Noix Vomique

Gender studies

Alors que mon épouse est condamnée à travailler pendant tout le mois d’août, j’emmène nos deux filles profiter de la plage la plus proche. J’aurais tendance à ne pas m’embarrasser: on met les maillots, on prend des serviettes pour se sécher et s’allonger sur le sable, et en voiture Simone! Mais le matin lorsque nous nous levons, nous trouvons devant la porte d’entrée les sacs de plage que ma femme a soigneusement préparés avant d’aller au turbin: les serviettes, les maillots de rechange, les casquettes, la crème solaire, les petites bouteilles d’eau, des fruits, des petit-suisses, des sandwiches. Pour les jouets de plage, pelles, seaux et épuisettes, l’amour maternel semble savoir déléguer; de toute façon, ils ne quittent jamais le coffre de la voiture.

Sur la plage, armés de nos pelles, nous nous amusons à construire des barrages, de façon à entraver le cours des ruisseaux que la marée a laissés en descendant. Ce n’est pas sans plaisir, je l’avoue, que je renoue ainsi avec l’un des grands jeux de mon enfance, quand je passais mes étés en Normandie. Digues, bassins de rétention, canaux de dérivation: il s’agissait alors de modifier le cours naturel de ces ruisseaux et d’avoir ainsi l’impression de domestiquer la nature. Agir sur le cours des choses avait cependant des conséquences: le bassin se remplissait et finissait par déborder, les digues cédaient et il fallait essayer de colmater rapidement  les fuites et trouver des solutions au flux continu d’eau. Parfois, mon Grand-père apportait une dynamo et une lampe de vélo et, lorsqu’une brèche s’ouvrait, nous profitions du courant pour produire de l’électricité. Aujourd’hui, après avoir pataugé dans le bassin, mes filles préfèrent détruire les digues et rendre sa liberté à l’eau. Peu importe: tout disparaîtra avec la marée montante.

Les heures passent, c’est à peine si j’ai eu le temps de me poser dans le sable et de mater un peu. Après la baignade, lorsque mes filles mordent dans le sandwich que leur mère a préparé, assises face à la mer, emmitouflées dans leur serviette, elles fixent l’horizon, étrangement pensives, un peu comme si elles songeaient au destin funeste des civilisations. Mais non, ce n’est pas possible, des petites filles de 4 et 2 ans n’imaginent pas que les civilisations sont mortelles. Elles savent juste que l’amour maternel est immense et immanent, qu’il ne s’apprend pas ou qu’il ne se singe pas, et que leur mère a beau être au boulot, devant son ordinateur, dans un bureau climatisé, elle est en même temps à leur côté, ici, sur la plage.

Written by Noix Vomique

22 août 2013 à 21 h 26 min

Publié dans Uncategorized

9 Réponses

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  1. Tu donnes dans la poésie maintenant ? Joli billet !

    corto74 (@corto74)

    22 août 2013 at 22 h 20 min

    • Merci, Corto.
      Mais, en fait, je crois que la poésie, ce n’est pas vraiment mon truc…

      Noix Vomique

      23 août 2013 at 14 h 23 min

  2. Y a même pas un litre de rouge dans les sacs préparés par vot’ grosse ? L’amour maternel n’est plus ce qu’il était. Fumiers de gauchistes.

    Nicolas

    23 août 2013 at 11 h 15 min

    • Ah ah ah.

      Les litrons de rouge, c’est une idée, ça. Il faudrait que j’en parle à ma femme.

      D’ailleurs, à propos de ma femme, je voudrais préciser qu’elle n’est pas grosse. Les grosses, je les discrimine et, par conséquent, je les laisse aux gauchistes.

      Et voilà, j’essaie de faire un joli texte, pour une fois sans nazis ni aucune vanne nauséabonde… Et vous foutez tout par terre. Décidément, vous ne respectez rien! Alors, méfiez-vous, vous mériteriez que ce soir, avec mes amis réacs, on déboule en nombre à la Comète, armés de poings américains et de barres de fer. Histoire de vous montrer ce que c’est, la théorie du genre. De quoi faire passer les mecs du GUD pour d’aimables tarlouzes. Non mais!

      Noix Vomique

      23 août 2013 at 14 h 29 min

      • Votre bande de tafioles dégénérées ?

        (Ce billet était très beau mais je vous l’aurais dit, ça aurait changé quoi ?)

        Nicolas

        23 août 2013 at 14 h 36 min

        • Vous avez de la chance. Les réacs sont trop individualistes pour se déplacer en meute.

          Ceci dit, moi, si j’habitais Paris et si, hum, ma femme me donnait la permission de minuit, je serais bien venu faire un tour à la Comète. Sans barre de fer ni poing américain. En plus, il paraît qu’on peut se casser sans régler l’addition…

          Noix Vomique

          23 août 2013 at 16 h 04 min

  3. Profitez en bien, à bloc! Les petites filles ça grandit très vite. Après c’est toujours beau mais c’est autre chose…
    Amitiés.

    NOURATIN

    23 août 2013 at 15 h 46 min

    • J’essaie d’en profiter, oui. Car c’est vrai, les petites filles grandissent trop vite. De toute façon, dès qu’elles sont pubères, je leur impose la burqa.

      Noix Vomique

      23 août 2013 at 16 h 07 min

      • Vu leur âge, quand elles seront adolescentes la burqa sera sûrement la mode… Sinon, joli texte sur la poésie des choses simples.

        Pharamond

        24 août 2013 at 6 h 31 min


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