Noix Vomique

Des agriculteurs marginalisés et des enseignants au rabais

On n’examine jamais assez attentivement les équipes de campagne des candidats à l’élection présidentielle. Ces équipes, qui sont le souvent le résultats de compromis, car il faut ménager les egos des uns et des autres, préfigurent souvent ce que pourrait être le futur gouvernement: chacun est affecté à un poste, selon son thème de prédilection.

En décembre dernier, Authueil analysait avec beaucoup de finesse l’équipe de campagne de François Hollande et parlait, à juste titre d’une « armée mexicaine, avec beaucoup de chefs, des secteurs parfois microscopiques« . L’organigramme de l’équipe, assez délirant, reflète en fait deux traits de caractères de François Hollande qui poseraient problème s’il était élu président: l’incapacité de trancher et l’envie de satisfaire tout le monde.

Quand on examine l’organisation de cette équipe, une première chose retient l’attention: la disparition d’un pôle spécifique pour l’agriculture. Cela semblerait indiquer la disparition du Ministère de l’Agriculture. Tout un symbole. À la place, on aurait un ministère de la production, sans doute attribué à André Rousselet, qui regrouperait l’industrie, l’agriculture et la pêche. Cela signifie qu’une page est en train de se tourner et que les socialistes ne s’identifient pas avec l’image, ô combien entretenue par le République, d’une France agricole. L’agriculture n’est plus qu’un secteur de production comme un autre.

Deuxième observation: le pôle éducation et jeunesse est confié à Vincent Peillon. Or comme L’Hérétique le faisait justement remarquer, Vincent Peillon, qui se voit déjà en futur ministre de l’éducation, est partisan « de coller les enseignants 35 heures dans les établissements et d’allonger leur année scolaire ». Lors de l’élection présidentielle précédente, c’est d’ailleurs lui qui avait soufflé à Ségolène Royal de faire passer les enseignants aux 35 heures. Bizarrement, François Hollande reste très évasif sur ce point. Il préfère parler des 60000 emplois qu’il entend créer dans l’enseignement. Or, cette dernière mesure, qui coûtera cher, sans doute 7,3 milliards, suscite les interrogations. Est-elle nécessaire? Qui va-t-on recruter? Selon quelles modalités? On oublie qu’il y a de moins en moins de candidats pour être prof: en 2011, 20% des 4880 places offertes aux Capes externes n’ont pas été pourvues, faute de candidats au niveau (rien qu’en maths, ce sont 40% des postes qui n’ont pas été pourvus). Dans ce cas, comment les 60000 postes annoncés seront-ils pourvus? Va-t-on abaisser le niveau de recutement des profs? Cette mesure ne signifie-t-elle pas, paradoxalement, une éducation au rabais avec un recrutement au rabais? Voilà qui va contribuer à dévaloriser davantage le métier d’enseignant. Bizarrement, quand j’en parle en salle des profs, mes collègues font la sourde oreille. La sarkophobie, patiemment attisée depuis des années par les socialistes, est plus forte que tout.

L’agriculture et l’enseignement: deux symboles historiques de la République qui sont appelés à évoluer si François Hollande est élu. En fait, les agriculteurs et les professeurs n’intéressent pas les socialistes. Le think tank socialiste Terra Nova a défini l’an dernier les nouvelles cibles électorales du PS: les jeunes, les femmes, et les « minorités », notamment les musulmans. Ensuite, les socialistes savent que les agriculteurs votent à droite et que le vote des enseignants leur est, en principe, acquis. Dans ce cas, pourquoi courir après eux?

Toujours est-il que je n’aimerais pas être l’un de ces professeurs de l’enseignement agricole, qui dépendent du Minsitère de l’Agriculture: entre leur rattachement à l’EN et les 35 heures, ce sont de sérieux changements qui s’annoncent pour eux. Et la fin d’une époque.

Written by Noix Vomique

6 février 2012 à 14 h 07 min

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