Noix Vomique

Façade démocratique

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Les journalistes répètent qu’Emmanuel Macron a tout dynamité. Or, il n’a même pas eu besoin de dynamite: l’édifice était tellement pourri qu’il suffisait de pousser la porte pour que les murs s’écroulent. Toutes les formations politiques habituelles ont été aplaties et, ce dimanche, le parti présidentiel devrait logiquement remporter une victoire éclatante -les médias lui promettent plus de 400 députés. Évidemment, ceux qui se sont fait ratatiner l’ont mauvaise: ils dénoncent l’abstention, qui est en effet historique, et se livrent à des calculs avaricieux -les 32,3 % obtenus par LREM ne représenteraient finalement que 15% du corps électoral; ils prédisent une assemblée de députés godillots, comme si, depuis le traité de Maastricht, les députés n’avaient pas l’habitude d’être des godillots; et ils supplient les électeurs, à l’instar d’un Jean-Luc Mélenchon, de ne pas donner les «pleins pouvoirs» au parti présidentiel. Pourtant, n’est-ce pas la règle du jeu? Pendant des années, tous ces losers, de gauche ou de droite, ont toujours fait ce qu’ils voulaient: n’agissaient-ils pas, alors, comme s’ils avaient les pleins pouvoirs? La roustasse de ces élections législatives n’est finalement pas si sévère lorsqu’on pense au mépris incessant des politiciens pour leurs électeurs: l’abstention aurait pu être largement supérieure et seul le fan-club d’Emmanuel Macron aurait dû se déplacer pour plébisciter son champion. Un parti présidentiel qui obtient 100% des suffrages exprimés: les journalistes, les yeux humides de plaisir, nous auraient encore expliqué que nous assistons à un formidable renouvellement de la classe politique. Or, ce renouvellement n’est qu’une façade: les visages changent mais le discours dominant reste le même. Que se passera-t-il lorsque cette dernière façade s’écroulera?

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Sismologie

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Après l’attentat de Manchester, qui a fait 22 morts et 59 blessés, le New York Times a publié une carte des attaques terroristes en Europe depuis 2015. C’est comme une carte sismique, qui représente les tremblements de terre selon leur intensité: avec le temps, la récurrence des attentats semblent transformer les médias en sismographes -ces appareils qui enregistrent la moindre secousse. Il est possible d’évaluer le risque à partir de la cartographie des incidents, qui présente des cercles plus ou moins grands selon le nombre de victimes, de Nice à Copenhague, de Manchester à Berlin, en passant bien sûr par Paris, qui est la ville la plus touchée. Le New York Times a également publié un petit graphique montrant la fréquence des attentats, un peu comme on appréhende la période de retour des séismes. On réalise alors que le risque est élevé ; le niveau de vigilance a d’ailleurs été remonté. Mais le jour, le lieu et la magnitude d’un attentat, comme d’un séisme, restent impossibles à prédire. Face à cette impossibilité, qui pourrait nous condamner à un certain fatalisme, la prévention est la meilleure façon de diminuer la vulnérabilité des populations. Par exemple, pour minimiser les effets d’un tremblement de terre, les constructions doivent respecter des normes parasismiques. Or, pour prévenir des attentats, on ne va tout-de-même pas se contenter d’élargir les trottoirs et améliorer l’éclairage public. Aussi, à l’instar des sismologues, qui s’appuient sur de nombreux appareils de mesure, pour mieux connaître la sismicité et peut-être identifier des signes précurseurs, les autorités et les services de renseignements européens analysent des millions de données et surveillent les individus suspects; ils n’empêcheront pourtant pas de nouveaux attentats d’être commis. Manuel Valls avait raison, hélas, lorsqu’il disait que « La France va devoir vivre avec le terrorisme pour longtemps ». Nous ne devons pas nous résigner pour autant. Certaines personnes acceptent de vivre sur la faille de San Andreas, en espérant que le Big One n’aura jamais lieu; d’autres préfèrent changer de paroisse. On ne lutte pas contre une rupture de l’écorce terrestre. En revanche, il est possible de combattre le terrorisme, et d’en éradiquer les causes. La sauvegarde de la civilisation européenne est une question de volonté politique ; il est temps de faire trembler l’engeance islamiste et de la renvoyer outre-Méditerranée.

Attaques terroristes en Europe depuis 2015

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Uchronie (6)

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2ème tour Juppé - Mélenchon 2017

Résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 7 mai 2017.

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Quelle menace fasciste ?

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Emmanuel Macron à Oradour-sur-Glane. Puis au Mémorial de la Shoah. Il instrumentalise les crimes commis par le fascisme pour que nous fassions l’amalgame, pour que nous ne soyons pas tentés de voter Marine Le Pen. Car, enfin, comme on nous le répète depuis des années, le FN est assurément fasciste.

D’habitude, ce sont les régimes totalitaires qui utilisent le passé pour manipuler le présent. En quoi le FN est-il fasciste? Est-ce le FN qui menace aujourd’hui la République? Qui a visé des Juifs, dans l’école juive Ohr Torah, à Toulouse, ou dans l’hypercasher de la porte de Vincennes? Qui s’est attaqué à la liberté d’expression en assassinant des dessinateurs de Charlie Hebdo? Qui a mitraillé des terrasses de cafés à Paris? Qui a massacré les spectateurs d’un concert au Bataclan? Qui a écrasé des familles entières avec un camion, un soir de 14 juillet? Qui a égorgé un prêtre en pleine messe? Qui prend les policiers pour cible?

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Touche pas à mes pauvres

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Marine Le Pen, mercredi, devant l’usine Whirlpool d’Amiens.

Emmanuel Macron avec des jeunes de Sarcelles - le 27 avril 2017

Emmanuel Macron, jeudi, à Sarcelles

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Le soir du 23 avril, sur France 2, il suffisait de voir la mine ravie de David Pujadas pour comprendre que les résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle remplissaient les journalistes de satisfaction: en choisissant de porter au second tour Emmanuel Macron (24% des voix) et Marine Le Pen (21,3%), les Français avaient finalement donné raison aux sondages. Contrairement à 2002, la qualification du Front National n’était pas une surprise, puisqu’elle correspondait, en éliminant le candidat de droite, au scénario d’abord envisagé par François Hollande pour assurer sa réélection, et il a donc fallu attendre plusieurs jours pour entendre les habituelles jérémiades antifascistes, le temps que les Jean Moulin de bazar réalisent que la campagne d’Emmanuel Macron commençait à piétiner. Ils aiment se faire peur: n’ont-ils pas compris, même si le résultat sera plus serré qu’en 2002, que l’élection est déjà jouée? D’ailleurs, dimanche 23, dès le premier tour, c’était comme si Emmanuel Macron, face à Marine Le Pen, était déjà élu à la présidence de la République: on l’a suivi à travers les rues de Paris, ce qui rappelait la victoire de Jacques Chirac en 1995 ; on nous a raconté qu’il avait privatisé La Rotonde, à Montparnasse, pour y fêter son succès avec ses amis, ce qui rappelait la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007. Le journaliste Jeff Wittenberg était admiratif: « On a l’impression de voir un président élu ». Est-ce, seulement, une impression? Depuis des mois, les médias ne nous ont-ils pas fabriqué ces images d’un président élu pour qu’elles s’imposent comme une évidence? Est-ce un hasard si certains de ces médias, d’ailleurs, sont détenus par des millardaires proches d’Emmanuel Macron?

Peu importe la façon dont Emmanuel Macron est arrivé en tête; le sort en est jeté. Les résultats de ce premier tour sont certainement décevants pour beaucoup de monde ; ils sont malgré tout l’expression du suffrage universel. Sans doute portent-ils la marque d’un certain génie français, qui a toujours aimé la division, au point de céder parfois à la tentation de la guerre civile. Les Français ont en effet choisi de clarifier le débat et d’envoyer au second tour deux discours antagonistes: d’un côté, Emmanuel Macron vante le mondialisme ; de l’autre, Marine Le Pen défend le protectionnisme. Ces discours touchent évidemment des électorats différents: les métropoles, qui bénéficient de l’ouverture des frontières, transformées par la gentrification et l’immigration, ont largement voté Emmanuel Marron ; les périphéries en déclin, où les classes populaires souffrent d’insécurité culturelle et se sentent exclues, ont massivement préféré Marine Le Pen. C’est comme si deux France s’opposaient. Le géographe Christophe Guilluy a parfaitement décrit cette opposition dans ses travaux sur la France périphérique. Dans le numéro d’avril-mai de la revue Éléments, interviewé, il précisait notamment que la gauche et la droite n’existent plus pour les catégories périphériques: «L’ouvrier qui votait naguère à gauche et le rural qui votait à droite partagent la même perception du monde et adoptent les mêmes positions sur les médias, sur la mondialisation, sur l’immigration. C’est le modèle économique mondialisé qui a créé lui même sa propre contestation populiste ». Dans ce contexte, il n’y a pas lieu d’être surpris par l’élimination des deux principaux partis de gouvernement, le PS et LR, qui essayaient d’entretenir l’illusion d’un clivage gauche/droite, alors qu’ils sont usés par une alternance stérile et qu’ils n’ont plus de véritable cohérence idéologique.

Marine Le Pen, dont le programme économique est soudain anti-libéral, jusqu’à la caricature, comme celui de Jean-Luc Mélenchon, a compris qu’elle devait insister, dans ses discours, sur la coupure entre la classe dominante, qui a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron, et les catégories populaires. C’est sans doute le dernier avatar de la bonne vieille lutte des classes. Il est en effet facile de présenter Emmanuel Macron comme le candidat de l’oligarchie, et l’on soupçonne d’ailleurs de nombreux conflits d’intérêts dans son entourage. Mais après? Cette vision n’est-elle pas réductrice? La nouvelle bourgeoisie, généralement de gauche, est incapable d’admettre sa position dominante -elle a pourtant investi les anciens quartiers ouvriers des grandes villes, provoquant une hausse de l’immobilier et reléguant ainsi les catégories populaires à la périphérie. Comme Christophe Guilluy l’a expliqué, elle est mal à l’aise avec les Blancs précarisés, aussi préfère-t-elle vanter l’ouverture à l’autre: sa posture antilepéniste lui permet alors d’avoir bonne conscience et de substituer la lutte contre la xénophobie à une lutte des classes qui la mettrait face à ses contradictions. Pour les nouveaux bourgeois, les immigrés forment une sorte de catégorie populaire de substitution, comme on a pu le vérifier cette semaine: après avoir été sifflé devant l’usine Whirlpool d’Amiens, alors que Marine Le Pen avait été chaleureusement accueillie, Emmanuel Macron s’est précipité le lendemain à Sarcelles pour jouer au foot avec des jeunes de banlieue, c’est-à-dire des pauvres dont il est plus proche. Ces pauvres-là ne voteront pas pour le FN: au premier tour, dans les villes comprenant des zones urbaines sensibles, l’ancien ministre de François Hollande a en effet obtenu 25,3% des voix, à égalité avec Jean-Luc Mélenchon, et Marine Le Pen était loin derrière eux. Ce n’est pas pour rien qu’Emmanuel Macron veut proposer au gouvernement algérien la création d’un Office franco-algérien de la Jeunesse « pour favoriser la mobilité entre les deux rives de la Méditerranée ». Il est le candidat des flux migratoires et de l’abolition des frontières.

Marine Le Pen ne gagnera pas cette élection et elle sera hors-jeu pour la suivante. Parce qu’elle est mauvaise: plutôt que se perdre dans des polémiques imbéciles sur la monnaie, elle aurait dû axer son discours sur les flux migratoires, en insistant sur le fait qu’ils vont s’intensifier et qu’ils finiront par faire imploser notre modèle social. Pendant les cinq prochaines années, avec Emmanuel Macron, l’immigration se poursuivra et la société française achèvera de s’américaniser: nous observerons davantage d’inégalités territoriales ; le communautarisme et l’ethnicisation se renforceront. La France sera en train de sortir de l’histoire ; sera-t-il trop tard pour réagir ?

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L’œuf mayonnaise

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Je dépliai mon journal tout en jetant un coup d’œil circulaire dans l’établissement. Même en toc, la salle était jolie avec ses photos en noir et blanc du quartier: l’ancienne place Maubert, chantée par Bruant comme un terrible coupe-gorge. Le menu figurait sur une ardoise, ce qui est parfois bon signe, mais il faut se méfier: les néo-commerçants usent en virtuoses de tous les procédés faussement authentiques. Les plats du jour semblaient assez simples pour être honnêtes. un bœuf bourguignon, une raie aux câpres et, surtout, l’indispensable œuf mayonnaise auquel je ne résiste jamais.

Au fil des ans, j’ai développé une véritable doctrine sur cette entrée de bistrot. Après maintes lectures et conversations, je sais par exemple qu’un œuf mayonnaise, sur une table parisienne, comporte normalement trois moitiés d’œuf dur, ni plus ni moins. Je soutiens également que le véritable œuf mayonnaise dédaigne ces ajouts dont raffolent les bistrotiers amateurs: feuilles de laitue, salade de pommes de terre, quand ce n’est pas une rondelle de tomate ou d’absurdes carottes râpées. Ces suppléments décoratifs servent trop souvent à masquer l’incapacité à concocter une nourriture de qualité (il faut voir ce qu’est, aux États-Unis, un morceau de brie congelé agrémenté de cacahuètes). Or le vrai miracle tient tout entier dans ce mélange d’œuf dur et de sauce onctueuse, elle-même constituée de jaune d’œuf, de moutarde, d’huile, de sel et de poivre. Rien de plus. C’est ainsi -et pas autrement- que cet alliage gras et parfumé reste l’un des symboles de Paris.

Mon choix, donc, ne se fit pas attendre: un œuf mayonnaise et un verre de côtes-du-rhône. Puis je commençais à feuilleter le journal en éprouvant l’agréable sentiment d’être chez moi, dans la ville des artistes -où manquaient seulement cet exquis nuage de tabac et ces monologues d’ivrognes qui faisaient autrefois le charme des comptoirs. Tandis que le tenancier disposait sur le bar une nappe en papier et des couverts, je parcourais les colonnes en poussant -comme chaque jour- des soupirs d’indignation. Trois titres au moins comportaient le mot « terroriste ». Les spectres d’épidémies et de pandémies planaient sur deux pages entières. En rubrique « société », sur un ton plus doucereux, l’administration recommandait aux cyclistes l’usage systématique d’un casque et d’une veste fluorescente. Toute cette litanie échauffait mon cerveau, tant il me semblait que je possédais les arguments pour ridiculiser ces angoisses collectives… si seulement ces imbéciles avaient songé à demander mon avis.

Je me sentis toutefois soulagé en voyant le cafetier de retour, porteur d’une assiette sur laquelle figurait précisément trois demi-œufs durs, sans la moindre feuille verte pour déranger cette harmonie en jaune et blanc. J’allais terminer la lecture de mon article, repoussant de quelques secondes le moment délicieux de la première bouchée et de la première gorgée de vin… quand un réflexe m’arracha derechef à la lecture du Monde. Portant sur l’assiette un regard plus attentif, je sentis mon front se plisser, puis mon visage se tordre dans une grimace, tandis que je hélais le patron d’une voix inquiète:

-Pardonnez-moi, monsieur, je voudrais juste savoir… S’agit-il bien de mayonnaise maison?

Par cette question, je cherchais moins à connaître la réponse qu’à jauger l’honnêteté du responsable. Car j’avais identifié, sans aucune hésitation, la couleur trop pâle d’une mayonnaise industrielle: ce petit étron strié de rayures, sorti d’un tube au lieu d’avoir grandi sous la fourchette d’un cuisinier. Je déteste les conflits, mais l’affreuse déception exigeait une explication. Quitte à avaler cette nourriture sans plaisir, je voulais comprendre quelle démarche avait pu conduire le commerçant à acquérir un comptoir en zinc pour y servir une cuisine frelatée. Telle était sans doute la logique même du « vrai-faux-bistrot », comme je l’avais écrit dix ans plus tôt (ah, si tous les imbéciles me lisaient plus souvent!). Une vague fierté de prophète vint se mêler à l’accablement: le monde avait suivi bêtement mes prévisions en optant pour cet ersatz de mayonnaise, peu coûteux et n’exigeant aucun savoir-faire. J’écoutai néanmoins la réponse affable de mon interlocuteur:

-Je sais bien, monsieur. Mais, que voulez-vous, c’est une norme d’hygiène. Une directive de Bruxelles.

Je le regardai dans les yeux, consterné, comme s’il venait de prononcer un blasphème. Non pas en citant Bruxelles qui est l’une des plus charmantes villes d’Europe ; mais en rapprochant certains mots comme norme, directive et, plus encore, hygiène, cette arme faite pour balayer les vieux usages, sous prétexte de prévention des risques.

-Nous n’avons plus le droit de conserver notre mayonnaise maison. Ou alors il faudrait tout bazarder chaque soir à cause des dangers sanitaires!

Les « dangers sanitaires » me percèrent comme une autre flèche.

-Ça figure dans la « directive sauce émulsifiées », précisa-t-il.

À cet énoncé, mon désespoir se fit aigu. L’homme reprit alors sur un ton plus confiant:

-Seules les mayonnaises avec conservateurs sont autorisées. Mais on en fabrique d’excellentes, aujourd’hui.

Le professionnel de la communication l’emportait sur le bougnat. Agacé, je rétorquai:

-Vos confrères continuent pourtant à servir de la vraie mayonnaise…

-Les grands restaurants peuvent se permettre d’en faire tous les jours. Pour les bistrots, ça devient trop compliqué.

Avec les sauces industrielles, tout était plus rapide et meilleur marché. Je connaissais la chanson. D’un côté, l’administration poursuivait sa guerre hygiéniste contre toute activité non normalisée. De l’autre côté, les petits commerçants se saisissaient facilement de faux prétextes (l’Europe, l’administration, les taxes…) pour justifier leur propre négligence et se simplifier la tâche en distribuant une mauvaise nourriture. Celui-ci me jetait à présent un regard médical:

-Pensez à la listériose!

Puis il conclut son auscultation en ajoutant:

-Et à la salmonellose!

Anéanti par ces recommandations, je tournai la tête vers mon assiette, pris ma fourchette et découpai un morceau d’œuf dur. Le portant à ma bouche, je retrouvai un instant le plaisir du jaune friable et du blanc gélatineux… aussitôt annulé par le goût fade de cette émulsion de pacotille, venue d’un monde où le souvenir de la vraie mayonnaise avait disparu pour toujours.

Benoît Duteurtre. Le retour du Général, Fayard, 2010.

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27 avril 2017 at 10 10 44 04444

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La dure réalité

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Ce jeudi, au moment où David Pujadas et Léa Salamé, sur France 2, demandaient aux différents candidats à l’élection présidentielle de nous présenter leurs doudous, une attaque terroriste sur les Champs-Élysées tuait un policier et en blessait deux autres. L’assaillant était connu des services de police depuis longtemps ; il avait déjà été condamné et était visé par une enquête antiterroriste confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure. L’État islamique a aussitôt revendiqué l’attentat.

Il ne reste que deux jours avant le premier tour et la fiction de la campagne électorale a volé en éclats.

Written by Noix Vomique

21 avril 2017 at 9 09 21 04214

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