Noix Vomique

Le retour de la République des barbouzes?

C’est quand même marrant, les petites manies des socialistes quand ils deviennent président de la république: le procédé a beau être illégal, il faut qu’ils se scotchent au bigorneau et ce n’est certainement pas pour écouter la mer. On se souvient de François Mitterrand, qui avait fait installer en 1983 des écoutes téléphoniques à l’Élysée. Or, cette semaine, on découvre une nouvelle affaire d’écoutes téléphoniques: une conversation entre Nicolas Sarkozy et son avocat, enregistrée à leur insu, qui serait à l’origine d’une enquête pour trafic d’influence. Ces écoutes constituent bien évidemment une violation du droit de la défense mais ce qui eût été scandaleux du temps de la présidence Sarkozy est aujourd’hui défendu, le plus sérieusement du monde, par les blogueurs de gouvernement: ainsi Nicolas nous explique-t-il qu’il faut bien enquêter puisque « c’est bien Nicolas Sarkozy et son avocat qui sont soupçonnés de trafic d’influence et qui ont peut-être commis des délits« . Bref, la fin justifie les moyens. C’est ce que disent tous les dictateurs. Mais de quelle fin s’agit-il ici, au juste? Coincer Sarkozy? Les socialistes ont-ils tellement peur d’un retour de Nicolas Sarkozy? Bah oui. Rien que d’y penser, ils ont les mouillettes, les grelots, les miches qui font bravo. Car, Sarkozy, ils y pensent. Ça a même viré à l’obsession.

Maintenant, on va regarder tout ce joli monde se débattre dans sa merde. Le Front national compte les points. Ce soir, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a reconnu que la Garde des Sceaux et lui-même étaient au courant de la mise sur écoute de Nicolas Sarkozy. Christiane Taubira avait pourtant dit qu’elle ne savait rien. Or, selon le Canard enchainé, le parquet lui aurait transmis le 26 février une synthèse des écoutes et c’est ce même jour qu’une information fut ouverte pour trafic d’influence contre Nicolas Sarkozy. Pour un peu, on aurait presque l’impression que le nouveau parquet national financier, en charge du dossier des écoutes téléphoniques, a spécialement été créé par la Garde des Sceaux pour mettre en cause Nicolas Sarkozy. Le blogueur de gouvernement va bien sûr nous répéter, sans grande conviction, que les ministres ne sont pas intervenus dans cette affaire. On s’en moque: c’est désormais vers l’Élysée que tous les regards vont se tourner: le Président de la République était-il informé de ces écoutes illégales? Ce ne serait pas surprenant lorsqu’on sait que Bernard Muenkel, l’ancien chef du service des télécommunications et de l’informatique de l’Élysée, avait révélé l’an dernier l’existence à l’Élysée d’un cabinet noir chargé de fouiller, déjà en toute illégalité, dans les archives de Nicolas Sarkozy. Or, une bonne histoire de barbouzes, genre les Irlandais de Vincennes, ça manque justement à ce glorieux quinquennat. On n’a donc pas fini de se marrer. Et, à l’occasion, livrer bataille aux côtés de l’Amiral Woland pour abréger les souffrances des blogueurs de gouvernement.

Written by Noix Vomique

11 mars 2014 à 22 h 50 min

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6 Réponses

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  1. […] C'est quand même marrant, les petites manies des socialistes quand ils deviennent président de la république: le procédé a beau être illégal, il faut qu'ils se scotchent au bigorneau et ce n'est ce…  […]

  2. Dans le fond, ce qui est choquant ce n’est pas qu’il puisse y avoir des écoutes, légales ou pas, mais bel et bien de voir des gens qui professent la vertu user de procédés qu’ils passent leur temps à fustiger comme étant contraires aux principes de la démocratie.

    Ce qui est choquant, c’est de voir des ministres représentants d’un courant qui a la prétention d’incarner une sorte de magistère moral, mentir comme des racailles pris la main dans le sac.

    Ce qui est choquant, c’est de voir des repris de justesse avoir le front de briguer un mandat et d’être élus, pour ensuite agonir de quolibets ceux qui sont en passe de subir les foudres d’une justice qui n’a jamais été indépendante et ne le sera jamais en dépit de principes bidons répétés jusqu’à la nausée.

    En vérité, ce qui est vraiment choquant, c’est le spectacle quotidien des mœurs républicaines. Ce jeu de chaise musicale de la pourriture morale. J’ai le pouvoir, je traque les pourris d’en face, et inversement. pendant que le bon peuple, abruti par la nullité des radios et de la télé, compte les points et revote pour les ordures qui se représentent une fois rééligibles. Car ils osent tout ces salauds, la honte, la décence, ils ne connaissent pas.

    koltchak91120

    11 mars 2014 at 23 h 35 min

  3. Ah mais on ne souffre pas ! On rigole de voir la décomposition de l’UMP et de la droite en général !

    Nicolas

    12 mars 2014 at 0 h 11 min

    • Mais la droite sent le faisandé depuis la mort de Pompidou, il n’y a rien de véritablement nouveau là-dedans. Mis à part l’amateurisme des cadres « dirigeants ». Ceci dit, le PS est également fort bien nanti en gugusses du même calibre, sauf que chez vous ça se voit moins parce que c’est culturel. Dans le fond, le seul type valable que vous ayez eu, il venait de la vieille droite traditionnelle.

      koltchak91120

      12 mars 2014 at 1 h 47 min

  4. Barbouzes ? Cette ambiance délétère au niveau du pouvoir central ne date pas d’hier. En fait, il pourrait exister au plus haut niveau l’ombre d’un Etat inquisiteur (voire liquidateur) derrière l’Etat légal. Il serait apparu il y a très longtemps, quand il s’est agi de combattre la subversion crypto-militaire des leviers de pouvoir contre les arrangements gaulliens d’abandon des populations européennes d’Afrique du Nord. Créé à dessein, il ne se serait jamais liquéfié, et la « mentalité d’assiégé » aurait contaminé les gouvernements successifs jusqu’à celui d’aujourd’hui ; qui n’en a peut-être pas pris toute la mesure.

    Giscard d’Estaing s’effrayait rétrospectivement du pouvoir à lui confié qui lui permettait de faire tuer n’importe qui d’un battement de cil. L’Etat légal n’a pas, lui, le doigt sur la détente, quoiqu’en aient pu penser Boulin ou Bérégovoy.
    Les écoutes seraient permanentes depuis depuis au moins le ministre Roger Frey. On créerait des coquilles d’accueil différentes à chaque fois pour faire croire à la légalité du procédé ou à son exceptionnalité, c’est selon. Mitterrand régnant, on a déplacé les pupitres quand il en fut besoin, de La Tour Maubourg aux caves de l’Elysée.

    On en reste d’autant plus confondu d’apprendre que l’ancien « chef de la police » communiquait par téléphone avec son conseil judiciaire. Est-ce cet irrépressible orgueil qui le consume qui l’aurait fait défier ce second Etat ? Ou croyait-il ne rien risquer ?

    Catoneo (@catoneo)

    12 mars 2014 at 8 h 54 min

    • Merci, Catoneo, pour ces rappels historiques. Il aurait voulu que je développe davantage (les officines chargées de la lutte contre l’OAS, etc) mais, blogowar oblige, il fallait que j’apporte rapidement des renforts à Woland.

      Noix Vomique

      12 mars 2014 at 11 h 53 min


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