Noix Vomique

Rafle du Vél d’Hiv: les Français enfin rassemblés dans la culpabilité ?

Dimanche, lors de la commémoration de la rafle du Vél d’Hiv, François Hollande a déclaré que la rafle du 16 juillet 1942 était «un crime commis en France par la France». La France aurait alors accompli « l’irréparable« . N’est-il pas étonnant de voir ainsi le Président de la République évoquer la Shoah, condamner à la repentance la France toute entière, sans nuance, sans jamais mentionner l’occupant nazi? En découvrant le discours de François Hollande, on pourrait croire en effet que c’est la France qui a décidé et organisé l’anéantissement des Juifs en Europe pendant la seconde guerre mondiale.

À gauche, où l’on a l’habitude de manipuler l’histoire pour donner des leçons de morale et se donner bonne conscience, on a évidemment applaudi ce discours. Or la France, cette nation millénaire forte de sa culture et de son histoire, est-elle vraiment coupable de l’ignoble déportation à Auschwitz de 13152 Juifs parisiens, dont 4115 enfants?

Comment le Président de la République peut-il, en effet, oublier le rôle de l’occupant allemand dans cette tragédie? Pour faire plaisir à Angela Merkel? La rafle aurait-elle eu lieu si la France n’avait pas été occupée? Contrairement à ce que dit François Hollande, aucune directive de «l’administration de Vichy» n’est à l’origine de la rafle. En zone occupée, la déportation était organisée par les autorités allemandes, plus précisément les représentants d’Adolf Eichmann à Paris, avec la complicité de la police française. L’historienne Annette Wieviorka a réagi sur France Info et rappelé que la rafle fut faite sur ordre des nazis: « La France a mis son administration (…) et sa police au service des nazis, c’est la collaboration, mais la rafle est nazie« . Quant aux enfants séparés de leurs parents évoqués dans le discours du président de la République, l’historien Alain Michel précise que « la décision de déporter les enfants vient des Allemands et la séparation des parents et des enfants découle de leur besoin de faire partir les convois alors qu’ils n’ont pas encore l’autorisation de Berlin d’envoyer les enfants« .

Il n’est évidemment pas question ici de chercher à amoindrir la responsabilité de Vichy. Les collaborateurs sont des salauds, tout le monde est d’accord. On ne doit pas occulter l’attitude d’un René Bousquet qui passe des accords avec la Gestapo. Mais la gauche, persuadée qu’elle appartient au camp du bien, n’a jamais admis que beaucoup de collaborateurs venaient de la SFIO et avaient collaboré avec l’ennemi allemand au nom du pacifisme. Finalement, plutôt que l’admettre, n’est-il pas plus facile, comme le fait François Hollande, d’incriminer la France, c’est-à-dire l’ensemble des Français?

Étrange négationnisme: dans la vision de l’histoire que François Hollande nous inculque, c’est comme si le nazisme n’avait jamais existé. C’est également comme si De Gaulle et le gaullisme n’avaient jamais existé. Pour De Gaulle, les dirigeants français avaient déshonoré la France en 1940 en demandant l’armistice. Au même moment, les communistes français, fidèles au pacte germano-soviétique, accueillaient les soldats allemands à bras ouverts et s’empressaient de réclamer aux autorités allemandes l’autorisation de faire reparaître L’Humanité qui avait été interdit par le gouvernement français en 1939.

À Londres, De Gaulle ne cesse de répéter qu’il est la France. Il s’inscrit dans la continuité de la République, comme il l’explique à Bidault, le président du CNR: « La République n’a jamais cessé d’être. La France libre, la France combattante, le Comité français de libération nationale, l’ont tour à tour incarnée. Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. » Et en effet, le régime de Vichy, issu d’un véritable coup d’État le 10 juillet 1940, n’a que peu de légitimité et très peu d’États continuent à entretenir avec lui des relations diplomatiques: en 1943, hormis les autres pays occupés par les allemands, il ne reste que l’Argentine, le Japon, la Thaïlande, l’Iran et la Turquie. À l’inverse, l’URSS et tous les régimes réfugiés à Londres (Belgique, Pays-Bas, Norvège, Pologne et Tchécoslovaquie) ont reconnu De Gaulle. Quand il était président, François Mitterrand a également défendu l’idée que Vichy ne représentait pas la France, à la seule différence qu’il a été, lui, décoré de la francisque pendant cet intervalle durant lequel la République était suspendue. Aujourd’hui, Normal 1er renie à la fois De Gaulle et Mitterrand.

Si l’État français et son administration ont participé à l’exécution de la Solution finale, les Français n’étaient pas pour autant tous impliqués ni solidaires et il est nécessaire de distinguer plus fermement l’État et la société, comme l’a souligné René Rémond [1]: « les médias n’ont pas toujours fait la distinction et ont parfois conclu de l’implication du régime de Vichy à la culpabilité de la société française, en omettant de dire que, si la France est le pays où la proportion de Juifs qui ont survécu à la persécution a été la plus élevée, c’est bien parce que les Français n’ont pas suivi le gouvernement de l’époque« . Ce n’est pas le procès de la France que l’on doit faire mais celui d’un régime. Mais voilà: à en croire nos repentants de gauche, la France serait une odieuse criminelle et l’action de la Résistance serait finalement négligeable. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce sont les mêmes champions de la repentance qui subliment le rôle des troupes coloniales dans la libération.

Au final, le discours de François Hollande est  médiocre et navrant. Et quand le président évoque la tuerie de Toulouse, on se pince, tellement c’est déplacé: pour un peu, il nous dirait que Mohamed Merah, comme Vichy, c’est la France. Le conseiller de l’Élysée Aquilino Morelle, qui a écrit ce discours, a semble-t-il été plus inspiré au moment de placer son épouse à la tête du cabinet d’Aurélie Filippetti: qu’il révise son histoire avant de nous donner des leçons.

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[1] René RÉMOND. Quand l’État se mêle de l’histoire, Paris, Stock, 2006, 109 pages.

Written by Noix Vomique

27 juillet 2012 à 14 h 33 min

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4 Réponses

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  1. « Le conseiller de l’Élysée Aquilino Morelle, qui a écrit ce discours, a semble-t-il été plus inspiré au moment de placer son épouse à la tête du cabinet d’Aurélie Filippetti: qu’il révise son histoire avant de nous donner des leçons. »

    Mais c’est ce qu’il fait, il révise l’histoire. C’est un révisionniste, l’inverse de Faurisson certes, mais révisionniste quand même. Ce discours se situe dans la continuité de ce qui a été fait ou dit par Hollande et son toutou, J.M. Ayrault. Il s’emploie à démolir ce qui a été construit par ses prédécesseurs. Il faut défaire ce que Sarkozy à fait, ce sont d’ailleurs les seules réalisations de ce gouvernement en presque 100 jours. Il faut se démarquer de Mitterrand qui continuait la ligne gaullienne et qui fut décoré de la francisque. Devant tant de « nauséabondance » il fallait bien plier quelque peu l’histoire aux fantasmes de ces résistants en peau de lapin. Car, il ne faut pas en douter, si la France avait été socialiste en 1940, elle aurait gagné la guerre ou à défaut aurait souvé tous les juifs.

    koltchak91120

    28 juillet 2012 at 6 h 42 min

    • Hahaha! Bien vu, Koltchak! À force de répéter à mes élèves qu’il faut réviser, j’en viens à oublier que ce mot a une seconde acception! Merci pour le commentaire.

      Noix Vomique

      30 juillet 2012 at 14 h 59 min

  2. Finalement, vous nous auriez écrit « les policiers (qui par hasard étaient français) ne l’ont pas fait exprès » on aurait compris ou vous vouliez en venir…

    Collier DeBarbe

    29 juillet 2012 at 13 h 57 min

  3. “les policiers (qui par hasard étaient français) ne l’ont pas fait exprès”

    Eh bien, dites-moi, vous avez une curieuse façon d’interpréter ce que vous lisez! Vous me faites un procès d’intention car ce n’est pas exactement là que je voulais en venir: je n’avais aucune intention, en effet, de contester la reponsabilité des policiers français dans l’arrestation et la déportation des juifs.

    En revanche, ce que que trouve abusif dans le discours de François Hollande, c’est d’incriminer la France, comme si Pétain était la seule France, et cela, sans évoquer le contexte déterminant de l’occupation allemande.

    Cela fait maintenant 40 ans que l’excellent bouquin de Paxton a apporté la preuve indiscutable de la complicité de Vichy. Comme le dit René Rémond dans le petit bouquin que je cite, ce n’est pas le procès des Français que l’on doit faire mais celui d’un régime: à cet égard, le discours de Chirac en 1995 était plus pertinent que celui de François Hollande.

    Noix Vomique

    30 juillet 2012 at 15 h 47 min


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