Noix Vomique

En regardant vers le pays de France

Charles d'Orléans reçoit l'hommage d'un vassal

Charles d’Orléans reçoit l’hommage d’un vassal

Charles d’Orléans fut blessé à la bataille d’Azincourt en 1415. Fait prisonnier, il fut emmené en Angleterre et y resta vingt-cinq ans, dans l’attente que quelqu’un paye une rançon. C’était l’époque où, découvrant que l’on appartenait à une nation, on refusait que le roi d’Angleterre devienne roi de France et on se battait valeureusement contre les Anglais sans qu’aucune lopette ne vienne dénoncer une supposée anglophobie. La maison de Bourgogne, alliée aux Anglais, avait pris le parti de l’étranger. Ainsi, le sentiment national s’affirmait face à l’ennemi mais également dans la guerre civile qui opposait les Armagnacs aux Bourguignons.

En 1429, comme le raconte Jacques Bainville dans son Histoire de France, tout allait changer en quelques semaines:

La résistance d’Orléans avait fini par forcer l’attention du pays, par le réveiller. Orléans, c’était un symbole. L’assassinat du duc d’Orléans par le duc de Bourgogne, la captivité de Charles d’Orléans, le fils de la victime, le touchant et pur poète, vingt-cinq ans prisonnier à Londres : autant de souvenirs, d’images, d’émotions. Orléans était la ville du parti d’Orléans, du parti national, la ville ennemie des Bourguignons et des cabochiens. Les histoires héroïques de son siège coururent la France. Elles allaient jusqu’aux limites de Champagne et de Lorraine, dans ce village de Domremy où Jeanne d’Arc entendait ses saintes. Et les voix lui disaient ce qu’il fallait faire, ce que nous voyons distinctement aujourd’hui, mais ce que le plus grand des politiques, vivant en ce temps-là, n’eût peut-être vu que pour le juger impossible : « Délivrer Orléans et sacrer le dauphin à Reims. » C’était la mission de Jeanne d’Arc et elle l’a remplie. Pour la France, c’était le salut.

Charles d’Orléans est libéré le 5 novembre 1440 contre une rançon de 220 000 écus qui correspondait à la dot de sa future épouse, Marie de Clèves. En attendant, il a composé des ballades, des chansons et des rondeaux. En 1433, du haut des falaises de Douvres, il aperçoit dans le lointain les côtes de France et se souvient avec mélancolie de sa patrie bien aimée. Il se souvient sans doute aussi de sa jeunesse passée à Blois ou encore de l’assassinat en 1407 de son père, Louis d’Orléans, frère de Charles VI, par les gens du Duc de Bourgogne. Il n’oublie pas son pays et cet amour de la patrie le nourrit d’espoir. Bien sûr, il est loin d’imaginer que six siècles plus tard, un rapport sur l’intégration, remis au Premier ministre, proposera de promouvoir l’immigration et de dissoudre l’identité française dans une multiculturalité venue d’ailleurs. Mais comment aurait-il pu imaginer que ceux qui gouvernent la France aujourd’hui sont les fossoyeurs de ce qu’il a tant aimé et défendu?

En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint, à Douvres sur la mer,
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que je soulais au dit pays trouver ;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Je m’avisai que c’était non savance
De tels soupirs dedans mon cœur garder,
Vu que je vois que la voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner ;
Pour ce, tournai en confort mon penser ;
Mais non pourtant mon cœur ne se lassoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d’Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d’aller
Outre la mer, sans faire demeurance,
Et à France de me recommander.
Or nous donn’ Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

Paix est trésor qu’on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la dois priser ;
Destourbé m’a longtemps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cœur aimer doit !

Written by Noix Vomique

11 janvier 2014 à 12 h 27 min

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Une Réponse

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  1. Ils sont en train de le liquider, le beau pays de France, il ressemblera bientôt à autre chose et notre héritage partira en quenouille. Voilà, rien d’autre à dire, le désastre est pratiquement consommé.
    L’admirable histoire de France de Bainville ne trouvera pas non plus de continuateur, c’est révolu.
    Amitiés.

    NOURATIN

    12 janvier 2014 at 19 h 59 min


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