Noix Vomique

Archive for janvier 2014

Dernière chance ?

Tout a commencé avec la chute de son principal rival, l’économiste priapique, dans la suite nº2806 de l’hôtel Sofitel de New York. C’était un coup de veine, c’était inespéré. C’est une chose d’être né avec une cuillère d’argent dans la bouche, mais avoir le cul bordé de nouilles, c’est mieux. Les nouilles, ça fait prolo, c’est l’anti-Fouquet’s. Or les électeurs étaient prêts à voter pour n’importe qui, du moment qu’ils se débarrassaient de Nicolas Sarkozy: l’élection était donc gagnée d’avance.

Comment, dans ce cas, ne pas croire aux poudres de perlimpinpin et aux formules magiques? Comment ne pas croire en sa bonne étoile? Comment ne pas croire que toutes ces conneries fonctionnent, puisqu’il avait été élu président de la République? Lui, le bullard! On ne peut donc pas lui reprocher d’avoir parié que la courbe du chômage s’inverserait en 2013: il pensait sans doute qu’il suffisait de le dire, d’une façon incantatoire, pour que cela se réalise. Car, depuis qu’il est président, il semble avoir recours à une sorte de pensée magique: il ne cesse de parler, comme s’il croyait au seul pouvoir de la parole. Dès son élection, en mai 2012, il sautait sur sa chaise comme un cabri en invoquant la croissance. De la même façon, les noms de ministères tels que « redressement productif » ou encore « réussite éducative » ressemblaient à des formules votives. On voit les résultats. Pourtant, il continue à se sentir protégé: les philtres d’amour, qui sont aussi des filtres, agissent encore puisque, lors de sa dernière conférence de presse à l’Élysée, aucun journaliste ne l’a ennuyé avec cette fameuse courbe du chômage! Il en a donc profité pour sortir du grimoire sa nouvelle incantation, le pacte, qu’il répète à l’envi. Après le pacte de compétitivité, le pacte de responsabilité. Wouah. Ça ressemble malgré tout à une dernière chance.

Et après? Puisqu’il est persuadé d’être verni de la fistule, va-t-il continuer à se laisser porter par les événements, un peu à l’image de sa vie privée, qui a évolué sous le seul coup des révélations de Closer? Il lui reste encore trois ans à faire le mariole à l’Élysée: après tout, la chance pourrait revenir. En attendant, il faudra qu’on se le farcisse. Les manifestants du Jour de Colère peuvent remballer leurs pancartes Hollande Démission et Béatrice Bourges cesser sa grève de la faim stupide. Car, même si on a le sentiment que le Président fut élu par hasard, son élection est parfaitement légitime et il n’a aucune raison de démissionner. Et que les électeurs de Marine Le Pen aient la décence de la mettre en veilleuse: en 2012, plutôt que choisir la politique du pire, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très patriote, ils n’avaient qu’à voter Nicolas Sarkozy. Il va donc falloir s’armer de patience jusqu’à 2017. Ou alors, faire un coup d’État. Ouais. Mais, allez savoir pourquoi, j’imagine mal les Hommen ou les Caryatides faire un coup d’État.

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29 janvier 2014 at 15 03 35 01351

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Detroit brûle et tes parents ne comprennent pas quel est le problème

Le salon automobile de Detroit, 2014.

Le salon automobile de Detroit, 2014.

Au moment où la famille Peugeot s’apprête à perdre le contrôle de PSA, avec une augmentation de capital dont une partie serait réservée à l’État et au groupe chinois Dongfeng, le Salon international de l’automobile d’Amérique du Nord vient d’ouvrir ses portes dans une ville fantôme, à Detroit. À en croire les spécialistes, cette édition 2014 s’annonce d’ores et déjà comme un bon cru: avec le retour à la croissance, les Américains sembleraient reprendre goût aux voitures puissantes et les visiteurs se comptent par centaines de milliers. Pourtant, cette reprise est célébrée dans une ville nécrosée qui, avec une dette de 18 milliards de dollars, est en cessation de paiement depuis le mois décembre dernier. Il fut une époque où les trois grands constructeurs -General Motors, Ford et Chrysler- produisaient à Detroit plus de 10 millions de voitures par an: c’était avant les deux chocs pétroliers, avant la concurrence des constructeurs japonais et sud-coréens, avant les délocalisations, notamment vers le Mexique où la main-d’oeuvre est moins chère. Aujourd’hui, Detroit, que l’on appelait Motor City, n’est plus que l’ombre d’elle-même, et en regardant ces édifices à l’abandon, on se demande si elle n’a pas été dévastée par une guerre.

Les ruines de l'usine de la Packard Motor Car Company (Source: Spencer Platt/Getty Images)

Les ruines de l’usine de la Packard Motor Car Company (Source: Spencer Platt/Getty Images)

Des bâtiments abandonnés (Source: Joe Gee)

Des bâtiments abandonnés (Source: Joe Gee)

Des maisons abandonnées dans le quartier Est. (Source: Rebecca Cook / Reuters)

Des maisons abandonnées dans le quartier Est. (Source: Rebecca Cook / Reuters)

La Michigan Central train Station, la gare abandonnée. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre)

La Michigan Central train Station, la gare abandonnée. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre)

La salle d'attente de la Michigan Central Station, hier et aujourd'hui. (Source:  Dave Jordano)

La salle d’attente de la Michigan Central Station, hier et aujourd’hui. (Source: Dave Jordano)

Le théâtre des United Artists, construit en 1928. (source:  Yves Marchand et Romain Meffre)

Le théâtre des United Artists, construit en 1928. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre)

Une église méthodiste. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre)

Une église méthodiste. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre)

La bibliothèque publique St Christopher House. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre).

La bibliothèque publique St Christopher House. (Source: Yves Marchand et Romain Meffre).

Ces photos font penser à l’île de Hashima, au Japon, abandonnée en 1974 après la fermeture de la dernière mine de charbon, ou encore à Tchernobyl, déserté après l’accident nucléaire de 1986. Pourtant, la crise de l’industrie automobile ne suffit pas à expliquer le fait que Detroit soit devenue un vaste champ de ruines. La chute a commencé en effet un peu plus tôt: on peut symboliquement retenir la date de 1967.

Detroit, juillet 1967 (Source: Lee Balterman)

Detroit, juillet 1967. (Source: Lee Balterman)

Dans la nuit du 22 juillet 1967, l’intervention musclée de la police dans un bar clandestin de la 12ème rue provoque la colère des Noirs qui fréquentaient l’établissement et qui s’estiment victimes de discrimination. Les boutiques alentour sont pillées puis incendiés, les affrontements avec la police dégénèrent en émeutes. Rien à voir avec les gesticulations foireuses de nos petites racailles en 2005: durant plusieurs jours, Detroit est en proie à la violence et à la terreur. Des quartiers entiers brûlent, des snipers tirent sur les pompiers. Le 24 juillet, le gouverneur du Michigan, George Romney, père de Mitt, demande au président Johnson l’intervention de l’Armée: 4700 parachutistes de la 82ème division aéroportée sont envoyés et finissent par ramener le calme dans la journée du 28 juillet. Bilan: 43 morts, 467 blessés, environ 7200 arrestations et la destruction d’environ 2000 bâtiments. Dès lors, Detroit ne va cesser de se dépeupler: elle a perdu 60% de sa population en une cinquantaine d’années. Aujourd’hui, on compte plus de 78000 bâtiments à l’abandon et 35% du territoire municipal est inhabité. C’est surtout la classe moyenne blanche qui a déserté la ville: alors que les Blancs représentaient encore plus de 70% de la population en 1960, ils ne sont plus que 55% en 1970 puis 10% aujourd’hui. À l’inverse, la population noire reste, et sa part n’a donc cessé d’augmenter: elle est passée de 28% en 1960 à 82% aujourd’hui. Or il s’agit d’une population pauvre (un tiers des habitants de Detroit vit en dessous du seuil de pauvreté), beaucoup plus exposée à l’échec scolaire (47% d’analphabètes), au chômage, à la consommation de drogues et à la délinquance (en 2013, le FBI estimait que Detroit est l’une des villes les plus violentes des États-Unis: le taux d’homicide est 11 fois supérieur à la moyenne nationale). Dans ces conditions, on comprend que le vivre ensemble soit difficile.

Les émeutes de 1967 ne manquèrent pas d’impressionner les jeunes Blancs. C’est le moment où émergent deux groupes de rock locaux, le MC5 et les Stooges d’Iggy Pop, qui sont souvent considérés comme des précurseurs du mouvement punk. Les premiers étaient politisés, les seconds ne l’étaient pas. Les jeunes Blancs, sans doute fascinés par le fait qu’une minorité soit capable d’affirmer sa différence, avaient envie d’imiter les Noirs. Aujourd’hui, on peut observer le même phénomène en France, avec ces jeunes qui, inhibés par SOS Racisme, se rastafarisent ou s’islamisent, allant parfois jusqu’à devenir djihadiste au Proche-Orient. Ainsi, aux États-Unis, l’extrême-gauche voulait s’inspirer du combat des Noirs pour prôner la révolution. L’une des figures du mouvement hippie de Detroit, John Sinclair, fonda le White Panther Party sur le modèle du Black Panther Party. Il était devenu en 1966 le manager du MC5 et, sous son influence, et celle également des drogues, les concerts du groupe devenaient de plus en plus chaotiques et violents et la police tenta plus d’une fois de les interrompre, au prétexte qu’on avait brûlé le drapeau américain sur scène ou que l’on y faisait l’apologie du meurtre. La réputation sulfureuse du MC5 attira l’attention du PDG d’Elektra Records, si bien que le MC5 enregistra son premier album, intitulé Kick Out The Jams, en direct au Russ Gibb’s Grande Ballroom de Détroit, les 30 et 31 octobre 1968. Le son est crade, les paroles parfois inaudibles, mais l’énergie brute qui en émane influencera plus tard les punks. Parmi les chansons, Motor City Is Burning revient sur les émeutes de 1967 et leur ambiance de guerre civile, « pire que le Vietnam« , que « la société blanche ne pourra éviter« . La chanson se termine par ces mots étonnants: « je suis peut-être un petit blanc, mais je peux être mauvais, moi aussi« .

Ya know, the Motor City is burning, babe
There ain’t a thing in the world they can do
Ya know, the Motor City is burning people
There ain’t a thing that white society can do

Ma home town burning down to the ground
Worser than Vietnam

Let me tell you how it started now

It started on 12th Clair Mount that morning
It made the, the pig cops all jump and shout
I said, it started on 12th Clair Mount that morning
It made the, the pigs in the street go freak out

The fire wagons kept comin’, baby
But the Black Panther Snipers wouldn’t let them put it out
Wouldn’t let them put it out, wouldn’t let them put it out

Get it on

Well, there were fire bombs bursting all around the people
Ya know there was soldiers standing everywhere
I said there was fire bombs bursting all around me, baby
Ya know there was National Guard everywhere

I can hear my people screaming
Sirens fill the air, fill the air, fill the air

Your mama, papa don’t know what the trouble is
You see, they don’t know what it’s all about
I said, your mama, papa don’t know what the trouble is, baby
They just can’t see what it’s all about

[…]

Now, I guess it’s true

I’d just like to strike a match for freedom myself
I may be a white boy, but I can be bad, too
Yes, it’s true now, yes, it’s true now

Yes

Let it all burn, let it all burn, let it all burn

Le Grande Balroom aujourd'hui.

Le Russ Gibb’s Grande Balroom aujourd’hui.

La salle de concert du Grande Ballroom aujourd'hui.

La salle de concert du Grande Ballroom où fut enregistré le 1er album du MC5.

Detroit- mc5 Grande ballroom

 

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24 janvier 2014 at 11 11 37 01371

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Galipettes et social-acrobatie

Mardi, lors de la conférence de presse du Chef de l’État, François Hollande a fait part de son « indignation totale » après les révélations de Closer sur ses galipettes de la rue du Cirque:  « chacun dans sa vie personnelle peut traverser des épreuves. C’est notre cas, ce sont des moments douloureux« , a-t-il expliqué. Dignes d’un adolescent boutonneux qui veut se rendre intéressant avec ses amourettes, ces propos posent la question de la responsabilité du président, car une « épreuve » est normalement un malheur que l’on subit sans l’avoir vraiment cherché: un tremblement de terre, une épidémie de peste bubonique ou une pluie de grenouilles. À moins de considérer la sauterelle Julie Gayet comme une plaie, personne n’a obligé François Hollande à venir la tringler en loucedé, déguisé en coursier. Personne, pas même le MEDEF: cette épreuve, François Hollande se l’est infligée tout seul. Aussi, pour dissimuler le ridicule de la situation, la gauche nous sert depuis quelques jours l’éternel refrain de la vie privée. Pourtant, comme le dit Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, « le chef de l’État, pendant son mandat, n’a pas de vie privée: il est au service de la France« . François Hollande a cependant une autre conception de la fonction présidentielle puisqu’il a expliqué avoir un « principe« : « les affaires privées se traitent en privé« .

C’est beau, ça, d’être un homme de principes. C’est sans doute pour cela qu’en mai 2007, au lendemain de l’élection présidentielle, lorsque Nicolas Sarkozy s’était accordé quelques jours de vacances sur le yacht de Vincent Bolloré, derniers moments privés avant la passation de pouvoir, François Hollande s’était indigné: « ce qui pose problème, c’est le style de ses vacances, le fait qu’il soit sur le bateau d’un riche homme d’affaires et qu’on ne sache pas aujourd’hui si c’est la République qui assure le défraiement de ce déplacement. […] Quand on emploie le mot « habiter » la fonction, on fait attention à ne pas habiter dans n’importe quel lieu« . Nous imaginons donc que François Hollande, qui a des principes, paye de sa poche les heures supplémentaires du garde du corps qui l’accompagne rue du Cirque. Et nous imaginons également que les personnes qui mettent l’appartement à disposition des amants sont tout-à-fait respectables et qu’elles ne sont pas liées, comme on l’a dit, au grand banditisme.

Rétrospectivement, maintenant que l’on voit comment François Hollande habite la fonction présidentielle, on ne peut s’empêcher de penser à Nicolas Sarkozy. Le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, tous ces trucs, on s’en cognait, mais cela avait suffi à déchaîner un antisarkozysme d’une rare violence. Le sociologue Michel Maffesoli s’était intéressé au phénomène : « Pourquoi tant de haine? Pourquoi les détracteurs de Nicolas Sarkozy, au lieu de lui opposer des propositions de type politique, en reviennent-ils toujours aux injures, aux supputations sur ses émois amoureux, son caractère, sa santé mentale? » Beaucoup considéraient Nicolas Sarkozy comme un nazi: pensez-donc, il menaçait la liberté d’expression, il déportait ces pauvres Roms, il impliquait le pays un peu trop facilement dans des guerres qui ne le concernaient pas! On reprochait à Nicolas Sarkozy d’être exhibitionniste? François Hollande est aujourd’hui en train de nous servir un storytelling redoutable: lors de sa conférence de presse, il a promis de clarifier la situation dans un prochain épisode. En attendant, le suspens est à son comble. Qu’est-il arrivé à Valérie? Quand va-t-elle sortir de l’hôpital? Retournera-t-elle à l’Élysée? Ségolène est-elle venue à son chevet? Julie est-elle enceinte? Les médias sont conquis d’avance, car les courbes de Julie Gayet sont bien plus attrayantes que celles de Valérie du chômage. Tout cela devrait se terminer bien sûr par un happy end, une nouvelle conférence de presse où François Hollande annoncerait, lui aussi, que «Julie, c’est du sérieux». Une façon subtile de reconnaître qu’il s’est converti au sarkozysme. Il pourra enfin adopter le programme de son ancien adversaire: réduire la dépense publique, repousser l’âge de la retraite, baisser les cotisations sociales des entreprises, augmenter la TVA, harmoniser les règles fiscales entre la France et l’Allemagne, lancer une grande réforme territoriale.

C’était in fine le message de la conférence de presse de mardi : derrière les galipettes de la rue du Cirque, il fallait comprendre que François Hollande est un véritable social-acrobate. Dans cette histoire, il n’a pas seulement cocufié Valérie: il trompe également les électeurs de gauche qui l’ont élu Président de la République. Personnellement, je m’en contrefous, puisque je n’ai pas voté pour lui, et ça me fait plutôt marrer. Ceci dit, on nous répétera que François Hollande est un homme de principes: les révélations de Closer ont coûté à Julie Gayet le siège de juré qu’on lui avait promis à la prestigieuse Villa Médicis de Rome. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, a en effet annulé la nomination. Ouf, la République reste exemplaire, l’honneur est sauf, merci Closer. Du coup, l’émotion est telle que les vrais journalistes, ont oublié de nous dire que Nicolas Sarkozy avait définitivement été mis hors de cause par les juges dans l’affaire dite de Karachi. Ça, c’est ballot. Incapables de voir que l’on assiste à un effondrement des valeurs au plus haut sommet de l’État, ils préfèrent se livrer à un amalgame entre la vie sentimentale de l’actuel Président et celle de son prédécesseur. Comme si c’était comparable.

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17 janvier 2014 at 11 11 29 01291

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En regardant vers le pays de France

Charles d'Orléans reçoit l'hommage d'un vassal

Charles d’Orléans reçoit l’hommage d’un vassal

Charles d’Orléans fut blessé à la bataille d’Azincourt en 1415. Fait prisonnier, il fut emmené en Angleterre et y resta vingt-cinq ans, dans l’attente que quelqu’un paye une rançon. C’était l’époque où, découvrant que l’on appartenait à une nation, on refusait que le roi d’Angleterre devienne roi de France et on se battait valeureusement contre les Anglais sans qu’aucune lopette ne vienne dénoncer une supposée anglophobie. La maison de Bourgogne, alliée aux Anglais, avait pris le parti de l’étranger. Ainsi, le sentiment national s’affirmait face à l’ennemi mais également dans la guerre civile qui opposait les Armagnacs aux Bourguignons.

En 1429, comme le raconte Jacques Bainville dans son Histoire de France, tout allait changer en quelques semaines:

La résistance d’Orléans avait fini par forcer l’attention du pays, par le réveiller. Orléans, c’était un symbole. L’assassinat du duc d’Orléans par le duc de Bourgogne, la captivité de Charles d’Orléans, le fils de la victime, le touchant et pur poète, vingt-cinq ans prisonnier à Londres : autant de souvenirs, d’images, d’émotions. Orléans était la ville du parti d’Orléans, du parti national, la ville ennemie des Bourguignons et des cabochiens. Les histoires héroïques de son siège coururent la France. Elles allaient jusqu’aux limites de Champagne et de Lorraine, dans ce village de Domremy où Jeanne d’Arc entendait ses saintes. Et les voix lui disaient ce qu’il fallait faire, ce que nous voyons distinctement aujourd’hui, mais ce que le plus grand des politiques, vivant en ce temps-là, n’eût peut-être vu que pour le juger impossible : « Délivrer Orléans et sacrer le dauphin à Reims. » C’était la mission de Jeanne d’Arc et elle l’a remplie. Pour la France, c’était le salut.

Charles d’Orléans est libéré le 5 novembre 1440 contre une rançon de 220 000 écus qui correspondait à la dot de sa future épouse, Marie de Clèves. En attendant, il a composé des ballades, des chansons et des rondeaux. En 1433, du haut des falaises de Douvres, il aperçoit dans le lointain les côtes de France et se souvient avec mélancolie de sa patrie bien aimée. Il se souvient sans doute aussi de sa jeunesse passée à Blois ou encore de l’assassinat en 1407 de son père, Louis d’Orléans, frère de Charles VI, par les gens du Duc de Bourgogne. Il n’oublie pas son pays et cet amour de la patrie le nourrit d’espoir. Bien sûr, il est loin d’imaginer que six siècles plus tard, un rapport sur l’intégration, remis au Premier ministre, proposera de promouvoir l’immigration et de dissoudre l’identité française dans une multiculturalité venue d’ailleurs. Mais comment aurait-il pu imaginer que ceux qui gouvernent la France aujourd’hui sont les fossoyeurs de ce qu’il a tant aimé et défendu?

En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint, à Douvres sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que je soulais au dit pays trouver ;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Je m’avisai que c’était non savance
De tels soupirs dedans mon cœur garder,
Vu que je vois que la voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner ;
Pour ce, tournai en confort mon penser ;
Mais non pourtant mon cœur ne se lassoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d’Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d’aller
Outre la mer, sans faire demeurance,
Et à France de me recommander.
Or nous donn’ Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

Paix est trésor qu’on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la dois priser ;
Destourbé m’a longtemps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cœur aimer doit !

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Billet de feignasse

J’ai passé le jour de l’An à avoir l’intention d’écrire un billet pour présenter mes meilleurs vœux aux lecteurs de ce blog. Mais une vague gueule de bois m’en a détourné: j’ai finalement traînassé de blog en blog, remettant toujours à plus tard le moment de rédiger mon billet, et mes filles, que je trouvais bizarrement bruyantes et agitées, ont finalement servi mon penchant à procrastiner et m’ont invité à délaisser l’ordinateur pour jouer avec elles au Lego. Auparavant, j’avais certes laissé un message de circonstance sur chaque blog où je musardais, mais c’était quelque peu discriminant: les lecteurs de ce blog ne sont pas forcément des blogueurs et ils ont tous droit à recevoir mes vœux. Je leur souhaite donc  -je vous souhaite donc- une bonne et heureuse année et je serais tenté, comme Koltchak et Aristide, d’ajouter « quand même« . Et, un peu comme on compte les voitures brûlées un soir de réveillon, je vais en profiter pour dresser un bilan comptable de ce blog.

Deux années ont passé depuis les débuts du blog, quand, en janvier 2012, le premier billet était une réaction aux voeux du candidat Hollande. Souvenez-vous de ce long plan fixe, de ces gestes empruntés, de ce fond vaguement mauve qui faisait penser à une publicité pour les pompes funèbres. Comment les gens pouvaient-ils croire à ça? La bérézina politique de l’année 2013 n’aura donc pas été une surprise. François Hollande ne m’a jamais convaincu, je n’ai donc aucune raison d’être déçu ou de m’indigner. On en rirait volontiers, à condition quand même de réprimer la tristesse que nous inspire le spectacle de cette France, cette France tant aimée, mais humiliée par ceux qui veulent lui faire abdiquer son identité au nom d’une quelconque et illusoire modernité. On frémit lorsqu’on réalise que Christiane Taubira fut incontestablement la personnalité politique de l’année. Mais, puisque les socialistes, misérables girouettes, l’adulent après l’avoir tellement détestée en 2002, on pourrait logiquement formuler le vœu de la voir à Matignon en 2014: cela aurait davantage de gueule que l’actuelle endive et, au moins, on se bidonnerait. Une garantie pour écrire plein de billets de blog.

Bon, passons au bilan comptable. En 2013, ce blog a été vu 39 396 fois. Soit une moyenne de 108 visites par jour et environ 3000 visites par mois. Ne vous donnez pas la peine de ricaner, je sais que c’est nul, mais, à l’image d’un gouvernement qui se réjouit du ralentissement de l’augmentation du chômage, je suis satisfait: c’est beaucoup mieux que les 27000 visites de 2012. Au classement général ebuzzing, je ne décolle pas de la 3000ème place et je me trouve en 134ème position du classement politique en décembre, c’est-à-dire loin, très loin, derrière Corto qui occupe la 10ème place.

J’ai publié 54 billets en 2013, c’est-à-dire 1 par semaine en moyenne. C’est sans doute peu et il faut voir là les effets de ma tendance à la procrastination. Mais je me demande quand même comment d’autres arrivent à trouver le temps et l’énergie pour produire des billets tous les jours. Bref. En général, chaque billet est vu entre 200 et 300 fois -et la moitié des visites a lieu durant les premières vingt-quatre heures. Trois billets se détachent nettement du lot: Le mariage homosexuel est un non-sens (942 vues), François Hollande demande pardon pour la bataille de Poitiers (769 vues) et Shopping tragique à Saint-Lazare: 1 mort (611 vues). À l’inverse, certains billets, qui me semblaient pourtant très corrects, ont eu une audience très décevante: Un centenaire à la commémore-moi le noeud (191 vues) ou encore L’Allemagne, la France et les 500 millions de la Begum (139 vues).

Bizarrement, les billets les plus lus ne sont pas les plus commentés. Le billet avec le plus de commentaires fut en effet Incroyable! Le nouveau Pape ne plaît pas aux gauchistes! (26 commentaires), suivi par Le métro, courrier du coeur et Le Rom est l’avenir de l’homo (19 commentaires chacun). En 2013, les commentateurs les plus actifs furent Nouratin (38 contributions), Koltchak (27 contributions), Aristide (16 contributions), Nicolas (13 contributions) et Carine (10 contributions). Je tiens à les remercier, ainsi que ceux dont la contribution a été plus modeste. Et je dois faire mon mea culpa: je visite beaucoup de blogs mais je suis un piètre commentateur. Or c’est une dimension importante du bloguage: les blogs fonctionnent comme un réseau social et, peu à peu, des liens se tissent. Ayons d’ailleurs une pensée pour Lapin Malade, qui fut ici un commentateur régulier et qui nous a quittés le 10 mars dernier. Qu’il repose en paix.

Tiens, une anecdote, à propos de réseaux sociaux. Il y a quelques semaines, je discutais avec mes élèves de terminales ES du fait d’avoir, ou non, une conscience sociale. Une élève m’a sorti le plus naturellement du monde qu’elle avait une conscience sociale parce qu’elle « savait exactement combien d’amis elle avait sur les différents réseaux sociaux« ! C’est joli, ça, non?

La blogroll est un outil fondamental du réseautage car elle sert à envoyer des lecteurs vers des blogs que l’on apprécie. Les trois quarts des visiteurs sont arrivés sur mon blog en passant par une blogroll. À lui seul, le blog de Didier Goux amène pratiquement un quart des visiteurs! Viennent ensuite les blogs de Corto et de Jacques Etienne. Twitter m’a apporté sur l’année 371 visites. Facebook, que je délaisse complètement, m’a apporté 218 visites. Personnellement, j’utilise essentiellement Twitter comme un prolongement de ma blogroll: je twitte les liens vers les derniers billets publiés. Je suis assez dubitatif sur l’impact de Twitter mais il est vrai que j’ai un nombre de followers (149) trop ridicule pour pouvoir tirer des conclusions. Certains billets furent plus retweetés que d’autres, tels que François Hollande demande pardon pour la bataille de Poitiers, qui avait été pris au premier degré par nombre de twittos. Enfin, il faut mentionner Temps de réaction, qui est un agrégateur d’une partie des billets publiés dans la réacosphère, et qui m’a apporté 753 visites: c’est la quatrième source de flux. En conclusion, on voit l’avantage de la blogroll dynamique, qui place en premier les billets les plus récents: elle génère dès la parution du billet beaucoup plus de flux. Les blogs équipés d’une blogroll dynamique sont donc mes premiers référents. Je remercie au passage tous les blogueurs qui ont intégré mon blog à leur blogroll. Quant au blog sans blogroll dynamique m’ayant apporté le plus de visiteurs, c’est celui de Skandal. Certains visiteurs ne semblent pas gênés par l’immobilisme d’une blogroll et ils semblent utiliser la mienne comme une gare de triage: les liens vers Guerre civile et yaourt allégé, La lime et Koltchak furent ainsi les plus sollicités en 2014. Je terminerai là-dessus, et ce sera mon vœu de blogueur pour 2014: que WordPress mette enfin à notre disposition une blogroll dynamique, bordel!

Written by Noix Vomique

2 janvier 2014 at 12 12 57 01571

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