Noix Vomique

Le débat du « Moi président de la République »

C’est toujours difficile de faire le bilan d’un débat. Chaque camp prétend que son candidat a gagné. Comme si un gagnant devait nécessairement se dégager de ce genre d’exercice. Hier, entre les deux candidats, il y avait beaucoup de tension. La droite se sentira certainement frustrée car Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à mettre Hollande K.O. comme elle l’espérait. Quant à la gauche, elle touche maintenant du bois en espérant que François Hollande fasse encore illusion jusqu’à dimanche.

Dès les premières minutes, le ton du débat était donné. On demande à chaque candidat ce qu’il attend du débat et François Hollande commence à réciter un laïus qui n’a rien à voir avec la question. Puis Nicolas Sarkozy ouvre les hostilités. «C’est assez classique ce qu’il a dit. Il a dit qu’il serait un président extraordinaire. Moi, je veux autre chose, que ce soit un moment d’authenticité

Ensuite, François Hollande – costume noir fermé, posture qui se voulait présidentielle mais qui sonnait faux– s’est contenté de renvoyer Nicolas Sarkozy à son bilan. C’est tellement facile de critiquer le bilan du sortant, surtout quand il est passé à travers quatre années d’une crise terrible. Quand Nicolas Sarkozy essayait d’expliquer son bilan, François Hollande l’interrompait systématiquement, de façon à ce qu’il ne puisse pas aller au bout de son argumentation. Classique.

Il est plus préoccupant de voir François Hollande nier la réalité de la crise internationale. Comme il a nié le fait que la France avait mieux résisté à la crise que la plupart des autres pays européens. Par ailleurs, François Hollande n’a pas hésité à noircir le tableau en utilisant des chiffres erronés et on a eu droit à une véritable querelle de chiffres:

-Les chiffres du chômage avancés par Nicolas Sarkozy étaient exacts: ce sont ceux du Bureau International du Travail: « le chômage a augmenté de 18,7 % en France, sur la même période, il a augmenté de 37 % en Italie, de 60 % en Angleterre, de 191 % en Espagne, après sept années de socialisme, de 103 % aux Etats-Unis, et dans la moyenne des pays de la zone euro, dans la moyenne, le chômage a augmenté de 39,6 %, c’est-à-dire exactement le double. »

De la même façon, quand François Hollande attaque Sarkozy sur la dette, il ment en disant qu’elle a « augmenté de 600 milliards d’euros depuis le début du quinquennat ».  Encore une fois, Nicolas Sarkozy cite les vrais chiffres, ceux de l’INSEE: « la dette depuis 2007 n’a pas augmenté de 600 milliards, mais de 500 milliards. Une erreur de 100 milliards, ça pose question. »

Enfin, à propos du commerce extérieur, les chiffres de François Hollande sont faux, et Nicolas Sarkozy a encore une fois raison quand il dit que « le commerce extérieur en 2000 et en 2001 était en déficit ». En effet, selon l’Insee, le solde de la balance commerciale était négatif, de 10,57 milliards d’euros en 2000, puis de 4,63 milliards en 2001.

Nicolas Sarkozy avait donc raison lorsqu’il disait que les chiffres de François Hollande étaient faux. Le candidat socialiste mentait avec beaucoup d’aplomb. En réalité, on a senti que François Hollande n’était pas très à l’aise dès qu’il fallait parler du fond: il était plus à l’aise pour dire des généralités, dans de longues tirades qu’il avait visiblement apprises par coeur et que, manifestement, il récitait. À ce titre, la longue tirade où Hollande répète “Moi président de la République” était trop préparée et manquait de sincérité, au point de devenir comique.

François Hollande n’a donc pas été avare en «formules vaseuses». Comme à son habitude, son numéro était démagogique. Mais, et c’est une surprise, il s’est également montré agressif, comme s’il n’était pas aussi mollasson que certains de ses collègues socialistes le prétendent. La posture mitterrandienne qu’il a adoptée, au risque de la surjouer, était parfois insupportable de prétention. Comment, alors, ne pas penser à ce que son directeur de campagne, Pierre Moscovici, quand il soutenait la candidature de Dominique Strauss-Kahn, écrivait dans son blog? Moscovici avait en effet dit que François Hollande était « distant et hautain« . C’est ce personnage là, hier, qui interrompait sans cesse Nicolas Sarkozy. C’est là un autre enseignement de ce débat: depuis des années, la gauche n’a cessé de nous présenter Nicolas Sakozy comme quelqu’un d’arrogant, de désagréable ou d’agressif. Or, hier, c’est François Hollande qui a montré ce visage.

En face, visiblement fatigué par une campagne dure, menée tambour battant, Nicolas Sarkozy a eu du mal à « débusquer » François Hollande sur ses incohérences ou ses mensonges. Le candidat socialiste était dans l’esquive permanente. Il n’a toujours pas dit comment il allait financer les dépenses supplémentaires et réduire les déficits. Mais Nicolas Sarkozy a réussi, notamment, à moucher Hollande sur les questions de l’Allemagne (« Considérez-vous maintenant que l’Allemagne est un exemple? L’Allemagne a fait le contraire de ce que vous proposez« ), de la dette (« c’est de rembourser ses dettes si l’on veut rester maître de son destin« ), de l’ISF (« la France est le seul pays qui a gardé l’ISF. Je n’ai pas voulu le supprimer« ) du nucléaire, de l’immigration et du retrait d’Afghanistan.

Au total, François Hollande a donné l’impression d’être hautain quand Nicolas Sarkozy avait l’air plus humain et plus authentique. Et, quand Sarkozy se plaint de l’anti-sarkozysme et dit «Quand on m’a comparé à Pétain, à Laval, à Franco, vous n’avez pas dit un mot!», la réponse de François Hollande a été plutôt minable et n’honore pas le débat démocratique: «Vous aurez du mal à passer pour une victime. J’ai eu droit à tous les animaux». Et là, d’ailleurs, j’aurais bien voulu savoir: quels animaux? Et puis, pendant que j’y suis, j’ai une autre question. Pendant des années, la gauche a tourné en ridicule Nicolas Sarkozy, au motif qu’il n’était pas très grand. Il mesure combien, François Hollande?

Written by Noix Vomique

3 mai 2012 à 14 h 09 min

Publié dans Uncategorized

Une Réponse

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  1. La même taille. Et pourtant, Sarko est un grand homme et Hollande Ouille un nain! Comme quoi….

    Martel

    4 mai 2012 at 20 h 48 min


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