Noix Vomique

Les sauts de cabri et la pensée magique

La croissance, la croissance, la croissance. Que ce soit pendant la campagne électorale, puis avec Angela Merkel ou Barack Obama, au G8, François Hollande ne cesse d’invoquer la « croissance« . À force, et avec la complicité des médias, il va finir par nous faire croire qu’il est le seul Chef d’État à vouloir cette fameuse croissance. François Hollande veut ainsi renégocier le traité budgétaire européen, qui fut adopté le 30 janvier dernier par les 27 pays de l’Union, pour lui ajouter notamment un « volet croissance« . À l’issue du G8 de ce weekend, à Camp David, François Hollande s’est vanté d’avoir imposé la question de la croissance au coeur des discussions. « Il apparaît d’évidence que la croissance a été le grand sujet de ce G8« , a-t-il souligné, bouffi d’orgueil, lors de la conférence de presse finale. Comme si les autres Chefs d’État n’avaient jamais pensé à la croissance auparavant, comme s’ils se satisfaisaient finalement de la récession.

La croissance, la croissance, la croissance. Est-ce parce que François Hollande n’a pas grand chose à dire qu’il se raccroche à cette idée? Bien sûr qu’il faut de la croissance. Tout le monde est d’accord. Reste à savoir comment on va la susciter. François Hollande n’a pas hésité à conclure le G8 avec une lapalissade (« Il n’y aura pas de croissance sans confiance, et il n’y aura pas de confiance sans croissance« ). Or il est loin d’avoir convaincu ses partenaires du G8. Dans le communiqué  final, ils se sont en effet engagés à «encourager la croissance», tout en prenant des mesures contre les déficits. D’ailleurs, samedi, Barack Obama, avait tenu à rappeler que la recherche de la croissance et la lutte contre les déficits allaient de pair. Enfin, le communiqué final plaide pour une zone euro «forte et unie», avec la Grèce, qui devra notamment «respecter ses engagements». Cela ne va pas exactement dans le sens de ce que souhaitait François Hollande.

La croissance, la croissance, la croissance. On pourrait reprendre la célèbre phrase du Général de Gaulle et l’adapter: « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant la croissance! la croissance! la croissance!… mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien« . En fait, on a l’impression que François Hollande, qui sait qu’il doit son élection au hasard, a recours à une forme de pensée magique, comme s’il s’agissait de nommer les choses de façon incantatoire pour qu’elles existent. À force d’invoquer la croissance, va-t-elle finir par apparaître?

François Hollande et Jean-Marc Ayrault semblent avoir eu également recours à la pensée magique au moment de composer le gouvernement. Les noms des ministères, dignes d’un gouvernement cubain ou nord-coréen, sont à ce titre significatifs: « Économie sociale et solidaire« , « Redressement productif« , « Économie sociale et solidaire« , « Réussite éducative« , ou encore « Éducation populaire« . Ces nouvelles appellations, qui ont quelque chose d’euphorique, ne formulent-elles pas des objectifs? En fait, on est ici dans une forme de pensée magique: on voudrait que le nouveau nom d’un ministère ait la force de provoquer l’accomplissement de désirs, voire de prières.

Il n’a échappé à personne que certains ministères sont redondants: « Éducation nationale« , « Réussite éducative« , ou encore « Éducation populaire« . Une fois de plus, comme si l’insistance, qui prend ici un caractère incantatoire, allait permettre de changer le monde, et en l’occurence, améliorer l’éducation en France. Or, la réussite éducative n’est-elle pas déjà un objectif de l’Éducation nationale?

Enfin, le nom, en se confondant avec un objectif de résultat, est comme la garantie que les problèmes vont se résoudre. C’est la logique de la magie blanche: on essaie de bien baptiser le ministère en espérant obtenir un bénéfice. Il faut que le magicien et les patients y croient. Ainsi, le ministère du Redressement productif, confié à Arnaud Montebourg, se devra d’être plus productif qu’un simple ministère de l’industrie. S’il n’y parvient pas, le désenchantement risque d’être violent.

Written by Noix Vomique

20 mai 2012 à 15 h 03 min

Publié dans Uncategorized

Une Réponse

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  1. C’est vrai que depuis le 6 mai il faut ressortir le dictionnaire socialiste.
    Donc C… croissance… voilà : croissance = dépenses publiques.
    Dis comme ça c’est beaucoup plus simple.

    Aristide

    20 mai 2012 at 20 h 40 min


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