Noix Vomique

Archive for février 2014

Quand des députés étaient sanctionnés pour avoir évoqué les amitiés cagoulardes de Mitterrand

C’est marrant de voir que l’extrême-droite revient toujours sur le tapis, même lorsque c’est l’extrême-gauche qui, manifestement, se livre à de véritables actes de terrorisme. On sent bien que l’inconscient de la gauche est travaillé par quelque chose, qu’il y a là «un passé qui ne passe pas». Mardi, à l’Assemblée, lors des questions au gouvernement, alors qu’on l’interrogeait sur les émeutes nantaises du week-end dernier, Manuel Valls a allumé un contre-feu en accusant Claude Goasguen, député UMP, d’avoir appartenu dans sa jeunesse à l’extrême-droite: «Face à l’ultra-gauche, face à l’ultra-droite, face à cette extrême droite, eh bien nous répondons. Monsieur Goasguen, vous en venez, de l’extrême droite, vous savez ce qu’il en est. Nous, nous ne sommes complaisants avec personne, vous, vous l’êtes». Aussitôt, l’autre s’est senti insulté, l’UMP a surjoué l’indignation et nos hommes politiques, mauvais comédiens, nous ont servi, une fois de plus, un spectacle pitoyable. Allez savoir pourquoi, cette histoire de passé que l’on se renvoie à la figure m’en rappelle une autre: c’était il y a trente ans, le 2 février 1984, et l’historien Simon Epstein l’évoque dans son excellent bouquin Un paradoxe français [1]:

Le passé de Mitterrand est évoqué à l’Assemblée nationale, en février 1984, par trois députés de droite, Alain Madelin, Jacques Toubon et François d’Aubert. Au cours d’un virulent échange de tir entre la gauche et la droite, portant sur les passés respectifs de Georges Marchais et de Robert Hersant, ils font une furtive allusion à l’après- guerre de Mitterrand et à ses fonctions à Votre Beauté. Le nom de Schueller n’est pas prononcé, la Cagoule n’est pas mentionnée, mais une silhouette inquiétante et masquée s’est faufilée dans la salle. La majorité socialiste réagit vigoureusement et Madelin, Toubon et d’Aubert sont sévèrement sanctionnés pour «injures» au président de la République. Pierre de Bénouville intervient pour certifier que Mitterrand, son ami de toujours, «fut l’un des nôtres», c’est-à-dire qu’il fut résistant. Or le débat (si l’on peut parler de débat) ne portait pas sur l’Occupation, mais sur l’après-guerre: il y a donc eu «anticipation», fera remarquer Henry Rousso.

À quoi faisaient allusion Alain Madelin, Jacques Toubon et François d’Aubert? En 1945, Eugène Schueller confie à François Mitterrand la direction du journal Votre Beauté, qui appartenait au groupe L’Oréal. Or Eugène Schueller fut avant la guerre le financier de la Cagoule puis, sous l’Occupation, le fondateur du Mouvement Social Révolutionnaire. En 1984, c’est-à-dire dix ans avant la parution du livre de Pierre Péan, Une jeunesse française [2], tout le monde connaissait cette histoire. Mais si l’on commençait à dire que Mitterrand comptait des cagoulards dans son entourage, on risquait de faire remonter trop de choses à la surface: les Croix-de-feu, les manifestations contre les métèques, Vichy, la Francisque. Pour avoir tenté de briser un tabou, l’occasion pour la gauche de pousser des cris de vierges effarouchées, Madelin, Toubon et d’Aubert furent donc sanctionnés, fait extrêmement rare, pour «injures ou menace envers le Président de la République française». Pourtant, ils n’étaient pas les premiers à évoquer dans l’hémicycle le passé trouble de François Mitterrand. En effet, en 1954, le député gaulliste Raymond Dronne avait interpelé François Mitterrand: «Le grand républicain que vous prétendez être a un passé trop fluctuant pour pouvoir inspirer ce sentiment qui ne se commande pas, qui est en quelque sorte un élan instinctif et qui s’appelle la confiance. Je ne vous reproche pas d’avoir arboré la fleur de lys et la Francisque d’honneur». Mitterrand l’interrompt: «Tout cela est faux». Dronne lui répond alors calmement, en le regardant droit dans les yeux: «Tout cela est vrai, vous le savez bien». Raymond Dronne n’était pas n’importe qui: le soir du 24 août 1944, il entra le premier dans Paris, à la tête d’un détachement de la 2ème division blindée de Leclerc.

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[1] Simon EPSTEIN. Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Paris, Albin Michel, 2008, 623 pages.

[2] Pierre PÉAN. Une jeunesse française. François Mitterrand (1934-1947), Paris, Fayard, 1994, 611 pages.

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27 février 2014 at 11 11 37 02372

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Du Venezuela à l’Ukraine, la puissance américaine

Ukraine, 20 février 2014

La photo ci-dessus, prise à Kiev, a été twittée hier par Laurent Fabius. On y voit le Ministre français des Affaires étrangères, les leaders de l’opposition ukrainienne et… des bouteilles de Coca-Cola!

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Venezuela, 20 février 2014

La photo ci-dessus a circulé hier sur les réseaux sociaux. On y voit un quartier de Caracas menacé par l’incendie que des émeutiers ont allumé et… une enseigne Mac Donald’s!

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Juste deux symboles du modèle américain dans deux pays, l’Ukraine et le Venezuela, qui sont au bord de la guerre civile. C’est ça, le soft power des États-Unis. Inutile d’employer la force: d’autres s’en chargeront.

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Amis écossais, sachez que l’Union européenne n’aime pas les États-nations

De quoi José Manuel Barroso a-t-il peur? D’un nouveau Kosovo? De ne pas obtenir l’unanimité au moment de reconnaître le nouvel État? Ou a-t-il peur que l’indépendance soit synonyme d’églises et de monastères saccagés et de chrétiens persécutés? Rassurons-le: l’Écosse n’est pas le Kosovo. Mais justement: c’est peut-être cela qui l’ennuie.

Les Écossais vont se prononcer en septembre pour ou contre l’indépendance de leur nation, qui fait partie depuis trois siècles du Royaume-Uni. Je ne suis pas écossais et, même si l’Écosse est un endroit que j’aime beaucoup, où j’ai même déjà envisagé de m’installer, je n’y vis pas. Mon opinion sur la question n’a donc pas beaucoup d’importance. Ceci dit, ceux qui me connaissent savent combien je suis destiné, mon épouse étant ce qu’elle est, à m’intéresser à toutes ces histoires d’indépendantisme et de revendications nationales. Or, dimanche soir, mon attention a été retenue par une déclaration de José Manuel Barroso. Interviewé sur la BBC, le président de la Commission européenne jugeait en effet qu’il serait « extrêmement difficile, voire impossible » pour une Écosse indépendante d’adhérer à l’Union européenne. Alors que l’on reparle de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et que la Commission européenne envisage d’accorder le statut de candidat à l’Albanie, cet avertissement n’a pas manqué de surprendre les indépendantistes écossais. José Manuel Barroso a précisé que l’adhésion «doit être approuvée par tous les autres membres de l’Union européenne ». Or on sait que l’Espagne, qui est confrontée aux velléités indépendantistes des Catalans, et peut-être ensuite des Basques, a averti qu’elle s’opposerait à l’entrée d’une Écosse indépendante dans l’Union européenne. Aurait-on peur d’un nouveau réveil des nations? La déclaration de José Manuel Barroso fait d’ailleurs écho à celle de Viviane Reding qui, en 2012, avait déjà mis en garde le gouvernement catalan: «l’Union européenne ne peut reconnaître une indépendance unilatérale». Pourtant, en 2008, lorsque le parlement kosovar proclama unilatéralement l’indépendance du Kosovo, la Commission européenne avait supplié les 27 pays de l’Union européenne de se mettre unanimement d’accord pour reconnaître le nouvel État. En vain. José Manuel Barroso a-t-il donc peur que l’Écosse soit un nouveau Kosovo? En l’écoutant dimanche, on aurait pu le croire. Encore une fois, rassurons-le: l’Écosse n’est pas le Kosovo. Alors que les Serbes, au Kosovo, se sont fait spolier par un siècle d’immigration albanaise, l’Écosse est une vieille nation. Oui, mais c’est justement le problème.

La vice-premier ministre écossaise, Nicola Sturgeon, europhile, a aussitôt réagi aux propos de José Manuel Barroso, qu’elle a qualifiés de «grotesques». Assez naïvement, elle a mis en avant «la volonté démocratique du peuple écossais», comme si cet argument allait faire entendre raison à des technocrates européens qui n’ont, bien souvent, aucune légitimité démocratique. En fait, les déclarations de José Manuel Barroso montrent une fois de plus que l’Union européenne n’aime pas les nations: elle ne peut donc pas applaudir leur émancipation.

En effet, nos élites européennes perçoivent la Nation comme un anachronisme. À un moment où la mondialisation est source d’une insécurité à la fois sociale et culturelle, elles sont incapables de comprendre que la Nation est un ciment nécessaire. Elles préfèrent diaboliser le nationalisme: ne conduit-il pas forcément au racisme, à la guerre et, disons-le, au fascisme? Aussi, c’est cette volonté d’en finir avec le nationalisme, qui a, en partie, motivé la construction européenne dans une Europe durablement traumatisée par la Seconde guerre mondiale. Très vite, avec le prétexte du commerce, la construction européenne est devenue une entreprise de déconstruction des États-nations. On a remplacé les nations par un marché unique et on a voulu croire que le libéralisme était un universalisme qui permettrait de dépasser les différences culturelles. L’euro, monnaie unique, devait être le symbole de cette nouvelle Europe: les dix-huit États qui l’utilisent forment ce que l’on appelle la zone euro. Avec la zone euro, tout comme avec les eurorégions, qui sont des entités territoriales transfrontalières, on a donc cherché à créer un espace intégré, c’est-à-dire effacer les frontières qui séparent les nations. Or la zone euro n’apparaît-elle pas aujourd’hui comme un territoire artificiel, sans culture ni passé, c’est-à-dire sans identité? Certains détails sont révélateurs: alors que la menue monnaie continue à faire référence aux différentes nations, les billets d’euro, eux, sont dépersonnalisés et ne représentent rien qui n’existe ou qui n’appartienne à une nation en particulier. On est dans un monde irréel, sans habitants et sans identité, où l’on ne trouve que des fenêtres, des portes ou des ponts qui ne mènent nulle part. Les Écossais sont prévenus: leurs billets d’euro ne pourraient pas être à l’effigie de William Wallace ou de Robert Bruce. Ni même à celle de David Hume ou d’Adam Smith. La Banque Centrale européenne a justifié ce choix:

Les billets en euros représentent les styles architecturaux caractéristiques de sept périodes de l’histoire culturelle de l’Europe –classique, roman, gothique, Renaissance, baroque et rococo, architecture « verre et acier » et architecture moderne du 20e siècle– et font ressortir les trois grands éléments architecturaux que sont les fenêtres, les portails et les ponts. Aucun motif ne représente un bâtiment ou un monument existant. Les billets ne comportent pas davantage de motif à caractère national.

Une histoire culturelle de l’Europe qui se résume à des «styles architecturaux»: nos technocrates européens auraient-ils une vision d’abord matérialiste de l’histoire? Ont-ils seulement une vision de l’histoire? N’ont-ils pas d’ailleurs cette prétention, propre aux totalitarismes, de croire que leur Europe est l’aboutissement de l’Histoire? L’euro n’est qu’un aspect de l’effacement des nations souhaité par les élites européennes. Mais il est significatif. Aujourd’hui, non seulement les populations précarisées par la crise ne s’identifient pas à la monnaie unique mais elles sont de plus en plus nombreuses à la remettre en question. Ce fut sans doute l’erreur des technocrates européens: en construisant l’Europe contre les nations, ils ont hypothéqué les chances de succès du projet européen. De la même façon, ils se sont attaqués à l’identité même de l’Europe: ils ont nié les racines chrétiennes de l’Europe lorsqu’ils ont refusé de les mentionner dans le préambule de la Constitution européenne. La référence aux racines chrétiennes aurait pourtant permis aux citoyens de mieux s’identifier au projet européen car le christianisme reste l’un des plus importants facteurs d’identification entre les peuples, au-delà des frontières nationales. Mais non: la conception de l’Europe qui domine est purement technocratique, débarrassée de toute référence culturelle ou historique. Peu importe que le libéralisme soit acculturé et n’ait plus, par conséquent, aucune morale. Peu importe, également, que les citoyens soient acculturés: c’est pour cela que les Albanais du Kosovo seront toujours préférables aux Écossais. Les citoyens ne doivent pas avoir de racines: l’essentiel, c’est qu’ils consomment. Mais surtout, José Manuel Barroso qui avertit les Écossais qu’une Écosse indépendante ne pourra pas adhérer à l’Union européenne et Vivane Reding qui explique aux parlementaires français «qu’il n’y a plus de politiques intérieures nationales»: n’est-on pas en train d’assister à l’avènement d’une véritable technocratie, plus dirigiste que vraiment libérale, qui s’obstine à mépriser les identités, les nations et les peuples?

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L’avortement

Il y a des disques que l’on cherche durant des années, d’autres que l’on découvre par hasard. C’est la vie, pourrait-on dire. Au cours d’un voyage à Paris, il y a quelques années, je m’étais retrouvé à faire le tour des disquaires, un peu comme au bon vieux temps, à la recherche de vinyles. Et j’avais fini par trouver ce disque, à un prix plus que raisonnable: The Damned: Rare Tracks & Demos, Volume Two 80-83. La pochette en carton bon marché, l’absence de label et de références: pas de doute, c’était un disque pirate. Et l’espace d’une seconde, je retrouvais cette excitation stupide de l’adolescent qui pense avoir -momentanément- trouvé son Graal. À l’époque, une collection prenait toute sa valeur parce qu’elle était justement le résultat d’une longue quête. C’était autrement plus excitant que passer une commande sur internet. Mais aujourd’hui, la plupart des petits disquaires indépendants ont disparu. Ah, cette petite boutique parisienne, New Rose, rue des Sarrazins, où l’on trouvait toujours des merveilles! Des imports, des raretés. Et puis il y avait les pirates, que les Britanniques appellent bootlegs. On distinguait deux sortes de pirates: les enregistrements de concerts, avec un son souvent cradingue, et les compilations de démos, qui réunissaient des chutes de studio, maquettes ou encore chansons avortées.

Parfois, il m’arrivait de rêver à un disquaire dont la boutique ne proposerait que des disques qui n’ont jamais été publiés, sur le modèle improbable de cette bibliothèque imaginée par Richard Brautigan dans son roman L’avortement [1]. Dans ce drôle de bouquin, le narrateur est bibliothécaire et ne reçoit que des manuscrits inédits. Un jour, sa routine est rompue par une jeune femme, Vida, « avec de longs cheveux noirs qui lui tombaient sur les épaules comme des éclats de chauve-souris« . Elle vient déposer un manuscrit:

«Et quel en est le sujet, ai-je demandé?» Je tenais le livre dans la main et je sentais presque la haine qui en sortait.
«Le sujet, le voilà», a-t-elle dit, brusquement, hystériquement presque, en déboutonnant son manteau et en l’ouvrant à deux battants, comme si c’était une porte donnant sur un horrible donjon rempli d’instruments de torture, de douleur et de confession… »

Vida n’aime pas son corps. Elle tombe enceinte; ils décident d’aller à Tijuana pour avorter. Le récit est neutre: Richard Brautigan est bien loin des jérémiades de ces misérables connes qui répètent que leur corps leur appartient et qui, pourtant, sont capables de tomber enceintes sans le vouloir. Finalement, Vida fait du strip-tease pour payer ses études et le narrateur a quitté sa bibliothèque: on ne sait pas s’il songe avec mélancolie à tous ces manuscrits qu’il avait le privilège de garder et qu’il a abandonnés. « La culture des fleurs à la lumière des bougies dans une chambre d’hôtel« , écrit par une vieille dame. « Mon vélo« , apporté par un gamin de cinq ans. « Jusqu’au petit jour, ses baisers« , proposé par une femme «abominablement laide et avec l’air de n’avoir jamais été embrassée de sa vie». Ou encore « Dans ma maison, un grand cerf« , déposé par un certain Richard Brautigan, dont «on aurait dit quelqu’un qui se serait trouvé plus à l’aise dans une autre époque».

Tout en examinant les pochettes de mes vinyles, alors que j’entendais à la radio une ministre quelconque s’indigner que les Espagnols puissent remettre en question le droit à l’avortement, je pensais à cette bibliothèque imaginée par Brautigan et qui, d’ailleurs, est devenue une réalité en 1990 à Burlington, dans le Vermont. Aussi, à l’ère du MP3, comment ne pas avoir ce rêve anachronique d’une boutique qui ne proposerait que des inédits, sur vinyle ou bande magnétique, et où l’amateur aurait la sensation, sans doute trompeuse, d’acquérir, non pas des objets de consommation de masse, mais des documents uniques? Mon pirate des Damned a été pressé à 150 exemplaires sur vinyle jaune; il réunit des maquettes et des sessions radiophoniques. Ce genre d’enregistrement, brut et inabouti, parfois inaudible, n’a qu’une valeur documentaire et on ne peut le partager avec personne. D’ailleurs, ne faut-il pas être un peu branquignol pour s’intéresser à ces brouillons de chansons? En fait, lorsqu’on écoute une démo, on ne fait pas les poubelles: outre une certaine nostalgie de l’inachevé, on essaie plutôt de percer un mystère, celui de l’origine des choses. Car la démo n’est pas seulement le brouillon d’une chanson: c’est sa préhistoire. La chanson a beau être encore au stade de l’embryon, on devine une intention fugace, un «je-ne-sais-quoi» précaire. Il y a une quinzaine d’années, XTC a publié Homespun et Homegrown qui réunissaient les maquettes, parfois très rudimentaires, à partir desquelles le groupe avait ensuite enregistré ses deux derniers albums. En écoutant ces brouillons étonnants, on découvre que l’âme de chaque chanson était déjà là: il a juste fallu un peu d’amour, de courage et de travail pour accoucher de chansons abouties. Elle est déjà chanson celle qui doit le devenir. Et si c’était cela, la révélation que l’on cherchait en posant un disque pirate sur notre platine? Tiens, ça, il faudrait en parler au révérend père Lincoln Lincoln, qui, selon le narrateur de L’avortement, avait l’air de mauvais poil quand il est venu déposer son livre, qu’il avait intitulé « Dieu et la Stéréo« : «L’auteur a dit que Dieu tenait à l’oeil nos chaînes stéréo. Je ne sais pas ce qu’il voulait dire par là , mais il a donné un grand coup sur le bureau avec son livre». Et on pourrait peut-être aussi parler de Tertullien.

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[1] Richard BRAUTIGAN. L’avortement (une histoire romanesque en 1966), Paris, Seuil, 2006, 180 pages.

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Le 6 février 1934, un patriote

6 février 1934

6 février 1934 presse

On a condamné les violences liées à l’extrême-droite et la gauche en profita pour traiter les manifestants de fascistes. Le lendemain, Le Populaire, quotidien de la SFIO, annonçait fièrement en Une que le coup de force fasciste avait échoué. On était prêt à jouer les héros: on ne laisserait pas passer la réaction fasciste! On se dépêchait d’oublier les causes de l’exaspération des manifestants: en cette période de difficultés économiques, alors que la classe politique aurait dû être irréprochable, une crise morale touchait le plus haut niveau de l’État. En se suicidant d’une balle tirée à 3 mètres, l’escroc Alexandre Stavisky avait montré qu’il avait le bras long: on découvrait en effet qu’il avait échappé à la justice grâce à l’intervention de ministres et de parlementaires corrompus. C’était scandaleux, mais on préférait frémir à l’idée d’une menace fasciste: cela justifiait sans doute que la Garde mobile se déchainât sur les manifestants.

Le 6 février 1934, la manifestation des patriotes avait donc dégénéré en une bataille de rue. Gilbert Renault, catholique et royaliste, n’avait pas hésité « à faire le coup de poing avec les Camelots du roi et les militants de l’Action française sur la place de la Concorde« . À l’aube, alors que des morts et des blessés jonchent la place, il regagne discrètement son domicile: sa fille se souvient qu’il a « les vêtements maculés de boue, le chapeau melon cabossé, un oeil au beurre noir » [1].

En juin 1940, alors que les pacifistes accueillaient les Allemands à bras ouverts, Gilbert Renault rejoint De Gaulle à Londres. Il retourne ensuite en France et, sous le pseudonyme de colonel Rémy, il crée à la demande du colonel Passy la Confrérie Notre-Dame, qui sera l’un des réseaux d’espionnage les plus admirables de la France occupée. C’est encore lui qui met en contact le Parti communiste français avec le gouvernement de la France libre, en janvier 1943, en faisant venir Fernand Grenier à Londres. Dans ses Mémoires de guerre, De Gaulle ne tarit pas d’éloges: Rémy menait l’action secrète comme un « sport grandiose« .

Après la guerre, Rémy cherche à réhabiliter Charles Maurras et le maréchal Pétain. En avril 1950, il publie un article intitulé La justice et l’opprobre [2], où il défend la théorie du Glaive et du bouclier: Pétain et De Gaulle auraient agi de concert. Mais De Gaulle oppose un démenti et les deux hommes se brouillent. Plus tard, en 1974, Rémy a expliqué pourquoi il s’était engagé auprès de De Gaulle: «Le réflexe qui m’a fait partir pour l’Angleterre trouvait son origine dans l’enseignement que depuis vingt ans je recevais quotidiennement sous la signature de Charles Maurras. Nourri de l’Action française, il ne m’était pas possible de reconnaître comme définitive la défaite de la France. J’allais tout naturellement là où m’apparaissait qu’on allait continuer à se battre ».

Aujourd’hui, cela fait quatre-vingts ans que la gauche mouille en pensant au 6 février 1934. Quatre-vingts ans qu’elle nous rejoue la farce du fascisme qui menace la République. Ils étaient où, les sauveurs de la République, durant l’été 1940?

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[1] Guy PERRIER. Rémy. L’agent secret nº1 de la France libre. Paris, Perrin, 2001.

[2] La justice et l’opprobre, article du Colonel Rémy, publié dans Carrefour, 11 avril 1950.

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Mon imam porte une robe

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Ouf, nous sommes rassurés: les professeurs des écoles ne vont pas enseigner l’art de la branlette à leurs élèves. Pour le reste, le Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, a cherché à rassurer les parents: «l’école de la République n’enseigne absolument pas la théorie du genre; elle enseigne l’égalité, et l’égalité des femmes et des hommes». D’ailleurs, comment pourrait-on enseigner une théorie qui n’existe pas? Tous les gauchistes ne cessent de nous marteler qu’il n’y a pas de «théorie» mais seulement des «travaux sur le genre» qui démontrent que les stéréotypes sexués sont socialement construits. Or, à en croire le ministre, la mission de l’école serait de déconstruire ces stéréotypes. Il doit imaginer, sans doute, qu’il a la charge du ministère de la Déconstruction nationale. Toujours est-il que, depuis la rentrée 2013, plus de 600 classes expérimentent les «ABCD de l’égalité». A priori, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Sauf que l’égalité n’est peut-être qu’un prétexte. Car, comme Vincent Peillon le rappelait, dans une lettre adressée aux recteurs en date du 4 janvier 2013, « «le gouvernement s’est engagé à s’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités, notamment par le biais d’une éducation au respect de la diversité des orientations sexuelles». À gauche, faire table rase du passé reste donc toujours d’actualité. Et on peut craindre que nombre de professeurs apportent leur zèle à cette entreprise de déconstruction. C’est tellement important, de parler de l’homophobie à des mômes de 7 ans. En mai 2013, dans un document [1] où il recommandait aux enseignants de «questionner les stéréotypes de genre» pour lutter contre l’homophobie en primaire, le syndicat SNUipp-FSU proposait des fiches pédagogiques ainsi qu’une bibliographie «pour une éducation anti-sexiste et anti-homophobe»: on y trouvait des ouvrages édifiants comme Papa porte une robe, J’ai deux Papas qui s’aiment, Jean a deux Mamans, ou encore Tango a deux papas et pourquoi pas? En revanche, et c’est censé nous rassurer, il n’est nulle part question d’initier les enfants à la branlette, contrairement à ce qu’une rumeur prétendait. Ouf.

Pourtant, suite à cette rumeur, une action a été lancée à l’initiative de Farida Belghoul et, lundi, des parents ont décidé de ne pas envoyer leurs enfants à l’école. Jeudi matin, sur France Inter, non sans une pointe de condescendance, une journaliste interrogeait des parents devant une école où près de la moitié des enfants avait manqué les cours. Apparemment, les parents sont persuadés que l’on incite leurs gosses à devenir homosexuels: «si on a mis sur terre un homme et une femme, c’est pas deux filles ou deux garçons, ça va pas, chez nous, jamais on n’a vu ça». On a ensuite entendu la responsable de Ni putes ni soumises à Meaux, Rachida Benhamed, accuser des islamistes de propager la rumeur: le vendredi précédent, à la mosquée, ils auraient en effet conseillé aux fidèles de ne pas envoyer leurs enfants à l’école. Des islamistes! Eh bien, ce n’est pas la reconnaissance qui les étouffe, les islamistes: on les accueille, on cède à leurs petits caprices et ils refusent maintenant que l’école s’immisce dans leur vie et déconstruise les valeurs qu’ils prétendaient transmettre à leurs enfants! Quoi, ils n’aiment pas le bourrage de crâne, les Barbus? Ils ne veulent pas que leurs enfants soient modernes? Ils ont peur qu’on se méprenne sur leur sexualité quand on les voit se balader en djellaba? Après les noirs antisémites, les musulmans homophobes. Elles est belle, la France d’aujourd’hui. Merci la gauche.

Oui, merci. Et personnellement, je tiens à remercier tout spécialement les propagandistes Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem pour leurs obsessions et leur opiniâtreté à vouloir transformer l’école en ersatz sympa des Hitlerjugend. Certes, je continuerai à souhaiter que mes filles soient hétérosexuelles. Mais je me souviens que la Ministre des Droits de la femme avait déjà encouragé la réhabilitation dans les manuels scolaires d’un homosexuel notoire comme Ernst Röhm et je lui en sais gré. Aussi, maintenant que nous déconstruisons les stéréotypes de genre, grâce à nos ministres, je n’éprouverai aucun sentiment de culpabilité au moment d’acheter à mes filles des uniformes de la Waffen SS et des fusils d’assaut Sturmgewehr 44.

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[1] Publication initiale à l’occasion du colloque « Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire » organisé le 16 mai 2013 par le SNUipp-FSU dans le cadre de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie.

Prenez le temps de parcourir ce document du SNUipp, où l’on nous explique que « l’hétérosexualité, loin de découler du sexe biologique ou de l’identité sexuée, n’est pas la forme naturelle de la sexualité, mais sa forme dominante, au sens où le système social la produit, la légitime, et stigmatise et infériorise socialement celles et ceux qui s’en écartent». Vous rirez aussi lorsque Réjane Sénac, chercheuse au CNRS et prof à Science-Po, affirme que «déconstruire la complémentarité des sexes», c’est «reconstruire de nouveaux fondements républicains». Comment ne pas penser à Hannah Arendt, qui expliquait qu’une société devenait totalitaire lorsque la «domination de tous les individus s’exerce dans toutes les sphères de leur vie»?

Written by Noix Vomique

2 février 2014 at 16 04 26 02262

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