Noix Vomique

Uchronie (3)

Gaza -UchronieLorsque les Égyptiens, après la première guerre israélo-arabe (1948-1949), s’approprièrent la Bande de Gaza, les Gazaouis réalisèrent avec effroi qu’ils s’étaient méchamment gourés. Jamais ils n’auraient dû se laisser manipuler par les pays arabes; jamais ils n’auraient dû envoyer promener l’ONU et son plan de partage de la Palestine. Les Israéliens avaient vaillamment repoussé les armées arabes et contrôlaient désormais un territoire bien plus vaste que celui prévu par le plan de 1947. Un exode massif des Arabes de Palestine vers la bande de Gaza avait alors obligé les autorités égyptiennes à improviser des camps de réfugiés. Après la guerre des Six-Jours en juin 1967, la Bande de Gaza fut occupée par les Israéliens; les Gazaouis, démoralisés, avaient cessé d’avoir confiance en l’avenir quand soudain, en 1988, Yasser Arafat reconnut le droit à l’existence d’Israël. Il voulait éviter que l’OLP ne fût débordée par des mouvements extrémistes tels que le Hamas et le Djihad islamique. Cette fois, les Gazaouis n’allaient pas manquer l’occasion. Après les Accords d’Oslo et le départ des Israéliens, ils proclamèrent leur indépendance tandis qu’une Autorité palestinienne était créée en Cisjordanie. La nouvelle République de Gaza, fondée le 28 septembre 1995, fut aussitôt saluée par l’ensemble de la communauté internationale.

Les Gazaouis auraient pu se laisser guider par la haine d’Israël, ils auraient pu utiliser l’aide économique qu’on leur versait pour acheter des armes et des roquettes, ils auraient pu consacrer toute leur énergie à harceler Israël puis, lorsque l’État hébreu se défendait, pleurnicher et jouer les victimes. Mais non. Ils travaillèrent dur et manifestèrent un esprit d’entreprise d’autant plus audacieux que personne ne l’avait jamais soupçonné. Le gouvernement lança une politique de grands travaux et le littoral se couvrit de complexes touristiques souvent luxueux. Une zone franche fut créée pour attirer des entreprises du secteur médical: aujourd’hui, la Gaza HealthCare City, premier quartier du monde consacré à la médecine, abrite le nouveau siège de l’Organisation Mondiale de la Santé. Lorsqu’on mesure le chemin parcouru, on peut vraiment parler de miracle. En vingt ans, Gaza, petit pays méditerranéen de 360 km2, est devenu ce que les géographes, toujours soucieux de paraître modernes, quitte à jargonner, appellent un hub de la mondialisation: les touristes, jeunes et vieux, affluent du monde entier, les uns viennent chercher un univers hyperfestif, les autres des soins médicaux de haut niveau. Les derniers obstacles au développement, tels que le surpeuplement ou l’islamisme, furent habilement déjoués: le gouvernement gazaouite n’hésita pas à expulser vers le Califat de Bagdad ceux qui manifestaient des accointances avec l’islam radical; il fit également construire sur ses frontières une «muraille de protection» pour empêcher toute immigration. Ainsi, en ce début du vingt-et-unième siècle, Gaza est entrée de plain-pied, au rythme des Love Parades et autres Health Prides, dans l’ère insouciante de la post-Histoire. Trop cool.

Written by Noix Vomique

30 novembre 2014 à 16 h 27 min

Publié dans Uncategorized

11 Réponses

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  1. Vous allez leur coller des regrets cuisants !

    didiergoux

    30 novembre 2014 at 18 h 36 min

    • Oui. Je suis sûr que les mecs du Hamas rêvent d’organiser une Gay pride dans les rues de Gaza.

      Noix Vomique

      30 novembre 2014 at 21 h 20 min

  2. Cruelle uchronie en vérité. Dire que, pour reprendre la formule de Golda Meir, elle aurait pu être réelle si les palestiniens aimaient autant leurs enfants que les Israéliens.

    koltchak91120

    1 décembre 2014 at 0 h 48 min

  3. Il eût suffi de presque rien, peut être que ces types se fassent une raison et oublient qu’on les avait virés de chez eux à grand coups de pompe dans le derche. Parfois ça vaut le coup de ne pas avoir la rancune tenace!
    Amitiés.

    NOURATIN

    1 décembre 2014 at 15 h 58 min

    • Ils n’ont pas été virés. Les premiers coups de feu ont été arabes, ces derniers refusant de vivre sur la même sol que des juifs. Et puis, sans vouloir être méchant, le peuple palestinien est une fiction, il n’existe pas. On a commencé à utiliser l’expression « peuple palestinien » au milieu des années 60, avec la montée en puissance d’Arafat. Il faut être clair, la Palestine, qui faisait partie de l’empire ottoman lui servait de dépotoir pour tous les opposants jugés indésirables dans les provinces où ils sévissaient. Et puis reprenez les statistiques de population de l’occupant britannique qui a eu la région sous mandat après la première guerre mondiale, on y voit très nettement qu’il y avait déjà, à partir des années 20, plus de juifs que d’arabes.

      koltchak91120

      1 décembre 2014 at 16 h 55 min

      • Il est vrai que la réappropriation du territoire par les Juifs
        s’est opérée dès après la première guerre mondiale, il est
        également vrai que le peuple palestinien est une invention.
        Cependant la manière dont les Juifs se sont comportés
        avec les précédents occupants tient beaucoup du « ôtes
        toi de là que je m’y mette »…c’est un peu ce qui est en train
        de nous arriver en France et, personnellement, j’excuserais
        les gens de chez nous qui tireraient les premiers;

        NOURATIN

        2 décembre 2014 at 14 h 53 min

        • Koltchak,
          En effet, l’idée d’un peuple palestinien est une fiction développée après l’échec du panarabisme: c’est en 1964, dans la charte de l’OLP, que Yasser Arafat définit pour la première fois les Palestiniens comme «les citoyens arabes qui ont normalement vécu en Palestine jusqu’en 1947, qu’ils y soient demeurés ou qu’ils en aient été expulsés» (article 6).
          Tant qu’on s’accrochera à cette fiction, et tant qu’on s’obstinera à lier le sort de Gaza à celui de la Cisjordanie, au lieu de créer deux États distincts, puisqu’il est impossible d’en faire un d’un seul tenant, il n’y aura pas de solution.

          Nouratin,
          Les choses ne sont pas vraiment comparables avec ce qui se passe en France. Et même si les Juifs commencent à émigrer massivement en Palestine dans les années trente, ils ont toujours été présents en Palestine, même sous la domination ottomane: il suffit de lire Chateaubriand ou les recensements faits par le consulat britannique de Jérusalem au XIXème siècle pour le vérifier.

          Noix Vomique

          2 décembre 2014 at 22 h 04 min

  4. Votre uchronie décrit le Liban d’avant la guerre de 1975, guerre qui comme le dit wikipedia, eut comme cause le « problème palestinien » :
    « A la différence des États arabes voisins, au pouvoir fort, qui n’hésitent pas à traiter le problème palestinien de manière radicale, la présence des réfugiés palestiniens au Liban et surtout la lutte de l’OLP contre Israël deviennent le point principal de désaccord entre les deux grands blocs. L’OLP va profiter de l’environnement démocratique existant au Liban, ainsi que de la nature multiconfessionnelle fragile du pays lui permettant de donner au conflit un habillage inter-libanais et rendant impossible la maîtrise de la présence palestinienne au Liban. « 

    amike

    1 décembre 2014 at 22 h 32 min

    • A propos de la guerre libanaise, qui se souvient aujourd’hui de l’entrevue de 1975 entre Henry Kissinger et le président libanais Souleimane Frangié ? A l’époque, soucieux de mettre un terme au conflit palestino-israélien, les Etats-Unis envisageaient l’implantation des palestiniens au Liban… à la place des chrétiens. Bon prince le gouvernement US proposait d’agréables bases de rempli aux chrétiens libanais. Le tout dit en termes délicats : « Le Liban est une erreur de l’histoire. Vous n’êtes pas une nation ! Je vous le dis, nous avons décidé de soulager Israël en chassant les chrétiens du Liban, et en y implantant les Palestiniens. On implante les Palestiniens au Liban et comme cela les chiites seront en nombre égal avec les sunnites, il y aura un équilibre entre eux. Et vous les chrétiens nous vous accueillerons dans les ambassades des États-Unis : le Canada et le Venezuela. Il vous suffira d’aller dans ces pays quand vous le voudrez « . Bien évidemment, l’entrevue tourna court et Kissinger dut éviter le cendrier en cristal que le président Frangié venait de lui lancer au visage. Ensuite, ce fut la guerre.

      koltchak91120

      2 décembre 2014 at 20 h 02 min

      • Et après, on voudrait que je sois atlantiste, que j’applaudisse à la moindre décision américaine ? Je laisse ça aux serpillières, aux libéraux et à leurs alliés/clones néo-conservateurs qui ne sont jamais, en France comme aux USA, d’anciens types de gauche qui, suite à la prise de conscience de l’horreur du système soviétique, se sont naturellement fondus dans l’idéologie progressiste la plus anti-communiste, soit le libéralisme.

        koltchak91120

        2 décembre 2014 at 20 h 09 min


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