Noix Vomique

Galipettes et social-acrobatie

Mardi, lors de la conférence de presse du Chef de l’État, François Hollande a fait part de son « indignation totale » après les révélations de Closer sur ses galipettes de la rue du Cirque:  « chacun dans sa vie personnelle peut traverser des épreuves. C’est notre cas, ce sont des moments douloureux« , a-t-il expliqué. Dignes d’un adolescent boutonneux qui veut se rendre intéressant avec ses amourettes, ces propos posent la question de la responsabilité du président, car une « épreuve » est normalement un malheur que l’on subit sans l’avoir vraiment cherché: un tremblement de terre, une épidémie de peste bubonique ou une pluie de grenouilles. À moins de considérer la sauterelle Julie Gayet comme une plaie, personne n’a obligé François Hollande à venir la tringler en loucedé, déguisé en coursier. Personne, pas même le MEDEF: cette épreuve, François Hollande se l’est infligée tout seul. Aussi, pour dissimuler le ridicule de la situation, la gauche nous sert depuis quelques jours l’éternel refrain de la vie privée. Pourtant, comme le dit Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, « le chef de l’État, pendant son mandat, n’a pas de vie privée: il est au service de la France« . François Hollande a cependant une autre conception de la fonction présidentielle puisqu’il a expliqué avoir un « principe« : « les affaires privées se traitent en privé« .

C’est beau, ça, d’être un homme de principes. C’est sans doute pour cela qu’en mai 2007, au lendemain de l’élection présidentielle, lorsque Nicolas Sarkozy s’était accordé quelques jours de vacances sur le yacht de Vincent Bolloré, derniers moments privés avant la passation de pouvoir, François Hollande s’était indigné: « ce qui pose problème, c’est le style de ses vacances, le fait qu’il soit sur le bateau d’un riche homme d’affaires et qu’on ne sache pas aujourd’hui si c’est la République qui assure le défraiement de ce déplacement. […] Quand on emploie le mot « habiter » la fonction, on fait attention à ne pas habiter dans n’importe quel lieu« . Nous imaginons donc que François Hollande, qui a des principes, paye de sa poche les heures supplémentaires du garde du corps qui l’accompagne rue du Cirque. Et nous imaginons également que les personnes qui mettent l’appartement à disposition des amants sont tout-à-fait respectables et qu’elles ne sont pas liées, comme on l’a dit, au grand banditisme.

Rétrospectivement, maintenant que l’on voit comment François Hollande habite la fonction présidentielle, on ne peut s’empêcher de penser à Nicolas Sarkozy. Le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, tous ces trucs, on s’en cognait, mais cela avait suffi à déchaîner un antisarkozysme d’une rare violence. Le sociologue Michel Maffesoli s’était intéressé au phénomène : « Pourquoi tant de haine? Pourquoi les détracteurs de Nicolas Sarkozy, au lieu de lui opposer des propositions de type politique, en reviennent-ils toujours aux injures, aux supputations sur ses émois amoureux, son caractère, sa santé mentale? » Beaucoup considéraient Nicolas Sarkozy comme un nazi: pensez-donc, il menaçait la liberté d’expression, il déportait ces pauvres Roms, il impliquait le pays un peu trop facilement dans des guerres qui ne le concernaient pas! On reprochait à Nicolas Sarkozy d’être exhibitionniste? François Hollande est aujourd’hui en train de nous servir un storytelling redoutable: lors de sa conférence de presse, il a promis de clarifier la situation dans un prochain épisode. En attendant, le suspens est à son comble. Qu’est-il arrivé à Valérie? Quand va-t-elle sortir de l’hôpital? Retournera-t-elle à l’Élysée? Ségolène est-elle venue à son chevet? Julie est-elle enceinte? Les médias sont conquis d’avance, car les courbes de Julie Gayet sont bien plus attrayantes que celles de Valérie du chômage. Tout cela devrait se terminer bien sûr par un happy end, une nouvelle conférence de presse où François Hollande annoncerait, lui aussi, que «Julie, c’est du sérieux». Une façon subtile de reconnaître qu’il s’est converti au sarkozysme. Il pourra enfin adopter le programme de son ancien adversaire: réduire la dépense publique, repousser l’âge de la retraite, baisser les cotisations sociales des entreprises, augmenter la TVA, harmoniser les règles fiscales entre la France et l’Allemagne, lancer une grande réforme territoriale.

C’était in fine le message de la conférence de presse de mardi : derrière les galipettes de la rue du Cirque, il fallait comprendre que François Hollande est un véritable social-acrobate. Dans cette histoire, il n’a pas seulement cocufié Valérie: il trompe également les électeurs de gauche qui l’ont élu Président de la République. Personnellement, je m’en contrefous, puisque je n’ai pas voté pour lui, et ça me fait plutôt marrer. Ceci dit, on nous répétera que François Hollande est un homme de principes: les révélations de Closer ont coûté à Julie Gayet le siège de juré qu’on lui avait promis à la prestigieuse Villa Médicis de Rome. La ministre de la culture, Aurélie Filippetti, a en effet annulé la nomination. Ouf, la République reste exemplaire, l’honneur est sauf, merci Closer. Du coup, l’émotion est telle que les vrais journalistes, ont oublié de nous dire que Nicolas Sarkozy avait définitivement été mis hors de cause par les juges dans l’affaire dite de Karachi. Ça, c’est ballot. Incapables de voir que l’on assiste à un effondrement des valeurs au plus haut sommet de l’État, ils préfèrent se livrer à un amalgame entre la vie sentimentale de l’actuel Président et celle de son prédécesseur. Comme si c’était comparable.

Written by Noix Vomique

17 janvier 2014 à 11 h 29 min

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11 Réponses

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  1. Excellent !

    jacquesetienne

    17 janvier 2014 at 12 h 02 min

  2. […] Mardi, lors de la conférence de presse du Chef de l'État, François Hollande a fait part de son "indignation totale" après les révélations de Closer sur ses galipettes de la rue du Cirque…  […]

  3. Mais puisqu’on vous ressasse à longueur de journée, incroyant que vous êtes, Sarkozy c’était un salaud qui se mariait mais Hollande c’est un moraliste qui ne se marie pas. Il est vrai qu’il n’est pas en couple avec un bel éphèbe, si ce dernier pouvait en plus être issu d’une minorité visible, là, il serait en parfait accord avec ce qu’il impose aux français.

    grandpas

    17 janvier 2014 at 15 h 50 min

  4. Je reviens sur un détail de ce billet. Sur quoi vous basez vous pour dire que Sarkozy est définitivement blanchi pour Karachi ? À part le billet de Didier… On cherche dans Google News, et on ne trouve rien à part un communiqué de l’UMP… et des articles de Marianne et de Arrêt sur image que l’on pourrait facilement ranger dans la presse de gauche qui disent que, en gros, il serait surprenant que l’on puisse aller plus loin.

    Pour le reste, on n’est pas d’accord. Mais ce n’est pas grave.

    Nicolas

    17 janvier 2014 at 21 h 41 min

    • Nicolas, on n’est pas d’accord? Vous êtes sûr?

      Pour Karachi, ça ne faisait pas les gros titres et il fallait lire attentivement cet article du Monde, en date du 13 janvier, où il est bien précisé qu’aucune délit ne peut être reproché à Nicolas Sarkozy:

      « Nicolas Sarkozy, quant à lui, était à l’époque ministre du budget. Mais pour le procureur, le cas de ce dernier, dont le nom n’est même pas mentionné dans l’avis adressé aux juges lundi 13 janvier, ne relève pas de la Cour de justice de la République, aucun délit ne pouvant lui être reproché. L’analyse du parquet rejoint donc celle des magistrats instructeurs, qui semblent considérer ne pas avoir réuni d’indices graves et concordants susceptibles d’entraîner des poursuites visant l’ex-chef de l’Etat« .

      Noix Vomique

      17 janvier 2014 at 22 h 29 min

      • Encore la presse de gauche… Rien de définitif donc mais aucun indice. On peut donc critiquer le laxisme de la justice depuis Mme Taubira.

        Nicolas

        17 janvier 2014 at 23 h 00 min

  5. Je trouve qu’il y a une forme de justice poétique dans ce qui lui arrive : lui pour qui le mot mariage est manifestement dépourvu de sens, lui qui, en bon progressiste, fait tout son possible pour déconstruire au maximum la famille et pour effacer toutes les conventions qui permettaient tant bien que mal aux hommes et aux femmes de s’accorder, le voilà rattrapé par ses coucheries.
    S’il avait un peu de jugeote il en tirerait la conclusion qu’il y a finalement quelque sagesse dans ces conventions et ces institutions qui visent à canaliser nos appétits et nos passions.
    Mais bien sûr il ne le comprendra jamais.
    Il est normal qu’il paye le prix de son aveuglement. Et à mon avis il n’a pas fini de le payer. Vivement que Valérie sorte de l’hosto!

    Aristide

    17 janvier 2014 at 22 h 59 min

    • Le mariage est là pour limiter les coucheries. Belle efficacité.

      Nicolas

      17 janvier 2014 at 23 h 05 min

      • Voilà, on démembre petit à petit une institution en la privant d’à peu près tout ce qui faisait son efficacité, puis ensuite on dit triomphant : « vous voyez, de toute façon ça ne sert à rien. »

        Aristide

        18 janvier 2014 at 18 h 19 min

      • Nicolas, le mariage seul ne peut suffire. C’est une évidence. La situation actuelle tient à la dechristianisation de la société. Lorsqu’on prive les hommes de leur colonne vertébrale morale, on ne peut pas ensuite déplorer qu’ils se comportent comme des turlupins.

        koltchak91120

        21 janvier 2014 at 14 h 40 min

  6. Excellente analyse, j’ajouterai seulement que M.Hollande étant un Homme de Gauche rien de sérieux ne saurait lui être reproché. Ce n’était évidemment pas le cas de son prédécesseur qui, par suite de cette lacune inexpiable, s’est retrouvé cloué au pilori.
    Rien que de tout à fait ordinaire, en Franchouillie, pas vrai?
    Amitiés.

    NOURATIN

    19 janvier 2014 at 19 h 13 min


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