Noix Vomique

Sondages: le croisement, c’est maintenant

Lundi soir, un sondage Ifop pour Europe 1 montrait que Nicolas Sarkozy venait de passer devant François Hollande au premier tour, pour la première fois depuis le début de la campagne présidentielle. Des chiffres confirmés par un autre enquête Ifop qui montrait mardi soir un croisement des courbes entre Nicolas Sarkozy (28,5%, +0,5 point) et François Hollande (27,5%, -1). Au second tour, l’écart se réduit: le chef de l’Etat se rapproche (46%, +1) de son adversaire (54%, -1).

Aussitôt, à l’instar de Manuel Valls, les socialistes ont essayé de relativiser ces sondages. Pourtant, depuis des mois, et même avant, lorsque DSK caracolait en tête des sondages, ils étaient les premiers à se branler en matant les courbes des sondages qui leur étaient favorables. Au final, Manuel Valls s’est laissé aller à un certain fatalisme en rappelant que «tous les présidents de la République sortants ont été devant au premier tour». Précisons que deux d’entre eux, sur trois, ont finalement été réélus.

En fait, ce mardi, au moment même où Marine Le Pen, forte de ses 500 parrainages, a officialisé sa candidature, il semble que ce croisement des courbes marque un tournant dans la campagne. Nicolas Sarkozy a cependant pris soin de minimiser l’enquête IFOP: «Rien n’est joué, rien n’est fait» a-t-il déclaré. Mais on sent bien que la dynamique est de son côté. Et que sa stratégie est sans doute la bonne. Le vrai croisement, c’est celui du fer que l’on croise avec l’adversaire. Or, sur ce terrain, François Hollande donne l’impression d’être timoré. On commence à entrevoir les limites, pour ne pas dire la vanité, de sa campagne.

Dopé par des sondages qui lui sont favorables, François Hollande s’est enterré trop tôt dans une guerre de position, un peu comme s’il pensait que le rejet de Nicolas Sarkozy suffirait le faire élire. En réponse aux sondages, ce mardi à Valence,  il a essayé de redoubler d’antisarkozysme, comparant notamment le quinquennat de Sakozy à «un stage d’apprentissage». Or l’antisarkozysme, aussi violent puisse-t-il être, risque de précipiter la campagne de François Hollande dans un cul-de-sac.

Du coup, François Hollande est empêtré dans une campagne qui fait du surplace. Et cela met en évidence qu’il n’est qu’un second choix. Il n’était pas le candidat naturel des socialistes. En effet, iI y a encore un an, Dominique Strauss-Kahn était le grand favori des socialistes. Martine Aubry, Manuel Valls, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg ou encore Pierre Moscovici avaient alors des mots très durs pour François Hollande. Rétrospectivement, on peut s’interroger: comment François Hollande a-t-il commencé à progresser dans les sondages? Qu’avait-il dit, qu’avait-t-il fait? Rien. DSK était alors en tête de toutes les enquêtes d’opinion. C’était en avril 2011: un sondage d’Opinionway publié par Le Figaro, qui indiquait que François Hollande était «en embuscade», répondait aux souhaits des stratèges de l’UMP qui voulaient doper la candidature de François Hollande pour affaiblir DSK. On ignorait bien sûr que celui-ci se mettrait tout seul hors-jeu avec une femme de chambre.

François Hollande tiendra-t-il la distance? Fera-t-il illusion jusqu’aux élections? Son décrochage dans les sondages est-il seulement momentané? Ou est-ce le début de la fin? Hollande va devoir sortir de son immobilisme.

Certes, pour le moment, au second tour, le candidat socialiste reste le favori. Mais on sait que les enquêtes sur le second tour ne signifient pas grand chose: la marge d’erreur est plus élevée, car les sondés ont parfois des réticences à avouer sur qui ils vont réellement reporter leur vote. En examinant de près les résultats des différents sondages publiés ces dernières semaines, quand on additionne les intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin, François Bayrou, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, on obtient environ 58% d’intentions de vote pour les candidats classés à droite du PS. Cela signifie que François Hollande ne dispose pas d’un réservoir de voix suffisant: comment passe-t-il de 27,5% d’intentions de vote au 1er tour à 54% au second tour? En réalité, il ne pourra gagner l’élection qu’en détournant une partie des voix qui se situent à sa droite. Et c’est l’inconnue du scrutin: comment se comporteront les électeurs de Bayrou et de Le Pen au second tour?

Written by Noix Vomique

14 mars 2012 à 7 h 26 min

Publié dans Uncategorized

Une Réponse

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  1. À propos de faire illusion, ton titre me rappelle ce qui m’a sauté à l’esprit, ce matin : rassembler tous les éléphants de la mitterrandie derrière le slogan « le changement c’est maintenant ».

    Fallait oser -et il l’a fait.

    Amicalement.
    Al.

    Al West

    15 mars 2012 at 11 h 08 min


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