Noix Vomique

Le mariage homosexuel est un non-sens

Le projet de mariage homosexuel semble avoir renforcé le clivage entre ceux qui se prétendent modernes et ceux qui veulent résister à tout processus d’acculturation. Qui se souvient que Hollande et sa clique de bras cassés reprochaient au président précédent d’être clivant et de diviser les Français? C’était au moment du débat sur l’identité nationale: pourtant, ce débat n’intéressait personne, à l’exception notable des seuls gauchistes, chez qui il avait suscité des passions finalement prévisibles. Le mariage homosexuel est un sujet autrement plus sensible parce qu’il touche à l’une des structures fondamentales de notre société, et il divise bien au-delà du simple clivage gauche-droite: à gauche aussi, on affiche son opposition, comme Georgina Dufoix qui regrette que « François Hollande supprime les mots père et mère du 
droit civil français et des codes qui régissent la famille« . En transformant le mariage, le gouvernement va en effet modifier l’idée même de la famille. Or, l’anthropologie, qui s’intéressent aux liens de parenté, parce qu’ils conditionnent l’organisation sociale, nous a montré combien la famille est une institution importante: elle détermine des droits et des statuts, régit la transmission des biens, assure une partie de la socialisation des individus et contribue ainsi largement à la reproduction de l’ordre social.

Une discussion à ce sujet avec des collègues, à la cantine du lycée, m’a laissé un goût amer. Au milieu de toutes ces belles âmes éprises de modernité et de progrès, seul à défendre mon point de vue, je sentais bien qu’on me prenait pour un abominable rétrograde. Un réac. Pire: un homophobe. Pour un peu, je me serais senti coupable. Je n’ai pourtant tenu aucun propos déplacé à l’égard des homosexuels: contrairement à Najat Vallaud-Belkacem, je ne suis pas obsédé par les pratiques sexuelles des autres. C’est sans doute mon côté libéral, ça: chacun peut bien tringler qui il veut, du moment que cela reste une affaire privée. Loin de moi l’idée de vouloir discriminer qui que ce soit: je ne suis pas musulman et n’ai jamais souhaité la pendaison pour les homosexuels.

Lorsqu’on écoute Najat Vallaud-Belkacem, les moeurs sexuelles semblent être devenues un critère d’identité et une façon d’obtenir un statut. Ainsi, reléguant l’identité nationale dans les oubliettes du quinquennat précédent, l’enculage ou le bouffage de cramouille, qui ne devraient pourtant relever que de la sphère privée, sont devenus des enjeux de société. Car bizarrement, les préoccupations dites sociétales prennent le pas sur les préoccupations sociales. C’est le résultat du clientélisme de nos politiques qui, en tenant un discours différent à chaque fraction de la population, sont en train d’atomiser la nation. N’est-il pas préoccupant de voir le gouvernement sacrifier l’intérêt général pour satisfaire les intérêts égoïstes de lobbies extrémistes? On s’éloigne ici de la notion de démocratie héritée des Lumières et de la conception de Rousseau, selon laquelle la société est une communauté d’individus qui œuvrent tous ensemble pour le bien commun: l’autorité d’un gouvernement repose sur la conception partagée du bien commun. Or, comme Aristide l’a expliqué sur son excellent blog, le mariage ne sert-il pas le bien commun?

Mais le bien commun est aujourd’hui sacrifié par les modernes sur l’autel de l’égalité et de la lutte contre les discriminations. Pourtant, aligner les droits des homosexuels sur ceux des hétérosexuels, c’est comme si les joueurs de football, au nom de l’égalité, revendiquaient le droit d’utiliser les mêmes règles que les joueurs de rugby.

Contrairement à ce que les gauchistes veulent nous faire croire, le mariage pour tous, on admire au passage l’euphémisme, n’est pas un progrès en matière de lutte contre les discriminations. Le mariage n’a jamais été discriminatoire à l’égard des homosexuels car il a été créé pour unir deux personnes de sexe opposé, dans le but de reproduire un modèle familial. Ainsi, on n’a jamais interdit aux homosexuels de se marier: ils peuvent bien entendu se marier, mais avec une personne du sexe opposé. Sur son blog, Philarête, toujours excellent, apporte un éclairage philosophique: l’instituion du mariage repose sur une règle «constitutive» qui veut qu’on épouse une personne de l’autre sexe. Si on modifie la règle constitutive du mariage, c’est le mariage lui-même que l’on détruit et l’on invente une nouvelle institution.

Ceci dit, les obsédés de l’égalité, qui voient de la discrimination partout, ne peuvent pas comprendre que le mariage a été créé pour les hétéros, pour reproduire un modèle familial, et qu’il n’y avait aucune intention de discriminer les homosexuels. À l’époque, d’ailleurs, on ne parlait pas d’homosexuels: l’homosexualité était juste une pratique honteuse et taboue, du même ordre que la branlette.

Dans toutes les sociétés humaines, et la littérature anthropologique est suffisammment riche à ce sujet, le mariage unit des personnes opposées parce qu’il a pour objectif, à travers la fondation d’une famille, la reproduction du groupe. Le mariage, indissociable de la complémentarité des sexes, est donc dicté par la nature. Dans ces conditions, n’est-il pas étonnant de voir les écologistes, qui défendent le mariage homosexuel, manquer autant de respect à la nature? Dans son blog, Koltchak avait très bien montré à quel point les progressistes ont horreur de l’ordre naturel des choses.

Le mariage homosexuel induit la question de l’homoparentalité, c’est-à-dire de l’adoption et de la filiation, et là est le vrai problème: dans ce domaine, comme Corto l’a dit sur son blog, le projet du gouvernement est terriblement aventureux. On nous parle de « droit à l’enfant » pour les couples homosexuels. Or ce droit n’existe pas: un enfant n’est pas un objet et le désir d’avoir un enfant, que l’on soit hétéro ou homo, n’entraine aucun droit. Parler de « droit à l’enfant » ne revient-il pas à faire de l’enfant un objet de consommation? On le voit: le sujet est bien plus vaste que la simple union entre deux personnes du même sexe. Tous les anthropologues savent que les règles de parenté constituent le fondement de la culture humaine. Le fait qu’elles deviennent n’importe quoi, que tout le monde se marie avec tout le monde et adopte tout le monde, au nom de l’égalité, est évidemment suicidaire. À partir du moment où les gauchistes nous parlent de « mariage pour tous » et qu’ils sont dans la logique du « et pourquoi pas« , on ne voit plus pourquoi le mariage ne s’étendrait pas aux frères et soeurs, etc.

Tels des Talibans qui, au nom de la religion d’amour, dynamitent des statues millénaires de Bouddha, le moderne fait table rase du passé. Il veut créer un homme nouveau et  rejoint ainsi les motivations et le mode de fonctionnement des régimes totalitaires du vingtième siècle, que ce soient le fascisme et sa variante nazie ou encore le communisme. Du coup, avec les modernes, il n’y a pas de débat possible. Ou alors, comme Aliocha le fait remarquer sur son blog, le débat n’est possible que si tout le monde est d’accord sur les vertus du mariage homosexuel. Les gauchistes confondent les opposants avec des catholiques-intégristes-fachos-homophobes, encouragés en cela par le gouvernement, qui cherche délibérément à réduire l’opposition à des catholiques arriérés et intégristes. C’est tellement commode. Alors que le mariage homosexuel, par ce qu’il implique, intéresse bien évidemment toutes les religions. Ce n’est pas pour rien que les juifs, les musulmans, les protestants s’y opposent. On lira à ce sujet le texte de Gilles Boucomont, qui est pasteur de l’Eglise Réformée de France, en poste dans la paroisse du Marais à Paris. Mais on préfère caricaturer les opposants à l’extrême. C’est comme cela que l’on renforce les clivages. C’est comme cela que l’on fait passer les manifestants de dimanche pour des homophobes. Alors que leur opposition n’a rien à voir avec l’homophobie. Ceux qui s’opposent au projet du gouvernement défendent juste leur culture et la conception de l’humain et de la vie qu’elle véhicule: ils ont compris que le mariage homosexuel était un non-sens.

Written by Noix Vomique

12 janvier 2013 à 14 h 13 min

Publié dans Uncategorized

3 Réponses

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  1. Excellent !
    Cette manifestation va bien plus loin que le « pour ou contre le mariage gay », plus loin que la défense de la famille traditionnelle qui a déjà éclaté depuis belle lurette, avec les conséquences que l’on sait sur les enfants, sur les vieillards, aux deux bouts de la chaÎne.
    C’est la mobilisation contre Sarkollande pour qui la politique consiste à baisser son froc devant les puissances étrangères qui favorisent notre envahissement.
    En outre, si j’étais gay, j’en voudrais beaucoup au lobby supposé me représenter ! J’hésiterais avant d’apposer mon nom à côté de la personne du même sexe que j’épouserais ! Parce qu’en cas de succès des islamistes dans leur volonté d’imposer à terme (ou bientôt) la charia chez nous, ça chauffera pour eux.
    Donc il n’est pas urgent de se marier, quand on est gay. Ca pue le piège du listing…
    Cette manifestation n’est pas sociétale. Elle est bel et bien politique, rassemblement contre le pouvoir qui nous prend pour des benêts et qui nous vend au plus offrant.

    carine005

    13 janvier 2013 at 9 h 50 min

  2. […] Je vais juste copier mon commentaire chez l’excellent Noix Vomique: […]

  3. Mon cher Noix,

    Vous permettez que je vous appelle Noix ? Vous avez mille fois raison, ces gens participent d’une forme de totalitarisme. Vous évoquez le fascisme, le nazisme et le communisme, mais chemin faisant, vous avez oublié de citer la matrice qui a accouché de ces horreurs : la révolution dite française.

    Pour tous ceux qui en douteraient, je me permets de citer un extrait de mon billet mis en lien :
    « L’histoire de notre malheureux pays a déjà connu semblable épisode. « Il faut en quelque sorte recréer le peuple qu’on veut rendre à la liberté », proclamait Billaud-Varennes. « L’entreprise est sublime, car elle vise à accomplir le destin de l’humanité, à tenir les promesses de l’humanité« , ajouta Robespierre. « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière » termina Carrier. »

    On pourrait aussi énoncer les tentatives, pas toujours couronnées de succès, de ces « héros » républicains pour zigouiller tous ceux qui étaient réputés ne pas penser comme eux : la guerre d’extermination de Vendée planifiée dans les moindre de ses horreurs par le Comité de Salut Public dont une ordure blogueuse a cru bon de se servir de ce nom pour intituler son déversoir à immondices. Les républicains ont fait appel à des chimistes pour tester la possibilité de créer des gazs de combat. Fort heureusement, la technologie de l’époque ne le permettait pas. Ils se sont lancés dans des massacres de masse avec la volonté d’éradiquer la race vendéenne, pour reprendre leurs termes. On a donc massacrés hommes, femmes, enfants, nourrissons, vieillards, le tout sans pitié et avec des raffinements de cruauté que l’on retrouve dans les récits des horreurs bolchéviques ou nazies. Y compris dans la récupération de peaux humaines pour les tanner et en faire des pantalons ou des bottes, prisés tout particulièrement par Saint-Just (entre autres).

    Autre horreur née de la révolution : le nationalisme et sa corollaire : la guerre totale. Les autres nations européennes étant des monarchies, leurs peuples étaient donc considérés comme non pas ennemis (après tout, un ennemi vaincu peut devenir un allié) mais au même titre que leurs armées, des individus à battre. De fait, le comportement des armées révolutionnaires, puis napoléoniennes ce qui revient au même, dépassa en horreur ce que les armées du bon Louis XIV commirent lors du sac du Palatinat. Les espagnols en gardent un cuisant souvenir.

    Il est donc normal que la rhétorique de ces crétins moderne soit binaire. Tout ce qui n’est pas avec eux, est contre eux et doit être diabolisé et déshumanisé. Autre trouvaille née du cerveau fertile des républicains qui fut reprise et peaufinée par les bolchos et les nazis.

    Bref, les plus belles réalisations de cette soi-disant révolution ont consisté à tuer toute pensée autre que binaire. Sous couvert de liberté, d’égalité et d’humanisme. Mais n’est-ce pas au nom de cela que les pires saloperies ont été commises ? Partant de là, quoi de plus normal que de les voir chercher à salir une religion qui depuis 2000 ans s’est évertuée à mettre en avant le libre-arbitre et la primauté de la conscience sur la volonté de l’Etat ? Quant à la laïcité, il serait plus judicieux concernant notre république de parler de laïcardisme, elle n’a été créée que dans le but d’imposer une religion séculière destinée à effacer toutes les autres du débat public.

    Nous assistons à un avatar des guerres de religions. A ceci près que la religion d’Etat nie toutes les réalisations du christianisme qui avait fait de nos sociétés païennes des sociétés policées vivables. Nous assistons à travers les mesures proposées (mariage gay, euthanasie,…) à la renaissance d’un paganisme qui nie depuis la nuit des temps la valeur de la vie. Rien d’étonnant à ce que leurs alliés naturels soient les mahométans qui partagent ce même tropisme.

    koltchak91120

    13 janvier 2013 at 23 h 50 min


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