Noix Vomique

Archive for juillet 2013

Langues régionales et identité nationale

Trente députés bretons de gauche viennent de signer une proposition de loi visant à ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette ratification faisait partie des engagements de François Hollande lors de la campagne présidentielle. Mais une révision de la constitution est nécessaire. Or, après que le Conseil d’État a rendu un avis négatif sur l’avant-projet de loi constitutionnelle du gouvernement, François Hollande a décidé d’enterrer l’idée de ratifier la charte, comme l’explique le député UMP Marc Le Fur: « À la première escarmouche avec le Conseil d’Etat, le Président de la République rend les armes et abandonne sa promesse alors qu’il existe un grand nombre de lois qui ont été adoptées et promulguées avec un avis contraire du Conseil d’Etat. Ce n’est pas une question juridique, c’est une question de courage politique». Nicolas, blogueur de gouvernement, se réjouit de ce renoncement, dans un billet ma foi fort intéressant qu’il a publié la semaine dernière et où il explique pourquoi la charte européenne des langues régionales ne doit pas être ratifiée. On entend déjà les persifflages: encore une promesse du candidat Hollande qui ne sera pas tenue! Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un président de la République bute sur la question des langues régionales. En 2007, la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires était également une promesse de campagne de Nicolas Sarkozy. Le 23 juillet 2008, la Constitution fut d’ailleurs modifiée en ce sens: l’article 75-1 introduisait ainsi les langues régionales dans la Constitution en stipulant qu’elles «appartiennent au patrimoine de la France». Pour le constitutionnaliste Guy Carcassonne, l’insertion de ce nouvel article ouvrait la voie de la ratification. L’Académie Française sortit alors de sa torpeur sénile et expliqua que la révision constitutionnelle portait atteinte à l’identité nationale. Aussitôt, le ministre de l’identité nationale, Éric Besson, se crut obligé d’enterrer le projet: selon lui, la reconnaissance des langues régionales risquait en effet de mettre en péril les « principes d’indivisibilité de la République et d’égalité devant la loi« .

Or, en mars dernier, en estimant que la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires «minerait les fondements de notre pacte social et ferait courir  [à la République] un risque majeur de dislocation», le Conseil d’État reprenait finalement les mêmes arguments qu’Éric Besson et les imposaient à François Hollande et au gouvernement Ayrault.

En invoquant les principes d’indivisibilité de la République, ceux qui s’opposent à la reconnaissance des langues régionales recyclent la vieille idée que les langues régionales représentent un danger pour l’unité de la nation. En effet, depuis l’édit de Villers-Cotterêts en 1536, qui imposa l’emploi de la langue d’oïl dans tous les actes officiels, la langue française, instrument de centralisation, a été le ciment de l’État-nation en France. Cela explique que la Révolution puis la Troisième République aient autant déprécié les langues régionales. Ainsi, Barère, l’un des principaux inspirateurs et acteurs de la Terreur, estime en janvier 1794 que « chez un peuple libre, la langue doit être une et même pour tous« . En juin de la même année, l’Abbé Grégoire présente devant la Convention son « Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir le patois, et d’universaliser l’usage de la langue française » où il explique qu’il faut « consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté« . En juillet, le décret du 2 thermidor An II impose le français comme seule langue de l’administration. On estime que les patois, liés à l’Ancien Régime et que l’on appelle parfois idiomes féodaux, freinent la diffusion des idées révolutionnaires: ils doivent disparaître au nom de l’unification de la nation. Il semble loin le temps où, en 1790, l’Assemblée nationale avait commencé par faire traduire les lois et décrets dans toutes les langues régionales! En fait, elle y avait vite renoncé, faute de moyens. À la fin du XIXème siècle, la Troisième République va accélérer l’uniformisation linguistique de la nation: l’éducation laïque et obligatoire enracine à travers le français les principes républicains. Le livre de Jean-François Chanet « L’école républicaine et les petites patries » [1] démontre cependant que le premier objectif  de Jules Ferry n’était pas de faire disparaître les langues régionales: à travers l’apprentissage de la langue française, il s’agissait de faire de chaque français un républicain convaincu. Opposée à la République, l’Église instrumentalisa l’usage des langues vernaculaires, ce qui précipita leur déclin: en 1902, le gouvernement clairement anticlérical d’Émile Combes prit un décret pour lutter contre « l’usage abusif du breton ». Il s’agissait de punir les curés bretons qui, nombreux, refusaient alors de prêcher dans la langue nationale.

Ainsi, depuis plus de deux siècles, la République a l’habitude de considérer que le français, qu’elle oppose aux langues régionales, est le ciment de la nation. Pourtant, cette idée est en contradiction avec la conception française de la nation telle qu’elle a été définie par Ernest Renan, lors de la fameuse conférence qu’il a prononcée le 11 mars 1882 en Sorbonne. Pour Renan, la nation est «un plébiscite de tous les jours». Il défend le modèle d’une nation élective, qui repose sur la volonté des peuples de vivre ensemble, et s’oppose ainsi à la conception allemande de la nation, qui s’appuie sur les liens du sang et de la langue maternelle. L’idée de Renan est bien contradictoire avec l’idée républicaine d’une nation unifiée par la langue: comment l’expliquer? Pour cela, il faut nous remettre dans le contexte de cette fin du dix-neuvième siècle: alors que les principaux pays européens sont parvenus à se constituer en États-nations, notamment après les unifications de l’Italie et de  l’Allemagne, la question de l’Alsace-Lorraine alimente depuis 1870 le  débat entre Français et Allemands. Deux conceptions de la nation s’affrontent: celle de Johann Gottfried von Herder et Johann Gottlieb Fichte, verticale, plonge ses racines dans l’ethnie et la culture tandis que celle de Renan, horizontale, correspond au choix libre d’un individu à l’intérieur d’un territoire [2]. Pour Renan, en niant l’importance de la langue, il s’agissait d’abord de contester le rattachement de  l’Alsace à l’Allemagne. Ensuite, son idée d’une nation élective a permis d’évacuer les micro-nationalismes  qui dérangeaient.

Et aujourd’hui? On peut rassurer le Conseil d’État et lui dire que, depuis plus de deux cents ans, la République est bien assurée sur ses bases: elle ne risque rien en reconnaissant les langues régionales. Ou alors, il faudrait s’interroger sérieusement sur les fondements de cette République toujours prête à vaciller dès qu’on parle de langues régionales ou qu’on aperçoit un skinhead. À l’heure où l’on voit se développer l’ELCO (enseignement des langues et cultures d’origine), qui permet aux écoliers de primaire volontaires de bénéficier de cours gratuits de turc ou d’arabe, organisés et financés par les ambassades de Turquie, du Maroc ou d’Algérie, n’est-il pas ubuesque de considérer que les langues régionales constituent une menace pour l’unité de la République? D’ailleurs, ne nous leurrons pas; là est sans doute le véritable enjeu du débat sur les langues régionales et minoritaires. Pour un certain nombre de gauchistes, les langues régionales renvoient à un âge préhistorique pré-républicain: elles sont utilisées par le Front de Gauche et les écologistes comme un cheval de Troie qui permettra ensuite de demander la reconnaissance des langues de l’immigration, dites « non-territoriales« . Il y a une dizaine d’années, j’avais eu à ce sujet une discussion avec un jeune doctorant en ethnologie qui avait déclaré sur un ton péremptoire qu’il ne trouvait pas utile d’inscrire les langues régionales dans la constitution. Cela m’avait surpris puisque les ethnologues, attachés à la diversité culturelle, sont les premiers à pleurnicher dès lors qu’une langue autochtone disparaît «toutes les deux semaines» dans le monde. J’imaginais donc que sa position était celle d’un Républicain qui défend l’idée d’une nation indivisible. Mais non: il ajouta qu’il trouvait plus utile de reconnaître dans la constitution les langues maternelles des immigrés, telles que l’arabe, le turc ou le wolof, qui sont davantage utilisées en France! Quelques années plus tard, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir le même ethnologue, interviewé par le Nouvel Obs à l’occasion du centenaire de Claude Lévi-Strauss: plutôt que parler du grand anthropologue, il avait tenu un discours assez minable, farci de revendications catégorielles, digne d’un cheminot rongé par l’antisarkozysme. Alors qu’il aurait pu expliquer, par exemple, que Claude Lévi-Strauss, dans Race et culture [3], avait défendu l’idée que chaque culture avait le droit de rester sourde aux valeurs des autres, de façon à protéger son identité. Mais non. On peut être ethnologue et incapable de comprendre l’intérêt des langues régionales. Les langues régionales font partie de notre patrimoine et donc de notre identité: elles sont l’expression d’une véritable diversité -une diversité au sens braudélien, c’est-à-dire qu’elle est endogène et s’inscrit à la fois dans la géographie et l’histoire.

[1] Jean-François CHANET. L’école républicaine et les petites  patries, Paris, Aubier Montaigne, 1996, 426 pages.

[2] Guy HERMET. Histoire des nations et du nationalisme en Europe, Paris, Éditions du Seuil, 1996, 312 pages.

[3] Claude LÉVI-STRAUSS.  »  Race et Culture  » in Revue internationale  des sciences sociales, Vol. XXIII (1971), n° 4, UNESCO.

En complément, la Fondation Jean Jaurès a publié en 2012 un essai très intéressant, Langues et cultures régionales : en finir avec l’exception française, de Jean-Jacques Urvoas et Armand Jung, qui est téléchargeable gratuitement ici.

Ce blog s’accorde maintenant quelques semaines de vacances. Retour fin août. D’ici là, portez-vous bien.

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17 juillet 2013 at 9 09 00 07007

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Un pays en développement

Vendredi soir, deux événements se sont disputé les faveurs du journal télévisé. Finalement, tout le monde aura remarqué que l’on a surtout parlé de l’accident ferroviaire qui a fait 6 morts à Brétigny-sur-Orge. La tragédie était évidemment plus marquante que le retrait du triple A que l’agence de notation financière Fitch avait jusqu’à présent concédé à la France. Toujours est-il que l’addition de ces deux mauvaises nouvelles ne prête pas à l’optimisme pour l’avenir de la France.

Passons sur le déraillement du train Paris-Limoges à Brétigny: cela aurait pu arriver dans n’importe quel pays. Une enquête déterminera les causes de l’accident. On peut en revanche s’interroger sur ce qui s’est passé à Brétigny à la suite de l’accident. On n’ose même pas imaginer que les rumeurs concernant d’éventuels détrousseurs de cadavres sur les lieux de l’accident soient fondées. On mettra le témoignages d’une policière sur le compte de l’hystérie: de quoi regretter que certains métiers se soient féminisés. En revanche, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a admis que les pompiers avaient été accueillis de façon « un peu rude« . Un euphémisme qui n’est pas sans rappeler celui de Manuel Valls, parlant de « simple bousculade » quand la fête du PSG au Trocadéro, en mai dernier, virait à l’émeute urbaine. On a un gouvernement qui excelle dans l’art de l’euphémisme, c’est déjà ça. Un accueil qui fut donc un peu rude: les pompiers qui venaient porter secours à des blessés furent en effet caillassés par une bandes de jeunes. Dans le contexte d’un tel drame, ce caillassage prend une signification particulière. Ceux qui aiment les litotes diront que ce n’est pas la marque d’un grand civisme. En fait, c’est révélateur d’acculturation et de barbarie. Pour un peu, ça rappellerait ces convois humanitaires attaqués en Somalie, il y a deux ans, alors qu’ils apportaient de la nourriture à des populations affamées. Or Brétigny-sur-Orge, ce n’est pas la Somalie des shebabs: c’est la France.

Une France qui, dans le même temps, vient donc de perdre son dernier triple A. L’agence Fitch explique sa décision par les incertitudes qui planent sur les perspectives de croissance de la France. Pourtant, pendant un an, contrairement aux autres agences de notation qui avaient anticipé négativement le résultat de l’élection présidentielle, Fitch avait choisi de donner sa chance à François Hollande. Alors, évidemment, cette fois, les gauchistes, qui minimisent l’événement, pourront toujours dire qu’ils n’en ont rien à battre, des agences de notation, blablabla. Toujours est-il que cette dégradation de la note de la France intervient au moment où les taux d’intérêts à 10 ans sont passés de 1,66% à 2,37%. Pendant un an, pour financer les dépenses de l’État et rembourser la dette, François Hollande a bénéficié de taux d’intérêts exceptionnellement bas qu’il avait hérités de Nicolas Sarkozy. Il faut croire que les marchés avaient confiance en l’avenir de l’économie française. Or, après un an de présidence socialiste, ils n’ont plus confiance. Ce n’est pas le numéro de bonimenteur du président, hier, dans les jardins de l’Élysée, qui va les rassurer. Comment croire un type, en effet, qui affirme que « la reprise est là » mais qui n’exclut pas de nouvelles augmentations d’impôts? La vérité, c’est que l’État va désormais payer davantage d’intérêts et le déficit va donc encore se creuser: au final, dans le meilleur des cas, le déficit budgétaire sera supérieur de 20 milliards d’euros cette année à ce qui était prévu dans la loi de finances. Malgré une hausse d’impôts de 33 milliards en 2013, et un niveau de prélèvements obligatoires qui atteint des records à 46,3% du PIB,  la France ne tiendra pas son engagement d’atteindre les 3 % de déficit; la Cour des comptes estime plutôt que le déficit se situera aux alentours de 4 %. Et avec une croissance qui sera nulle, la reprise sera loin d’être là. Le pouvoir d’achat des Français, notamment ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie, a du plomb dans l’aile.

On n’osera pas mettre en relation le risque de banqueroute que la dette fait courir à la France en cas de hausse des taux d’intérêt et les racailles qui attaquent les secours sur les lieux d’un accident ferroviaire. Ces deux événements sont de nouveaux signes qui alimentent l’impression qu’un processus de tiers-mondisation de la France est à l’oeuvre. Une tiers-mondisation à la fois culturelle et économique. Ça sent le déclin.  Alors, pour se rassurer, on dira que la France ne peut pas se tiers-mondiser, car le Tiers-Monde est un concept des années cinquante, lié au double contexte de la guerre froide et de la décolonisation. Pour se rassurer, on maniera  l’euphémisme, comme de vulgaires ministres ou commes ces géographes qui refusent désormais de parler de « pays sous-développés« . Cette expression, utilisée pour la première fois par Truman en 1949, avait une connotation trop négative et induisait l’idée d’une hiérarchie entre les pays. Non, on préfèrera être optimiste et parler de « pays en développement« . Voilà, c’est ça: la France est un pays en développement. Ceux qui ont soif d’exotisme pourront même dire que la France est un pays du « Sud« .

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15 juillet 2013 at 13 01 18 07187

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Martyrologe: saint Clément et saint Nicolas

« Clément, on ne t’oubliera pas« . « Libérez Nicolas« . Deux martyrs des temps modernes, que leurs postulateurs appellent par leur prénom, comme s’ils avaient déjà été canonisés. Mais aussi comme s’il s’agissait de participants à un programme de télé-réalité. Un programme où la réalité est forcément bidonnée.

Dès l’annonce de la mort de Clément Méric, l’ensemble de la gauche se mobilisait pour dénoncer un assassinat politique. Dans un communiqué en date du 6 juin, le syndicat FSU nous expliquait que l’étudiant de Sciences-Po, « jeune syndicaliste étudiant et militant anti-fasciste« , avait été « mortellement frappé par un groupe de militants d’extrême-droite« . Sur iTélé, Clémentine Autain, membre de la coordination du Front de gauche, insistait sur le fait que le meurtre était prémédité puisque « le groupe avait préparé le passage à tabac de Clément« . Une fois de plus, l’épouvantail fasciste est brandi. Peu importe qu’il soit en carton-pâte. Des professeurs d’histoire, qui sont pourtant censés savoir ce qu’est le fascisme, se joindront à cette mascarade et cultiveront l’idée, aberrante et anachronique, qu’il existe une menace fasciste en France. À les écouter, quelques centaines de skinheads suffisent à mettre la République en péril. Toute la gauche s’est donc empressé de réclamer la dissolution de mouvements d’extrême-droite dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant. Libé, cette presse de caniveau pour bobos, se frotte les mains et voit là l’occasion de vendre du papier. C’est ainsi que Méric est en train de devenir un martyr: son visage est imprimé sur des tee-shirts et des manifestations antifascistes sont organisées en sa mémoire. Entre deux saccages de vitrines, les antifas, armés de manches de pioche, clament haut et fort leur antifascisme: « No pasaran« . Peu importe que Méric fût une petite frappe. Peu importe que le juge d’instruction ait écarté la qualification d’homicide volontaire: l’important, c’est de fabriquer un martyr. C’est bon, ça, Coco, on tient le Guy Môquet du vingt-et-unième siècle!

Finalement, la gauche, qui n’a plus grand chose à dire, profite de la mort de Clément Méric pour dénoncer la brutalité, la menace totalitaire, le fascisme, blablabla. Un discours en mode automatique. Or voilà que la gauche, justement, n’a plus le monopole de ce discours: les opposants au mariage homosexuel sont en train de le récupérer, et en y mettant une nouvelle vitalité. Ainsi, la condamnation récente de Nicolas Bernard Buss, militant anti-mariage homosexuel et cadre fondateur du mouvement des « Veilleurs« , est l’occasion de dénoncer la politique répressive du gouvernement. Nicolas Bernard Buss a été condamné par la 16ème chambre correctionnelle de Paris à quatre mois de prison, dont deux avec sursis, pour rébellion et fourniture d’une identité imaginaire, et à une amende de 1000 euros pour refus de prélèvement de son ADN. La condamnation, assortie d’un mandat de dépôt, est particulièrement sévère et complètement disproportionnée, si bien qu’elle est en train de remobiliser les opposants au mariage homosexuel qui tiennent là leur martyr. Et voilà qu’ils nous parlent de prisonnier politique, de répression, de totalitarisme, blablabla. Le discours habituel des gauchistes, en quelque sorte. Une photo de Nicolas Bernard Buss, évanoui, menotté et tuméfié, circule sur les réseaux sociaux et renforce cette image de martyr qui nous renvoie, plus ou moins consciemment, à l’histoire des premiers chrétiens lorsqu’ils étaient victimes de persécutions dans l’empire romain. Certes, Tertullien nous raconte que les chrétiens étaient inscrits sur les registres de la police au même titre que la racaille. Mais le parallèle s’arrête là: François Hollande n’est pas Septime-Sévère. Et Manuel Valls n’est pas Pline le Jeune, gouverneur scrupuleux qui, dans une lettre qu’il écrivit à Trajan pour lui demander conseil, expliquait qu’il condamnait à mort les chrétiens car « il fallait punir cet entêtement et cette obstination inflexible« . La récupération du discours de gauche par les opposants au mariage homosexuel est bien sûr cocasse. Les gauchistes sont bien incapables de trouver les mots pour y répondre, à moins de défendre l’ordre, la légalité et les violences policières. Cependant, cette inversion des rôles, ça va bien deux minutes. Personnellement, j’ai toujours été agacé par ceux, de gauche comme de droite, qui feignent de confondre le gaz lacrymogène des CRS avec le Zyklon B.

On a tendance à oublier que l’Histoire, que l’on réduit volontiers à des commémorations plus ou moins festives, est en réalité brutale. La posture antifasciste d’un Clément Méric, habitué à jouer les DJ avec ses amis antifas dans le bar Saint-Sauveur, dans le onzième arrondissement, relève davantage du jeu de rôle que de l’engagement politique. Pareil pour la posture des adversaires du mariage homosexuel, lesquels jouent aux résistants et dénoncent les méthodes staliniennes du gouvernement. Or, il suffit d’un skinhead ou d’une arrestation musclée pour que tout ce beau monde hurle à la menace totalitaire. La brutalité a fait irruption dans leur vie, ils peuvent se poser en victimes, et faire croire ainsi qu’ils sont acteurs de l’Histoire.

Pour toutes ces raisons, on a le droit de rester indifférent aux supplices de Clément et de Nicolas. L’un est mort, et c’est regrettable; l’autre croupit à Fleury-Mérogis. Ils ont choisi de jouer; ils ont perdu. Il n’y a pas de quoi en faire des martyrs. Pour un peu, les idolâtres nous imposeraient le culte des reliques: pourquoi ne pas imaginer en effet une châsse avec des os du crâne de Méric ou encore le tee-shirt de la Manif Pour Tous souillé du sang de Nicolas exposés à la contemplation des fidèles? Les opposants au mariage homosexuel n’ont pourtant pas vraiment besoin d’un martyr pour asseoir leur mouvement: ils sont quand même à l’origine d’une vague massive que le gouvernement a eu le tort de sous-estimer et qui doit désormais réfléchir à un véritable travail d’opposition.

Written by Noix Vomique

1 juillet 2013 at 14 02 25 07257

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