Noix Vomique

Quand certains laïcards mériteraient d’être tondus

Rue89 a publié cette semaine l’article consternant d’un professeur qui, tout en se présentant comme « athée et anticlérical« , a décidé, au nom de la laïcité, de poser un jour de congé pour l’Aïd-el-Kébir. C’est bien sûr complètement incohérent et notre laïcard ne recule devant aucun poncif pour se justifier:

Le calendrier des congés scolaires n’a rien de laïc. Il conforte la place de la tradition chrétienne comme base de la société française. Mais le peuple de France a changé. Et tant mieux, car les cultures se mélangent, se complètent, se confrontent parfois mais finalement, c’est une richesse intellectuelle. Il serait donc temps de prendre en compte cette diversité. Or, aujourd’hui, l’islam est la deuxième religion de France, la première dans certains territoires. Ce qui a été acceptable pour le catholicisme ne le serait pas pour l’islam ?

De tout temps, il y a eu des collabos, c’est-à-dire des gens qui, sans doute par esprit de soumission mais aussi pour avoir la paix, épousent l’idéologie de ceux qui les envahissent. Aujourd’hui, l’allégeance de ce professeur d’un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis rejoint le clientélisme du Premier ministre qui, à l’occasion de l’Aïd-el-Kébir, vient d’adresser ses voeux à tous les musulmans de France. Quant à la laïcité, elle est ici invoquée pour permettre aux islamistes de faire aboutir leurs revendications communautaires. Et là, je ne peux m’empêcher de songer à ce que disait, à propos de la laïcité, ce cher René Rémond, qui fut mon professeur et pour lequel je garde une tendresse particulière.

Tout le monde parle de laïcité sans prendre toutefois la peine d’en donner une définition. Comme René Rémond l’écrivait en 1995 dans un article intitulé  La laïcité et ses contraires, l’idée de laïcité, qui s’est enrichie avec le temps, se définit par rapport à une « pluralité de contraires« . En effet, la laïcité, ce n’est pas l’athéisme ou le rejet de la religion, contrairement à ce que beaucoup semblent penser. Ce n’est pas nécessairement la séparation, puisque la séparation de l’Église et de l’État n’existe pas en Alsace. La laïcité, ce n’est pas non plus la tolérance ni la libre pensée.

Revenons d’abord sur le texte de la loi de 1905. L’article 1 nous dit que la République assure la liberté de conscience et qu’elle garantit le libre exercice des cultes. C’est tout. Il s’agit ici d’une loi d’inspiration libérale: l’État, qui renonce à toute référence religieuse, reconnaît à tous et à chacun la liberté publique de conscience. Ainsi, on peut considérer que la pratique religieuse est non seulement privatisée, dans la mesure où l’on distingue la sphère du privé de celle du public, mais qu’elle est également ouverte à la concurrence puisque chacun est libre de pratiquer le culte de son choix. Quoi de plus libéral, en effet? Enfin, l’égalité devant la loi est un aspect extrêmement important de la laïcité. René Rémond précise en effet que « la laïcité, c’est aussi l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion » [1]:

La laïcité, c’est la neutralisation du fait religieux pour la définition des droits ; il ne doit intervenir ni à l’avantage des uns ni au détriment des autres; la laïcité implique le découplage de l’appartenance religieuse et de l’appartenance politique, la dissociation entre citoyenneté et confessionnalité. Ni l’État ni la société ne doivent prendre en compte les convictions religieuses des individus pour déterminer la mesure de leurs droits et de leurs libertés.

Aussi, quand ils affichent leur appartenance religieuse et qu’ils invoquent l’islamophobie pour obtenir de nouveaux droits, comme celui par exemple de porter le voile ou le niqab, les islamistes vont à l’encontre de la laïcité: ils sont dans une démarche de revendication communautaire. Dans une interview accordée au journal La Croix en 2003, René Rémond avait déjà exprimé son inquiétude face à la montée de ces revendications:

Faut-il interdire le port de signes religieux à l’école ?

– J’avoue être par principe réservé. Il me paraît choquant de légiférer là-dessus. Ce serait revenir à une politique d’interdits dans la religion… que l’on était parvenu à dépasser, avec un siècle de pratique de la laïcité. Il faut bien voir que le problème posé par l’islam traduit une régression.

Le problème du voile pose en fait celui de la manifestation du religieux dans l’espace public…

– Dans la conception d’une laïcité intransigeante, c’était simple : le religieux reste confiné dans l’espace privé. Cette position ne tient plus: le fait religieux possède par nature une dimension sociale. De plus, la société a évolué, et on trouve normal que toutes ses composantes s’expriment. Mais cette expression ne doit pas remettre en cause l’unité nationale. Sinon, on court le risque d’une situation à la libanaise, où les citoyens ne le sont qu’au travers de leur appartenance religieuse…

Vous semblez inquiet ?

– Je le suis devant cette montée de revendication identitaire. Par exemple, la demande des musulmans de disposer de cimetières particuliers me paraît aller à l’encontre d’une pratique communautaire nationale. Est-ce un grand progrès que désormais dans certains magasins, on ne trouve que des aliments préparés selon les prescriptions mosaïque ou musulmane. Les revendications des musulmans vont aller s’élargissant. Après les mosquées, ils vont demander de faire entendre cinq fois par jour le muezzin… Dès lors, faudrait-il interdire tous les sons religieux ? On va au-devant d’un grand débat de société.

Quand ils utilisent la laïcité pour défendre leur différence, les islamistes vont donc à l’encontre de la laïcité. On se rend alors compte à quel point la laïcité est un concept qui leur est étranger. Car c’est en effet un concept occidental, pour ne pas dire chrétien: les adjectifs «laïque» et «séculier» n’appartiennent-ils pas au vocabulaire de l’Église? Comme l’explique l’historien Élie Barnavi dans son essai Les religions meurtrières [2], «partout en Occident, la séparation de l’Église et de l’État s’est imposée comme l’un des traits majeurs de sa culture politique, mieux, une caractéristique essentielle de sa civilisation»:

Que cette sortie du religieux soit problématique, la querelle de la laïcité, qui a rebondi en France de si spectaculaire manière autour d’un bout de tissu, le montre bien. L’Occident oublie que sa laïcité est née d’une histoire particulière, et que cette histoire lui a légué une conception du sacré qui n’a pas de sens ailleurs. Ainsi, l’hébreu et l’arabe ignorent tout bonnement le vocable «laïc» qu’ils traduisent comme ils peuvent -et improprement- par des néologismes: l’hébreu par khiloni, ce qui signifie «profane», l’arabe par ilmani, qui signifie «rationaliste» ou «érudit» (dérivé de la racine ilm, «savoir»). Les Turcs, eux, ont sagement opté pour l’adoption pure et simple du terme français: laik. «Laïc», rappelons-le, est d’abord un mot d’église, qui rend compte de l’état de celui qui n’est pas clerc, tout comme «séculier», qui vient de saeculum et renvoie au monde d’ici-bas.

La laïcité n’est pas un concept universel. La séparation des pouvoirs, l’un temporel et l’autre spirituel, est une particularité de l’Occident chrétien. En revanche, en Islam, il n’y a pas de séparation entre le religieux et le politique, comme le soulignait René Rémond, encore lui, dans la revue Pouvoirs:

Les sociétés musulmanes aussi pérennisent en notre temps le modèle des sociétés occidentales d’Ancien Régime, et pas seulement celles qui sont gagnées par la révolution islamique à l’iranienne. En dehors de quelques pays où s’ébauche une tentative de synthèse entre religion traditionnelle et influence occidentale, il n’est guère d’État, où l’islam est la religion dominante, qui accorde l’égalité des droits à ceux de ses ressortissants qui ne sont pas de la religion du Prophète. L’idée d’une dissociation entre religion et citoyenneté, à plus forte raison celle d’un découplage entre la loi civile et la loi religieuse, sont étrangères à la conception islamique des rapports entre communauté religieuse et société civile et politique.

En France, la laïcité s’est imposée par la force, contre une Église qui résistait, alors que, dans les pays protestants, la religion a accompagné la révolution libérale. Résultat: la laïcité à la française, qui a pris un tour nettement anticlérical, voire antireligieux, est particulièrement intransigeante. Or la laïcité n’implique pas nécessairement la négation de l’histoire ou de la tradition culturelle du pays. En France,  en effet, d’un point de vue historique comme statistique, toutes les religions ne sont pas dans la même situation: qu’on le veuille ou non, le christianisme, et notamment le catholicisme, est une composante essentielle de l’identité nationale et reste un fait majoritaire au sein de la population. Aussi, la laïcité telle qu’elle est défendue par certains gauchistes, comme ce professeur de Seine-Saint-Denis, pourrait être qualifiée de néo-laïcité: elle est à la fois amnésique, acculturée et anti-religieuse. En niant l’histoire  et l’identité de la France, elle fait le jeu des musulmans les plus radicaux. Pour Élie Barnavi, c’est d’ailleurs toute l’Europe qui sous-estime aujourd’hui la menace islamique parce qu’elle a oublié, en devenant laïque, que les religions pouvaient engendrer la violence.

L’idée et la pratique de la laïcité est en France le résultat d’une longue maturation que l’on peut, comme René Rémond, considérer comme un véritable progrès intellectuel. Il ne faudrait pas que l’islam, en faisant apparaître de nouvelles situations, fasse régresser le débat. Or, les islamistes et leurs amis s’abritent derrière la laïcité pour faire progresser des revendications qui sont justement contraire à la laïcité. Et quand on leur rappelle quels sont justement les principes de la laïcité, comme avec cette charte que Vincent Peillon a présentée en septembre dernier, ils se sentent visés et crient à l’intolérance et à l’islamophobie. Pourquoi se gêner: ils se savent soutenus par une certaine gauche, qui essaie de capter l’électorat musulman, voire qui voit là l’occasion de renier les racines chrétiennes de la France. Pour cette gauche-là, la haine de la France et le goût de l’allégeance donnent le droit de piétiner l’idée même de laïcité. Pour toutes ces raisons, le professeur de Seine-Saint-Denis qui a posé un jour de congé pour l’Aïd mériterait d’être tondu par ses collègues.

[1] René RÉMOND – La laïcité et ses contraires in Pouvoirs n°75 – La laïcité – novembre 1995 – pp.7-16.

[2] Élie BARNAVI. Les Religions meurtrières, Paris, Flammarion, 2006, 172 pages.

Written by Noix Vomique

19 octobre 2013 à 15 h 58 min

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6 Réponses

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  1. Merci pour tous ces intéressants rappels. Tondus ou pas, il est inquiétant de voir à quel degré de fanatisme, d’irréflexion et probablement d’inculture peuvent descendre certains enseignants. Le fait qu’ils enseignent en Seine-Saint-Denis les rend d’autant plus nuisibles que le gloubi-boulga « idéologique » qu’ils transmettent à ceux qu’on a l’inconscience de leur confier ne peut être corrigé par leur environnement familial ou socio-culturel.

    jacquesetienne

    19 octobre 2013 at 16 h 26 min

    • Pour ce prof, on peut aussi envisager l’hypothèse de la démagogie vis-à-vis de ses élèves, simplement pour avoir la paix… Non seulement les profs gauchistes sont très forts lorsqu’il s’agit d’être démagogues, mais, en plus, ce ne serait pas le premier gauchiste à collaborer au nom de la paix…

      Noix Vomique

      20 octobre 2013 at 9 h 19 min

  2. La tonsure est réservée aux femmes. Pour les collabos mâles, il y a des traitements plus… définitifs.

    didiergoux

    19 octobre 2013 at 16 h 41 min

    • Mais, voyons, il faut vivre avec son temps, il faut faire plaisir à Najat Vallaud-Belkacem! C’était sexiste et discriminant de ne tondre que ces malheureuses femmes! Vive la tonte pour tous!

      Noix Vomique

      20 octobre 2013 at 9 h 28 min

  3. […] Rue89 a publié cette semaine l'article consternant d'un professeur qui, tout en se présentant comme "athée et anticlérical", a décidé, au nom de la laïcité, de poser un jour de congé pour l’Aïd-el-…  […]

  4. Tondu, oui, au minimum mais ça ne le rendra pas moins stupide.
    En revanche, j’en ai un peu marre qu’on me bassine avec la laïcité. Il s’agit juste de nous détourner du vrai problème qui est l’invasion de la France par des gens dont la confession apparaît totalement incompatible avec notre manière de vivre. On veut nous faire gober que la laïcité arrangera tout, foutaise, ces gens-là mettent leurs croyances au dessus de tout et rêvent de nous enfoncer notre laïcité dans la gorge
    (et encore, je suis poli).
    Amitiés.

    NOURATIN

    20 octobre 2013 at 21 h 10 min


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