Noix Vomique

Archive for août 2013

Comédie ayraultique d’une nuit d’été

a midsummer night sex comedy

Ah ah ah, depuis mardi soir, les gaugau, les gaugau, les gauchistes l’ont mauvaise! Dans les blogs et les réseaux sociaux, ça soupire, ça gémit, ça râle, ça couine, ça grimpe aux arbres, ça crie à la trahison, ça a des envies de mordre. C’est que la réforme des retraites annoncée par Jean-Marc Ayrault a eu l’effet d’un va-te-laver bien cinglant. D’autant que, pour justifier l’augmentation du nombre d’années de cotisation, le premier ministre a repris les arguments de Nicolas Sarkozy, ces mêmes arguments que la gauche avait tant vomis en 2010! Comment, dans ce cas, ne pas se sentir marron?

Aussi, quand ils ne se réfugient pas dans le souvenir de François Mitterrand et de Pierre Mauroy, les amoureux éplorés se lancent dans des calculs dignes d’un autre siècle pour savoir à quel âge ils pourront mettre leur flingue au râtelier. Mais il n’y a pas à tortiller. Prenons une personne née en 1981, c’est-à-dire l’année justement où la retraite à 60 ans a été accordée, et qui a commencé à travailler à l’âge moyen de 23 ans: elle pourra se ranger des voitures au mieux en 2047, c’est-à-dire à 66 ans. 2047. D’ici là, le monde n’aura-t-il pas changé?  La même question nous taraude lorsque Jean-Marc Ayrault annonce que l’allongement progressif de la durée de cotisation débutera en 2020 pour atteindre 43 piges en 2035. En 2035, qu’en sera-t-il de la France? Le régime des retraites tel qu’on le connaît existera-t-il encore? C’est bien beau de vouloir nous faire poireauter jusqu’en 2035 pour résoudre les problèmes financiers actuels, mais ça ne vient à l’idée de personne que l’État, entre-temps, pourrait faire faillite?

Pour un peu, on imaginerait que cette fausse réforme qui s’inscrit dans un long terme dérisoire a été bricolée pour que ces vieux jouisseurs de soixante-huitards soient bien les seuls à profiter de leur retraite. Après, en 2035, lorsqu’ils auront presque tous déposé le bilan, on verra. La fête sera finie: les générations suivantes débarrasseront la table et feront la vaisselle. Avant d’éteindre les lumières. Et sans rouspéter, s’il vous plaît: quand on est à gauche, on devrait être capable de se saigner, rien que par solidarité avec toute la misère du monde.

À gauche, on semble donc incapable d’imaginer que le régime des retraites aura disparu en 2035. C’est comme si le gauchiste, cramponné aux acquis de ses aînés, était devenu un véritable conservateur: il espère rester dans son jus indéfiniment, comme si le monde était immuable, comme si la France était sortie de l’Histoire. On s’accroche à la retraite à 60 ans et aux régimes spéciaux, on imagine que tout va continuer comme d’habitude: présidents et gouvernements chaque fois plus médiocres vont se succéder indéfiniment pour mener les électeurs en bateau jusqu’à la prochaine élection. Tout ça, à crédit. Quant à la marche de l’histoire, la gauche aime croire qu’elle se résume désormais au mariage homosexuel, à la dépénalisation du cannabis ou au droit de vote des immigrés; la brutalité et les ruptures qui caractérisent le temps historique, allez, on laisse ça aux Égyptiens ou aux Syriens.

Ainsi, les socialistes, qui sont incapables de prévoir ce qui va arriver dans un semestre, se projettent dans un avenir totalement improbable et nous demandent, en attendant, de cotiser davantage et plus longtemps. Or, si la seule solution est de mariner, comme semble nous le suggérer Jean-Marc Ayrault, l’Histoire risque de nous offrir un come-back brutal: l’État finira par faire la culbute tant redoutée et on imagine la violence des réactions, non seulement de ceux qui ont toujours payé plus d’impôts pendant toutes ces années mais également -et comment non! de ceux qui recevaient la becquée de l’État-providence. Alors, les pleurnicheries d’amants trahis que l’on entend à gauche depuis quelques nuits sembleront bien ridicules.

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Written by Noix Vomique

31 août 2013 at 9 09 00 08008

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Gender studies

Alors que mon épouse est condamnée à travailler pendant tout le mois d’août, j’emmène nos deux filles profiter de la plage la plus proche. J’aurais tendance à ne pas m’embarrasser: on met les maillots, on prend des serviettes pour se sécher et s’allonger sur le sable, et en voiture Simone! Mais le matin lorsque nous nous levons, nous trouvons devant la porte d’entrée les sacs de plage que ma femme a soigneusement préparés avant d’aller au turbin: les serviettes, les maillots de rechange, les casquettes, la crème solaire, les petites bouteilles d’eau, des fruits, des petit-suisses, des sandwiches. Pour les jouets de plage, pelles, seaux et épuisettes, l’amour maternel semble savoir déléguer; de toute façon, ils ne quittent jamais le coffre de la voiture.

Sur la plage, armés de nos pelles, nous nous amusons à construire des barrages, de façon à entraver le cours des ruisseaux que la marée a laissés en descendant. Ce n’est pas sans plaisir, je l’avoue, que je renoue ainsi avec l’un des grands jeux de mon enfance, quand je passais mes étés en Normandie. Digues, bassins de rétention, canaux de dérivation: il s’agissait alors de modifier le cours naturel de ces ruisseaux et d’avoir ainsi l’impression de domestiquer la nature. Agir sur le cours des choses avait cependant des conséquences: le bassin se remplissait et finissait par déborder, les digues cédaient et il fallait essayer de colmater rapidement  les fuites et trouver des solutions au flux continu d’eau. Parfois, mon Grand-père apportait une dynamo et une lampe de vélo et, lorsqu’une brèche s’ouvrait, nous profitions du courant pour produire de l’électricité. Aujourd’hui, après avoir pataugé dans le bassin, mes filles préfèrent détruire les digues et rendre sa liberté à l’eau. Peu importe: tout disparaîtra avec la marée montante.

Les heures passent, c’est à peine si j’ai eu le temps de me poser dans le sable et de mater un peu. Après la baignade, lorsque mes filles mordent dans le sandwich que leur mère a préparé, assises face à la mer, emmitouflées dans leur serviette, elles fixent l’horizon, étrangement pensives, un peu comme si elles songeaient au destin funeste des civilisations. Mais non, ce n’est pas possible, des petites filles de 4 et 2 ans n’imaginent pas que les civilisations sont mortelles. Elles savent juste que l’amour maternel est immense et immanent, qu’il ne s’apprend pas ou qu’il ne se singe pas, et que leur mère a beau être au boulot, devant son ordinateur, dans un bureau climatisé, elle est en même temps à leur côté, ici, sur la plage.

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22 août 2013 at 21 09 26 08268

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La droite a-t-elle trouvé son candidat pour 2017?

Libération a vendu la mèche ce matin: Manuel Valls aurait jeté un froid lors du séminaire consacré à la France en 2025. Alors que la plupart des ministres se pignolaient joyeusement à quatre mains, le ministre de l’intérieur a en effet déclaré que deux défis majeurs attendaient la France. D’abord, la poussée démographique en Afrique est telle que la France sera obligée de «repenser [sa] politique migratoire» et de revoir la «question du regroupement familial». Ensuite, il s’agira de faire la démonstration que «l’islam est compatible avec la démocratie». Autant dire que Valls a plombé l’ambiance. Parce que ce ne sont pas des manières, les gens bien élevés ne doivent pas s’interroger sur l’immigration ou sur l’islam. Certains ministres ont été choqués par tant de culot. Quant à la bienpensance, elle met le rouge; elle n’a pas envie de se faire déniaiser par M. Valls.

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20 août 2013 at 16 04 05 08058

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À Jérusalem, la guerre des pierres n’est pas celle que l’on croit

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Jérusalem, la Vieille ville (source: le-cartographe.net)

Alors qu’on annonce la reprise des négociation de paix entre Palestiniens et Israéliens, Israël a soufflé le chaud et le froid en libérant mercredi 26 prisonniers palestiniens et en approuvant la construction de 942 nouveaux logements dans la colonie de Gilo, à Jérusalem-Est. La réponse du Hamas ne s’est pas fait attendre: des roquettes ont été aussitôt tirées sur Israël. La colonisation rend les négociations difficiles, d’autant plus que les Arabes de Palestine n’ont jamais digéré la perte de la partie orientale de Jérusalem: depuis qu’elle a été conquise et annexée par Israël en 1967, à la suite de la Guerre des Six jours, la ville est au centre de leurs revendications. Ainsi, en décembre dernier, alors que plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens célébraient le vingt-cinquième anniversaire du Hamas sur la place de la Katiba, à Gaza,  le chef du Hamas, Khaled Mechaal, avait fait un discours sans équivoque devant la réplique d’un missile M-75 et un décor en carton-pâte représentant le Mont du Temple: «Jérusalem appartient aux chrétiens et aux musulmans, il n’y a pas de place pour les Israéliens». Dans le même temps, après le vote de l’Assemblée générale de l’ONU sur l’intégration de la Palestine comme État observateur, le gouvernement israélien avait décidé de lancer la construction de 3000 logements dans la zone dite «E1», d’une superficie de 12km2, qui devrait créer une continuité territoriale entre Jérusalem-Est et la colonie Maalé Adoumim, en Cisjordanie. Jérusalem reste donc un enjeu majeur dans le conflit israélo-palestinien. On y trouve des mémoires historiques différentes qui s’opposent, si bien que le patrimoine de cette ville extraordinaire, que j’ai toujours rêvé de visiter, est souvent source de tensions.

Avec le temps, Jérusalem est devenue un enjeu majeur dans le conflit israélo-palestinien. À première vue, elle ne présente pourtant aucun intérêt stratégique: située au milieu de montagnes semi-arides, ce n’est pas un port ni un lieu de passage. Il y a peu d’emploi et le solde migratoire de la ville est négatif depuis plusieurs décennies, pour la population israélienne comme pour la population palestinienne. L’enjeu réside plutôt dans l’histoire de la ville, quelque peu chaotique, puisqu’on y trouve, imbriqués, des lieux saints revendiqués par les trois grandes religions monothéistes.

Le Mont du Temple, que les Musulmans appellent l’esplanade des Mosquées, est un lieu particulièrement sensible -la visite sur place d’Ariel Sharon, en septembre 2000, fut d’ailleurs vécue comme une provocation par les Palestiniens et déclencha la seconde intifada. L’esplanade abrite le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, qui sont aujourd’hui considérés comme des lieux saints de l’islam, construits à la fin du VIIème siècle par le Calife Abd Al-Malik. En contrebas de l’esplanade, dernier vestige du second Temple détruit par les légions romaines de Titus en 70, le Mur des Lamentations est le lieu le plus sacré du judaïsme. De nombreux chantiers archéologiques ont été ouverts tout autour du Mont du Temple: on essaie d’y trouver les traces indiscutables du royaume fondé par David au Xème siècle avant notre ère. Le sous-sol de Jérusalem-Est regorge en effet de vestiges antiques, et certains d’entre eux confirment les récits bibliques, à l’image du Tunnel d’Ézéchias, qui est cité dans 2 Rois 20:20 et, surtout, dans le second livre des Chroniques: «Ce fut aussi lui, Ézéchias, qui boucha l’issue supérieure des eaux de Guihon, et les conduisit en bas vers l’occident de la cité de David» (2 Chron. 32:30). La plupart des chantiers archéologiques sont financés par une fondation privée, Elad, qui rachète les maisons à bon prix puis les détruit: l’espace ainsi dégagé est d’abord utilisé pour les fouilles puis pour l’aménagement d’un parc archéologique. Évidemment, les Palestiniens dénoncent cette politique: ils parlent de sionisme et de colonisation; ils font courir la rumeur que’Israël veut détruire la mosquée Al-Aqsa et une fatwa interdit aux musulmans de vendre leur maison aux Juifs sous peine d’être condamnée pour haute trahison.

L’archéologie se retrouve donc au centre d’enjeux politiques, et nous pouvons parler ici d’une autre guerre des pierres. Certes, les fouilles archéologiques visent à prouver scientifiquement que Jérusalem a toujours été une ville juive. Et alors? D’un côté, nous avons une démarche scientifique qui s’appuie sur l’histoire; de l’autre, un ressenti. C’est un peu le siècle des Lumières contre l’obscurantisme: aux preuves matérielles que les archéologues peuvent apporter, les Palestiniens, lorsqu’ils sont musulmans, ne peuvent finalement opposer qu’une croyance. D’après la tradition islamique, Mahomet, monté sur sa jument, aurait parcouru en un instant la distance de La Mecque à Jérusalem et la mosquée Al-Aqsa s’élève à l’endroit où il aurait miraculeusement posé le pied. Est-ce suffisant pour faire de Jérusalem une ville sainte de l’islam? Jérusalem n’est jamais citée dans le Coran, alors qu’elle est mentionnée à maintes reprises dans la Bible hébraïque et dans le Nouveau Testament. Car elle fut le théâtre d’événements fondamentaux pour les Juifs comme pour les Chrétiens.

Les arguments démographiques ne jouent pas non plus en faveur des Palestiniens. Le chef du Hamas a beau répéter que «Jérusalem appartient aux chrétiens et aux musulmans, il n’y a pas de place pour les Israéliens», l’idée selon laquelle le peuplement juif de Jérusalem serait récent ne résiste évidemment pas à l’épreuve de l’histoire.

Les Britanniques ouvrirent un consulat en 1839 et firent un premier recensement en 1844: sur 15510 habitants, 7120 étaient juifs, 5000 musulmans et 3390 chrétiens. La France ouvrit un consulat en 1843 et la présence occidentale encouragea alors la communauté juive à s’engager sur l’ère du progrès: la première clinique fut fondée en 1842, le premier hôpital en 1854, la première école moderne en 1856, doublée en 1864 d’une école de filles. En 1896, Jérusalem comptait 45420 habitants: 28112 juifs, 8560 musulmans et 8748 chrétiens. Ainsi, même à l’époque ottomane, les Juifs étaient largement majoritaires. Après la première guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman, Jérusalem passa sous mandat britannique: après la déclaration Balfour et sous l’effet du sionisme, les Juifs commencèrent à émigrer massivement en Palestine. Soucieux de ménager les Arabes qui protestaient, les Britanniques décidèrent de limiter l’immigration juive en Palestine. Au recensement de 1931, on peut malgré tout constater que la population juive représentait plus de la moitié des 90451 habitants de Jérusalem: 51222 juifs, contre 19894 musulmans et 19335 chrétiens [1]..

Au moment de la création d’Israël, en 1948, on estime que, sur les 165000 habitants que comptait Jérusalem, environ 100000 étaient juifs, 40000 musulmans et 25000 chrétiens. La Légion Arabe s’empara de la vieille ville qui passa sous contrôle jordanien: l’article 8 de l’accord d’armistice israélo-jordanien de 1949 prévoyait le maintien de l’Université Hébraïque et de l’Hôpital Hadassah, ainsi que la liberté d’accès aux lieux saints juifs et au cimetière du Mont des Oliviers. Mais les Jordaniens ne le respectèrent pas. Tels des statues de Bouddha que les Talibans dynamitent, les lieux saints juifs furent détruits: l’ancien quartier juif, vidé de ses habitants, fut saccagé, des synagogues prestigieuses furent démolies ou employées comme latrines et le cimetière du Mont des Oliviers profané. L’ONU et l’UNESCO restèrent indifférentes. Il fallut attendre la Guerre des Six Jours, en 1967, pour qu’Israël reprenne la vieille ville de Jérusalem et découvre l’ampleur du désastre. Aujourd’hui, les Palestiniens, se prévalant de l’existence de deux mosquées, revendiquent Jérusalem pour en faire leur capitale et prétendent faire de la ville entière un lieu saint de l’Islam, alors que les Musulmans l’avaient toujours négligée auparavant [2]. La mémoire des Palestiniens et des Musulmans concernant Jérusalem apparaît donc comme une construction récente qui est en contradiction avec la vérité historique: on peut clairement parler de révisionnisme.

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[1] Albert M. HYAMSON. The British Consulate in Jerusalem, 2 vols. (London, 1939-1941, réédité par AMS Press, 1975).


Juifs

Musulmans

Chrétiens

Total
1844 7,120

5,000

3,390

15,510

1876 12,000

7,560

5,470

25,030

1896 28,112

8,560

8,748

45,420

1931 51,222

19,894

19,335

90,451

 

[2] Jérusalem ne fut jamais une capitale musulmane. Les deux seuls califes Omeyyade qui montrèrent quelque intérêt pour la Palestine, Muhawiyah (660-680) et Suleyman (715-717), préférèrent s’installer à Bagdad ou à Rambeh. Les grands centres d’études islamiques étaient à Damas, Bagdad, Constantinople ou encore au Caire: jamais à Jérusalem. Vers 990, le géographe arabe Al-Maqdisi regrettait d’ailleurs que la ville ne compte aucun théologien islamique, alors que les Juifs et les Chrétiens y étaient nombreux.

Written by Noix Vomique

16 août 2013 at 8 08 59 08598

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