Noix Vomique

Archive for septembre 2013

Mauvais genre

Mengele

Ce médecin, fasciné par l’hermaphroditisme, se targuait d’être un esprit scientifique. C’est sans doute pour cela qu’il se livra à des expériences parfois épouvantables sur des enfants, comme celle qu’il fit subir à Bruce Reimer, un jeune garçon âgé de deux ans. L’enfant, qui avait un frère jumeau, était juif et une circonscision maladroite avait convaincu le médecin qu’il n’avait finalement rien à perdre à tenter une expérience de réassignation sexuelle. Le médecin procéda d’abord à une ablation des testicules et Bruce Reimer, renommé Brenda, reçut un traitement hormonal à base d’œstrogènes. C’était l’occasion ou jamais de prouver que la masculinité et la féminité s’acquièrent, indépendamment de la biologie.

Dès le départ, l’enfant refusa de se féminiser. Il déchirait les robes qu’on l’obligeait à porter et voulait à tout prix partager les jeux de garçon de Brian, son frère jumeau. Le médecin insista et lors de certaines séances de travail, il obligea les jumeaux à regarder des photos pornographiques puis à se déshabiller et mimer l’acte sexuel. À l’adolescence, après que le médecin lui présenta un transsexuel, Brenda menaça de se suicider et demanda à ce qu’on l’appelât désormais David. Malgré cela, le docteur John Money publia de nombreux articles dans lesquels il affirmait que l’expérience, présentée comme « Le cas John/Joan« , était concluante: ces articles constituent aujourd’hui le corpus central de ce que l’on appelle les Gender studies.

Car John Money, médecin d’origine néo-zélandaise et professeur de pédiatrie à l’Université John Hopkins de Baltimore, est considéré comme l’un des pionniers des études sur le «genre»: il est le créateur de l’expression «gender role» et fonde en 1966 à Baltimore la première Gender identity clinic, où il réalise des changements de sexe à la chaîne -un commerce qui ne manqua pas de devenir lucratif. En 1972, John Money présente sa théorie au grand public dans un livre intitulé Man & Woman, Boy & Girl. Peu importe que le genre soit un pseudo-concept. C’est l’époque des hippies, et les milieux gauchistes sont infestés de féministes et de militants de la cause homosexuelle qui s’emparent des travaux de John Money: la libération sexuelle ne consiste-t-elle pas en effet à libérer le sexe de ses contraintes- et de ses conséquences- biologiques? Plus tard, John Money a d’ailleurs poursuivi dans cette voie et s’est déclaré favorable à une pédophilie affective, qu’il oppose à la pédophilie sadique: il explique ainsi en 1991 dans la revue pédophile PAIDIKA qu’il ne voit pas où est le problème si l’attirance entre un adulte et un enfant est réciproque.

On ignore si John Money était toujours impeccablement habillé sous sa blouse blanche et s’il se parfumait abondamment à l’Eau de Cologne. Mais en 1997, David Reimer, alors âgé de 31 ans, décida de révéler le calvaire que lui a infligé John Money. Un livre d’entretien avec le journaliste John Colapinto est publié. On découvre alors que le médecin avait falsifié les résultats de son expérience et que le garçon ne s’était jamais identifié à une femme. Mais la vie des jumeaux Reimer est détruite: Brian, qui était soigné pour schizophrénie, meurt d’une overdose de médicaments en 2002 et David se suicide deux ans plus tard, peu de temps après avoir rompu avec sa femme.

Bon, mais pourquoi je vous parle de ça, moi? Eh bien, parce que Philarête vient de sortir de son long silence et a publié sur son blog le troisième billet d’une série consacrée au « genre »: «Stoller et le sexe dit biologique». Et c’est drôlement bien. Que Philarête me pardonne de l’avoir ici associé à John Money. John Money… Hum… En y réfléchissant, je me demande si la photo ci-dessus, trouvée sur Google, est bien celle du père des Gender studies. Najat Vallaud-Belkacem pourrait peut-être me renseigner?

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25 septembre 2013 at 16 04 14 09149

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Rock psychédélique et port d’arme

Après un premier album garage en 1967, The Amboy Dukes, groupe de Détroit, publièrent l’année suivante un nouveau single. Sur la face A, on trouvait l’extraordinaire « Journey to the Center of the Mind« , co-écrite par les deux guitaristes du groupe, Ted Nugent et Steve Farmer. Le producteur qu’ils avaient choisi, Bob Shade, était davantage habitué à enregistrer du jazz; il a pourtant accouché ici d’un standard du rock psychédélique: la rythmique, le son des guitares et de la basse, les breaks, tout est un régal dans cette chanson. Une sorte d’invitation à la méditation, sur fond de chevauchée westernienne, qui sent l’acide à plein nez. Or Ted Nugent a toujours nié que la chanson faisait référence à la drogue. C’est qu’il a une réputation d’ultra-conservateur à défendre, Uncle Ted! Membre de l’organisation Gun Owners of America, qui milite pour le droit de posséder une arme, il tient un discours sans concession: « To show you how radical I am, I want carjackers dead. I want rapists dead. I want burglars dead. I want child molesters dead. I want the bad guys dead. No court case. No parole. No early release. I want ‘em dead. Get a gun and when they attack you, shoot ‘em » [1]. Au moins, c’est clair. D’ailleurs, en France, certains ne sont pas loin de le soupçonner de liker comme un malade la page Facebook de soutien au bijoutier niçois.

Un type qui a écrit un joyau comme Journey to the Center of the Mind et qui donne de l’urticaire aux gauchistes bien-pensants du Lower East Side ne peut pas être antipathique. Personnellement, je ne possède pas d’arme, à part le couteau de l’armée suisse de mon grand-père. Mais pour comprendre la façon de penser d’un Ted Nugent, pour voyager au centre de son esprit,  on peut laisser de côté nos idées préconçues et aller chez Aristide, qui commence une suite de billets qui s’annonce fort intéressante sur la question du port d’arme.

Come along if you dare!

[1] « Pour vous montrer comme je suis radical, je veux que les braqueurs de voitures meurent, je veux que les violeurs meurent, je veux que les cambrioleurs meurent, je veux que les pédophiles meurent, je veux que les sales types meurent. Pas de procès. Pas de libération sur parole. Pas de libération anticipée. Je les veux morts. Ayez un flingue et quand ils vous agressent, tirez-leur dessus. »

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18 septembre 2013 at 14 02 59 09599

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Vincent Peillon serait-il islamophobe ?

Le Ministre de l’Éducation nationale serait-il islamophobe? Rassurez-vous, on ne l’a pas surpris en train de pisser sa bière sur le mur d’une mosquée.  On ne l’a pas vu, non plus, dégoupiller une tête de porc sanguinolente pour la balancer contre la porte d’une mosquée. Non: il a juste présenté lundi une « Charte de la laïcité à l’école« . A priori, pas de quoi fouetter un chat; la charte se contente de rappeler quels sont les principes de la laïcité: de jolis trucs du genre « nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République, blablabla« . Pourtant, ces quelques évidences suffisent pour que certains se sentent stigmatisés. Ainsi, Dalil Boubakeur, président du Conseil Français du Culte Musulman, a regretté que la charte comporte plusieurs « allusions » à l’islam. Le Collectif Contre l’Islamophobie en France a expliqué quant à lui qu’il craignait « que cette charte ne fasse qu’encourager les zélateurs islamophobes, ravive et légitime les discriminations« .

Après Manuel Valls qui s’interrogeait en août dernier sur la compatibilité de l’islam avec la République, ce serait donc au tour du Ministre de l’Éducation nationale de favoriser la montée de l’islamophobie en France! Les musulmans, qui ont largement contribué à l’élection de François Hollande et qui attendaient des mesures en faveur de l’islam, peuvent donc se sentir trahis. Un peu comme des enfants qu’on aurait trop gâtés. En juillet dernier, les émeutes de Trappes, à la suite du contrôle d’une femme en burqa par la police, ont revélé ce sentiment. Plus tard, en août, lorsqu’un militaire de 23 ans, « proche des idées de l’extrême droite radicale« , s’est fait épingler près de Lyon pour un projet d’attaque contre une mosquée, Adelaziz Chaambi, de la coordination contre le racisme et l’islamophobie, avait mis en garde le gouvernement: «Monsieur Valls ne veut pas reconnaître l’islamophobie. Dans le quartier, 93% des gens ont voté Hollande, mais je vous promets que s’il n’y a pas des mesures sérieuses qui sont prises […], et bien ils n’auront plus les voix des musulmans!»

Le Ministre de l’intérieur devrait donc «reconnaître l’islamophobie», un peu comme on avoue ses crimes! Mais justement, quels crimes?

Décidé à maintenir les musulmans dans leur rôle favori, celui de victimes, le Collectif Contre l’Islamophobie en France recense méticuleusement tous les actes islamophobes en France. Ces actes seraient depuis quelques années en hausse; ils visent aussi bien les personnes que les institutions. Ainsi, dans son rapport annuel, le CCIF nous dit avoir enregistré 469 faits pour l’année 2012, 418 visent les personnes et 51 les institutions. Quarante mosquées auraient été taguées ou visées par des actes de vandalisme. Sur les 418 actes recensés contre des personnes, 353 touchent des femmes. Le CCIF souligne en effet que les femmes et les signes religieux sont particulièrement discriminés: parmi les victimes d’actes islamophobes, la surreprésentation des femmes voilées, et notamment celles qui portent le hijab, est frappante, ce qui semble indiquer que ce sont les musulmans les plus radicaux, qui sont à la fois les plus revendicatifs et les plus procéduriers, qui se plaignent d’être victimes de l’islamophobie. Le rapport insiste sur le fait que les services publics constituent « le premier acteur de l’islamophobie ». On dénombre 101 actes (24,16% du total) liés aux services de l’Éducation nationale. Viennent ensuite les guichets publics (47 actes) et les services de police (23 actes). L’école est clairement désignée comme le principal acteur du rejet des musulmans: « Les mères d’élèves voilées sont ainsi les premières victimes: elles sont exclues de l’accompagnement des sorties scolaires de leurs enfants. Les enfants, quant à eux, ne sont pas épargnés, qu’il s’agisse de la violence morale, voire parfois physique, qui leur est faite de devoir consommer de la viande non halal ou du porc à la cantine scolaire« . Ainsi, la dénonciation de l’islamophobie, que certains députés socialistes relaient par pur clientélisme électoral, vise d’abord à faire céder les services publics, et particulièrement l’Éducation nationale.

Alors qu’on imaginait une France violemment et massivement islamophobe, la lecture du rapport du CCIF déçoit: pas de lynchage, pas de nuit de cristal, pas d’attaques à la kalachnikov, pas d’attentat suicide à la sortie de la mosquée! Finalement, ce sont les personnels de l’Éducation nationale et ces salauds de profs qui sont islamophobes! Salauds de profs, des affreux qu’on voudrait ignorer, chasser de sa mémoire, balayer. Et Vincent Peillon qui en rajoute une couche avec sa Charte de la laïcité où il est précisé qu’aucun élève « ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme« . Ben voyons. Si l’on veut vraiment faire respecter la charte, le nombre des actes islamophobes recensés par le CCIF augmentera fatalement. De toute façon, en y réfléchissant, le Ministre devrait se rendre à l’évidence: la laïcité ne ressemble-t-elle pas de plus en plus à la ligne Maginot?

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13 septembre 2013 at 12 12 58 09589

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Régulation de la concurrence

Samedi, en réponse à la recrudescence de la violence, le Ministre de l’intérieur Manuel Valls avait réuni à Marseille des élus et des représentants de l’État dans le cadre de ce qu’il appelle pompeusement un « pacte national« . Des députés socialistes tels que Jean-Noël Guérini, mis en examen pour association de malfaiteurs, et Sylvie Andrieux, condamnée en première instance pour détournement de fonds publics, ont assisté à cette petite sauterie.

Quand on y pense, demander à Jean-Noël Guérini et à Sylvie Andrieux de lutter contre le grand banditisme, ça vaut son pesant de merde, c’est un peu comme si des marchands d’armes conventionnelles voulaient intervenir en Syrie pour punir Bachar Al-Assad d’utiliser des armes chimiques.

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10 septembre 2013 at 16 04 05 09059

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ChEvÈnEmEnT Not DeAd !

J’ai toujours bien aimé Jean-Pierre Chevènement, notamment pour son indépendance d’esprit et sa droiture intellectuelle. C’est à lui que je dois de m’être fait traité une première fois de réac; c’était un peu comme si des bobos m’avaient décerné la légion d’honneur. C’était en 1992, à la veille du référendum sur le traité de Maastricht: lors d’un dîner, alors que j’exprimais mon scepticisme, des amis avaient essayé de me convaincre que la monnaie unique, c’était le progrès, c’était cool et moderne. Curieusement, aujourd’hui, ce sont les mêmes personnes, qui votèrent bien entendu en faveur du traité, qui tirent à boulet rouge sur cet euro qui aggraverait le chômage et la précarité. Mais passons. Mercredi dernier, une fois de plus, Jean-Pierre Chevènement a su trouver les mots justes, lors d’un discours qu’il a prononcé au Sénat, dans le cadre du débat sur la situation en Syrie. Alors que la France se retrouve bien isolée sur la question syrienne, lâchée par ses alliés européens, et que François Hollande s’est couvert de ridicule en manifestant trop vite et trop imprudemment sa volonté de « punir » le régime syrien, Jean-Pierre Chevènement a su mesurer les enjeux et exprimer les doutes que l’on peut légitimement avoir avant d’intervenir. Tout en égratignant au passage le droit-de-lhommisme de ceux qui semblent s’indigner des seules victimes d’une attaque chimique. Extraits.

[…] En réalité, c’est la nature même de la guerre engagée en Syrie qui faisait et fait encore problème aujourd’hui. C’est une guerre civile et plus que cela une féroce guerre interconfessionnelle. Assad, dictateur brutal, défend les prérogatives d’une minorité, celle des Alaouites qu’il sait soutenus par d’autres minorités, chrétiennes par exemple mais aussi par une fraction de la majorité sunnite qui a longtemps bénéficié de la stabilité des courants d’affaires. L’expression « Assad doit partir ! » sous-estimait à l’évidence les appuis dont il disposait. La seule issue de cette guerre civile barbare est une issue négociée entre les deux camps.

Les Sunnites ou du moins une majorité d’entre eux veulent l’effacement des Alaouites. Ils doutent d’y réussir par la force. Ils comptent sur l’intervention extérieure, à l’exemple de ce qui s’est passé en Libye. Mais comparaison n’est pas raison. […]

La France doit d’autant plus se placer sur le terrain du droit international qu’elle est elle-même l’un des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU. C’est son intérêt. Pour être une puissance repère, comme l’ont souhaité le Président de la République et vous-même, dans votre brillante intervention en conclusion de la Conférence des Ambassadeurs, la France ne doit pas s’affranchir du Droit. Or, le droit d’ingérence n’existe pas au regard de la Charte des Nations Unies. La mise en œuvre de la responsabilité de protéger, énoncée par l’Assemblée Générale des Nations Unies dans son document final de 2005, souligne que cette responsabilité incombe d’abord à chaque Etat et à défaut à la communauté internationale, je cite : « par une action collective résolue, par l’entremise du Conseil de Sécurité, conformément à la Charte, notamment son chapitre VII. Voilà ce que dit le droit.

Des frappes aériennes sur la Syrie ne pourraient ainsi s’effectuer qu’en dehors du cadre de la légalité internationale. Vous invoquez la légitimité et même vous essayez d’invoquer une autre source de droit en vous référant à la convention ancienne et aujourd’hui dépassée de 1925 interdisant l’utilisation, en temps de guerre, des armes chimiques dont la Syrie et pour cause – elle était alors sous mandat français – n’était pas partie prenante. Quant à la Convention plus récente sur l’interdiction des armes chimiques signée à Paris le 13 janvier 1993, vous savez pertinemment que ni la Syrie ni l’Egypte ne l’ont signée, le négociateur égyptien de l’époque, M. Amr Moussa, ayant alors expliqué que son pays y adhérerait quand les armes de destruction massive, nucléaires, bactériologiques et chimiques auraient été éliminées du Proche-Orient, la détention d’une telle arme contribuant, selon lui, à un équilibre de dissuasion régional. La Conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP) de mai 2010 vise la création d’un Moyen-Orient dénucléarisé. C’est dans ce cadre général qu’il faut agir pour préserver dans cette région les équilibres de sécurité. A l’heure actuelle, deux Etats ont signé mais n’ont pas ratifié la Convention d’interdiction des armes chimiques : la Birmanie et Israël, et six autres demeurent en dehors : Angola – Corée du Nord – Egypte – Somalie – Soudan du Sud – Syrie.

Vous évoquez la notion de crime contre l’humanité mais j’observe que le statut de Rome, portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI), définit celui-ci très largement dans son article 7, mais ne mentionne pas spécifiquement l’utilisation d’armes chimiques. Dans la logique morale où vous vous placez, qui ne faut-il pas punir ? Les utilisateurs de bombes à fragmentation, de bombes au napalm, les pays qui refusent de signer les conventions d’interdiction des armes chimiques, bactériologiques, nucléaires, ceux qui n’ont pas ratifié le traité d’interdiction des essais nucléaires, ceux qui répriment par balles leur opposition ? La liste serait longue des Etats qu’il faudrait punir.

Aussi bien est-on sûr à 100 % de l’origine des frappes ? Or, n’ont été produits jusqu’à présent, au dire même de nos autorités, que des « faisceaux d’indices ». Exerçons le doute méthodique cher à Descartes. L’hypothèse qu’un groupe extrémiste comme le Front Al Nosra alimenté par des fournitures d’armes extérieures ou par des stocks qu’il aurait pu détourner, ait pu perpétrer ce crime abject pour entraîner une intervention occidentale n’a pas été sérieusement examinée. Or, chacun sait que les déclarations du Président Obama d’août 2012 faisant de l’utilisation d’armes chimiques la ligne rouge légitimant une intervention militaire, ont provoqué depuis lors une surenchère d’accusations parmi les groupes d’opposition et leurs relais. Nous savons depuis les guerres yougoslaves que des populations d’un des belligérants peuvent être choisies comme cibles pour justifier une intervention extérieure. Dans une guerre intercommunautaire féroce comme celle-là, nous ne pouvons pas avoir un degré absolu de certitude. Aussi bien on ne discerne pas clairement quel eût été l’intérêt du régime syrien qui avait pris le dessus par des moyens conventionnels, d’ailleurs tout aussi barbares.Ainsi la morale remplace le droit. Ce n’est pas un progrès car seul le droit protège tandis que la morale d’où procède la sanction est à l’appréciation des plus forts. La France doit être le soldat du Droit. L’esprit de défense n’a rien à gagner à ce que la France confectionne un droit à sa mesure, en marge du droit international reconnu par l’ONU.

J’en viens maintenant au fond politique de cette affaire. Quels sont nos objectifs politiques ?

L’opposition syrienne démocratique est divisée. La guerre l’a marginalisée au profit de groupes extrémistes. Le cours des révolutions arabes en Tunisie et plus encore en Egypte doit nous rendre prudents. Le premier acte ne pouvait que recueillir notre sympathie. Le second acte a vu l’islamisme politique prendre le pas sur les revendications démocratiques initiales et tendre à la confiscation du pouvoir. Des minorités de plus en plus importantes se sont senties menacées. En Egypte, l’armée a interrompu le processus, avec d’ailleurs – je le note – le soutien de l’Arabie Saoudite. Est-ce là notre référence ? Quelle cohérence y a-t-il entre notre combat justifié au Mali contre les groupes djihadistes armés et la complaisance dont nous ferions preuve à l’égard de ces mêmes groupes dans la guerre civile qui déchire la Syrie ? La France doit soutenir partout non pas l’islamisme politique mais la démocratie, au Mali, au Niger, en Libye, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Arabie Saoudite, au Qatar, à Bahreïn, dans le respect du principe de non ingérence, bien sûr, et sous le contrôle du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU).

Quel effet des frappes américaines et françaises, même brèves et limitées, auront-elles ? D’ores et déjà la menace des frappes a fait se gonfler le flot des réfugiés aux frontières du Liban et de la Jordanie. On ne pourra pas éviter les dommages collatéraux, surtout si les stocks d’armes chimiques sont visés. Que se passera-t-il le jour d’après ?

D’autres frappes ? Sur la Syrie ? Il serait terriblement imprudent de cibler l’arsenal chimique syrien. Ou sur l’Iran ? Un engrenage incontrôlable risque de se mettre en marche. Encore une fois restons fidèles à Descartes et traitons séparément des dossiers dont la solution doit rester distincte : la Syrie, la Palestine, l’Iran. La « fabrication d’un ennemi » est chose facile. Elle sert rarement la cause de la paix.

Le rôle de la France doit être de faire pression pour que l’opposition syrienne désigne ses représentants à la Conférence de Genève II et que celle-ci puisse se réunir dans les prochaines semaines. Cette négociation peut se faire par des rencontres bilatérales dans les couloirs du G20, à Saint-Pétersbourg, mais le G20 n’a pas vocation à remplacer le CSNU. C’est dans le cadre de celui-ci que nous pouvons obtenir une trêve dans la guerre civile et un compromis qui préserve autant que possible l’unité de la Syrie. La balkanisation de la Syrie serait, comme nous le voyons aujourd’hui en Irak, la source de malheurs encore plus grands. Des frappes militaires risquent non de faciliter un compromis mais de reporter aux calendes la négociation nécessaire.

Il faut mettre un peu de cohérence dans notre politique: c ’est une facilité de crier « Munich ». C’est du même niveau que Guy Mollet assimilant Nasser à Hitler. Ce n’est pas digne des républicains que nous devrions être.

Le bilan des ingérences passées – Irak, Kosovo, Libye – n’est pas reluisant. Sachons tirer les leçons de l’expérience. […]

Ce discours, que j’applaudis des deux mains, est à découvrir dans son intégralité ici.

Written by Noix Vomique

6 septembre 2013 at 15 03 19 09199

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