Noix Vomique

Est-ce le journalisme français dans toute sa splendeur ou plus simplement un début de panique à gauche?

Depuis le 1er tour de l’élection présidentielle, les journalistes ont soigneusement évité d’analyser l’ensemble des résultats et ont focalisé l’attention de l’opinion publique sur le score de Marine Le Pen. Dimanche soir, France 2 annonçait 20% pour la candidate du Front National et, depuis, il semble que tout le monde soit resté avec ce chiffre. En réalité, elle a recueilli 17,9% des suffrages. Ce qui n’est pas mal; mais ce n’est pas 20%, n’en déplaise aux frontistes et à la gauche.

Depuis dimanche, à la radio, à la télévision ou dans la presse écrite, les journalistes ne nous parlent que du FN et des élections légilsatives du mois de juin. Comme si l’élection présidentielle était terminée et que François Hollande était déjà élu. Cette stratégie des journalistes, qui rend la campagne plutôt confuse, a deux conséquences:

1/ en détournant l’attention des véritables enjeux de l’élection présidentielle, elle permet à François Hollande de rester camouflé derrière son statut de favori;

2/ en rendant le discours de Nicolas Sarkozy inaudible, elle le réduit finalement à tous les stéréotypes de l’anti-sarkozysme.

En réalité, tout ce vacarme autour du Front national détourne l’attention du résultat de François Hollande: 28,63% des suffrages. Il est loin des 30% d’intention de vote encore annoncés le 18 avril dernier par CSA pour BFMTV. C’est même plutôt médiocre pour un candidat archi-favori, qui prétend réenchanter le rêve et ramener la gauche à la tête de l’État après 10 ans d’opposition. Avec 27,18%, Nicolas Sarkozy, malgré les effets de la crise économique et la violence de l’anti-sarkozysme, n’est qu’à 1,45% du candidat socialiste. Moins de 500000 voix séparent les deux hommes. Jean-Luc Mélenchon, qui, à en croire les journalistes, devait casser la baraque avec son discours passéiste, n’a obtenu que 11,11% des suffrages. Au vu de ces résultats, il apparaît que la gauche est minoritaire en France: pour les socialistes, il y a de quoi paniquer car cela signifie que l’élection n’est pas jouée, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire.

Du coup, la presse de gauche,  comme France Inter, Libération ou Le Monde, ont décidé de passer à la vitesse supérieure en terme d’engagement. Ces quotidiens, notamment, sont en train de se transformer en de vulgaires tracts électoraux en faveur de François Hollande. Il ne s’agit plus d’informer, et d’analyser avec la distance nécessaire: comme si François Hollande avait du mal à mener sa campagne, il s’agit de l’aider.

Lundi, la une de Libération se résumait à une photo de François Hollande et à cette déclaration: « À moi de convaincre les électeurs de Front national« . Si c’était Sarkozy qui avait dit « À moi de convaincre les électeurs du Front National« , on l’aurait tout de suite accusé de vouloir « siphonner les voix du FN« . On a donc, en apparence, un changement de stratégie à gauche: François Hollande court après les électeurs de Marine Le Pen et il feint de s’intéresser à leur désarroi. Cependant, alors qu’il promet le droit de vote aux immigrés, cette course ne semble-t-elle pas désespérée?

Le lendemain, nouvelle Une de Libération: un portrait en noir et blanc de Nicolas Sarkozy avec cette phrase: « Le Pen est compatible avec la République« . Il s’agit d’une citation à la fois tronquée et sortie de son contexte. En réalité, Nicolas Sarkozy a dit lors du meeting de Longjumeau: « À partir du moment où Marine Le Pen est autorisée à se présenter, le vote pour elle n’est pas un vote contre la République puisqu’il s’exprime à l’intérieur de la République. Si la République avait voulu empêcher la candidate du FN, il fallait qu’elle dise pourquoi ». La petite phrase en Une de Libé aurait été prononcée lors d’un aparté avec des journalistes: « A partir du moment où vous vous présentez aux élections, où vous avez le droit de vous présenter aux élections, vous êtes compatible avec la République. » On le voit: la manoeuvre de Libération est grossière et malhonnête. C’est ce que l’on appelle de la désinformation. Comme le dit Corto: « presse de gauche, presse poubelle » et il y a clairement deux poids, deux mesures. Quand Hollande drague les électeurs du FN, c’est parce qu’il est à leur écoute. Si c’est Sarkozy, c’est simplement un scandale.

Mais il y a plus grave. La Une de Libé, qui n’est qu’une manipulation, a été relayée et a suffi à susciter une indignation d’une rare violence à l’encontre de Nicolas Sarkozy: Libération parle dans son éditorial, d’un « élan pétainiste« . Jean-François Kahn, l’homme qui défendait Dominique Strauss-Kahn en parlant d’un « simple troussage de domestique » dit que le discours de Sarkozy est « ouvertement pétainiste ». L’Humanité met à sa une les photos de Sarkozy et de Pétain et titre en page intérieure : « 1er Mai : le sarkozysme, un néopétainisme ? ». Pour faire diversion, les gauchistes nous ressortent les accusations habituelles de pétainisme, sans d’ailleurs savoir de quoi ils parlent, et traitent leurs adversaires de fascistes. C’est cette bonne vieille « reductio ad hitlerum« , un procédé finalement totalitaire qui permet, en accusant l’adversaire d’être un nazi, de le disqualifier et d’éviter d’aborder les débats de fond. On a réussi à rendre la campagne de Nicolas Sarkozy inaudible.

Un peu comme la gauche qui, quand elle parle de la République, se réfère à 1793 et au jacobinisme, les journalistes, quand ils couvrent la campagne de l’élection présidentielle, semblent s’inspirer de Hébert et son Père Duchesne: on ne recule devant aucune insulte ni aucune calomnie. Ce sont là des comportements proches du terrorisme intellectuel et ils pourraient annoncer des dérives totalitaires inquiétantes. En effet, pour nombre de journalistes, l’anti-sarkozysme n’est pas une opinion mais une vérité incontestable, qui n’a plus besoin de se démontrer ou de s’argumenter. Le 30 janvier 2009, au théâtre du Châtelet, de nombreux représentants de Charlie Hebdo, des Inrockuptibles, de Marianne, Mediapart, du Nouvel Observateur, de Rue89, de Libération et de Reporters sans Frontières s’étaient retrouvés avec le prétexte de défendre « le pluralisme des médias » et « la liberté de l’information« : ils avaient juré, ce soir-là, d’avoir la peau de Nicolas Sarkozy. On peut considérer que c’est l’acte fondateur de l’anti-sarkozysme médiatique. À partir de ce moment-là. ont commencé à circuler les listes des journalistes « de droite » qu’il fallait faire taire. Amis du pluralisme et de la démocratie, bonjour!

Inquiétante également est cette connivence entre les médias et la gauche. On l’avait découverte au moment de l’affaire DSK: les journalistes et les socialistes savaient que DSK avait un sérieux problème avec les femmes. Cela ne les avait pas empêchés d’en faire leur favori pour l’élection présidentielle. Ils ont ensuite reporté leurs espoirs sur François Hollande, qu’ils avaient tant critiqué ou moqué auparavant. Cette connivence, qui ressemble aujourd’hui à de la complicité, ne peut que susciter le malaise.

Written by Noix Vomique

26 avril 2012 à 15 h 33 min

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8 Réponses

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  1. Cher Noix Vomique, je crois que c’est de « troussage de domestique » qu’a parlé ce « journaliste » si ce mot a encore un sens- de sinistre patronyme. Pour le reste, rien à ajouter.

    Faudrait les envoyer tester la pluralité de la presse en Corée du nord ou en Chine, tiens ! Que leur mauvaise foi les étouffe, tous ces donneurs de leçon et distributeurs de charité bien pensante (à défaut d’être bien ordonnée !!!)

    Amicalement.
    Al.

    Al West

    26 avril 2012 at 16 h 24 min

  2. Tiens, et celle-là, elle est pas belle :
    http://bembelly.wordpress.com/2012/03/01/cetait-sarkozy-hors-serie-de-liberation/ ?
    (D’accord, c’est Bembey, mais bon…^^)

    Al West

    26 avril 2012 at 16 h 26 min

  3. Enfin un peu de clarté, nous ne sommes pas dupes. Cher journaliste, je vous remercie pour cette analyse.

    nath

    28 avril 2012 at 6 h 57 min

    • Nath, je ne suis pas journaliste et je ne touche aucun salaire pour donner mon opinion: je suis donc libre de raconter n’importe quoi, de parler à tort et à travers du pétainisme, voire de manipuler les lecteurs de ce blog.😉

      Noix Vomique

      28 avril 2012 at 9 h 36 min

    • Hé ho! Les copaings (y a pas de fautes) de Corto74, Écrire « BEMBELLY » , ok?

      Ah, c’est bien de découvrir les « dedroites » comme qui dirait mon pote corto. Ça va? Tout va bien?
      Si vous avez besoin de conseils pour tenir un bon blog dans l’opposition, n’hésitez pas
      Dites que vous venez de la part de corto, ou de @ValLeNain voir de l’affreux DidierGoux…

      Sinon, bons baisers de Tripoli à tous!

      Bobiyé de dedroite…

      Signé: Bembelly
      ( je reviendrai, promis).

      ...

      29 avril 2012 at 7 h 28 min

  4. […] n’a rien à craindre. Son fils non plus. Ils font partie du système. Mais, quand on voit la hargne avec laquelle une certaine presse traite Nicolas Sarkozy, on peut se demander si finalement le vote pour Nicolas Sarkozy n’est pas en train de […]

  5. […] Le Pen fait partie du système, d’un système bien rodé. Depuis le soir du premier tour, les journalistes acquis à la gauche n’ont cessé de nous parler du FN et des prochaines élec…. Ils permettent ainsi à François Hollande de rester camouflé derrière son statut de favori et […]


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