Noix Vomique

Quand Mohamed Merah révèle l’échec de l’État-providence

Mohamed Merah a finalement été inhumé ce jeudi en France, dans le pays qui l’a nourri et qui l’a soigné. Au même moment, son père parle de demander des comptes à l’État français. En fait, le destin meurtrier de Mohamed Merah ne nous indique-t-il pas les limites de l’État-providence?

Mohamed Merah est né en France. Ses parents se séparent quand il a 5 ans et il grandit alors avec sa mère et ses quatre frères et sœurs dans les quartiers de Bellefontaine puis des Pradettes, à Toulouse. Ne doutons pas que l’État a versé les allocations qui lui sont dûes à la maman de Mohamed. Adolescent, Mohamed Merah est suivi par au moins trois travailleurs sociaux aux Izards: un éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse, un autre d’une association de quartier ainsi qu’un animateur veillent sur lui.

A-t-on déjà songé à ces fortunes qui ont été investies en vain dans les quartiers dits « sensibles »? À l’inverse de ces zones rurales du Cantal, de l’Aude ou encore de la Creuse, où l’on trouve les taux de pauvreté les plus élevés en France, les « banlieues » n’ont jamais été délaissées par les pouvoirs publics. Aristide, sur son excellent blog, avait abordé cette question à propos du livre Fractures françaises de Christophe GUILLUY:

L’effort financier consenti par la collectivité en direction des « quartiers sensibles » est considérable et la densité des équipements publics y est souvent bien supérieure à celle des territoires ruraux et périurbains. […] Autrement dit, ces quartiers censés être des territoires délaissés par la République bénéficient en fait à plein d’une discrimination positive qui ne dit pas son nom. A quoi doit être ajouté le fait que ces «quartiers sensibles», qui se situent pour la plupart à proximité immédiate des grandes métropoles, bénéficient de ce fait de l’offre scolaire la plus riche et des marchés de l’emploi les plus dynamiques, ce qui n’est pas du tout le cas des territoires ruraux et périurbains. 

Mohamed Merah a eu le privilège d’avoir trois éducateurs qui, on n’en doute pas, ont tout fait pour l’éduquer. Et faire de lui un bon petit français, honnête et travailleur, aimant sa patrie. Trois éducateurs payés par les pouvoirs publics. Pour quel résultat?

Après un vol de sac à main, Mohamed Merah va pour la première fois en prison. Plus tard, il est condamné pour avoir provoqué un accident avec une voiture volée conduite sans permis et pour avoir tenté d’échapper aux forces de l’ordre. En prison, il se met à étudier le Coran. Et devient islamiste: cela le rapproche de son frère Abdelkader qui porte la barbe, la tunique, et dont l’épouse est voilée.

Finalement, Mohamed Merah part pour l’Afghanistan et le Pakistan. Il veut se battre aux côtés des talibans contre cette civilisation occidentale qui l’a pourtant choyé. Au Pakistan, l’an dernier, il contracte une hépatite A. Et là, ce n’est pas à ses amis talibans qu’il demande des soins. Il rentre aussitôt en France pour se faire soigner aux frais de la sécurité sociale! Toute sa vie, Mohamed Merah a été un assisté, un junkie accro à l’État-providence.

Aujourd’hui,  en Algérie, son père décide de poursuivre devant la justice française le Raid, une unité spéciale de la police française. Le fils tue de sang froid sept personnes et le père demande des comptes à l’État. Ces gens, habitués à ce que l’État les assiste en toute occasion, n’ont plus aucune lucidité ni aucun sens des responsabilités. Le père de Mohamed Merah n’a apparemment pas compris que son fils, qui n’avait pas le courage de se donner lui-même la mort, avait également besoin de l’intervention de l’État pour mettre fin à sa pitoyable existence.

Written by Noix Vomique

30 mars 2012 à 8 h 10 min

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