Noix Vomique

Archive for avril 2013

Inversion des rôles: une manif de gauche avec des gens de droite ?

«La droite s’allie avec les franges les plus radicales pour créer un climat de tension», a déclaré le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. Pour Pierre Moscovici, «la violence est attisée par la droite». À gauche, on essaie de faire diversion comme on peut. Pour faire oublier l’affaire Cahuzac, on utilise les vieilles ficelles et on accuse la droite d’être fasciste. Quelle ingratitude: le texte sur le mariage gay a pourtant été adopté au Sénat in extremis, par 6 voix d’écart, grâce à des élus de l’UMP: 3 sénateurs UMP ont voté pour et 4 se sont abstenu! La gauche, qui a ainsi évité le bide, manque singulièrement de reconnaissance. Peu importe: les manifestants qui s’opposent au mariage gay n’ont que faire de ces pantalonnades politiciennes. Leur mouvement n’a pas faibli, au contraire: il semble se renforcer. Et la gauche, qui avait d’abord ironisé, comme si elle avait le monopole de la révolution, a abandonné les sarcasmes pour les cris de vierge effarouchée. Les gauchistes, pourtant toujours prompts à dénoncer les amalgames, n’hésitent pas à réduire l’ensemble des manifestants à des extrémistes. C’est si commode. On ne veut pas voir que, pour la première fois, la majorité silencieuse descend dans la rue pour se faire entendre. Sans brûler de voitures, sans briser de vitrines. La gauche préfère crier au loup homophobe. Et se réjouit que les forces de l’ordre interviennent, parfois avec une violence disproportionnée. C’est comme si on avait une inversion des rôles, comme l’explique le toujours excellent Daoud Boughezala dans un papier publié aujourd’hui chez Causeur:

Mercredi soir, aux abords des Invalides, le monde renversé se dressait devant nous. Un monde où l’ancien ministre des comptes publics fraude le fisc, où les « socialistes » au pouvoir individualisent contrats de travail et de mariage. Un monde où les rappels à l’ordre se parent des oripeaux de la liberté et où la « lutte contre l’homophobie » justifie toutes les répressions policières. Au milieu du très huppé 7e arrondissement, des milliers d’anonymes, sans vestes en tweed ni députés UMP à leurs basques, sifflaient sous les fenêtres du ministère de la défense comme de vulgaires anarchistes. Alentour, les rues étaient quadrillées par une bonne cinquantaine de fourgons de police et des CRS suréquipés, protégeant les nombreux bâtiments officiels du quartier, prêts à dégainer matraques et sprays lacrymogènes à la fin de la manif légale. Les manifestants ne scandaient aucun slogan homophobe ou raciste, n’en déplaise à leurs détracteurs qui n’ont pas mis le moindre pouce sur place. […]

Scandale suprême, une bonne moitié de Français, hostiles à la loi Taubira, court toujours malgré l’acharnement des vertueux à leur faire entendre raison. Sur le terrain, cette quête de pureté permet de confier la répression des méchants factieux à deux groupes rivaux : les CRS et les antifas. Les premiers appliquent les ordres avec plus ou moins de gaieté de cœur. Les seconds occupent la fonction que leur a assignée la social-démocratie. Idiots utiles d’un système qu’ils prétendent combattre, les antifascistes labellisés font le coup de poing contre ce qu’il reste de France conservatrice, enracinée, instinctivement réfractaire aux illusions du progrès, toute droitière qu’elle soit. Sur la pelouse des invalides, armé de sa banderole « L’homophobie tue », l’antifa se fait l’auxiliaire du flic en ratonnant à tout va, tel le premier facho venu. […]

La suite du papier est ici. Quant à la suite des événements, nul ne peut la prédire. François Hollande semble vouloir s’obstiner à donner satisfaction au lobby gay: il a oublié ce qu’il disait en 2006 quand il demandait à Dominique de Villepin d’écouter la rue et de retirer le CPE: « Il suffirait d’un mot, un seul, que le pouvoir hésite à prononcer: l’abrogation. C’est un gros mot pour la droite. Mais quand on a fait une erreur, il faut savoir l’effacer« . Aujourd’hui, c’est lui qui est au pouvoir et la droite, qui ne se reconnaît d’ailleurs pas forcément dans les guignols de l’UMP, qui est dans la rue. Or, ces centaines de milliers de manifestants sont en train de mettre en évidence le fait que François Hollande fut mal élu, non pas sur un programme mais uniquement par simple rejet de Nicolas Sarkozy.

Written by Noix Vomique

19 avril 2013 at 17 05 03 04034

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Carrefour du délitement

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Qui se souvient de l’intervention télévisée de François Hollande, le jeudi 28 mars? Les aveux de Jérôme Cahuzac l’ont reléguée dans les oubliettes de l’actualité. Pourtant, cette interview a montré à quel point le président de la République était éloigné des réalités. La France compte chaque jour 1000 chômeurs de plus? La dette atteindra bientôt les 2000 milliards d’euro? Le pouvoir d’achat des ménages a reculé de 0,8% au dernier trimestre 2012? François Hollande endosse la salopette de Monsieur Bricolage et exhibe sa « boîte à outils ». Ne croirait-on pas la caricature d’un Louis XVI, trop occupé à bricoler des serrures, qui n’entend pas la révolte gronder?

Ce soir là, non seulement François Hollande n’avait rien à dire mais il n’a pas compris qu’il s’était passé quelque chose à Paris le 24 mars. La Manif pour tous fut un véritable succès. Le Ministère de l’Intérieur avait prévu 100.000 participants, ils furent sans doute dix fois plus. Le manque de discernement du Ministère de l’Intérieur était-il délibéré, dans l’espoir de débordements, pour crier à la menace fasciste et nous faire le coup du 6 février 1934? Manuel Valls a beau parler de « militants d’extrême droite qui ont jeté des boulons« , les coups de matraques et les jets de gaz lacrymogènes n’étaient sans doute pas nécessaires. Et quand Julien Dray dénonce l’opposition qui se radicalise et qui « conteste désormais ouvertement la légitimité du gouvernement« , on sourit au souvenir de cette gauche qui contestait la légitimité d’Alain Juppé, quelques mois après l’élection présidentielle de 1995: les syndicats avaient alors paralysé la France pendant trois semaines, jusqu’à ce que la réforme des régimes spéciaux de retraite des cheminots soit annulée. On se remémore également François Hollande, en 2006, qui explique à Dominique de Villepin qu’il ne sert à rien d’attendre la prochaine manifestation quand il y a des milliers et des milliers de citoyens dans la rue et qu’il faut « entendre le message de la raison en retirant le CPE« .

Or, président de la République, François Hollande ne veut pas entendre le message de ceux qui ont manifesté contre le mariage homosexuel. Ces Français-là, ils sont juste bons à payer des impôts et à se taire. D’ailleurs, le Conseil économique, social et environnemental n’a-t-il pas hésité à jeter aux ordures les 700.000 signatures de la pétition pour un référendum? Il y a les Français que l’on méprise et ceux, comme les porte-paroles du lobby gay, que l’on reçoit avec tous les honneurs dans le salon Doré de l’Élysée. Qu’on ne s’étonne pas ensuite que les Français, désireux d’être entendus, s’invitent un jour à l’Élysée.

D’ailleurs, à gauche, en visionnant les images de la Manif pour tous, on se chie dessus en imaginant un coup d’État et en voyant une dizaine d’imbéciles faire le salut nazi. Et les gauchistes, qui pourtant n’aiment pas l’amalgame, n’hésitent pas à réduire un million de manifestants à ces dizaines d’excités. L’occasion de crier, dans un réflexe pavlovien, au fascisme. On oublie que le fascisme, lié au contexte historique de l’entre-deux-guerres, est mort avec la défaite de 1945. Aujourd’hui, s’il existe une menace totalitaire, elle sera fort différente: pas de moustachu, pas de croix gammée, pas de bras levés. L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Les nouveaux totalitarismes risquent cependant d’avoir quelque chose en commun avec les anciens: cette certitude d’incarner le progrès, d’être modernes, et de façonner un homme nouveau.

Julien Dray a raison d’évoquer la légitimité du gouvernement. Car elle risque d’être de plus en plus contestée. Après dix mois de gouvernement, le président de la République bat des records d’impopularité. En fait, c’est comme si le mirage de la campagne présidentielle s’était dissipé: François Hollande n’est-il pas finalement devenu président de la République par hasard? La véritable primaire socialiste ne s’est-elle pas joué dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York? Les Français étaient prêts à voter pour n’importe qui, Dominique Strauss-Kahn ou François Hollande, du moment qu’ils se débarrassaient de Nicolas Sarkozy. C’est là qu’on découvre que Nafissatou Diallo a pesé de tout son poids sur la démocratie et sur le destin politique de la France. Aujourd’hui, François Hollande paie ce manque d’engouement autour de sa candidature. Il paie aussi les mensonges de la campagne présidentielle. Enfin, il paie les conséquences de l’antisarkozysme qui, savamment entretenu pendant des années, a contribué à dévaloriser durablement la fonction présidentielle. On ne s’étonnera donc pas que les Français manquent de respect à l’égard du Président de la République, comme on a pu le voir récemment lors d’un déplacement raté à Dijon.

C’est dans ce contexte que l’affaire Cahuzac a éclaté. Après quatre mois passés à nier « les yeux dans les yeux » , le ministre du Budget a  avoué qu’il avait un compte caché d’environ 600.000 euros depuis une vingtaine d’années en Suisse puis à Singapour. Il a été mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale. Au même moment, Le Monde révèle que Jean-Jacques Augier, ex-trésorier de François Hollande pendant la campagne présidentielle, issu de la fameuse promotion Voltaire de l’ENA, «est actionnaire de deux sociétés offshore dans les îles Caïmans, par le biais de son holding financier Eurane». On découvre soudainement l’hypocrisie de cette gauche qui a l’habitude d’opposer les riches aux pauvres et qui donne des leçons de morale au monde entier. Aussitôt, la gauche surjoue l’indignation, dans un climat extrêmement malsain de suspicion généralisée. On se demande si le Président de la République savait. Question idiote: croyez-vous franchement que le Président sache quelque chose? DSK, Guérini, Cahuzac: François Hollande ne sait jamais rien. On murmure même qu’il ne connaît pas le nom de ses ministres.

Alors, elle est où, la « République exemplaire » de François Hollande? Les socialistes nous expliquent que l’affaire Cahuzac va leur permettre de lutter contre la fraude fiscale. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, propose sans rire un référendum sur la moralisation de la vie politique. Harlem Désir, qui fut condamné en 1998 à 18 mois de prison avec sursis et 30.000 francs d’amende pour recel d’abus de bien sociaux: il était accusé d’avoir bénéficié d’un emploi fictif et d’avoir perçu illégalement  202.560 francs (30.880 euros) en 1986 et 1987. Le cynisme, à ce point, ça craint.

Bref, tout cela ressemble au délitement démocratique annoncé par Maurras. On est à la croisée des chemins et il est permis de se demander si l’élection de François Hollande à la présidence de la République n’est pas le symptôme d’un régime à bout de souffle. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, plus virulent que jamais, n’a-t-il pas lancé un appel à manifester le 5 mai pour une «VIe République»? Avec les mots violents de celui qui sait qu’il n’arrivera jamais à conquérir le pouvoir par le jeu des élections: Mélenchon veut en effet un «grand coup de balai […] pour purifier cette atmosphère politique absolument insupportable». Monsieur Bricolage serait bien inspiré de lever le nez de sa boîte à outils: il verra qu’il se passe enfin quelque chose en France. Et que le printemps risque d’être chaud.

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9 avril 2013 at 10 10 45 04454

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The Day That Margaret Thatcher Dies

Peter Wylie.

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8 avril 2013 at 13 01 12 04124

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