Noix Vomique

Archive for juin 2012

Les valeurs de la République sont-elles solubles dans la victoire électorale?

Après le second tour des législatives, sitôt les bureaux de vote fermés, la rengaine du front républicain s’est brusquement tue. À partir du moment où ils étaient assurés d’avoir, avec leurs alliés, la majorité absolue à l’Assemblée nationale, les socialistes n’avaient en effet plus besoin de se gargariser avec les valeurs de la République. Pourtant, durant cette semaine d’entre-deux-tours, que n’a-t-on entendu! Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, répétait à l’envi que la droite avait « perdu ses valeurs« , voire que « la droite républicaine n’existe plus en France« . Le 14 juin, il convoque même l’histoire: « J’observe que maintenant l’UMP s’abrite derrière une sorte de ni-ni, comme s’il y avait une équivalence entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Le Parti communiste a ses qualités, il a ses défauts, c’est aussi le parti des fusillés, c’est le parti qui était là pendant la Résistance. Le Front national n’est pas toujours complètement clair sur certains épisodes de notre Histoire, et d’ailleurs sur certaines valeurs« . Dans une  tribune d’une rare indigence parue le 15 juin dans Le Monde, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, qui se présentait dans la 8ème circonscription des Bouches-du-Rhône, dénonce « la constitution d’une alliance populiste entre le FN et l’UMP » sur la base de « l’altérophobie » et conclut sans rire que « le clivage politique n’est plus gauche contre droite mais arc progressiste contre bloc populiste UMPFN« .

Ce discours, que la gauche a pris l’habitude de tenir entre les deux tours d’une élection, sert d’abord à intimider la droite, en brandissant l’épouvantail du fascisme, pour qu’aucune alliance ne soit passée avec le Front National. À chaque fois, comme si la République était menacée, les socialistes prennent l’initiative d’un « front républicain » qui leur permet de jouer les vertueux. Cette stratégie est payante, comme on avait pu le vérifier avec la victoire de la gauche plurielle en 1997: les triangulaires permettent aux socialistes de faire prospérer leur petit commerce.

Pierre Moscovici, en faisant allusion au rôle des communistes dans la résistance, cherchait également à flatter l’électorat de Jean-Luc Mélenchon. Il appelle l’histoire en renfort pour signifier que l’extrême-gauche n’a rien à voir avec l’extrême-droite. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon est-il vraiment plus républicain que Marine Le Pen? On sait que le leader du Front de Gauche, qui veut liquider la Vème République pour la remplacer par une nouvelle République «parlementaire, sociale et participative», se réfère volontiers à la Première République et n’hésite pas à citer l’article 35 de la constitution du 24 juin 1793: «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs». Dans le cadre d’une démocratie libérale, l’apologie de l’insurrection, contre la légitimité du gouvernement, est-elle acceptable? La Première République, qui a pour origine l’émeute du 10 août 1792 et les Massacres de septembre, fut d’ailleurs loin d’être démocratique: le Comité de Salut Public instaura une dictature, qui était à l’opposé des idéaux de 1789 et qui aboutit à la Terreur. N’est-il pas logique, finalement, que cette remise en question des valeurs de la démocratie libérale séduise aujourd’hui les communistes français, qui furent en leur temps d’authentiques staliniens?

Pierre Moscovici préfère taire les penchants totalitaires du Front de gauche: au contraire, il rappelle que les communistes ont participé à la résistance. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, François Hollande avait tenu à Limoges un discours similaire: il avait appelé à “un front républicain face à la tentation de l’extrême droite“ et avait vanté le rôle des communistes dans la Résistance: “Il y a une culture communiste et je voudrais lui rendre hommage“. Symétrie des arguments: au même moment, comme par hasard, la gauche se déchainait contre Nicolas Sarkozy et le comparait à Pétain.

L’Occupation est une période de l’histoire que les socialistes ont pris l’habitude d’instrumentaliser. Ils oublient volontiers que les communistes français, qui étaient opposés à la déclaration de guerre à l’Allemagne, ne commencèrent à résister qu’en juin 1941, après l’attaque de l’URSS par les nazis. Plus généralement, les socialistes entretiennent une vision de l’histoire où le rôle de la gauche est constamment magnifié. On se souvient de Lionel Jospin, alors premier ministre, qui expliquait d’un ton péremptoire en pleine séance de l’Assemblée nationale, que la gauche avait toujours été pour l’abolition de l’esclavage et dreyfusarde. Emporté par son élan, il n’avait reculé devant aucun anachronisme et avait ressucité Léon Gambetta pour qu’il puisse prendre la défense du pauvre capitaine Dreyfus. C’est comme ça: les socialistes ont une lecture manichéenne du passé: tels des Jdanov, ils prétendent appartenir au camp du bien, tandis que la droite incarnerait le camp du mal. À les entendre, seule la gauche aurait résisté à l’occupant nazi. Or, comme l’a démontré l’historien Simon Epstein, beaucoup d’hommes de gauche vont s’impliquer dans la collaboration, à l’image d’un Charles Spinasse, député SFIO de la Corrèze, ministre de l’Économie du Front populaire et ami de Léon Blum, qui collabore au nom du pacifisme. À l’inverse, des hommes, tels de La Rocque ou le Colonel Rémy, qui se situaient à l’extrême-droite dans les années trente, rejoignent la résistance parce qu’ils sont patriotes et qu’ils ne peuvent pas se résigner à collaborer avec l’ennemi allemand. La gauche n’a donc pas le monopole de la défense de la République: les leçons d’histoire qu’elle nous sert sont frelatées et, à force, bien indigestes.

Une semaine après le deuxième tour, on n’entend donc plus parler de la République et de ses valeurs. Ceux qui semblaient si préoccupés par la menace fasciste savourent aujourd’hui leur victoire et ont remisé le front républicain au placard. Ils ne dressent aucun bilan et préfèrent oublier que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, s’est imposée dans la 3e circonscription du Vaucluse grâce à une triangulaire provoquée par le maintien de la candidate socialiste. Ségolène Royal, battue par un candidat socialiste dissident dans la 1ère circonscription de Charente-Maritime, a certes essayé d’invoquer les valeurs républicaines: elle a parlé de « trahison » et a reproché à son adversaire d’avoir été élu avec les voix de l’UMP. Comme si un élu était responsable des idées de ses électeurs. Elle introduit ici l’idée d’une traçabilité des suffrages, qui permettrait d’apprécier la valeur d’une élection en distinguant les bonnes des mauvaises voix, un peu comme on sépare le bon grain de l’ivraie. Une traçabilité, comme il en existe une pour la viande bovine: cela ne nous renvoie-t-il pas, finalement, au Général De Gaulle qui disait que les Français étaient « des veaux« ?

Si l’on y réfléchit un instant, cette traçabilité pourrait d’ailleurs être fort embarrassante pour le Parti socialiste. Le Front national n’a-t-il pas clairement appelé à voter socialiste dans la 4ème circonscription de l’Essonne pour faire battre Nathalie Kosiuscko-Morizet? Enfin, Pierre Moscovici a été élu dans la 4ème circonscription du Doubs grâce à une triangulaire, et donc grâce au maintien du candidat frontiste: il a obtenu 49% des voix. Étrangement, le soir de son élection, sur France 2, il n’avait aucun mot pour les valeurs de la République. Olivier Ferrand, quant à lui, a été élu dimanche avec 40% des voix grâce à une triangulaire. Il devance son adversaire UMP de 318 voix et ne doit son élection qu’au maintien du candidat du FN. Pierre Moscovici et Olivier Ferrand sont deux donneurs de leçon qui ont l’indignation facile: auront-ils la délicatesse morale de renoncer à leur siège, puisqu’ils l’ont obtenu grâce au Front national?

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25 juin 2012 at 13 01 44 06446

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Cette année 2007 que l’on veut effacer par résignation

Juste un mot -en cette période d’examens et de corrections, je n’arrive pas à trouver le temps d’alimenter ce blog.

Une longue séquence électorale se termine, à l’issue de laquelle la gauche, qui a conquis la présidence et l’Assemblée nationale, se retrouve avec tous les pouvoirs. À droite, on devrait pouvoir souffler, enfin, et panser les blessures. Avec le temps, on pourra analyser sereinement cette longue séquence. Quand on considère le taux d’abstention, lors des élections législatives, on peut raisonnablement s’interroger: c’est sans enthousiasme que les Français ont donné une majorité au président de la République. Finalement, n’y aurait-il pas davantage de perdants que de gagnants? Or, parmi les grands perdants de 2012, on trouve  d’abord les héros de l’épopée présidentielle de 2007: Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou. Qu’on les apprécie ou pas, chacun, à sa façon, avait su susciter l’espoir. Aujourd’hui, les Français les ont rayés de la carte politique. Comme s’il fallait effacer cette année 2007 de nos mémoires. C’était avant la crise et cela semble si loin, maintenant. En faisant disparaître Sarkozy, Royal et Bayrou, on renonce en fait à la modernisation qu’ils avaient pu faire espérer en 2007: on ne veut plus y penser et on se résigne à la décrépitude. Maintenant, il ne reste que des socialistes. Partout. Les héros de 2012 et leur fausse modernité sauront-ils davantage survivre à l’épreuve du temps et de la désillusion?

Written by Noix Vomique

19 juin 2012 at 21 09 42 06426

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Géopolitique de la gesticulation

Mardi dernier, sur le plateau du vingt heures de France 2, surfant sur l’émotion suscitée par le massacre de Houla, en Syrie, François Hollande avait affirmé, non sans une certaine légèreté, qu’une intervention militaire en Syrie «[n’était] pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de sécurité» de l’ONU. Il avait ajouté que c’était à lui «de convaincre Russes et Chinois». Vendredi, le Président de la République recevait Vladimir Poutine et nous allions donc voir ce que nous allions voir. Au final, François Hollande n’a évidemment pas réussi à convaincre le président russe qu’il fallait intervenir en Syrie. On sentait Vladimir Poutine remonté: il se souvenait sans doute que Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole de François Hollande pendant la campagne présidentielle et aujourd’hui ministre, avait comparé en février dernier Nicolas Sarkozy à un “mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine, avec le vide idéologique de l’un et la brutalité des méthodes de l’autre”. Aussi, non seulement Poutine n’a pas changé d’opinion mais il s’est montré particulièrement cassant: «Regardez, l’Irak, la Libye, est-ce que c’est le bonheur, est-ce que ces pays sont en sécurité aujourd’hui? Nous savions tous que Kadhafi était un tyran. Mais pourquoi n’écrivez-vous pas ce qui s’est passé après sa chute, à Syrte notamment?». Hollande a accusé le coup et s’est contenté de conclure avec l’une de ces formules creuses dont il a le secret: pour lui, il n’y aurait «pas de solution possible sans le départ d’Assad». Imagine-t-on Roosevelt, en 1941, expliquer qu’il n’y a «pas de solution possible en Allemagne sans le départ d’Adolf Hitler»? N’est-il pas préférable, parfois, de se taire?

Par ailleurs, Sarkozy se serait ainsi fait rembarrer par Poutine, que n’aurait-on entendu! Mais les médias français, qui nous ont vendu le candidat Hollande, assurent désormais le service après-vente et, toujours à la limite de l’extase, ils n’ont rien trouvé à redire. Il nous restait donc à chercher des analyses crédibles dans la presse étrangère. Et là, surprise: c’est comme si Vladimir Poutine n’était jamais venu à Paris. On découvre à quel point les grands journaux européens ont tourné la page de la présidence Sarkozy: ils ne parlent plus de la France, dont la position était pourtant encore incontournable, il y a encore un mois, sur les questions européennes ou de politique internationale. Comme s’ils avaient déjà jugé François Hollande, des journaux européens comme The Guardian ou El País semblent l’avoir relégué dans les oubliettes de l’actualité. Ainsi, le quotidien espagnol El País, un journal de gauche qui avait toujours loué le volontarisme de Nicolas Sarkozy, n’a évoqué que la rencontre entre Vladimir Poutine et Angela Merkel. Dans le The Guardian, ce vendredi, on passait également la rencontre de Paris sous silence et on préférait insister sur la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis du régime de Bachar El-Assad. Il semble loin le temps où tous les regards étaient braqués sur la France, quand Nicolas Sarkozy, notamment, intervenait avec succès pour arrêter la riposte russe à une offensive géorgienne en Ossétie. De la libération des infirmières bulgares à la reconnaissance du Conseil National de Transition en Libye, Nicolas Sarkozy avait su renforcer l’influence de la France dans le monde et il avait ainsi montré qu’il avait l’envergure et les qualités d’un Chef d’État.

En quelques semaines, les médias étrangers ont compris que la politique extérieure de François Hollande n’était que gesticulation destinée à la politique intérieure. D’abord, lors du G8, à Camp David, François Hollande n’avait cessé d’invoquer la croissance comme si les autres chefs d’État n’y avaient jamais pensé auparavant. À l’issue du G8, François Hollande s’était même vanté d’avoir imposé la question de la croissance au coeur des discussions. En réalité, Barack Obama et Angela Merkel l’ont remis à sa place en lui rappelant que la recherche de la croissance passait nécessairement par la lutte contre les déficits. Ensuite, lors du sommet de l’OTAN, en annonçant le retrait des troupes françaises d’Afghanistan dès la fin de l’année 2012, il a nui à la crédibilité de la France. D’autant plus qu’il a finalement reculé: 1400 soldats français resteront en Afghanistan au-delà de 2012, pour assurer le rapatriement du matériel et poursuivre la formation de l’armée et de la police afghanes. Enfin, comme Pierre Lellouche l’expliquait ce dimanche dans une tribune parue dans le Journal Du Dimanche, l’évocation d’une intervention militaire en Syrie, fort imprudente, peut embarasser les alliés de la France car ils ont compris, eux, que cela pourrait entrainer un conflit multiconfessionnel.

On savait que François Hollande avait une méconnaissance totale des dossiers internationaux. Aujourd’hui, parce qu’il y a les législatives, il essaie de jouer les gros bras sur la scène internationale pour impressionner l’électorat de gauche. Mais ses gesticulations sont vaines. Et du coup, la voix de la France est en train de perdre son crédit. Sur le plateau du journal de David Pujadas, François Hollande peut répéter et répéter, comme pour s’en convaincre, que « la France est un grand pays« , il a l’air de s’en rendre compte un peu tard.

Written by Noix Vomique

4 juin 2012 at 8 08 30 06306

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