Noix Vomique

Archive for janvier 2015

Enseigner la Shoah

Le 27 janvier, alors que les soixante-dix ans de la libération d’Auschwitz-Birkenau étaient célébrés en grande pompe, j’ai publié un billet qui se limitait à une série de photos des camps prises par l’Armée rouge. Ces photos étaient parfois surprenantes, car les prisonniers n’étaient pas tondus et semblaient plutôt bien nourris, mais je ne doutais pas de leur véracité puisque je les avais trouvées sur le site du mémorial Yad Vashem. Or, très vite, la sagacité de Didier Goux a mis en évidence ce que je m’interdisais de voir: ces photos étaient bidouillées, sans doute à des fins de propagande, et les Soviétiques les avaient mises en scène avec des figurants polonais. Par paresse autant que par naïveté, je m’étais donc fait couillonner. De quoi ressentir un malaise car, en présentant ces photos comme authentiques, Yad Vashem prend le risque de prêter le flanc à toutes les divagations négationnistes. Du coup, j’ai décidé d’effacer mon billet et de le recouvrir, à la manière d’un palimpseste, d’un nouveau texte. Je conserve ainsi les commentaires de mes lecteurs perspicaces: vous pourrez les trouver ci-après.

Mais bordel de merde, comment ai-je pu me faire pigeonner? C’est d’autant plus condamnable que, lorsque je traite cette question en classe, je rechigne à utiliser ce genre de photos. Quelles images doit-on d’ailleurs montrer aux élèves? L’enseignement de la Shoah m’a toujours semblé difficile: ce chapitre d’histoire n’est pas comme les autres; l’extermination systématique de ces millions de personnes à l’échelle d’un continent dépasse l’entendement. Et, au-delà d’une dimension émotionnelle bien compréhensible, cette question amène, comme l’a dit Najat Vallaud-Belkacem, à réfléchir  «sur le bien et le mal». Comment des hommes ordinaires ont-ils pu, en effet, commettre cette abomination? Cependant, en parlant de «mal», le devoir de mémoire risque de se transformer en une leçon de morale, voire en transmission de la culpabilité, ce qui pourrait s’avérer pesant pour les élèves.

On a parfois l’impression que la Shoah prend beaucoup de place à l’école. En fait, elle est abordée, à raison de quelques heures par an, en CM2, en troisième et en première. Le sentiment de saturation est davantage entretenu par les politiques et les médias, notamment lorsqu’ils ont des poussées de fièvre commémorative. Mardi, quel était l’intérêt d’entendre le président de la République, toujours incapable de trouver les mots justes, mélanger Auschwitz, l’antisémitisme des islamistes, le génocide des Arméniens puis celui des Tutsis au Rwanda? Il ne manquait plus qu’il évoque les traites négrières.

C’est le problème des commémorations: elles flattent les mémoires mais ne suscitent pas vraiment de réflexion historique. J’ai également la faiblesse de penser que la visite des camps n’apporte pas grand chose, hormis, évidemment, une émotion très forte. Une fois, et une seule, j’ai emmené des lycéens à Auschwitz. Il y a une vingtaine d’années: la Guerre froide venait de se terminer, j’étais un jeune professeur et je n’avais pas peur d’organiser à travers l’Europe des voyages insensés en autobus. La visite d’Auschwitz, par une belle journée ensoleillée, fut bien sûr bouleversante: guidés par un survivant, les élèves prenaient la mesure de l’horreur et, notamment, de la dimension industrielle de l’extermination. Mais, de la même façon que nous ne sommes pas obligés de voir la marque des clous pour croire, est-il nécessaire d’aller à Auschwitz pour appréhender la Shoah? Le vrai travail de compréhension ne se fait-il pas entre les murs de la classe, le professeur face à ses élèves?

En classe de première, on étudie «la politique nazie d’extermination des Juifs et des Tsiganes» dans le thème consacré à «la guerre au XXème siècle». Je suis persuadé qu’il faudrait séparer l’étude de la Shoah de la Seconde guerre mondiale, quitte à détacher également les massacres perpétrés par les Einsatzgruppen sur le front de l’Est, car, à force, les élèves ont tendance à faire du génocide un enjeu central de la guerre. Alors qu’il s’inscrit davantage dans l’histoire du nazisme. Pour expliquer l’extermination des Juifs, le Mémorial de la Shoah propose un cours que je trouve intéressant car il s’appuie sur le raisonnement de l’historien américain Raul Hilberg. À partir d’une série de documents -textes, cartes, tableaux statistiques, photos et vidéos, les élèves sont amenés à comprendre le processus complexe qui conduit de l’idéologie nazie à la destruction des Juifs. Ces documents me vont très bien: ils n’imposent pas aux élèves des images qui pourraient les choquer. Quel est l’intérêt pédagogique, en effet, de montrer des amoncellements de cadavres décharnés? Personnellement, je m’y refuse: je trouve que c’est un manque de respect pour les victimes. C’est comme si, après les nazis, notre regard continuait à les avilir et à leur nier toute dignité humaine. Pour cette raison, je ne projette jamais Nuit et Brouillard, le film d’Alain Resnais: outre le fait que ce film a vieilli, que le texte de Jean Cayrol m’insupporte et qu’il confond camps de concentration et d’extermination, la scène du bulldozer de Bergen-Belsen qui pousse les cadavres dans une fosse de commune est, à mon avis, une véritable horreur qui n’a pas sa place en classe.

Les élèves sont sensibles aux témoignages. Ça ne remplace pas un cours, évidemment, mais dans leur tête, le témoin est celui qui sait, parce qu’il a vécu les événements. En classe, nous lisons des extraits de Si c’est un homme, de Primo Levi. Il y a Shoah, de Claude Lanzmann, qui repose sur des témoignages, mais que j’ai toujours du mal à réduire à quelques extraits. Une année, au Mémorial de la Shoah, à Paris, nous avons rencontré un rescapé d’Auschwitz, Henri Borlant, qui nous raconta son histoire avec beaucoup de simplicité et de gentillesse. Sa famille avait fui les grands pogroms de Russie et s’était installée en France au début du vingtième siècle. En juillet 1942, les Allemands vinrent arrêter tous ceux qui avaient entre quinze et cinquante ans; il fut déporté avec son père, Aron, son frère Bernard et sa sœur Denise. Il avait quinze ans et sera le seul à revenir en France, après s’être évadé du camp d’Ohrdruf en avril 1945. Sa mère et ses autres frères et sœurs furent sauvés par un gendarme et par le maire de la petite commune du Maine-et-Loire où ils résidaient. Son récit de l’arrivée à Auschwitz, après un voyage en train déjà terrible, est poignant: l’affolement, les hurlements dans une langue, l’allemand, qu’il ne comprenait pas, les coups qui pleuvent, les chiens qui aboient, la vision étrange de ces gens en habits de bagnards, l’humiliation d’être tondu puis tatoué, les gens qui sont tués au hasard devant tout le monde, pour signifier que la vie n’a plus aucune valeur. C’était brusquement l’enfer, alors que la semaine précédente, il était encore «avec papa et maman, petit garçon gentil, poli, pas très téméraire, pas vraiment casse-cou». En l’écoutant, les élèves s’approchaient de l’idée de ce que pouvait être l’existence à Auschwitz: la terreur, les beignes, la faim, les maladies, la mort omniprésente, notamment lors de l’épreuve, toujours imprévisible, de la sélection pour la chambre à gaz, mais aussi la solidarité entre les prisonniers, cette solidarité qui prouve que les nazis n’avaient pas réussi à déshumaniser entièrement leurs victimes. Aujourd’hui, j’utilise en classe des extraits de son récit (Merci d’avoir survécu, Seuil, 2011). Comme les témoins sont avec le temps de moins en moins nombreux, le Mémorial de la Shoah a eu la bonne idée de mettre en ligne des témoignages enregistrés.

Chaque année, je prépare un nouveau cours sur la Shoah. Et chaque année, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait. C’est comme si ce cours, par son objet, ne pouvait jamais être satisfaisant. J’ai vu que Canopé, l’éditeur de l’Éducation nationale, a décidé de republier L’Album d’Auschwitz, qui regroupe 200 photos prises au printemps 1944 par un SS. C’est un document saisissant qui, comme l’a souligné Serge Klarsfeld, «montre la Shoah dans ce qu’elle avait de programmé, de systématique». Parmi les photos, il y a celle, terrible, où l’on voit des femmes juives avec leurs enfants, avant d’être gazées: une rescapée la découvrira trente ans plus tard et identifiera les membres de sa famille. Mais c’est encore à travers le regard des bourreaux que l’on appréhende ici la Shoah. Canopé a donc utilisé un second album, qu’un militaire américain a offert au musée de l’Holocauste à Washington, pour produire un excellent Web-documentaire intitulé Les deux albums d’Auschwitz. Pour décrire le fonctionnement d’un camp sans avoir l’impression d’adopter le regard des nazis, il existe aussi quatre photos, prises clandestinement durant l’été 1944 par des membres du Sonderkommando d’Auschwitz. Ces prisonniers juifs, qui étaient préposés au crématoire, avaient réussi à se procurer un appareil photo: ils firent des photos et firent parvenir la pellicule, accompagnées d’une note explicative, à la résistance polonaise de Cracovie. Ces clichés sont de piètre qualité, on devine plus qu’on ne voit ces femmes qui vont à la chambre à gaz ou ces corps qui sont brûlés. Mais l’angle de vue restitue aux victimes leur humanité et leur statut de victimes. Et, bien sûr, ces photos ont une valeur historique autrement plus grande que celles mises en scène par les Soviétiques après la libération d’Auschwitz.

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31 janvier 2015 at 17 05 08 01081

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L’Internationale

Manifestations hostiles à Charlie Hebdo

Vendredi dernier, à Pontoise, l’enterrement de Charb avait des allures de Fête de l’Huma. La télévision nous montra les invités, leur petit poing levé, en train de chanter L’Internationale. Et il nous fut répété, comme si tout ce beau monde était nostalgique de la Pravda, qu’ils étaient là parce que la liberté d’expression avait été attaquée. Tout de suite, les grands mots. En fait, les djihadistes ont surtout zigouillé des dessinateurs qui, à leurs yeux, avaient insulté Mahomet. Ils ont également assassiné des policiers, des Juifs, ou des gens qui avaient le malheur de se trouver sur leur chemin. Mais les journalistes, par réflexe corporatiste, nous ont rabâché que la liberté d’expression était menacée et ont fait monter la mayonnaise de l’émotion. Ils ont ainsi «donné sa forme à l’événement». Lundi, les yeux rivés sur la courbe des sondages, le Président de la République en a remis une couche en déclarant, lors des vœux à l’AFP, que «les journalistes tués faisaient plus que leur travail. Ils poursuivaient une vocation, celle de nous informer». Quelle aubaine: tant qu’ils jactent liberté d’expression, journalistes et politiciens évitent de faire leur autocritique; ils persistent dans le déni de la menace islamiste et court-circuitent tout espoir d’un sursaut patriotique.

Le soir de l’attentat, Laurent Joffrin avait publié un éditorial sidérant dans les colonnes du mal-nommé Libération. Il s’étonnait que les djihadistes aient attaqué Charlie Hebdo:

Les terroristes ne se sont pas attaqués aux «islamophobes», aux ennemis des musulmans, à ceux qui ne cessent de crier au loup islamiste. Ils ont visé Charlie. C’est-à-dire la tolérance, le refus du fanatisme, le défi au dogmatisme. Ils ont visé cette gauche ouverte, tolérante, laïque, trop gentille sans doute, «droit-de-l’hommiste», pacifique, indignée par le monde mais qui préfère s’en moquer plutôt que d’infliger son catéchisme. Cette gauche dont se moquent tant Houellebecq, Finkielkraut et tous les identitaires…

En se lamentant qu’ils n’aient pas plutôt tiré dans le lard des «islamophobes», Laurent Joffrin reconnaissait à demi-mots que les tueurs étaient musulmans. Et, à toutes fins utiles, il leur désignait des cibles pour leurs prochains attentats: les soit-disants «ennemis des musulmans». Si, par malheur, Michel Houellebecq ou Alain Finkielkraut devaient se faire buter, aura-t-il ensuite le culot de proclamer qu’il est Houellebecq ou Finkielkraut?

À force de répéter que l’islam est une religion de paix et d’amour, la gauche s’est montrée incapable de voir que l’islamisme gagnait du terrain. Ne reculant devant aucun amalgame, elle considérait que tous les musulmans étaient naturellement bons. Et elle excusait ceux d’entre eux qui se conduisaient mal, car ils étaient avant tout des victimes -de la colonisation, du capitalisme, voire de l’islamophobie. La gauche a donc bichonné les musulmans comme le ferait une mère et, fidèle aux principes soixante-huitards, lesquels consacrèrent l’enfant-roi, elle ne leur disait jamais non: elle leur a souhaité de bons ramadans et de joyeux Aïd-el-Kébir, elle leur a construit des mosquées et facilité la nourriture hallal, elle a proposé à leurs femmes des horaires de piscine aménagés et fermé les yeux sur le port de la burqa, elle a censuré Robert Redeker et fait pression pour qu’Éric Zemmour soit viré d’i>Télé.

Malgré tous ces efforts, parfois lourds d’arrière-pensées électorales, de jeunes musulmans Français, tels des enfants trop choyés à qui l’on aurait brusquement dit non, se sont sentis trahis, parce que la France s’engageait dans des guerres contre d’autres musulmans, en Afghanistan, au Mali ou encore en Irak. Ils se sont donc radicalisés, en suivant toujours le même parcours: adolescence difficile, délinquance, radicalisation religieuse en prison ou dans une mosquée, voyage initiatique dans l’un des foyers du djihad. Dans Les Religions meurtrières (Flammarion, 2006), Élie Barnavi a montré que ces recrues se situaient pleinement dans la mondialisation:

Ces musulmans européens, nés et éduqués en Europe et dûment occidentalisés, ont été en fait islamisés sur place. Leur apprentissage musulman a été le plus souvent superficiel. Il y a d’ailleurs parmi eux un nombre non négligeable de conversions de fraîche date. Ce sont en fait des analphabètes religieux, que seule intéresse l’action directe. Coupés de leur pays d’origine, dont ils ignorent la langue et les coutumes, et sans lien direct avec les aires de conflits majeures, ce sont d’authentiques internationalistes. Le sort de l’État-nation les laisse froids; eux ne s’intéressent qu’à l’oumma globale. Produits de la mondialisation; ils en sont les acteurs. En fait, c’est le nouveau visage de l’anarchisme gauchiste violent dont l’Europe a fait les frais dans les années soixante-dix, l’avatar musulman des terroristes de la bande Baader-Meinhof, des Brigades rouges italiennes, de l’Armée rouge japonaise ou de l’Action directe française.

Voilà pourquoi les gauchistes ont parfois de la sympathie pour les djihadistes: ils ont en commun la même détestation de la démocratie libérale, le même goût pour l’action révolutionnaire et, finalement, le même mépris pour la vie humaine. Si ça leur chante, ils peuvent continuer à pousser la romance de L’Internationale comme ils l’ont fait à l’enterrement de Charb. Mais ils donnent surtout la sensation d’être dépassés par les événements, comme incapables de voir que l‘Internationale a changé et qu’elle est désormais djihadiste. En France, les islamistes n’appartiennent-ils pas davantage à l’oumma qu’à la nation française?

L’attentat commis par les frères Kouachi, revendiqué par la branche d’Al-Qaïda au Yémen, montre les limites d’un islam de France. Depuis quarante ans, nos hommes politiques n’ont cessé de déconstruire l’idée de la nation: comment pouvaient-ils espérer, dans ces conditions, acclimater l’islam à une France de plus en plus transparente? Du coup, ils ont laissé le champ libre à un islam global. Dans une vidéo publiée le 14 janvier, Aymeric Chauprade explique que l’islam global est «resté fidèle à ses fondements djihadiques»: il est «en guerre contre les autres civilisations depuis le VIIe siècle» et «refuse de s’inscrire dans les nations». Cet islam global, c’est celui qui proteste depuis une semaine, du Pakistan au Niger, contre la dernière caricature de Mahomet en une de Charlie Hebdo. Al-Qaïda, semblable à une multinationale, avec ses franchises dans chaque pays, est son bras armé. Cet islam global séduit de jeunes Français musulmans en quête de repères. Il nous a déclaré la guerre et essaie de nous entraîner sur le terrain du choc des civilisations: pour avoir accrédité cette thèse, Aymeric Chauprade s’est fait désavouer par Marine Le Pen. La présidente du Front National ne veut pas, en effet, heurter l’électorat musulman qu’elle drague depuis l’adoption du mariage gay: d’ailleurs, le 7 janvier dernier, elle fut l’une des premières à refuser «tout amalgame» entre «nos compatriotes musulmans attachés à notre nation et à ses valeurs » et «ceux qui croient pouvoir tuer au nom de l’islam». Jean-Luc Mélenchon n’aurait pas dit mieux. Mais ce n’est qu’un détail: pour les membres de l’Internationale djihadiste, les Français, avant d’être de droite ou de gauche, ne sont-ils pas tous des mécréants?

Written by Noix Vomique

23 janvier 2015 at 17 05 21 01211

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En guerre contre l’islamisme

Charlie, tu n'iras pas au Paradis parce que tes pensées sont mauvaises.

Il était tout de même fendard d’entendre les manifestants entonner la Marseillaise en hommage à Charlie Hebdo. On a également aperçu de nombreux drapeaux français. Et les flics, qui étaient applaudis. On pourra toujours ironiser sur cette foule qui carbure à l’émotion, la même, finalement, capable d’accueillir Pétain le 28 avril 1944 puis De Gaulle le 26 août 1944. On pourra toujours dénoncer les arrière-pensées politiciennes de François Hollande ou la présence de personnages comme le président gabonais ou le premier ministre turc. Mais ces millions d’anonymes sont descendus dans la rue parce qu’ils étaient bouleversés. S’ils proclamaient qu’ils étaient Charlie, ils n’oubliaient pas, non plus, les autres victimes de ces trois journées tragiques, les policiers, les Juifs ou encore ce modeste agent de maintenance. Mais on observera que Charlie Hebdo a le don de mobiliser des foules qui ne l’ont jamais lu: les fois précédentes, c’était en Égypte ou au Pakistan, quand des hordes de musulmans furibards vociféraient des menaces à l’encontre des dessinateurs.

Je n’étais pas un lecteur régulier de Charlie Hebdo. Néanmoins, j’avais pris l’habitude d’en feuilleter les exemplaires qu’un collègue déposait chaque semaine en salle des profs, et, parfois, les dessins me faisaient marrer. Charb, Cabu, Wolinski et les autres étaient certes des gauchistes mais après l’attentat de mercredi, l’envie de les absoudre est très forte. Ils représentaient en effet un certain esprit français, à la fois railleur et frondeur, et ils eurent la moelle de ne pas céder aux intimidations des islamistes: ils continuèrent donc de se moquer de l’islam -comme ils le faisaient des autres religions; et cette bravoure leur a coûté la vie.

Mais ce dimanche, en bon flemmard, j’ai manifesté seul, devant la télévision: d’autres occasions se présenteront, n’en doutons pas, lorsque nous serons endeuillés par les prochains attentats. Je n’ai pas proclamé que je suis Charlie. D’ailleurs, pour rendre hommage à Charlie Hebdo, plutôt que ce slogan consensuel, il eût été préférable de brandir ou publier les fameuses vignettes qui donnaient des boutons aux islamistes du monde entier. Mais on ne les a pas vues, ces caricatures, comme si ceux qui prétendent manifester leur attachement à la liberté d’expression ne voulaient blesser personne. C’est donc dans mon divan que j’assistai à cette journée que les journalistes qualifiaient d’historique: d’ici quelques siècles, il serait étonnant que l’on vibre autant à son souvenir qu’à celui du Sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération, mais on peut comprendre, en effet, que les attentats soient une irruption brutale de l’Histoire dans le monde gentillet des bobos. Les journalistes parlaient de «violence terroriste» sans jamais la nommer ni en préciser l’origine -il était une époque où ils ne prenaient pas autant de gants avec les séparatistes basques ou les nationalistes corses. De la même façon, vendredi soir, François Hollande, incapable de mettre des mots sur les maux, nous avait parlé d’un terrorisme indéfini. Or, en évitant de désigner l’islamisme, comme si c’était la même chose que l’islam, toutes ces voix autorisées ne contribuent-elles pas à entretenir les amalgames?

Certes, il est parfois difficile de distinguer un musulman modéré d’un islamiste. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, s’est évertué à cultiver la confusion: avec l’Union des organisations islamiques de France, il avait intenté en 2007 un procès à Charlie pour un dessin de Cabu, où Mahomet, «débordé par les intégristes», se lamentait «d’être suivi par des cons». Les dessins de Charlie ne cherchaient pourtant pas à offenser les musulmans: ils chambraient les plus radicaux d’entre eux. Plus tard, en 2011, après la sortie d’un numéro baptisé «Charia Hebdo», alors que les locaux de la rédaction de Charlie furent détruits par une attaque au cocktail molotov, un collectif de militants antiracistes avait dénoncé un «buzz antimusulman» et affirmait qu’il n’y avait pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo. Et mercredi dernier, après l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, Dalil Boubakeur ne montra aucune compassion pour les victimes: au lieu de condamner l’attentat, sa première réaction fut de disculper l’islam et plaindre les musulmans. Sami Aldeeb, docteur en droit et professeur d’université en Suisse, lui a rétorqué de façon cinglante que «ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman». Un jour, les musulmans de France devront clarifier leur position. En accusant Charlie d’être islamophobe, à l’instar de certains gauchistes du parti de la soumission, lesquels nous expliquent sans rire qu’il y a des djihadistes à cause de Zemmour ou de Finkielkraut, Dalil Boubakeur a fait le jeu des islamistes et donné une raison d’être aux terroristes; cela ne l’a cependant pas empêché de se joindre à la marche de dimanche -dans une chaise roulante, ce qui lui donnait un petit air de Docteur Folamour.

La mobilisation de dimanche est la preuve que le malaise est ancien et profond. N’en déplaise aux suiveurs de Philippe Muray, les millions de français qui défilèrent n’étaient pas que des moutons compassionnels. Beaucoup d’entre eux étaient sincèrement émus, et ils avaient enfin l’occasion de montrer qu’ils étaient là, qu’ils n’avaient pas encore été complètement remplacés. Ils rendaient hommage aux forces de l’ordre et exprimaient leur attachement à la liberté. Une façon de manifester, in fine, leur amour de la France. Une leçon de civilisation, en quelque sorte, qui répondait à la barbarie islamiste. Évidemment, journalistes et politiques continuent à nous arnaquer lorsqu’ils parlent d’union nationale et lorsqu’ils nous mettent en garde contre les amalgames -toujours les mêmes phrases creuses, et les plus merdeux d’entre eux s’obstineront dans le déni, ce qui les décharge de leurs responsabilités. En fait, ce sont eux, les véritables moutons. Et ils sont mûrs pour l’Aïd el-Kebir: au nom du vivre-ensemble, ils semblent avoir capitulé et tendent le cou, prêts à se faire égorger.

Cependant, ce mardi, devant l’Assemblée nationale, le discours de Manuel Valls a tranché avec les habituelles simagrées de nos hommes politiques. En nommant l’innommable, le Premier ministre a tenu le langage de la vérité: «la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical». On lui pardonnera le pléonasme: l’islamisme est toujours radical. Après une trentaine d’années d’angélisme, nous sommes en effet en guerre. Et nous verrons bien la suite; car il s’agit de changer toutes les politiques d’immigration, d’intégration et d’éducation. Et, bordel de merde, il faudra également penser à bombarder généreusement le Yémen. En attendant, n’ayons pas peur de stigmatiser l’islamisme. Il ne faut pas avoir peur de dire que cet islam radical, parce qu’il est synonyme d’obscurantisme et de barbarie, n’a pas sa place en France.

Mahomet-et mes fesses

Written by Noix Vomique

14 janvier 2015 at 14 02 58 01581

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Assassins

Charlie hebdo - Charb - Rire tue
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Charlie hebdo - c_est dur d_etre aime par des cons - Cabu
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Attentat Charlie Hebdo Policier tué.

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Written by Noix Vomique

7 janvier 2015 at 18 06 49 01491

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Le round suivant

Sur le toit d'un immeuble, Los Angeles, 1933.

Sur le toit d’un immeuble, Los Angeles, 1933.

Tous mes meilleurs vœux pour 2015.

Written by Noix Vomique

1 janvier 2015 at 19 07 58 01581

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