Noix Vomique

Des élus socialistes vont-ils se dévouer pour parrainer Marine Le Pen?

Résultats du 1er tour de l'élection présidentielle de 2002

Résultats du 1er tour de l'élection présidentielle de 2002

À chaque élection présidentielle, nous avons droit au même cirque: le Front national dénonce la règle des 500 signatures nécessaires pour poser sa candidature. Marine Le Pen, qui disposerait de 340 promesses de parrainages,a exprimé son inquiétude. Une fois de plus, avec ce faux suspens, le FN fait parler de lui et nous sert son rôle préféré, celui de victime. Or, depuis 1988, il a toujours récolté ses signatures, même de justesse. Pourquoi cela changerait-il cette année?

Une enquête récente de Mediapart révélait que de nombreux maires ayant parrainé le FN en 2002 ou 2007 refusent aujourd’hui de renouveler leur soutien, se plaignant d’avoir été victimes de «représailles», «d’insultes» ou même de «menaces de mort» de la part d’autres élus. Le PS et l’UMP seraient-ils derrière ces pressions? Aurait-ils peur que Marine Le Pen s’invite au deuxième tour de l’élection, comme son père le fit en 2002? Dans ce cas, évidemment, il vaudrait mieux se retrouver dans la position de Chirac, et pas dans celle de Jospin. Or, rien n’est joué.

Au PS, on espère, un brin revanchards, avoir un 21 avril à l’envers: on aimerait se retrouver au second tour contre Marine Le Pen. Pour François Hollande, la victoire serait plus facile que s’il se retrouvait face à Nicolas Sarkozy. On préfère donc croire que Marine Le Pen bluffe et qu’elle aura ses signatures. Et si, par hasard, elles ne les avaient pas, on peut faire confiance aux élus socialistes: comme c’est déjà arrivé par le passé, on en trouvera bien quelques uns pour donner leur signature au candidat du FN.

Ce serait dans la logique de ces trente dernières années. Car le FN est une pièce non négligeable du puzzle socialiste.

Certes, les socialistes ont l’habitude de crier au loup à la seule évocation des Le Pen. On se souvient des gesticulations, entre les deux tours des élections cantonales de mars dernier, de Martine Aubry qui prenait la tête d’un «front républicain». Comme si la République était menacée, comme si Le Pen allait restaurer la monarchie. D’ailleurs, c’est quand même marrant, cette confusion entre république et démocratie dans l’esprit des socialistes: à les entendre, on pourrait croire que la République populaire de Corée est davantage une démocratie que le Royaume-Uni. Mais passons.

Les socialistes sont donc toujours prêts à s’indigner de la présence du FN dans le paysage politique français. En 2002, entre les deux tours de l’élection présidentielle, mon proviseur, militant socialiste affiché, était passé de classe en classe pour expliquer aux élèves qu’ils pouvaient exceptionnellement quitter le lycée pour aller en centre-ville et se joindre aux défilés organisés contre le fascisme. Comme si Le Pen avait la moindre chance d’être élu. Comme si Le Pen, c’était du fascisme. En fait, pour les gens de gauche, mauvais perdants, ces gesticulations avaient pour but de délégitimer l’élection de Chirac. Et d’ailleurs, ça a réussi.

Bizarrement, on n’a guère entendu les socialistes protester, en 2007, quand Jean-Marie Le Pen, à la veille de l’élection présidentielle, dénonça plusieurs fois « le juif Sarkozy ». Ce qui semblerait indiquer que la sarkophobie fonctionne sur le même mode que l’antisémitisme: il y a là une idée à creuser.

En 2002, l’élimination de Jospin, qui faisait figure de favori pour l’élection présidentielle, avait été un coup de tonnerre. Un coup de tonnerre que le PS n’a toujours pas analysé sereinement.

Le Pen avait éliminé Jospin. Mais en même temps, Jospin n’était rien sans Le Pen: ce n’était donc qu’un juste retour des choses. À la suite de la dissolution de 1997, la majorité plurielle était arrivée aux affaires, non pas par effraction, comme l’a dit maladroitement Baroin, mais grâce à Le Pen, qui avait maintenu ses candidats dans 76 circonscriptions, provoquant ainsi des triangulaires. Bouffis d’orgueil, les socialistes avaient cru qu’ils étaient majoritaires et qu’ils avaient gagné les élections. Or, le PS, le PCF et les écologistes n’avaient totalisé que 43,49% des voix au 2ème tour tandis que le RPR et l’UDF en avaient rassemblé 43,58%. Pendant 5 ans, Jospin, premier ministre, s’était persuadé qu’il avait la majorité des français avec lui alors qu’il avait juste une majorité de députés à l’Assemblée.

Fin 2001, alors que l’élection présidentielle approchait, Le Pen ne décollait pas dans les sondages. Il restait bloqué entre 7 et 9%. Or le parti socialiste avait besoin d’un Le Pen fort pour affaiblir la droite. Lors d’une réunion au ministère de l’emploi et de la solidarité, en décembre, on décida de mettre en place une campagne contre le racisme juste avant l’élection présidentielle. On sait bien que le vote lepeniste se développe en réponse au discours antiraciste. Des spots, qui présentaient les français de souche comme d’affreux beaufs racistes, et qui proclamaient « Sans discrimination raciale, la France est plus forte » furent donc massivement diffusés à la télé en mars et avril: Le Pen grimpa dans les sondages et fit un beau score… bien au delà des espérances. Jospin s’en mord encore les couilles.

Tout ça, pour dire que c’est parfois dangereux de jouer avec le feu. Aussi, des élus socialistes vont-ils maintenant prendre le risque de parrainer Marine Le Pen pour qu’elle puisse se présenter? Car les socialistes ont toujours instrumentalisé le FN. Dans leur rôle de donneurs de leçon, et selon la bonne méthode stalinienne qui consiste à accuser l’adversaire de votre propre maux (du genre « on impose un régime communiste dans les pays d’Europe de l’Est et on accuse les américains d’impérialisme »), ils ne se gênent pas pour reprocher à la droite d’instrumentaliser le FN. Alors qu’en fait, la droite essaie tout simplement de se débarrasser de cette épine qu’elle a dans le pied. D’ailleurs, quand ils accusent Sarkozy de vouloir « siphonner les voix du FN« , un peu comme s’il ne fallait pas toucher aux thèmes de campagne du FN, les socialistes reconnaissent implicitement qu’un FN fort leur convient parfaitement!

Written by Noix Vomique

4 février 2012 à 16 h 58 min

Publié dans Uncategorized

4 Réponses

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  1. Ce billet a un goût d’arsenic qui s’accommode fort bien du petit café dominical.

    Bon dimanche.
    Al.

    Al West

    5 février 2012 at 10 h 17 min

    • Ne force pas trop sur l’arsenic, quand même. Bon dimanche.

      strychnos

      5 février 2012 at 10 h 52 min

  2. Très intéressante analyse !

    Jacques Étienne

    6 février 2012 at 8 h 25 min

    • Merci et bienvenue ici, Jacques Étienne.

      L’hystérie déclenchée à gauche par les paroles de Claude Guéant, ce weekend, vient à point pour illustrer mon billet: les socialistes, Harlem Désir en tête, ont dénoncé le discours de Guéant comme une tentative pour Nicolas Sarkozy de récupérer des voix du Front National. Comme s’il était scandaleux de faire perdre des voix au FN. En réalité, les socialistes ne peuvent pas accepter l’idée de voir le FN affaibli: cela signifie en effet que les élections seront, pour eux, plus difficiles à remporter.

      strychnos

      6 février 2012 at 14 h 51 min


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