Noix Vomique

Uchronie (5)

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Dans le livre vingt-troisième des Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand raconte qu’il accueille la tourmente du mois de juin 1815 avec des sentiments partagés: « Bien qu’un succès de Napoléon m’ouvrît un exil éternel, la patrie l’emportait dans ce moment dans mon coeur ; mes voeux étaient pour l’oppresseur de la France, s’il devait, en sauvant notre honneur, nous arracher à la domination étrangère ». Le 18 juin, à Gand, lorsqu’un courrier du duc de Berry lui apprend que « Bonaparte est entré dans Bruxelles après un combat sanglant », il comprend que la retraite des alliés devant les troupes napoléoniennes est définitive:

Le 18 au matin, avant les premiers coups de canon, le duc de Wellington déclara qu’il ne pourrait tenir jusqu’à trois heures ; mais qu’à cette heure, si les Prussiens ne paraissaient pas, il serait nécessairement écrasé. Surpris par Napoléon, sa position militaire était détestable; il l’avait acceptée et ne l’avait pas choisie. Wellington était désormais incapable d’inverser le cours des événements ; ses troupes étaient accablées par le nombre ; il savait la bataille perdue d’avance. Blücher était durement éprouvé par la défaite de Ligny et il était inutile de l’attendre. La mort dans l’âme, Wellington décida donc de ne pas livrer combat et demanda à ses soldats de quitter Waterloo. Les Anglais se retirèrent dans un flot de poussière ; Napoléon triomphait.

Et Chateaubriand ajoute:

De retour à Londres, Wellington fut acclamé comme un grand homme. II avait fait montre de lucidité et tout le monde saluait son courage et la dignité de son caractère.

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4 décembre 2016 at 10 h 56 min

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Mortalité infantile

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Dans L’Identité de la France (Flammarion, 1990), Fernand Braudel consacre un long chapitre à la population française, du Xe siècle à nos jours, dans lequel il finit par partager le pessimisme de Pierre Chaunu :

Hier, la mortalité infantile se chargeait de limiter la reproduction. Ce fléau a disparu aujourd’hui (la France sur ce point se place même presque en tête du tableau d’honneur), mais il était autrefois d’une tragique ampleur, atteignant ses sommets avec les enfants trouvés, plus fragiles encore que les autres. « À Aix-en-Provence, du 1er janvier 1722 au 31 décembre 1767, sur 4844 enfants exposés à l’hôpital Saint-Jacques [soit un tous les trois jours], il en est resté 2224 », soit moins de la moitié. Un exemple entre mille! Pierre Chaunu, historien passionné qui ne cesse de protester à la radio, à la télévision, dans ses articles et ses livres contre la loi de janvier 1975 (confirmée le 31 décembre 1979) qui a légalisé en France l’avortement, va jusqu’à dire: « Aujourd’hui, on tue les enfants avant leur venue au monde; autrefois, la mortalité infantile se chargeait (à vrai dire infatigablement) de les faire disparaître après leur naissance.»

Fernand Braudel explique alors que la restriction volontaire des naissances, dans les pays industrialisés, « annonce de véritables désastres démographiques ». Il poursuit en abordant le « problème » de l’immigration étrangère, qu’il qualifie de « récent », et il conclut: « En tout cas, pour la première fois, l’immigration pose à la France une sorte de problème colonial, cette fois planté à l’intérieur d’elle-même.» Aujourd’hui, à la lecture de ces quelques pages, comment ne pas entrevoir la logique impeccable du grand remplacement, lorsque les gauchistes défendent, d’une part, la version contemporaine de la mortalité infantile, et de l’autre, l’immigration ?

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30 novembre 2016 at 18 h 11 min

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Putsch au R.P.R.

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On ne va pas faire la fine bouche: le coup d’éclat de François Fillon, qui déboule en tête de la primaire de la droite et du centre, avec 44,1% des voix, met un peu de sel dans une campagne présidentielle qui s’annonçait fadasse. Alain Juppé est relégué au second plan, à quinze points, et Nicolas Sarkozy est éliminé, ce qui lui a encore permis de faire un joli discours d’adieux -on attend le prochain avec impatience. Ce raz de marée en faveur de François Fillon était-il prévisible? François Hollande, toujours clairvoyant, avait confié aux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme que « Fillon [n’avait] aucune chance ». De même, les médias et les instituts de sondage n’ont rien vu venir -depuis la défaite surprise d’Hillary Clinton aux élections américaines, on sentait juste qu’ils y allaient mollo: ils avaient cessé de nous rabâcher les oreilles avec Alain Juppé et évoquaient une dynamique soudaine du côté de François Fillon, présenté comme le troisième homme. Le 17 novembre, IPSOS continuait cependant à mettre Alain Juppé en tête, avec 36% d’intentions de vote, devant Nicolas Sarkozy à 29% et François Fillon à 22%.

La probable victoire de François Fillon au second tour de la primaire vient perturber les petits calculs de la gauche et du Front National: dès dimanche soir, nous avons donc vu ce petit monde concentrer ses tirs sur l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy. Les uns espéraient que la qualification d’Alain Juppé provoquerait la dispersion des voix à droite, assurant ainsi à la gauche une place au second tour de l’élection présidentielle; les autres voient en Fillon, plutôt conservateur sur les questions de société, un rival qui pourrait faire de l’ombre à Marine Le Pen. La gauche n’a donc pas attendu longtemps pour lancer une campagne de diabolisation. Ce matin, dans Libération, Laurent Joffrin nous décrit François Fillon comme un candidat « encore plus réac » que Nicolas Sarkozy: « ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique ». Ainsi, François Fillon, ce n’est pas seulement Margaret Thatcher: c’est également Abou Bakr al-Baghdadi. Au passage, il est tout-de-même extraordinaire que le mariage gay soit devenu, en quelques années, la seule boussole politique de la gauche.

En fait, la gauche se désole que la droite, avec François Fillon, puisse être à droite. Elle s’était accommodée avec des gars comme Alain Juppé -elle avait la garantie qu’ils préféreraient perdre des élections plutôt que passer des alliances avec le Front national. C’est donc un coup de tonnerre: la primaire de la droite et du centre ne sonne pas seulement le glas du sarkozysme; elle marque la mort du chiraquisme. François Fillon, qui fut séguiniste et souverainiste dans une vie antérieure, a vengé, en quelque sorte, ses compagnons qui avaient tenté en 1990 un putsch contre Jacques Chirac. À l’époque, pour la première fois, la direction du R.P.R. allait être désignée à la proportionnelle et Jacques Chirac, éprouvé par sa défaite à l’élection présidentielle de 1988, avait décidé de se tenir au-dessus de la mêlée, laissant le soin de la manoeuvre à son fidèle lieutenant, Alain Juppé. Philippe Séguin et Charles Pasqua en profitèrent pour faire entendre une voix dissonante: il leur semblait que le rassemblement, peuplé d’énarques, converti à la construction européenne, avait perdu son âme et devait «se ressourcer dans le gaullisme». Aux assises du parti, Philippe Séguin constitua une motion qui défendait une ligne souverainiste sur les questions européennes. Jacques Chirac se sentit attaqué et descendit dans l’arène: il fit sienne la motion d’Alain Juppé et fut finalement réélu président du R.P.R. -le petit groupe constitué autour de Charles Pasqua et Philippe Séguin, auquel appartenait François Fillon, fut marginalisé.

Vingt-six ans plus tard, en humiliant Alain Juppé, François Fillon a donc réussi son putsch, et cette fois avec le soutien très large des sympathisants de droite. Dimanche soir, même s’il a désormais un programme économique plutôt libéral, j’imagine qu’il a certainement pensé à son ami Philippe Séguin. Quant à Alain Juppé, présenté par ses partisans comme « le candidat le plus rassembleur », alors qu’il s’est plutôt ramassé, avec seulement 28,6% des voix, n’arrivant en tête qu’en Aquitaine, à Paris et en Seine-Saint-Denis, il a déclaré que « dimanche prochain sera une autre surprise ». Visiblement, ce vieil énarque n’a pas compris que les surprises n’allaient que dans un sens, et qu’elles n’étaient pas destinées aux favoris des médias.

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22 novembre 2016 at 17 h 02 min

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Primaires

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Ils sont à gauche et, lorsqu’il s’agit d’humilier la France, ils ont de la constance: non contents d’avoir désigné François Hollande lors des primaires socialistes en 2011, ils ont décidé, cette fois aux primaires de la droite et du centre, de voter pour Alain Juppé. Ils n’imaginent même pas que l’électorat de droite, si le candidat issu des primaires ne lui convenait pas, pourrait avoir le front de voter différemment. Mais cherchent-ils seulement à jouer les petits Machiavels? Après tout, ils ont déjà voté pour Jacques Chirac en 2002: l’expérience leur a tellement plu qu’ils sont prêts dès maintenant à récidiver. C’était bien la peine de faire la grève en 1995 contre le « plan Juppé ».

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19 novembre 2016 at 18 h 00 min

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Craignez le courroux du lâcheur de ballons

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François Hollande poursuivra les terroristes partout. Il leur lâchera des ballons jusque dans les chiottes.

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14 novembre 2016 at 11 h 03 min

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Selfies

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Ne boudons pas notre plaisir. Après l’élection de Donald Trump, les journalistes français se sont longuement attardés sur la déception ressentie par le camp d’Hillary Clinton. Ont-ils conscience, lorsqu’ils nous montrent les photos de ces militants effondrés de chagrin, que leurs compte-rendus ressemblent à des selfies? Que c’est leur propre déconvenue qu’ils nous font partager? Profitez de l’aubaine: si vous n’y aviez pas encore pensé, le moment est venu de commencer votre collection de photos de gauchistes en pleurs!

 

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10 novembre 2016 at 14 h 12 min

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Une agonie

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Refermons la parenthèse damnedienne, qui semble avoir épouvanté les quelques derniers lecteurs de ce blog, et reprenons la lecture des Mémoires d’outre-tombe, au moment où, en 1803, madame de Beaumont meurt à Rome, dans les bras de Chateaubriand:

« Tout à coup elle rejeta sa couverture, me tendit une main, serra la mienne avec contraction; ses yeux s’égarèrent. De la main qui lui restait libre, elle faisait des signes à quelqu’un qu’elle voyait au pied de son lit; puis, reportant cette main sur sa poitrine, elle disait: « C’est là ! »Consterné, je lui demandai si elle me reconnaissait: l’ébauche d’un sourire parut au milieu de son égarement; elle me fit une légère affirmation de tête: sa parole n’était déjà plus dans ce monde. Les convulsions ne durèrent que quelques minutes. Nous la soutenions dans nos bras, moi, le médecin et la garde: une de mes mains se trouvait appuyée sur son cœur qui touchait à ses légers ossements; il palpitait avec rapidité comme une montre qui dévide sa chaîne brisée. Oh ! Moment d’horreur et d’effroi, je le sentis s’arrêter ! Nous inclinâmes sur son oreiller la femme arrivée au repos; elle pencha la tête. Quelques boucles de ses cheveux déroulés tombaient sur son front; ses yeux étaient fermés, la nuit éternelle était descendue. Le médecin présenta un miroir et une lumière à la bouche de l’étrangère: le miroir ne fut point terni du souffle de la vie et la lumière resta immobile. Tout était fini ».

Chateaubriand l’a toujours dit: la comtesse de Beaumont était la personne qui avait le plus compté dans sa vie, à son retour de l’émigration, en 1801, alors qu’il attendait d’être radié de la liste des émigrés. Il fréquentait son modeste salon parisien, rue Neuve-du-Luxembourg; il passa l’été avec elle, dans une grande maison de campagne qu’elle louait à Savigny-sur-Orge. Le portrait qu’il dresse de cette femme divorcée, maigre et pâle, impatiente et solitaire, marquée par la disparition de toute sa famille durant la révolution, affaiblie par la maladie, pourrait nous faire accroire qu’elle était âgée; or, en 1801, lorsque Chateaubriand devint son amant, elle n’avait que trente trois ans.

Deux années passèrent et il est probable que Chateaubriand délaissa quelque peu madame de Beaumont. Après la parution du Génie du Christianisme, il fut emporté dans un tourbillon mondain: « Ma vie se trouva toute dérangée aussitôt qu’elle cessa d’être à moi. J’avais une foule de connaissance en dehors de ma société habituelle ». En mai 1803, Bonaparte le nomma secrétaire d’ambassade à Rome, sans doute pour faire plaisir à sa soeur, Mme Bacciochi, qui avait beaucoup apprécié le Génie du Christianisme. Chateaubriand allait donc assister l’ambassadeur, le cardinal Fesch, qui n’était autre que l’oncle du Premier Consul. Il était heureux de se rendre à Rome, il s’installa dans une chambre miteuse du palais Lancelotti, que le cardinal Fesch louait, et, comme rajeuni, il se lançait dans de longues flâneries à travers la ville. En 1837, lorsqu’il évoquera cette partie de sa vie dans ses mémoires, il prétendra avoir accepté la proposition de Bonaparte parce que, convaincu que Mme de Beaumont le suivrait, il avait l’espoir que « le climat de l’Italie lui serait favorable ». Or, rien n’est moins sûr: dans une lettre au comte de Molé, Chateaubriand confesse en juillet 1803 que « la position intérieure où [il] se trouve est le seul motif qui [l’]a jeté une seconde fois hors de France, dans l’espoir de gagner du temps et d’échapper aux chagrins cachés de [sa] vie ». Sans doute voulait-il mettre de l’ordre dans sa vie sentimentale; il dissuada également son épouse, avec qui il avait fait un mariage d’argent, de l’accompagner -c’est donc seul qu’il partit pour Rome.

Madame de Beaumont, abandonnée, était effondrée; elle manifestait de plus en plus l’envie de mourir. Après une cure au Mont-Dore, se sentant dépérir, elle décida de rejoindre Chateaubriand. Elle arriva à Rome fin octobre, agonisante, et Chateaubriand s’occupa d’elle avec beaucoup de tendresse -peut-être se sentait-il coupable de l’avoir délaissée? Il s’efforçait de la distraire et l’emmena au Colisée:

« Un jour, je la menai au Colysée; c’était un de ces jours d’octobre, tels qu’on n’en voit qu’à Rome. Elle parvint à descendre, et alla s’asseoir sur une pierre, en face d’un des autels placés au pourtour de l’édifice. Elle leva les yeux; elle les promena lentement sur ces portiques morts eux-mêmes depuis tant d’années, et qui avaient vu tant mourir; les ruines étaient décorées de ronces et d’ancolies safranées par l’automne et noyées dans la lumière. La femme expirante abaissa ensuite, de gradins en gradins jusqu’à l’arène, ses regards qui quittaient le soleil; elle les arrêta sur la croix de l’autel, et me dit : « Allons; j’ai froid.» Je la reconduisis chez elle ; elle se coucha et ne se releva plus.»

La présence de cette femme, mourante au milieu des ruines, est poignante. Comme la tradition voulait que les premiers chrétiens eussent été martyrisés dans le Colisée, madame de Beaumont semble devenir, sous la plume de Chateaubriand, une martyre. D’ailleurs, au moment de se confesser, avant de recevoir l’extrême-onction, ne se présente-t-elle pas comme une victime de la Révolution, expliquant à l’abbé de Bonnevie « qu’elle avait toujours eu dans le cœur un profond sentiment de religion ; mais que les malheurs inouïs dont elle avait été frappée pendant la Révolution l’avaient fait douter quelque temps de la justice de la Providence; qu’elle était prête à reconnaître ses erreurs et à se recommander à la miséricorde éternelle; qu’elle espérait, toutefois, que les maux qu’elle avait soufferts dans ce monde-ci abrégeraient son expiation dans l’autre. » Toute sa famille avait disparu, en effet, durant la Révolution: son père, le comte de Montmorin, qui avait été ministre des affaires étrangères de Louis XVI, assassiné par la foule en 1792, lors des massacres de septembre; son frère aîné, disparu lors d’un naufrage en 1793; sa mère et son frère cadet, guillotinés en mai 1794; son unique soeur, morte en prison, en juillet de la même année. Aussi aimait-elle citer Phèdre: « je péris la dernière et la plus misérable ».

Pauline de Beaumont mourut le 4 novembre 1803. Chateaubriand choisit de la faire enterrer dans l’église Saint-Louis-des-Français:

«Les funérailles eussent été moins françaises à Paris qu’elles ne le furent à Rome. Cette architecture religieuse, qui porte dans ses ornements les armes et les inscriptions de notre ancienne patrie; ces tombeaux où sont inscrits les noms de quelques-unes des races les plus historiques de nos annales; cette église, sous la protection d’un grand saint, d’un grand roi et d’un grand homme, tout cela ne consolait pas, mais honorait le malheur. Je désirais que le dernier rejeton d’une famille jadis haut placée trouvât du moins quelque appui dans mon obscur attachement, et que l’amitié ne lui manquât pas comme la fortune. »

Chateaubriand fit ériger dans l’église un tombeau avec un bas-relief représentant madame de Beaumont, à l’article de la mort, enveloppée d’une draperie antique, en train de désigner d’une main les cinq portraits en médaillon de sa famille qui n’est plus. Ceux qui visitent Saint-Louis-des-Français, et qui ne passeront pas à côté du sépulcre sans le voir, comme je le fis il y a une quinzaine d’années, les visiteurs attentifs, donc, peuvent lire ce texte, gravé dans la pierre: « Après avoir vu périr toute sa famille, son père, sa mère, ses deux frères et sa sœur, Pauline de Montmorin consumée d’une maladie de langueur, était venue mourir sur cette terre étrangère. F. A. de Chateaubriand a élevé ce monument à sa mémoire. » Aux yeux de Chateaubriand, Pauline de Beaumont, morte en « terre étrangère », ultime survivante de sa lignée, martyre tardive de la Révolution, était un dernier vestige de la France d’avant; le monument qu’il lui consacrait serait donc « l’âme d’une société évanouie ». Cependant, le vrai monument élevé à la mémoire de madame de Beaumont n’est-il pas ailleurs, dans ces pages magnifiques des Mémoires d’outre-tombe? C’est après ce drame que Chateaubriand conçut en effet le projet d’écrire ses Mémoires, qu’il bâtira « avec des ossements et des ruines. » Perdu dans Rome, qu’il ne reconnaissait plus et qui lui semblait pétrifiée dans une agonie sans doute comparable à celle de sa maîtresse, il décida donc de creuser dans les strates des années et des souvenirs, pour devenir ainsi l’archéologue de sa propre vie: « chacun de nous, en fouillant à diverses profondeurs dans sa mémoire, retrouve une autre couche de morts, d’autres sentiments éteints, d’autres chimères qu’inutilement il allaita, comme celles d’Herculanum, à la mamelle de l’Espérance. »

La présence de madame de Beaumont à Rome avait momentanément fait oublier que Chateaubriand, secrétaire d’ambassade maladroit, avait exaspéré le cardinal Fesch et Bonaparte -le cardinal fut même ému par cette pauvre femme moribonde qui avait parcouru une telle distance pour retrouver son amant. Mais les jours de Chateaubriand à Rome étaient comptés et, fin novembre, il fut nommé chargé d’affaires dans le Valais par Bonaparte. Ensuite, de retour à Paris, il vivra avec madame de Custine, mais cela est une autre histoire que je ne développerai pas -il ne faudrait pas, non plus, que ce blog tombe dans le people.

Written by Noix Vomique

8 novembre 2016 at 11 h 09 min

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