Noix Vomique

De Gaulle et Churchill, le 11 novembre 1944

 De Gaulle Churchill -11 novembre 1944Le 23 octobre 1944, deux mois après la libération de Paris, Washington et Londres reconnurent enfin le Gouvernement provisoire de la République française. Début novembre, Georges Bidault réussit à convaincre de Gaulle d’accepter une visite à Paris de Winston Churchill. Le Général était alors en train d’organiser un voyage à Moscou: il avait l’intention de se rapprocher de la «Russie», comme il ne cessa jamais de l’appeler. Le premier ministre britannique arriva le 10 novembre à l’aéroport du Bourget, où il fut accueilli par Charles Tillon; il était prévu qu’il participe à la commémoration de l’armistice de 1918. Le lendemain, alors que des Spitfires survolaient l’Arc de triomphe, de Gaulle et Churchill déposèrent des gerbes sur la tombe du soldat inconnu. Une foule immense s’était pressée sur les Champs-Élysées, elle les acclama bruyamment lorsqu’ils descendirent l’avenue jusqu’à une tribune qu’on avait installée pour l’occasion. Là, visiblement complices et de bonne humeur, ils passèrent en revue les troupes que le général Kœnig conduisait, puis se rendirent rue Saint-Dominique pour déjeuner. Entre la poire et le fromage, ils parlèrent de la suite de la guerre, toujours en français, car Churchill y mettait son point d’honneur, ce qui rendait parfois le dialogue douloureux, et de Gaulle annonça qu’il allait rencontrer Staline à la fin du mois. Il ne se doutait pas que ce voyage à Moscou, qui devait signifier à Roosevelt que la France avait retrouvé «les moyens de son indépendance», allait être un fiasco: l’accueil fut en effet glacial, Staline méprisa de Gaulle et le pacte qui fut signé, faute de s’entendre sur la Pologne et la rive gauche du Rhin, n’avait aucun contenu.

Written by Noix Vomique

11 novembre 2014 à 22 h 08 min

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7 Réponses

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  1. Assez logique, la France avait gagné la guerre, mais perdu la paix. De Gaulle s’est évertué à entretenir une illusion, celle d’une France encore grande, dont la voix portait sur la scène internationale. Mais mis à part les Français, qui dans le monde était encore dupe ?

    koltchak91120

    12 novembre 2014 at 20 h 17 min

    • Oui, Koltchak, c’est ça: de Gaulle s’évertuait à entretenir l’illusion. Mais il n’est pas invité à Yalta où Churchill doit insister pour que la France obtienne une zone d’occupation en Allemagne. Le constat est sévère: après trente années, alors que la Seconde guerre mondiale est en train de se terminer, la France est déclassée et il ne lui reste plus qu’à honorer la mémoire des poilus.

      Noix Vomique

      13 novembre 2014 at 23 h 39 min

      • Et encore, si elle le faisait bien, mais même pour quelque chose d’aussi simple et évident, elle foire. Bien sûr, dans les villes et villages, il y a une vraie dimension de recueillement, on implique la jeunesse, mais tout ce qui est organisé au national, le peu qui a été fait, c’est purement et simplement de la merde. Ils vont jusqu’à nier la dimension héroïque et sacrificielle pour entretenir la fiction victimaire.

        koltchak91120

        14 novembre 2014 at 9 h 04 min

        • Oui, les commémorations nationales sont lamentables. Comme disait Philippe Muray, le victimisme est l’une des religions de notre époque. Et on frémit à l’idée que le centenaire de la Grande guerre pourrait, aussi, se transformer en célébration du vivre-ensemble

          Noix Vomique

          16 novembre 2014 at 15 h 39 min

          • Je m’inquiète d’ailleurs que nous n’ayons pas eu droit au couplet sur les régiments étrangers envers lesquels nous aurions une dette éternelle, en dépit du fait que ces troupes ne dépassaient pas les 10% du total des unités engagées.

            koltchak91120

            16 novembre 2014 at 15 h 50 min

  2. Il est peut être un peu excessif d’affirmer que Staline méprisa de Gaulle. Le vieux Géorgien savait bien qu’un trublion de ce calibre était à même de compliquer la tâche aux Etats-Unis qu’il voyait déjà comme l’ennemi du futur. Le simple fait de le recevoir et de signer un vague traité constituait déjà un gros motif de satisfaction.
    Amitiés.

    NOURATIN

    14 novembre 2014 at 17 h 37 min

    • Oui, Nouratin, je l’admets, j’exagère un peu en disant que Staline méprisa de Gaulle. Certes, de Gaulle pouvait se satisfaire d’avoir signé ce traité: il posait ainsi les bases de sa politique extérieure. Mais il fut irrité par la tournure des négociations avec Molotov ou par l’attitude de Staline qui le faisait poireauter de longues journées. J’imagine qu’il apprécia fort peu, également, que l’écrivain Ilya Ehrenbourg lui offrît, en cadeau de bienvenue, un exemplaire de son roman consacré à la défaite de 1940, La Chute de Paris

      À propos de ce voyage quelque peu rocambolesque, je vous conseille la lecture de cet article du diplomate Jean Laloy: À Moscou: entre Staline et de Gaulle, décembre 1944.

      Noix Vomique

      16 novembre 2014 at 19 h 15 min


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