Noix Vomique

Un pays en développement

Vendredi soir, deux événements se sont disputé les faveurs du journal télévisé. Finalement, tout le monde aura remarqué que l’on a surtout parlé de l’accident ferroviaire qui a fait 6 morts à Brétigny-sur-Orge. La tragédie était évidemment plus marquante que le retrait du triple A que l’agence de notation financière Fitch avait jusqu’à présent concédé à la France. Toujours est-il que l’addition de ces deux mauvaises nouvelles ne prête pas à l’optimisme pour l’avenir de la France.

Passons sur le déraillement du train Paris-Limoges à Brétigny: cela aurait pu arriver dans n’importe quel pays. Une enquête déterminera les causes de l’accident. On peut en revanche s’interroger sur ce qui s’est passé à Brétigny à la suite de l’accident. On n’ose même pas imaginer que les rumeurs concernant d’éventuels détrousseurs de cadavres sur les lieux de l’accident soient fondées. On mettra le témoignages d’une policière sur le compte de l’hystérie: de quoi regretter que certains métiers se soient féminisés. En revanche, le ministre des Transports Frédéric Cuvillier a admis que les pompiers avaient été accueillis de façon « un peu rude« . Un euphémisme qui n’est pas sans rappeler celui de Manuel Valls, parlant de « simple bousculade » quand la fête du PSG au Trocadéro, en mai dernier, virait à l’émeute urbaine. On a un gouvernement qui excelle dans l’art de l’euphémisme, c’est déjà ça. Un accueil qui fut donc un peu rude: les pompiers qui venaient porter secours à des blessés furent en effet caillassés par une bandes de jeunes. Dans le contexte d’un tel drame, ce caillassage prend une signification particulière. Ceux qui aiment les litotes diront que ce n’est pas la marque d’un grand civisme. En fait, c’est révélateur d’acculturation et de barbarie. Pour un peu, ça rappellerait ces convois humanitaires attaqués en Somalie, il y a deux ans, alors qu’ils apportaient de la nourriture à des populations affamées. Or Brétigny-sur-Orge, ce n’est pas la Somalie des shebabs: c’est la France.

Une France qui, dans le même temps, vient donc de perdre son dernier triple A. L’agence Fitch explique sa décision par les incertitudes qui planent sur les perspectives de croissance de la France. Pourtant, pendant un an, contrairement aux autres agences de notation qui avaient anticipé négativement le résultat de l’élection présidentielle, Fitch avait choisi de donner sa chance à François Hollande. Alors, évidemment, cette fois, les gauchistes, qui minimisent l’événement, pourront toujours dire qu’ils n’en ont rien à battre, des agences de notation, blablabla. Toujours est-il que cette dégradation de la note de la France intervient au moment où les taux d’intérêts à 10 ans sont passés de 1,66% à 2,37%. Pendant un an, pour financer les dépenses de l’État et rembourser la dette, François Hollande a bénéficié de taux d’intérêts exceptionnellement bas qu’il avait hérités de Nicolas Sarkozy. Il faut croire que les marchés avaient confiance en l’avenir de l’économie française. Or, après un an de présidence socialiste, ils n’ont plus confiance. Ce n’est pas le numéro de bonimenteur du président, hier, dans les jardins de l’Élysée, qui va les rassurer. Comment croire un type, en effet, qui affirme que « la reprise est là » mais qui n’exclut pas de nouvelles augmentations d’impôts? La vérité, c’est que l’État va désormais payer davantage d’intérêts et le déficit va donc encore se creuser: au final, dans le meilleur des cas, le déficit budgétaire sera supérieur de 20 milliards d’euros cette année à ce qui était prévu dans la loi de finances. Malgré une hausse d’impôts de 33 milliards en 2013, et un niveau de prélèvements obligatoires qui atteint des records à 46,3% du PIB,  la France ne tiendra pas son engagement d’atteindre les 3 % de déficit; la Cour des comptes estime plutôt que le déficit se situera aux alentours de 4 %. Et avec une croissance qui sera nulle, la reprise sera loin d’être là. Le pouvoir d’achat des Français, notamment ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie, a du plomb dans l’aile.

On n’osera pas mettre en relation le risque de banqueroute que la dette fait courir à la France en cas de hausse des taux d’intérêt et les racailles qui attaquent les secours sur les lieux d’un accident ferroviaire. Ces deux événements sont de nouveaux signes qui alimentent l’impression qu’un processus de tiers-mondisation de la France est à l’oeuvre. Une tiers-mondisation à la fois culturelle et économique. Ça sent le déclin.  Alors, pour se rassurer, on dira que la France ne peut pas se tiers-mondiser, car le Tiers-Monde est un concept des années cinquante, lié au double contexte de la guerre froide et de la décolonisation. Pour se rassurer, on maniera  l’euphémisme, comme de vulgaires ministres ou commes ces géographes qui refusent désormais de parler de « pays sous-développés« . Cette expression, utilisée pour la première fois par Truman en 1949, avait une connotation trop négative et induisait l’idée d’une hiérarchie entre les pays. Non, on préfèrera être optimiste et parler de « pays en développement« . Voilà, c’est ça: la France est un pays en développement. Ceux qui ont soif d’exotisme pourront même dire que la France est un pays du « Sud« .

Written by Noix Vomique

15 juillet 2013 à 13 h 18 min

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3 Réponses

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  1. […] Vendredi soir, deux événements se sont disputé les faveurs du journal télévisé. Finalement, tout le monde aura remarqué que l'on a surtout parlé de l'accident ferroviaire qui a fait 6 morts à Bréti…  […]

  2. Quand j’ai lu l’avis de notation de Fitch Ratings, j’ai entendu dans mon oreille la phrase de Richard Virenque : « on nous aurait menti à l’insu de notre plein gré ».
    Les attendus sont plus sévères que ceux des autres car on y avance un désaccord patent sur les perspectives et un entêtement infondé des officiels français.

    Pourtant l’agence de Marc de Lacharière était plutôt ouverte aux « explications laborieuses » de Bercy, mais pouvait-elle aller contre la Police des Comptes sauf à se ridiculiser ? Or c’est la Cour des Comptes qui réclame la purge à cors et à cris, et contre cela on ne peut pas jouer petit-bras longtemps.

    Les gens qui nous gouvernent sont complètement largués ; ils ne font plus rien sauf de tweeter des çonneries. J’espère avec vous que nous sommes en développement. Rien autour de moi ne m’en assure.

    Catoneo (@catoneo)

    15 juillet 2013 at 16 h 02 min

  3. Vous avez raison, ce qui nous arrive ne relève pas de la simple décadence, c’est autre chose, une sorte de délitement, de suicide collectif, même.
    Les deux choses sont sans doute liées, la dette abyssale et l’ensauvagement invasionnel. Notre sort semble encore moins enviable que ceux des autres « pays du sud » car nous n’avons même pas conscience d’en faire désormais partie. La chute n’en sera que plus dure.
    Amitiés.

    NOURATIN

    16 juillet 2013 at 19 h 21 min


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