Noix Vomique

Le fascisme, vieille obsession du Nouvel Obs

Le Nouvel Obs vient de publier, avec la participation de France Culture, un dossier intitulé « Les nouveaux fachos et leurs amis« . Rien de très original: visiblement, pour le Nouvel Obs, qui est en fait un vieil obsédé, la peste brune est en train de devenir un marronnier. D’un côté, on se fait peur avec toujours les mêmes vieux concepts et, de l’autre, on joue au valeureux justicier qui débusque les méchants nazis.

Au Nouvel Obs, mais plus généralement à gauche, les pourfendeurs du fascisme semblent vivre dans le passé, pour ne pas dire dans leur bulle, et s’accrochent à des expériences historiques datées, sans peur de l’anachronisme, incapables de voir que le monde a changé, comme si l’histoire ne demandait qu’à bégayer. Comme s’il existait une menace fasciste, comme si on allait rejouer la tragédie des années trente et quarante.

Car, ça veut dire quoi, aujourd’hui, facho?

Les journalistes et les intellectuels que le Nouvel Obs montre du doigt ont-ils une quelconque nostalgie du fascisme? Sont-ils bellicistes? Négationnistes?

Conseillons aux résistants d’opérette du Nouvel Obs la lecture de l’excellent bouquin de Pascal Ory, Du fascisme. Qu’on le veuille ou non, le fascisme, rejeton de la première guerre mondiale, est mort avec la défaite militaire de 1945. Certes, cette aventure, qui a modelé l’histoire de son temps, avec ces deux paroxysmes de violence que sont la seconde guerre mondiale et la Shoah, a laissé des nostalgies, qui ont pu se manifester après un certain temps de latence. Mais ces résurgences, souvent confidentielles, n’offrent que des figures incomplètes par rapport au modèle initial. De plus, elles n’ont pas d’avenir car elles sont indissociables de l’échec historique de 1945. Le fascisme est en effet une impasse: comme la République cromwellienne ou la Commune de Paris, qui ont également échoué, son héritage politique est modeste. Il ne lui reste plus finalement qu’à être un symbole. Un symbole souvent utilisé comme un épouvantail.

Pour dénoncer ces représentants du néo-fascisme, le Nouvel Obs a reproduit l’esthétique de l’Affiche rouge. Étrangement, il assimile ainsi les néo-fachos aux membres du groupe Manouchian, condamnés à mort et fusillés le 21 février 1944. Quand on examine cette affiche rouge, il apparaît que la propagande nazie qui l’a produite insistait sur l’origine des résistants du réseau Manouchian, présentés comme des criminels: ils étaient en effet juifs polonais ou hongrois, espagnols, italiens ou encore arméniens. L’affiche rouge suscite la sympathie pour les victimes de la barbarie nazie: en s’en inspirant aujourd’hui, le Nouvel obs ne se met-il pas dans le rôle de celui qui stigmatise?

Par ailleurs, dans le dossier du Nouvel Obs, l’impayable sociologue Gisèle Sapiro n’hésite pas, du haut de son statut d’universitaire, à comparer les intellectuels réactionnaires d’aujourd’hui aux fascistes et aux nazis des années trente. Sous-entendu: l’islamophobie d’aujourd’hui correspond à l’antisémitisme d’hier. On nage en plein anachronisme: la comparaison avec les années trente est en effet une imposture. De la même façon, comme l’a très bien souligné Woland, les musulmans d’aujourd’hui ne sont pas dans la situation des juifs d’hier. Enfin, il conviendrait de préciser que le fascisme n’est pas une réaction. Bien au contraire: tout comme les bien-pensants du Nouvel Obs, il prend la modernité à bras le corps dans l’espoir de construire un homme nouveau. En revanche, en Espagne, Franco, attaché aux traditions, n’était pas fasciste mais réactionnaire. Ça change tout.

Confusions, clichés, anachronisme: le dossier du Nouvel Obs est aussi pontifiant que pitoyable. Nos épurateurs de supermarché n’ont pas compris que le fascisme qu’ils dénoncent appartient au passé. S’il renaît, ce sera sous d’autres noms, avec d’autres visages. Comme le souligne Pascal Ory, il est déjà réapparu ailleurs: ce sont l’Iran khomeinyste ou l’Afghanistan des Talibans, où la religion a pris la place de la nation comme critère d’identification communautaire. Les totalitarismes du vingt-et-unième siècle seront forcément différents, déjà parce que le devoir de mémoire existe mais surtout parce que le monde a changé. Il prendra donc des visages que ceux qui voient aujourd’hui le fascisme partout ne soupçonnent même pas.

Written by Noix Vomique

27 septembre 2012 à 11 h 40 min

Publié dans Uncategorized

Une Réponse

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  1. Il est amusant de constater que les pourfendeurs des supposés néo-fascistes professent un amour immodéré pour les pays arabes, en général, et pour la Palestine en particulier. Or ce sont ces pays qui ont offert un havre aux nazis en fuite, s’en sont servis pour former leurs services secrets, polices politiques, cadres des armées, etc. Quant à la Palestine, c’est très certainement le pays où Mein Kampf fait partie des succès de librairie… avec la Turquie. Certains arabes se sont même exprimés sur leur admiration du nazisme, tel Sami al-Joundi, un des fondateurs du parti Baath : « Nous étions racistes. Nous admirions les nazis. Nous étions immergés dans la littérature nazie et ses livres… Nous fûmes les premiers à penser à faire une traduction de Mein Kampf. Toute personne vivant à Damas, à cette période, fut témoin de cette inclination arabe pour le nazisme. »

    En fait, ce n’est pas amusant, c’est désespérant.

    koltchak91120

    27 septembre 2012 at 22 h 29 min


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