la vie économique. Pour ces populations, la tradition est plus importante que le développement, l’essentiel étant de transmettre aux générations futures ce que l’on a soi-même reçu.

On a l’habitude de considérer que les sociétés traditionnelles, soumises aux contraintes de la tradition, sont immuables. Elles se stabiliseraient dans la répétition et donneraient l’illusion de sociétés a-historiques, sans réelle conscience historique. Pour Claude Lévi-Strauss, elles résistent à l’histoire parce qu’elles «produisent extrêmement peu de désordre», contrairement aux sociétés historiques qui, en créant du déséquilibre, se trouvent obligées de se transformer constamment: «Tandis que les sociétés dites primitives baignent dans un fluide historique auquel elles s’efforcent de demeurer imperméables, nos sociétés intériorisent, si l’on peut dire, l’histoire pour en faire le moteur de leur développement» [1]. Cependant, ces sociétés n’échappent pas à l’histoire et se modifient avec le temps. Pour l’ethnographe britannique Edward Evan Evans-Pritchard, qui vécut avec les Nuer entre 1930 et 1936, et qui leur consacra une monographie magnifique [2], ces sociétés sont le résultat d’une succession d’événements. Elles ont un passé, au cours duquel elles ont subi des mouvements de populations, des crises, ou encore des guerres. Au Soudan, la domination musulmane puis la colonisation ont laissé des traces: les peuples du Sud se souviennent que les Ottomans les réduisaient en esclavage et que les Britanniques mirent fin à ces pratiques en 1882 lorsqu’ils occupèrent l’Égypte. Certes, les sociétés traditionnelles essaient de limiter les effets de ces événements en se conformant à la tradition, et notamment en ayant recours au culte des ancêtres. Mais, comme l’explique l’ethnologue Georges Balandier dans Anthopo-logiques [3], le temps est l’agent qui compose, décompose et recompose les sociétés:

«De là, le rapport essentiellement ambigu que toute société établit au temps: du passé, elle reçoit les moyens de se définir et de se maintenir, et le “récit” historique par lequel elle se légitime; du présent, elle tire la découverte de son caractère problématique en raison des calculs et des pratiques propres aux divers acteurs sociaux; par l’avenir, elle prend conscience des tendances qui peuvent la contraindre au développement et/ou à la mutation, des configurations latentes qui, en elle, cherchent à s’actualiser. Les sociétés disposent de deux possibilités d’esquiver le défi du temps, de produire l’illusion a-historique; soit en éternisant le passé et la continuité (perspective conservatrice), soit en rendant imaginairement présent un avenir par lequel l’histoire se trouve abolie (perspective eschatologique).»

Loin d’être des univers clos et hors du temps, les sociétés traditionnelles se situent donc dans l’histoire. Georges Balandier souligne que la constitution d’un État, alors que les sociétés traditionnelles sont des sociétés sans État, réveille la conscience du temps historique, puisqu’elle «entraine la construction d’une société d’un type nouveau, plus différenciée et souvent plus “plurale”, plus ouverte à l’inégalité et assurant la suprématie d’un groupe dominant, davantage libérée des relations primaires résultant de la parenté, de la filiation et de l’alliance». Au Soudan du Sud, la création d’un État indépendant en 2011 a évidemment généré un désordre: les Nuer contestent la légitimité du chef de l’État, Salva Kiir, parce qu’il est un Dinka. Par leur culture, ils ont toujours été réticents à l’idée d’un pouvoir politique organisé et centralisé, si bien qu’Evans-Pritchard avait parlé à leur sujet d’une «anarchie ordonnée»: «ni maître ni serviteur dans leur société, mais des égaux qui se considèrent comme la plus noble création de Dieu. Le respect qu’ils se témoignent entre eux fait contraste avec leur mépris de tous les autres peuples». Leur aversion pour les Dinka montrent que les rapports de force, dans une société multiculturelle, sont moins politiques ou sociaux qu’ethniques. Et cela rend difficile l’exercice de la démocratie. Thomas Joassin se demandait d’ailleurs dans Causeur si le modèle étatique moderne était adapté aux sociétés africaines: «La logique d’un système ethnique, dans ce type d’État unifié, encourage la violence par une logique de vengeance et de punition collective». Les Nuer et les Dinka s’étaient déjà castagnés dans le passé; il n’en fallait donc pas beaucoup pour qu’ils reprennent les armes. Les raffinements du multiculturalisme, sans doute.

Deux guerriers nuer simulent un duel. Photo d'Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Musuem.

Deux guerriers nuer simulent un duel. Photo d’Edward Evan Evans-Pritchard, juillet 1935. Archives du Pitt Rivers Musuem.

Certes, le Soudan du Sud n’est pas l’Afrique. Mais nous voyons bien que l’indépendance, la guerre civile et les espoirs liés à la mondialisation ont permis aux habitants de ce nouveau pays de réaliser qu’ils se situaient dans l’histoire et qu’ils pouvaient transformer par leur action la société dans laquelle ils vivaient. L’Histoire n’est-elle pas, en effet, le résultat d’une prise de conscience? Nos hommes politiques l’ont oublié; tels des concierges, ils en sont réduits à surveiller qui entre, ou pas, dans l’Histoire. Et plutôt que dire que «l’Afrique est une partie de notre avenir», ce qui suppose que la France n’est plus maîtresse de son destin, plutôt que s’interroger sur sa propre postérité, en regrettant que «ceux qui racontent l’Histoire ont plus de chance d’être aimés que ceux qui font l’Histoire», François Hollande serait bien inspiré de se demander pourquoi tant de Français semblent partager aujourd’hui l’étrange sentiment que la France est en train de sortir de l’Histoire.

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[1] Georges CHARBONNIER. Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, Paris : Presses Pocket , 1996, 188 pages.

[2] Edward Evan EVANS-PRITCHARD. Les Nuer, Paris, Gallimard, 1994, 312 pages.

[3] Georges BALANDIER. Antropo-logiques, Paris, Livre de Poche, 1985, 320 pages.

Written by Noix Vomique

11 février 2015 at 10 h 57 min

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Robert Brasillach quand même

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François Hollande a beau être pris d’une fièvre commémorative, c’est un anniversaire qu’il ne commémorera pas. L’unité nationale a ses limites. Robert Brasillach fut exécuté le 6 février 1945, il y a soixante-dix ans. Ce matin là, dans la cour du fort de Montrouge, face aux douze hommes du peloton d’exécution, il avait refusé qu’on lui bandât les yeux. Et lorsque l’ordre de tirer fut donné, il s’écria: «Vive la France quand même».

Ses dernières journées en prison furent, selon ses propres mots, «riches et pleines». Il écrivit des poèmes, relut les Évangiles et pria. La veille de son exécution, la coïncidence des dates, qui n’en était certainement pas une, lui inspira un dernier quatrain:

AUX MORTS DE FÉVRIER

Les derniers coups de feu continuent de briller
Dans le jour indistinct où sont tombés les nôtres.
Sur onze ans de retard, serai-je donc des vôtres ?
Je pense à vous ce soir, ô morts de Février.

En août 1944, alors que la libération de Paris ne faisait plus aucun doute, Robert Brasillach avait refusé de quitter la France. Dans un texte publié en 1965 dans les Cahiers des Amis de Robert Brasillach, Saint-Loup relate leur dernière rencontre:

Je ne le revis qu’une fois en 1944. Je lui demandai :

-Quand partez-vous ?

C’était en août. La plus gigantesque rafle policière, la plus impitoyable des Inquisitions que le monde ait jamais connues, s’apprêtaient à déferler sur la France, vêtues des plus mensongères couleurs du patriotisme. Brasillach me dit :

-Je ne pars pas.

Il ajouta en souriant, timide et modeste comme à l’accoutumée :

-Voyez-vous, je suis comme Danton. Je ne peux pas emporter ma patrie à la semelle de mes souliers !

Pauvre Brasillach ! Naïf Brasillach ! Il n’avais pas compris que l’heure était venue d’écouter Trotzky : « En période de troubles graves, le premier devoir d’un révolutionnaire est de plonger dans l’anonymat des foules pour survivre. » J’avais lu Trotzky. Entre les communistes et nous n’existait qu’une fragile frontière représentée, il est vrai, par ce rideau de mort qui flambait sur le front de l’Est. Mais en ce qui concerne Brasillach, je compris plus tard que ce que je prenais pour de la naïveté n’était que la réponse fournie à l’appel du destin plus élevé que celui du révolutionnaire que j’étais.

Je ne le revis plus. J’appris la nouvelle de son supplice dans les Alpes de Bavière.

Brasillach se constitua prisonnier en septembre, pour qu’en échange, sa mère, incarcérée, fût libérée. Le procès eut lieu le 19 janvier 1945 devant la cour d’assises de la Seine. Il faisait froid, il avait neigé, et dans la pénombre du tribunal, l’avocat de Brasillach, maître Jacques Isorni, qui allait ensuite défendre Pétain, s’interrogeait: «les peuples civilisés fusillent-ils les poètes?» Brasillach n’était pas jugé pour ses oeuvres littéraires, mais pour ses articles, souvent virulents, parus dans Je suis partout. Plus d’une fois, il avait écrit qu’il souhaitait la mort de Georges Mandel. Aussi, en juillet 1944, lorsque celui-ci, à son retour de Buckenwald, fut assassiné par des miliciens dans la forêt de Fontainebleau, on désigna Brasillach comme l’un des responsables de l’assassinat. Dans les esprits, c’était une charge qui s’ajoutait à l’accusation d’avoir collaboré avec l’ennemi. En revanche, les propos antisémites qu’il avait publiés ne pesaient pas lourd -à cette date, l’horreur des camps d’extermination n’avait pas encore été découverte. Après six heures d’audience, durant lesquelles Brasillach s’était défendu avec beaucoup de talent, le délibéré fut expédié en vingt minutes; Philippe Bilger raconte dans Vingt minutes pour la mort (Éditions du Rocher, 2011) que le Président Vidal fit pression sur les jurés, en leur présentant une alternative truquée: l’acquittement ou la mort. Or, l’acquittement était bien entendu impossible. Ce fut donc la mort.

La mère de Brasillach supplia François Mauriac d’obtenir la grâce de son fils. Malgré la réprobation des communistes qui noyautaient déjà les Lettres Françaises et le Comité national des écrivains, une pétition circula, qu’Albert Camus signa, par principe, parce qu’il était opposé à la peine de mort -il envisagera même plus tard d’écrire un livre sur Brasillach. Après avoir reçu Mauriac puis Isorni le 3 février 1945, le Général de Gaulle passa une partie de la nuit à étudier le dossier. Comme il l’expliqua à son fils Philippe, il ne pouvait pas pardonner à Brasillach d’avoir exhorté «de pauvres jeunes Français à revêtir l’uniforme de l’occupant»: les écrivains devaient, en effet, prendre leurs responsabilités. Selon Jean Lacouture, de Gaulle avait également besoin de faire des concessions aux communistes. Il ne voulait pas, non plus, être accusé de faiblesse. Cependant, en rejetant l’appel, il offrait un martyr au fascisme à la française.

Robert Brasillach fut donc davantage jugé sur ses écrits que sur des actes. D’ailleurs, quels actes aurait-on pu lui reprocher? Un jour, en 1943, dans un salon de l’ambassade allemande de Paris, il avait confié à Saint-Loup n’être qu’un «planqué»: il se sentait incapable d’être un soldat. Dans l’hommage qu’il publia en 1965, Saint-Loup raconte que la sincérité de Brasillach l’avait impressionné: «je sentais bien que son courage était d’une autre essence que le nôtre, que son combat se situait à des altitudes plus élevées, mais il m’a fallu des années pour en comprendre la philosophie». Saint-Loup, de son vrai nom Marc Augier, était d’une autre trempe, il s’était découvert une âme de guerrier en 1941 quand, engagé dans la Légion des Volontaires Français, il était parti pour le front russe. Il avait dirigé Le combattant européen, le journal de la LVF, puis avait rejoint les Waffen SS de la divison Charlemagne. On en aurait oublié le Marc Augier d’avant-guerre, socialiste, fervent admirateur de Léon Blum, et qui était membre du cabinet de Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux Loisirs et au Sport du gouvernement du Front populaire. Dans Un paradoxe français (Albin Michel, 2008), l’historien Simon Epstein a montré que ce parcours n’était pas si extraordinaire: Saint-Loup expliquera ensuite que «la mutation subie du socialisme au national-socialisme répondait à tout». À la fin de la guerre, il se cacha en Italie puis s’évapora en Argentine. Condamné à mort par contumace, il fut amnistié à son retour en 1953 et fit une carrière littéraire sous le nom de Saint-Loup. Toujours dans ce texte publié en 1965 dans les Cahiers des amis de Robert Brasillach, il revient sur l’engagement politique de Brasillach:

La collaboration avait rallié les plus grands des écrivains français. Plus réservé qu’Henry de Montherlant qui donnait des articles à La Gerbe, ou Giono dont Signal campait le personnage de faux-prophète, Louis-Ferdinand Céline me disait, alors que je lui demandais un article :

-Mon p’tit, j’ai écrit sur les Juifs tout ce qu’il fallait avant la guerre. Maintenant que les Boches sont là, j’veux pas en remettre. Je crache pas sur les vaincus !

Brasillach ne crachait pas sur les vaincus mais il attendait de Mussolini et d’Hitler la réalisation du fascisme qu’il avait annoncé à la France. Angoisse extrême. Nous avions sacrifié le nationalisme –trente ans avant la CED ou le Marché commun– en faveur d’une Europe unie et socialiste. Et le visage qui s’en dessinait, à travers les silences de l’Allemagne, les réticences d’Hitler, c’était un espace asservi à une nouvelle hégémonie nationale. À travers les lignes de Brasillach, on pouvait lire les prémices d’un proche désenchantement.

En effet, Robert Brasillach doutait; cela lui valut d’être évincé de Je suis partout dès août 1943. Un an plus tard, en août 1944, il était planqué, mais, cette fois-ci, dans une chambre de bonne, au 16 rue de Tournon. Quelques jours plus tôt, il était allé applaudir Huis Clos, de Jean-Paul Sartre, au théâtre du Vieux-Colombier. Sa dernière sortie. Et le 22 août, alors qu’il entendait dehors Paris s’insurger, il composa ce poème:

JE NE SAIS RIEN

Voila quatre jours que je suis enfermé,
Quatre jours que je raye le calendrier
Quatre jours que je ne sais rien.
Un à un, parce qu’il le faut bien,

Au dehors, c’est le bruit de la ville,
A chaque minute claque un coup sourd.
Les mitrailleuses roulent comme des sacs de billes,
Cela dure depuis quatre jours.
Mais il y a aussi des enfants qui jouent,
Et d’autres bruits inconnus et lointains
Mais ma fenêtre est fermée.
Je ne sais rien.

Quelquefois je pense que c’est le canon
Ou un mortier, je ne m’y connais pas très bien.
La rue s’emplit du bruit des chars ou des camions
Peut-être s’en vont-ils. Est-ce la fin ?
Mais non, tout recommence comme dans un rêve,
Tout s’enchaîne et rien n’a de fin.
Une voix tout-à-l’heure a annoncé une trêve,
Il me semble du moins, car je ne sais rien.

Quand je suis passé dans la ville, à midi,
L’autre jour, il y avait du soleil dans les rues,
On avait mis des drapeaux sur les mairies,
Des garçons passaient avec des brassards inconnus.
Depuis, je ne sais plus rien de ce qui se passe,
Sauf ce qui, à travers ces murs, me revient.
J’entends sans cesse les voitures d’incendie qui passent,
La nuit, le ciel est rouge.
Je ne sais rien.

Me voici seul comme je ne l’ai jamais été.
Robinson construisant son monde entre ces quatre murs.
Ceux-là que j’aime ? Où sont les miens ?
Dieu les garde de la fureur.
Je ne sais rien.

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Written by Noix Vomique

6 février 2015 at 11 h 09 min

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