Noix Vomique

Auld Alliance

Stirling - Church of the Holy Rude

L’église de la Sainte-Croix, Stirling.

Vendredi soir, en souvenir de cette «Vieille Alliance» qui unit la France à l’Écosse depuis Philippe le Bel, et que le Général De Gaulle qualifiait de «plus vieille alliance au monde», j’ai tombé le flacon de scotch que je gardais précieusement depuis des années -un Deanston, single malt, 15 ans de barrique. Je ne fêtais pas le résultat du référendum écossais mais plutôt le fait, cette fois, que personne ne pouvait dire que la trouille était dans le camp des nationalistes: elle était indiscutablement du côté des chefs d’États et autres commissaires européens. Ça payait de les voir serrer les miches à l’idée que l’Écosse puisse devenir indépendante. C’était à qui s’appliquerait le mieux à jouer les Cassandre, à l’instar du Premier ministre britannique David Cameron: «Si le Royaume-Uni éclate, il éclate pour toujours. Le choix qui vous est offert est donc clair: un saut dans l’inconnu avec le Oui, ou un avenir meilleur pour l’Ecosse avec le Non». Même notre François Hollande, lors de sa conférence de presse, composa un rôle de paniquard. Après avoir évoqué la menace terroriste et le virus Ebola, histoire de créer une ambiance, suant à grosses gouttes, il expliqua que le résultat du référendum en Écosse pouvait avoir des conséquences terribles pour l’Europe: «Le risque est que le projet européen se dilue, ce qui ouvre la voie aux égoïsmes, au populisme et au séparatisme. Nous rentrons, en tout cas c’est un danger, dans un processus de déconstruction, pas simplement de l’Union européenne mais des États eux-mêmes». Sans blague! N’est-ce pas plutôt l’Union européenne qui a remis en question les États tels qu’ils existaient? De plus, loin de prôner un repli sur soi, les indépendantistes écossais ne souhaitaient-ils pas rester dans l’Union européenne? En fait, les partisans du oui nous ont crânement montré que l’on ne craint pas la mondialisation lorsqu’on a du cœur et une identité solide. Mais c’est la pétoche qui a finalement triomphé, au grand soulagement des dirigeants européens.

Vendredi soir, j’étais donc en train de siroter mon Deanston sur le balcon, affalé sur la chaise longue. Je songeais à la distillerie, là-bas, sur les bords de la Teith, sur la route qui va de Stirling au loch Katrine, dans un vieux bâtiment où l’on avait tissé du coton dès la fin du dix-huitième siècle, lorsque l’Écosse calviniste était le berceau de la révolution industrielle. Je songeais à la splendide église de la Sainte-Croix, à Stirling, où l’on trouvait des informations en basque -comme pour signifier qu’il existe une solidarité entre peuples séparatistes, lesquels, en l’occurence, sont également souleveurs de pierres. Je songeais à Glasgow, où le Oui a obtenu 53,49% des suffrages, et à ses pubs: ce soir, les indépendantistes s’y étaient peut-être retrouvés pour se pinter et pour rêver encore, loin d’être abattus, à un nouveau printemps des peuples. Et là, il s’en trouverait bien un pour entonner:

Oh, ye’ll tak’ the high road and I’ll tak’ the low road,

And I’ll be in Scotland afore ye;

But me and my true love will never meet again

On the bonnie, bonnie banks o’ Loch Lomond.

Written by Noix Vomique

21 septembre 2014 à 23 h 51 min

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8 Réponses

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  1. […] Vendredi soir, en souvenir de cette «Vieille Alliance» qui unit la France à l'Écosse depuis Philippe le Bel, et que le Général De Gaulle qualifiait de «plus vieille alliance au monde», j'ai tombé le flacon de scotch…  […]

  2. Le vieux royaliste que je suis a toujours eu une pensée affectueuse pour les Écossais. Je n’oublie pas que des volontaires écossais se battirent aux côtés de Jeanne d’Arc devant Orléans en 1429 et que la marche de Robert the Bruce accompagna leur marche contre l’anglois qui occupait la douce terre de France. je n’oublie pas non plus que nos rois purent compter sur les régiments écossais : le Royal Écossais (infanterie), le Gendarmes Écossais (cavalerie), la compagnie de garde du corps écossaise dont le cri de ralliement était Amyr (I am here). Je n’oublie pas non plus la malheureuse Marie Stuart, reine martyre d’Ecosse ( http://www.vexilla-galliae.fr/civilisation/histoire/977-marie-stuart-la-reine-de-france-oubliee ).

    Oui, il y a toujours eu de forts liens entre la France et l’Ecosse, n’en déplaise à ces messieurs de Londres, de Bruxelles et aux républicains de Paris.

    koltchak91120

    22 septembre 2014 at 1 h 08 min

  3. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est limité par le pouvoir des princes qui ne veulent pas qu’une seule parcelle de leur pouvoir leur échappe.
    J’ai lu que les Anglais établis en Ecosse pouvaient voter mais pas les Ecossais résidant en Angleterre.

    Pangloss

    22 septembre 2014 at 9 h 11 min

    • Pas que les anglais, tous les résidents de l’UE.

      koltchak91120

      22 septembre 2014 at 9 h 24 min

  4. En tout cas les Ecossais ont été consultés. Nous ne sommes pas près d’en faire autant à l’égard des
    Corses, des Bretons, des Basques et autres Savoyards. La République ne mange pas de ce pain là,
    elle est si satisfaite d’elle même qu’elle ne concevrait pas un avis contraire de la part de ses citoyens.
    Amitiés.

    NOURATIN

    22 septembre 2014 at 9 h 48 min

  5. J’ai fait un rêve, les Écossais disent oui à l’indépendance et dès le lendemain, un président français se rend en Écosse pour renouveler cette « Auld Alliance » et en sus un ministre des affaires étrangères français renégocie les termes de « l’entente cordiale » car le Royaume-Uni est amputé d’une partie de sa puissance…

    Si vous passez par Madrid, vous savez où me trouver…

    cherea

    22 septembre 2014 at 13 h 14 min

  6. L’Ecosse a des atouts indéniables mais c’est aussi une république socialiste qui était dans l’hologramme du référendum.
    Il y a des choses à faire à quatre, Norvège, Islande, Féroé et Ecosse. Zone de pêche exclusive, hydrocarbures, construction et réparation navale sur le nouveau passage arctique, etc…
    Mais c’est la peur du lendemain qui a gagné.
    Saluons malgré tout la dignité du premier ministre qui a démissionné ; une ‘classe’ qu’on ne voit plus en France.
    Plus par ici : http://royalartillerie.blogspot.fr/2012/02/la-route-des-trolls.html

    Catoneo (@catoneo)

    22 septembre 2014 at 23 h 42 min

  7. Il fallait les voir serrer les miches….
    Ha ben oui
    Ça, pour péter de trouille, ils sont fortiches
    Même le notre, qui a priori n’était pas concerné….

    kobus van cleef

    2 novembre 2014 at 15 h 38 min


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