Noix Vomique

Inversion des rôles: une manif de gauche avec des gens de droite ?

«La droite s’allie avec les franges les plus radicales pour créer un climat de tension», a déclaré le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. Pour Pierre Moscovici, «la violence est attisée par la droite». À gauche, on essaie de faire diversion comme on peut. Pour faire oublier l’affaire Cahuzac, on utilise les vieilles ficelles et on accuse la droite d’être fasciste. Quelle ingratitude: le texte sur le mariage gay a pourtant été adopté au Sénat in extremis, par 6 voix d’écart, grâce à des élus de l’UMP: 3 sénateurs UMP ont voté pour et 4 se sont abstenu! La gauche, qui a ainsi évité le bide, manque singulièrement de reconnaissance. Peu importe: les manifestants qui s’opposent au mariage gay n’ont que faire de ces pantalonnades politiciennes. Leur mouvement n’a pas faibli, au contraire: il semble se renforcer. Et la gauche, qui avait d’abord ironisé, comme si elle avait le monopole de la révolution, a abandonné les sarcasmes pour les cris de vierge effarouchée. Les gauchistes, pourtant toujours prompts à dénoncer les amalgames, n’hésitent pas à réduire l’ensemble des manifestants à des extrémistes. C’est si commode. On ne veut pas voir que, pour la première fois, la majorité silencieuse descend dans la rue pour se faire entendre. Sans brûler de voitures, sans briser de vitrines. La gauche préfère crier au loup homophobe. Et se réjouit que les forces de l’ordre interviennent, parfois avec une violence disproportionnée. C’est comme si on avait une inversion des rôles, comme l’explique le toujours excellent Daoud Boughezala dans un papier publié aujourd’hui chez Causeur:

Mercredi soir, aux abords des Invalides, le monde renversé se dressait devant nous. Un monde où l’ancien ministre des comptes publics fraude le fisc, où les « socialistes » au pouvoir individualisent contrats de travail et de mariage. Un monde où les rappels à l’ordre se parent des oripeaux de la liberté et où la « lutte contre l’homophobie » justifie toutes les répressions policières. Au milieu du très huppé 7e arrondissement, des milliers d’anonymes, sans vestes en tweed ni députés UMP à leurs basques, sifflaient sous les fenêtres du ministère de la défense comme de vulgaires anarchistes. Alentour, les rues étaient quadrillées par une bonne cinquantaine de fourgons de police et des CRS suréquipés, protégeant les nombreux bâtiments officiels du quartier, prêts à dégainer matraques et sprays lacrymogènes à la fin de la manif légale. Les manifestants ne scandaient aucun slogan homophobe ou raciste, n’en déplaise à leurs détracteurs qui n’ont pas mis le moindre pouce sur place. […]

Scandale suprême, une bonne moitié de Français, hostiles à la loi Taubira, court toujours malgré l’acharnement des vertueux à leur faire entendre raison. Sur le terrain, cette quête de pureté permet de confier la répression des méchants factieux à deux groupes rivaux : les CRS et les antifas. Les premiers appliquent les ordres avec plus ou moins de gaieté de cœur. Les seconds occupent la fonction que leur a assignée la social-démocratie. Idiots utiles d’un système qu’ils prétendent combattre, les antifascistes labellisés font le coup de poing contre ce qu’il reste de France conservatrice, enracinée, instinctivement réfractaire aux illusions du progrès, toute droitière qu’elle soit. Sur la pelouse des invalides, armé de sa banderole « L’homophobie tue », l’antifa se fait l’auxiliaire du flic en ratonnant à tout va, tel le premier facho venu. […]

La suite du papier est ici. Quant à la suite des événements, nul ne peut la prédire. François Hollande semble vouloir s’obstiner à donner satisfaction au lobby gay: il a oublié ce qu’il disait en 2006 quand il demandait à Dominique de Villepin d’écouter la rue et de retirer le CPE: « Il suffirait d’un mot, un seul, que le pouvoir hésite à prononcer: l’abrogation. C’est un gros mot pour la droite. Mais quand on a fait une erreur, il faut savoir l’effacer« . Aujourd’hui, c’est lui qui est au pouvoir et la droite, qui ne se reconnaît d’ailleurs pas forcément dans les guignols de l’UMP, qui est dans la rue. Or, ces centaines de milliers de manifestants sont en train de mettre en évidence le fait que François Hollande fut mal élu, non pas sur un programme mais uniquement par simple rejet de Nicolas Sarkozy.

Written by Noix Vomique

19 avril 2013 à 17 h 03 min

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3 Réponses

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  1. […] «La droite s’allie avec les franges les plus radicales pour créer un climat de tension», a déclaré le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. Pour Pierre Moscovici, «la violence est attisée par la …  […]

  2. Excellent ! merci !

    carine005

    20 avril 2013 at 20 h 39 min

  3. Dommage que nous n’ayons pas assez de voix pour nous faire entendre, nous pourrions réveiller l’énorme majorité de braves gens que la Gauche endort à coups redoublés d’intox soporifique.
    Manque de pot, les media verrouillés écrasent tout…
    Amitiés.

    NOURATIN

    22 avril 2013 at 10 h 19 min


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