Noix Vomique

Archive for octobre 2013

François Hollande demande pardon pour la bataille de Poitiers

Agence de Presse, publié le 25 octobre 2013 à 15h29.

François Hollande a officiellement demandé pardon pour la bataille de Poitiers. Dans un communiqué, le président de la République a déclaré que «le 25 octobre 732, ce sont la science, les arts et la civilisation de l’Islam qui ont reculé devant la barbarie franque» et que «cette bataille était l’expression d’un refus maladif du vivre-ensemble». L’historienne Suzanne Citron, interrogée par BFMTV, a rappelé que, depuis cette bataille, l’islamophobie était «le moteur de l’histoire de France». Dans Le Monde, l’historien Gilles Manceron a expliqué que cette bataille est un «évènement d’une gravité exceptionnelle» dans le sens où elle «inaugure la violence que l’on retrouvera dans toutes les guerres coloniales». Tout le monde s’accorde d’ailleurs pour dire que la bataille de Poitiers, par son caractère brutal et raciste, est à l’origine du nazisme.

Le geste de repentance de François Hollande intervient en pleine polémique à propos du dernier livre de Lorànt Deutsch, Hexagone. Un collectif d’historiens reproche au comédien Lorànt Deutsch de proposer une vision idéologique de la bataille de Poitiers. Ces historiens rappellent en effet, avec une grande rigueur scientifique, et bien sûr sans aucun parti pris, que «[la bataille de Poitiers] reste une référence des groupes identitaires et de l’extrême droite qui, jusqu’à Marine Le Pen, voient dans la victoire de Charles Martel une Gaule (et donc, pour eux, la France) sauvée du péril musulman, qui nous menacerait à nouveau aujourd’hui, mais cette fois par l’immigration, en particulier celle venue d’Afrique du Nord». En demandant pardon pour la bataille de Poitiers et en condamnant implicitement l’islamophobie de Charles Martel, c’est en fait un coup terrible, et sans doute fatal, que François Hollande, à quelques mois des élections municipales, vient d’asséner à l’extrême-droite.

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Napoléon III caricaturé en singe ? Et vous trouvez ça drôle ?

Napoléon III, caricaturé en singe par Faustin Betbeder (1870).

Napoléon III, caricaturé en singe par Faustin Betbeder (1870).

Ah, on peut dire qu’il fut caricaturé, Napoléon III. De son vivant. Et bien après sa mort. Il a eu droit à tout: on l’a assimilé à un singe, comme sur cette lithographie de Faustin Betbeder, et on a même essayé plus récemment de lui comparer Nicolas Sarkozy.

En fait, les Républicains sont rancuniers: ils n’ont jamais pardonné à Louis-Napoléon Bonaparte d’avoir liquidé la République et installé un régime autoritaire. La gauche ne lui a pas pardonné, non plus, d’avoir associé les milieux d’affaire au pouvoir. Aussi, lorsque la République est rétablie, tous ces gens vont construire une légende noire que l’on retrouvera jusque dans les manuels scolaires: le bilan de Napoléon III se résumerait au Coup d’État du 2 décembre 1851, au fiasco mexicain et au désastre de Sedan. Victor Hugo deviendra ce héros qui s’est opposé à «Napoléon le Petit» et qui, exilé à Guernesey, rentrera en France seulement «quand la liberté y rentrera».

Il faut attendre la fin du vingtième siècle pour que le regard des historiens évolue sur le Second Empire. Déjà Philippe Séguin avait ouvert la voie d’une réhabilitation en publiant en 1990 Louis Napoléon le Grand: le portrait qu’il dressait de Napoléon III était sans doute un peu trop gaullien. C’est Pierre Milza, par ailleurs grand historien du fascisme, qui a montré dans une excellente biographie parue en 2004 [1] que le règne de Napoléon III ne fut pas si désastreux. Certes, Napoléon III est l’homme du 2 décembre 1851; les gauchistes ont du mal à s’en remettre, condamnés à rabâcher que l’armée assassina dans la préfecture des Basses Alpes ceux qui s’opposèrent au coup d’État. Ils oublient un peu vite que la répression n’est pas l’apanage du Second empire: la République qui l’a précédé n’hésita pas à envoyer le Général Cavaignac massacrer les manifestants lors des journées insurrectionnelles de juin 1848 (4000 morts et 15000 arrestations) et la République qui l’a suivi réprima violemment la Commune de Paris en mai 1871 (30000 morts, 46000 arrestations). On a reproché à l’Empereur de s’entourer d’hommes d’affaires: d’anciens saint-simoniens tels que l’économiste Michel Chevalier ou les frères Pereire le conseillent; le banquier Achille Fould est ministre, l’industriel Eugène Schneider est vice-président du Corps législatif. Mais, tout en étant un défenseur du libéralisme, Napoléon III est persuadé que c’est l’action de l’État qui doit favoriser l’essor économique. Il encourage la création de grandes banques qui investiront dans les chemins de fer, les lignes télégraphiques, les transports maritimes, les grandes entreprises industrielles. Ces banques financent également des projets d’aménagement du territoire, que ce soit l’assèchement de la Sologne, l’irrigation en Provence, les plantations dans les Landes ou encore la rénovation urbaine, à Paris ou ailleurs. Parallèlement, la condition ouvrière s’améliore. Le droit de coalition et de grève est accordé aux ouvriers en 1864 et les associations de travailleurs se développent. Enfin, n’oublions pas Victor Duruy, qui entreprend une profonde réforme de l’éducation: il encourage la gratuité de l’école, oblige les communes de plus de 500 habitants à construire une école de filles et revalorise les salaires des instituteurs.

Il est donc indéniable que la France s’est modernisée sous le Second Empire, d’une modernité qui devrait d’ailleurs plaire à la gauche, si bien qu’il n’est pas stupide de penser à réhabiliter Napoléon III. Ou, plus exactement, comme le dit Pierre Milza, la France devrait se le réapproprier. Mais les caricatures ont la vie longue et, encore aujourd’hui, les lycéens sont censés étudier ce poème de Victor Hugo extrait des Châtiments (III, 3):

Un jour, maigre et sentant un royal appétit,

Un singe d’une peau de tigre se vêtit.

Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.

Il avait endossé le droit d’être féroce.

Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suis

Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! »

Il s’embusqua, brigand des bois, dans les épines ;

Il entassa l’horreur, le meurtre, les rapines,

Égorgea les passants, dévasta la forêt,

Fit tout ce qu’avait fait la peau qui le couvrait.

Il vivait dans un antre, entouré de carnage.

Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.

Il s’écriait, poussant d’affreux rugissements :

« Regardez, ma caverne est pleine d’ossements ;

Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,

Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre ! »

Les bêtes l’admiraient, et fuyaient à grands pas.

Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,

Déchira cette peau comme on déchire un linge,

Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu n’es qu’un singe ! »

La lithographie de Faustin Betbeder ou la fable de Victor Hugo nous montrent combien les temps ont changé. Même les caricatures ne sont plus ce qu’elles étaient: aujourd’hui, un photomontage paresseux, assorti de quelques mots sans esprit, fait le buzz. Logiquement, cet humour d’analphabète fait réagir les associations antiracistes et la ministre visée s’abaisse même à dénoncer une «pensée mortifère et meurtrière». Au dix-neuvième siècle, personne n’était choqué de voir Napoléon III caricaturé en singe car il était courant de réserver ce sort aux puissants. Dans l’argot des ateliers, le singe désignait le patron. Ceci dit, en y réfléchissant, avec notre façon de penser d’aujourd’hui, caricaturer Napoléon III en singe n’avait aucun sens: Louis-Napoléon Bonaparte n’était pas noir.

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[1] Pierre MILZA. Napoléon III, Perrin, Paris, 2004, 699 pages.

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Quand certains laïcards mériteraient d’être tondus

Rue89 a publié cette semaine l’article consternant d’un professeur qui, tout en se présentant comme « athée et anticlérical« , a décidé, au nom de la laïcité, de poser un jour de congé pour l’Aïd-el-Kébir. C’est bien sûr complètement incohérent et notre laïcard ne recule devant aucun poncif pour se justifier:

Le calendrier des congés scolaires n’a rien de laïc. Il conforte la place de la tradition chrétienne comme base de la société française. Mais le peuple de France a changé. Et tant mieux, car les cultures se mélangent, se complètent, se confrontent parfois mais finalement, c’est une richesse intellectuelle. Il serait donc temps de prendre en compte cette diversité. Or, aujourd’hui, l’islam est la deuxième religion de France, la première dans certains territoires. Ce qui a été acceptable pour le catholicisme ne le serait pas pour l’islam ?

De tout temps, il y a eu des collabos, c’est-à-dire des gens qui, sans doute par esprit de soumission mais aussi pour avoir la paix, épousent l’idéologie de ceux qui les envahissent. Aujourd’hui, l’allégeance de ce professeur d’un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis rejoint le clientélisme du Premier ministre qui, à l’occasion de l’Aïd-el-Kébir, vient d’adresser ses voeux à tous les musulmans de France. Quant à la laïcité, elle est ici invoquée pour permettre aux islamistes de faire aboutir leurs revendications communautaires. Et là, je ne peux m’empêcher de songer à ce que disait, à propos de la laïcité, ce cher René Rémond, qui fut mon professeur et pour lequel je garde une tendresse particulière.

Tout le monde parle de laïcité sans prendre toutefois la peine d’en donner une définition. Comme René Rémond l’écrivait en 1995 dans un article intitulé  La laïcité et ses contraires, l’idée de laïcité, qui s’est enrichie avec le temps, se définit par rapport à une « pluralité de contraires« . En effet, la laïcité, ce n’est pas l’athéisme ou le rejet de la religion, contrairement à ce que beaucoup semblent penser. Ce n’est pas nécessairement la séparation, puisque la séparation de l’Église et de l’État n’existe pas en Alsace. La laïcité, ce n’est pas non plus la tolérance ni la libre pensée.

Revenons d’abord sur le texte de la loi de 1905. L’article 1 nous dit que la République assure la liberté de conscience et qu’elle garantit le libre exercice des cultes. C’est tout. Il s’agit ici d’une loi d’inspiration libérale: l’État, qui renonce à toute référence religieuse, reconnaît à tous et à chacun la liberté publique de conscience. Ainsi, on peut considérer que la pratique religieuse est non seulement privatisée, dans la mesure où l’on distingue la sphère du privé de celle du public, mais qu’elle est également ouverte à la concurrence puisque chacun est libre de pratiquer le culte de son choix. Quoi de plus libéral, en effet? Enfin, l’égalité devant la loi est un aspect extrêmement important de la laïcité. René Rémond précise en effet que « la laïcité, c’est aussi l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion » [1]:

La laïcité, c’est la neutralisation du fait religieux pour la définition des droits ; il ne doit intervenir ni à l’avantage des uns ni au détriment des autres; la laïcité implique le découplage de l’appartenance religieuse et de l’appartenance politique, la dissociation entre citoyenneté et confessionnalité. Ni l’État ni la société ne doivent prendre en compte les convictions religieuses des individus pour déterminer la mesure de leurs droits et de leurs libertés.

Aussi, quand ils affichent leur appartenance religieuse et qu’ils invoquent l’islamophobie pour obtenir de nouveaux droits, comme celui par exemple de porter le voile ou le niqab, les islamistes vont à l’encontre de la laïcité: ils sont dans une démarche de revendication communautaire. Dans une interview accordée au journal La Croix en 2003, René Rémond avait déjà exprimé son inquiétude face à la montée de ces revendications:

Faut-il interdire le port de signes religieux à l’école ?

– J’avoue être par principe réservé. Il me paraît choquant de légiférer là-dessus. Ce serait revenir à une politique d’interdits dans la religion… que l’on était parvenu à dépasser, avec un siècle de pratique de la laïcité. Il faut bien voir que le problème posé par l’islam traduit une régression.

Le problème du voile pose en fait celui de la manifestation du religieux dans l’espace public…

– Dans la conception d’une laïcité intransigeante, c’était simple : le religieux reste confiné dans l’espace privé. Cette position ne tient plus: le fait religieux possède par nature une dimension sociale. De plus, la société a évolué, et on trouve normal que toutes ses composantes s’expriment. Mais cette expression ne doit pas remettre en cause l’unité nationale. Sinon, on court le risque d’une situation à la libanaise, où les citoyens ne le sont qu’au travers de leur appartenance religieuse…

Vous semblez inquiet ?

– Je le suis devant cette montée de revendication identitaire. Par exemple, la demande des musulmans de disposer de cimetières particuliers me paraît aller à l’encontre d’une pratique communautaire nationale. Est-ce un grand progrès que désormais dans certains magasins, on ne trouve que des aliments préparés selon les prescriptions mosaïque ou musulmane. Les revendications des musulmans vont aller s’élargissant. Après les mosquées, ils vont demander de faire entendre cinq fois par jour le muezzin… Dès lors, faudrait-il interdire tous les sons religieux ? On va au-devant d’un grand débat de société.

Quand ils utilisent la laïcité pour défendre leur différence, les islamistes vont donc à l’encontre de la laïcité. On se rend alors compte à quel point la laïcité est un concept qui leur est étranger. Car c’est en effet un concept occidental, pour ne pas dire chrétien: les adjectifs «laïque» et «séculier» n’appartiennent-ils pas au vocabulaire de l’Église? Comme l’explique l’historien Élie Barnavi dans son essai Les religions meurtrières [2], «partout en Occident, la séparation de l’Église et de l’État s’est imposée comme l’un des traits majeurs de sa culture politique, mieux, une caractéristique essentielle de sa civilisation»:

Que cette sortie du religieux soit problématique, la querelle de la laïcité, qui a rebondi en France de si spectaculaire manière autour d’un bout de tissu, le montre bien. L’Occident oublie que sa laïcité est née d’une histoire particulière, et que cette histoire lui a légué une conception du sacré qui n’a pas de sens ailleurs. Ainsi, l’hébreu et l’arabe ignorent tout bonnement le vocable «laïc» qu’ils traduisent comme ils peuvent -et improprement- par des néologismes: l’hébreu par khiloni, ce qui signifie «profane», l’arabe par ilmani, qui signifie «rationaliste» ou «érudit» (dérivé de la racine ilm, «savoir»). Les Turcs, eux, ont sagement opté pour l’adoption pure et simple du terme français: laik. «Laïc», rappelons-le, est d’abord un mot d’église, qui rend compte de l’état de celui qui n’est pas clerc, tout comme «séculier», qui vient de saeculum et renvoie au monde d’ici-bas.

La laïcité n’est pas un concept universel. La séparation des pouvoirs, l’un temporel et l’autre spirituel, est une particularité de l’Occident chrétien. En revanche, en Islam, il n’y a pas de séparation entre le religieux et le politique, comme le soulignait René Rémond, encore lui, dans la revue Pouvoirs:

Les sociétés musulmanes aussi pérennisent en notre temps le modèle des sociétés occidentales d’Ancien Régime, et pas seulement celles qui sont gagnées par la révolution islamique à l’iranienne. En dehors de quelques pays où s’ébauche une tentative de synthèse entre religion traditionnelle et influence occidentale, il n’est guère d’État, où l’islam est la religion dominante, qui accorde l’égalité des droits à ceux de ses ressortissants qui ne sont pas de la religion du Prophète. L’idée d’une dissociation entre religion et citoyenneté, à plus forte raison celle d’un découplage entre la loi civile et la loi religieuse, sont étrangères à la conception islamique des rapports entre communauté religieuse et société civile et politique.

En France, la laïcité s’est imposée par la force, contre une Église qui résistait, alors que, dans les pays protestants, la religion a accompagné la révolution libérale. Résultat: la laïcité à la française, qui a pris un tour nettement anticlérical, voire antireligieux, est particulièrement intransigeante. Or la laïcité n’implique pas nécessairement la négation de l’histoire ou de la tradition culturelle du pays. En France,  en effet, d’un point de vue historique comme statistique, toutes les religions ne sont pas dans la même situation: qu’on le veuille ou non, le christianisme, et notamment le catholicisme, est une composante essentielle de l’identité nationale et reste un fait majoritaire au sein de la population. Aussi, la laïcité telle qu’elle est défendue par certains gauchistes, comme ce professeur de Seine-Saint-Denis, pourrait être qualifiée de néo-laïcité: elle est à la fois amnésique, acculturée et anti-religieuse. En niant l’histoire  et l’identité de la France, elle fait le jeu des musulmans les plus radicaux. Pour Élie Barnavi, c’est d’ailleurs toute l’Europe qui sous-estime aujourd’hui la menace islamique parce qu’elle a oublié, en devenant laïque, que les religions pouvaient engendrer la violence.

L’idée et la pratique de la laïcité est en France le résultat d’une longue maturation que l’on peut, comme René Rémond, considérer comme un véritable progrès intellectuel. Il ne faudrait pas que l’islam, en faisant apparaître de nouvelles situations, fasse régresser le débat. Or, les islamistes et leurs amis s’abritent derrière la laïcité pour faire progresser des revendications qui sont justement contraire à la laïcité. Et quand on leur rappelle quels sont justement les principes de la laïcité, comme avec cette charte que Vincent Peillon a présentée en septembre dernier, ils se sentent visés et crient à l’intolérance et à l’islamophobie. Pourquoi se gêner: ils se savent soutenus par une certaine gauche, qui essaie de capter l’électorat musulman, voire qui voit là l’occasion de renier les racines chrétiennes de la France. Pour cette gauche-là, la haine de la France et le goût de l’allégeance donnent le droit de piétiner l’idée même de laïcité. Pour toutes ces raisons, le professeur de Seine-Saint-Denis qui a posé un jour de congé pour l’Aïd mériterait d’être tondu par ses collègues.

[1] René RÉMOND – La laïcité et ses contraires in Pouvoirs n°75 – La laïcité – novembre 1995 – pp.7-16.

[2] Élie BARNAVI. Les Religions meurtrières, Paris, Flammarion, 2006, 172 pages.

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Du clientélisme au parti socialiste? Vous voulez rire?

Dimanche, alors que le candidat du Front National remportait nettement l’élection cantonale de Brignoles, dans le Var, la ministre Marie-Arlette Carlotti était largement battue lors de la primaire socialiste de Marseille par Samia Ghali, la sénatrice des quartiers nord. Ces deux évènements, qui entrent en résonance, révèlent à quel point le parti socialiste se retrouve dans le rôle du docteur Frankenstein qui ne contrôle plus ce qu’il a créé: le Front National et les enfants de l’immigration, qui étaient les deux pièces maîtresses de sa stratégie électorale, sont en train de lui échapper.

À Marseille, Marie-Arlette Carlotti, humiliée alors qu’elle était donnée favorite, a dénoncé les pratiques clientélistes de sa rivale. Du clientélisme, au parti socialiste? Non, mais, où va-t-on? On croit rêver, on se pince! Franchement, c’est comme si on nous disait que le think tank socialiste Terra Nova, lors de l’élection présidentielle, avait conseillé au candidat François Hollande d’abandonner la classe ouvrière pour cibler un électorat « plus jeune, plus féminin, plus divers, plus diplômé, mais aussi plus urbain et moins catholique« . Que veut dire Marie-Arlette Carlotti lorsqu’elle parle de clientélisme? Que les électeurs sont des clients? Un client, étymologiquement, c’est celui qui obéit. À Rome, le client était un citoyen pauvre qui se dévouait corps et biens à un patron, comme l’a expliqué Fustel de Coulanges dans La Cité antique (1864): « Le patron lui doit la subsistance, à lui [au client] et à ses enfants; mais en retour il doit son travail au patron. On ne peut pas dire qu’il soit précisément esclave; mais il a un maître auquel il appartient et à la volonté duquel il est soumis en toute chose. Toute sa vie il est client, et ses fils le sont après lui. » Vu comme cela, on peut se demander si les habitants des quartiers nord de Marseille ne sont pas de bons clients, que l’on maintient dans la pauvreté et que l’on veut faire voter aveuglément pour ceux qui leur promettent la protection de l’État-providence. Samia Ghali, qui est l’épouse d’un proche de Jean-Noël Guérini, n’agit-elle pas en caïd patronne lorsqu’elle fait circuler « des dizaines de minibus » et des enveloppes « d’argent« ? Enfin, en parlant de clientélisme, Marie-Arlette Carlotti semble insinuer que le vote, à Marseille, a eu un caractère clairement ethnique. Cette émergence d’un vote communautaire n’était-elle pas prévisible? Le soir de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle, les drapeaux sur la place de la Bastille ne nous indiquaient-ils pas que le communautarisme, c’était désormais maintenant?

Mardi, à l’occasion de l’Aïd el Kebir, comme s’il ne s’était rien passé dimanche, comme s’il n’avait pas compris que c’est un boomerang que sa ministre s’est pris en pleine tronche, Jean-Marc Ayrault a adressé ses voeux à tous les musulmans de France. À la grande Mosquée de Paris, il a tenu à saluer l’islam comme « une grande religion de France » qui est « partie prenante de notre pays et des valeurs qui le fondent« . On ne se souvient pas d’avoir entendu le Premier ministre souhaiter de joyeuses Pâques aux Chrétiens. Catholicisme et protestantisme ne sont sans doute pas de grandes religions de France. Aussi, Jean-Marc, comme tu sembles complètement largué, s’il te plaît, accepte ce conseil: continue comme ça, vas-y, lèche les babouches des Musulmans. Continue à donner l’impression que tu méprises les autres Français. Mais ensuite, lorsqu’il ne restera dans le paysage politique que le Front National face au vote communautaire, il ne faudra pas pleurnicher. Quant à Marie-Arlette Carlotti, si le clientélisme l’écoeurait vraiment, elle devrait démissionner du gouvernement et songer à prendre sa retraite.

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16 octobre 2013 at 14 02 56 105610

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Uchronie

Quand l’Iliade débute, les Grecs, menés par Agamemnon, assiègent Troie depuis neuf ans. Les Troyens, retranchés derrière leurs murailles, se défendent vaillamment. Soudain, une terrible épidémie de peste frappe le camp grec: «sans cesse les bûchers brûlaient, lourds de cadavres». Les Troyens s’émeuvent. Ils ont mauvaise conscience. C’est pourtant l’entêtement d’Agamemnon qui est à l’origine de l’épidémie. En effet, depuis une expédition dans une cité voisine, Agamemnon retient prisonnière la jeune Chryséis, qui est la fille du grand prêtre d’Apollon. La gamine est sans doute plus baisable que Clytemnestre car Agamemnon refuse de la rendre à son père. Cela provoque la colère d’Apollon qui sème la peste parmi les Grecs en décochant de son arc d’argent des flèches meurtrières. Mais du haut de leurs murailles, les Troyens se sentent responsables du malheur de leurs assaillants, coupables de leur avoir résisté. Dans un élan de solidarité, après avoir décrété un jour de deuil, ils décident donc de leur ouvrir les portes de la ville. Les Grecs pénètrent dans Troie; ils refourguent la peste aux Troyens. L’histoire s’arrête là. Agamemnon et l’impétueux Achille n’ont pas eu le temps de se disputer et l’Iliade restera un poème mineur dont la réputation ne franchira pas les siècles. La civilisation européenne est d’ores et déjà mal barrée et on en aura la confirmation bien plus tard, lors du siège de Paris en 451, quand Geneviève, débordant de générosité, insiste pour qu’on laisse entrer Attila et ses hordes de Huns. L’Europe, berceau des Droits de l’Homme, n’existera jamais.

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Mais dites-moi, ils ne seraient pas un peu réactionnaires, les syndicats?

Depuis quelques jours, la question de l’ouverture des magasins le dimanche ou la nuit est revenue sur le tapis. La semaine dernière, le magasin Sephora des Champs-Élysées était condamné à fermer le soir à 21 heures. Au même moment, le tribunal de commerce de Bobigny ordonnait aux enseignes de bricolage Castorama et Leroy Merlin de cesser d’ouvrir leurs magasins le dimanche. Les syndicats, qui ont mulitiplié ces dernières années les actions judiciaires, crient victoire alors que les salariés, qui précisent qu’ils sont volontaires pour travailler le dimanche ou le soir, craignent désormais pour leurs emplois. Le débat est lancé et chaque camp nous ressert ses arguments. Il ne faut pas attendre une solution du gouvernement: l’exécutif, incapable de trancher, devenu complètement inaudible à force de cacophonie, n’a rien trouvé de mieux que confier à l’ancien président de La Poste, le controversé Jean-Paul Bailly, une mission consistant à « éclairer les enjeux de l’ouverture de certains commerces le dimanche » et « faire des propositions au gouvernement ». Autant dire qu’on tourne en rond: Jean-Paul Bailly a déjà rédigé un rapport sur le même sujet, en décembre 2007, alors que Nicolas Sarkozy proposait « que les salariés qui veulent travailler le dimanche puissent le faire sur la base de l’accord, du volontariat, qu’ils soient payés le double et que l’on puisse élargir les possibilités de travailler pour créer la croissance« . À l’époque Jean-Paul Bailly avait conclu non sans une certaine ambiguïté que l’attente des consommateurs avait « changé en profondeur » mais que  « le dimanche [devait] rester un jour différent des autres« . Il ajoutait notamment que le dimanche était un  « marqueur historique, culturel et identitaire« .

Séphora, les enseignes de bricolages: les Champs-Élysées ne sont certes pas comparables avec ces immondes verrues commerciales qui poussent à la périphérie des villes. Pourtant, à chaque fois, les syndicats semblent motivés par leur combat contre le libéralisme. Mais au nom de quoi livrent-ils ce combat? Au nom du progrès? De la morale? Ou de la tradition?  Car, dans ce procès du singe à la française, on ne sait pas très bien qui sont les évolutionnistes et les créationnistes. Quand les syndicats, sans se soucier de ce que veulent réellement les salariés, défendent le repos du seul dimanche, et oublient un peu rapidement les gens qui travaillent le samedi, on se demande s’ils ne puisent pas leur inspiration directement dans la Bible, dans la Genèse et, surtout, dans cette source morale fondamentale que sont les Dix commandements (Exode 20:8-11):

Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : c’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié.

Les syndicats nous répondront qu’ils luttent contre l’esclavagisme, blablabla. Ils expliqueront que le repos dominical est un droit et, d’ailleurs, qu’il correspond à une tradition culturelle. Or justement, ce n’est pas la première fois qu’ils défendent une certaine idée de la France, de ses traditions mais aussi de sa moralité. Le travail du soir ou du dimanche ne se fait-il pas au détriment du temps familial? Franchement, quel genre de femme a besoin d’acheter du parfum à onze heures du soir? Quant au mécréant qui a besoin d’acheter une perceuse électrique un dimanche matin: il ne pourrait pas s’occuper plutôt de l’éducation de ses mouflets? Ces considérations nous renvoient au dix-neuvième siècle, lorsque les syndicats combattaient le travail nocturne des femmes.

Au XIXème siècle, en effet, les femmes sont de plus en plus nombreuses à travailler dans l’industrie et on se demande alors s’il faut leur accorder l’égalité avec les hommes ou bien davantage de protection. Finalement, les femmes sont considérées comme des victimes et on se fera protecteur. Lors de son premier congrès en 1866, la 1ère Internationale pose la question du travail des femmes. Le délégué allemand de la section de Magdebourg soutient que la femme honnête doit trouver un mari qui travaille et qui lui permet ainsi de rester à la maison: selon lui, c’est l’unique remède contre la prostitution. Les proudhoniens Félix-Eugène Chemalé et Henri Tolain, de la section française, proposent quant à eux que « le travail des femmes doit être énergiquement condamné comme principe de dégénérescence pour la race et un des agents de démoralisation de la classe capitaliste ». La femme, disent-ils, a reçu de la nature des fonctions déterminées; sa place est dans la famille! Ils considèrent que seule une mère peut élever son enfant pendant son premier âge et ils citent des statistiques qui mettent en avant la mortalité des enfants abandonnés aux nourrices ou aux crèches. Leur arguments sont également d’ordre moral: «À elle seule, la mère est capable de donner à l’enfant une éducation morale, de former un honnête homme. D’autre part, la femme est le lien, l’attrait qui retient l’homme à la maison, lui donne l’habitude de l’ordre et de la moralité, adoucit ses moeurs. Telles sont les fonctions, tel est le travail qui incombre à la femme: lui en imposer un autre est une chose mauvaise » [1]. La proposition de Chemalé et Tolain contre le travail des femmes est adoptée à la majorité. Quant à Henri Tolain, il est connu pour avoir été, à partir de 1876, le rapporteur de la loi sur les syndicats professionnels.

Plus tard, une loi est votée le 2 novembre 1892: elle interdit aux femmes, ainsi qu’aux enfants, de travailler entre 21 heures et 5 heures du matin. Conservateurs et révolutionnaires se sont parfaitement entendus pour reprendre les arguments de la 1ère internationale: pour eux, la femme ne peut être séparée de l’enfant qu’elle a porté et qu’elle doit élever. Une femme qui travaille la nuit n’a pas de moralité. De plus, dans une France préoccupée par le déclin de la natalité, le travail des femmes en usine est accusé de les détourner de la maternité. Enfin, la Grande Dépression a entraîné du chômage et le travail des femmes semble alors faire concurrence à celui des hommes. Autant de raisons pour renvoyer les femmes dans leurs foyers. Aux yeux de nos contemporains, la loi de 1892 est évidemment sexiste: en 2000, pour appliquer les directives de Bruxelles qui exigeait « l’égalité homme-femme« , Martine Aubry, alors ministre du Travail, proposa d’autoriser le travail de nuit des femmes dans l’industrie et une loi fut votée en ce sens en 2001. Mais, un peu comme les partisans de la loi de 1892, qui avaient fait appel à des médecins pour expliquer que  “la privation de sommeil est une des plus pénibles que l’on puisse endurer”, les syndicats n’ont pas renoncé et soulignent, étude de l’INSERM à l’appui, que le risque de cancer du sein augmente significativement de 30% chez les femmes travaillant la nuit.

Les débats parlementaires lors du vote de la loi de 1892 sont révélateurs des enjeux qui se cachent aujourd’hui derrière ces histoires de travail noctune ou dominical. François Deloncle, député républicain opportuniste, s’était alors opposé à l’ajout de quelques articles sur les femmes en couches: “Je ne veux pas que l’on protège la femme après ses couches parce que je suis partisan de la liberté” [2]. C’est en effet au nom de la liberté que l’on s’oppose à la loi de 1892! Or l’enjeu est là, et l’on comprend soudain que notre gouvernement, tant épris de modernité, soit embarrassé par la question: la modernité est aujourd’hui incarnée par ces libéraux qui réclament l’ouverture des magasins le soir et le dimanche au nom justement de la liberté! Peu importe la tradition. À l’inverse, les syndicats, résolument antilibéraux, se retrouvent obligés de défendre des valeurs… hum… réactionnaires.

Pour le gouvernement, il est difficile de trancher sans être pris dans une contradiction. Certes, ce libéralisme qui réclame l’ouverture des magasins le soir et le dimanche est un libéralisme dogmatique qui croit que la liberté permet de faire n’importe quoi. Il est prêt à tout transformer en marchandise. C’est un libéralisme déraciné, qui proclame avec Adam Smith qu’un « marchand n’est nécessairement citoyen d’aucun pays en particulier« . En Europe, il a remplacé les nations par un marché unique. C’est un libéralisme qui n’a aucune culture ni, donc, aucune morale. Il a d’ailleurs dépassé le champ de l’économie pour investir celui du sociétal: n’a-t-on pas vu comment les libéraux soutenaient le mariage pour tous, au risque de saper les fondements de notre civilisation? C’est justement là que la gauche est coincée: elle a trouvé plus moderne qu’elle! Il ne reste donc aux syndicats, et à une certaine gauche, que la seule solution de défendre contre le libéralisme le modèle du dimanche traditionnel, qui est à la fois religieux et familial. Cela les rapproche à la fois des démocrate-chrétiens et des réactionnaires. Aussi, ami syndicaliste, écoute-moi. Abandonne ton marxisme putréfié. Au fond de toi, tu sais bien que ça ne mène nulle part. Tu défends une certaine idée du travail. Une certaine idée de la famille. Tu veux protéger ton pays du libéralisme mondialisé. Rejoins la réaction. Assume enfin le fait d’être réactionnaire. Tu te sentiras mieux. Au fond de toi, ne sais-tu pas que les seules valeurs qui comptent sont le travail, la famille et la patrie?

[1] Jacques Freymond (dir.), La Première Internationale. Recueil de documents, Librairie Droz, Genève, 1962. 2 volumes, 454 et 499 p.

[2] Jacqueline Laufer et al.  « Le travail de nuit des femmes », Travail, genre et sociétés 1/2001 (N° 5), p. 135-160.
URL : www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2001-1-page-135.htm.

Written by Noix Vomique

6 octobre 2013 at 18 06 06 100610

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