Noix Vomique

Le 6 février 1934, un patriote

6 février 1934

6 février 1934 presse

On a condamné les violences liées à l’extrême-droite et la gauche en profita pour traiter les manifestants de fascistes. Le lendemain, Le Populaire, quotidien de la SFIO, annonçait fièrement en Une que le coup de force fasciste avait échoué. On était prêt à jouer les héros: on ne laisserait pas passer la réaction fasciste! On se dépêchait d’oublier les causes de l’exaspération des manifestants: en cette période de difficultés économiques, alors que la classe politique aurait dû être irréprochable, une crise morale touchait le plus haut niveau de l’État. En se suicidant d’une balle tirée à 3 mètres, l’escroc Alexandre Stavisky avait montré qu’il avait le bras long: on découvrait en effet qu’il avait échappé à la justice grâce à l’intervention de ministres et de parlementaires corrompus. C’était scandaleux, mais on préférait frémir à l’idée d’une menace fasciste: cela justifiait sans doute que la Garde mobile se déchainât sur les manifestants.

Le 6 février 1934, la manifestation des patriotes avait donc dégénéré en une bataille de rue. Gilbert Renault, catholique et royaliste, n’avait pas hésité « à faire le coup de poing avec les Camelots du roi et les militants de l’Action française sur la place de la Concorde« . À l’aube, alors que des morts et des blessés jonchent la place, il regagne discrètement son domicile: sa fille se souvient qu’il a « les vêtements maculés de boue, le chapeau melon cabossé, un oeil au beurre noir » [1].

En juin 1940, alors que les pacifistes accueillaient les Allemands à bras ouverts, Gilbert Renault rejoint De Gaulle à Londres. Il retourne ensuite en France et, sous le pseudonyme de colonel Rémy, il crée à la demande du colonel Passy la Confrérie Notre-Dame, qui sera l’un des réseaux d’espionnage les plus admirables de la France occupée. C’est encore lui qui met en contact le Parti communiste français avec le gouvernement de la France libre, en janvier 1943, en faisant venir Fernand Grenier à Londres. Dans ses Mémoires de guerre, De Gaulle ne tarit pas d’éloges: Rémy menait l’action secrète comme un « sport grandiose« .

Après la guerre, Rémy cherche à réhabiliter Charles Maurras et le maréchal Pétain. En avril 1950, il publie un article intitulé La justice et l’opprobre [2], où il défend la théorie du Glaive et du bouclier: Pétain et De Gaulle auraient agi de concert. Mais De Gaulle oppose un démenti et les deux hommes se brouillent. Plus tard, en 1974, Rémy a expliqué pourquoi il s’était engagé auprès de De Gaulle: «Le réflexe qui m’a fait partir pour l’Angleterre trouvait son origine dans l’enseignement que depuis vingt ans je recevais quotidiennement sous la signature de Charles Maurras. Nourri de l’Action française, il ne m’était pas possible de reconnaître comme définitive la défaite de la France. J’allais tout naturellement là où m’apparaissait qu’on allait continuer à se battre ».

Aujourd’hui, cela fait quatre-vingts ans que la gauche mouille en pensant au 6 février 1934. Quatre-vingts ans qu’elle nous rejoue la farce du fascisme qui menace la République. Ils étaient où, les sauveurs de la République, durant l’été 1940?

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[1] Guy PERRIER. Rémy. L’agent secret nº1 de la France libre. Paris, Perrin, 2001.

[2] La justice et l’opprobre, article du Colonel Rémy, publié dans Carrefour, 11 avril 1950.

Written by Noix Vomique

6 février 2014 à 9 h 00 min

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9 Réponses

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  1.  » . Ils étaient où, les sauveurs de la République, durant l’été 1940?  »

    À la gare, ils achetaient un aller simple pour Vichy.

    koltchak91120

    6 février 2014 at 13 h 33 min

  2. A reblogué ceci sur Le Petit Conservateur Palaisien.

    koltchak91120

    6 février 2014 at 13 h 34 min

  3. La Gauche a toujours figuré à la pointe du combat contre les moulins à vent. Bien sûr la survenue d’un ennemi potentiellement dangereux les a toujours mis en fuite. Ces gens sont par nature des jouisseurs qui tiennent essentiellement à leur bien être et à leur confort, quitte à les soutirer aux pauvres types aux crochets de qui ils prospèrent. Donc, pas question de prendre des risques, c’est bon pour les fachos, ça.
    Amitiés.

    NOURATIN

    6 février 2014 at 16 h 44 min

  4. Magnifique texte !
    Il y a eu tellement d’opportunistes qui ont profité du dévouement des autres et tiré les marrons du feu !

    Les vrais héros ne l’ont jamais chanté sur les toits et ceux qui nous bassinent avec leur « Résistance » (avec un R majuscule, et historiquement datée), tout en se vautrant dans la pensée unique, nous font vomir.

    Les résistants de la première heure ont trouvé leurs motivations chez ceux qui ont été jetés à l’opprobre public.
    Les autres, ceux qui veulent notre disparition, accueillaient l’occupant.
    De ce point de vue, rien n’a changé…Sauf qu’ils l’invitent, sans y être obligés.

    carine005

    6 février 2014 at 17 h 35 min

  5. […] On a condamné les violences liées à l'extrême-droite et la gauche en profita pour traiter les manifestants de fascistes. Le lendemain, Le Populaire, quotidien de la SFIO, annonçait fièrement en Une que le coup de force fasciste avait échoué…  […]

  6. Réhabiliter Maurras et Pétain, c’était idiot et peine perdue. Le texte est beau comme d’hab mais je crains quelques égarements surtout dans les coms….Pétain n’était pas de gauche mais bien d’une droite extrême , les fascistes étaient bien avec l’ennemi, et la résistance était composée majoritairement de gens de gauche. C’est simplement historique mais vous savez ça aussi bien voire mieux que moi.

    Didstat

    6 février 2014 at 21 h 57 min

    • Pétain de droite extrême, sans doute… Résistance composée majoritairement de gens de gauche, on en parle avant ou après la dénonciation du pacte germano-soviétique? Avant ou après que le parti des 75000 fusillés (mort de rire… Pas pour ceux qui sont effectivement morts, hein, soit environ 4520, allez disons 5000 voire 6000, wikipédia étant ce qu’il est…) aie stoppé les négociation avec les nazis pour la reparution de l’Humanité?

      La vérité est que les résistants de la première heure était majoritairement issus de la droite, voire de l’extrême droite…

      Ce qui n’enlève rien au respect que je porte aux résistants qui se sont effectivement battus contre l’occupant, quelque soit leur sensibilité politique.

      Lone

      6 février 2014 at 23 h 38 min

    • Didstat,

      Les choses ne sont pas si simples et je vous conseille de lire Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, de Simon Epstein (Albin Michel, 2008). C’est un livre passionnant.

      Simon Epstein est un historien israélien, spécialiste de l’antisémitisme, et il se demande ce que les antiracistes d’avant-guerre ont fait pendant l’occupation. Il fait donc l’inventaire de toutes les personnalités qui, dans les années trente, ont proclamé haut et fort leur rejet de l’antisémitisme et qui, souvent, ont été amenées à travailler avec la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme. La LICA, politiquement à gauche, était la principale organisation de lutte contre le racisme dans la France d’avant-guerre et elle a participé à de nombreuses manifestations antifascistes. Très rapidement, Simon Epstein se rend compte que « les ministres de Vichy sont, pour beaucoup, d’anciens philosémites« . À travers l’étude de près d’un millier de fiches biographiques, il montre à quel point les hommes de gauche d’avant-guerre sont impliqués dans la collaboration. Simon Epstein explique ensuite que le pacifisme est le vecteur principal de la collaboration. D’ailleurs, Sartre lui-même l’avait écrit: «  les pacifistes, incapables d’enrayer la guerre, avaient tout-à-coup décidé de voir dans l’armée allemande la force qui réaliserait la paix« .

      À l’inverse, nombreux furent ceux, comme Rémy, parfois maurassiens, traités de fascistes après les émeutes du 6 février 1934, qui ont rejoint la résistance dès juin 1940. L’Allemagne restait à leurs yeux l’ennemi de 1914. Or ils étaient patriotes, et ils ne pouvaient donc pas envisager de collaborer avec l’ennemi.

      Noix Vomique

      7 février 2014 at 10 h 53 min

  7. Magnifique texte en effet, qui montre que les résistants à l’occupant allemand n’étaient pas toujours là où on les attendait. Il ne faut pas oublier que la gauche a voté les pleins pouvoirs à Pétain et que c’est encore la gauche qui a été la plus collaborationniste. Doriot, ancien membre du PC et qui crée un parti fasciste et combien d’autres.

    La gauche d’aujourd’hui, ferait bien de balayer devant sa porte, avant de donner des leçons de morale à tout va.

    Jean-François

    8 février 2014 at 13 h 12 min


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