Noix Vomique

En guerre contre l’islamisme

Charlie, tu n'iras pas au Paradis parce que tes pensées sont mauvaises.

Il était tout de même fendard d’entendre les manifestants entonner la Marseillaise en hommage à Charlie Hebdo. On a également aperçu de nombreux drapeaux français. Et les flics, qui étaient applaudis. On pourra toujours ironiser sur cette foule qui carbure à l’émotion, la même, finalement, capable d’accueillir Pétain le 28 avril 1944 puis De Gaulle le 26 août 1944. On pourra toujours dénoncer les arrière-pensées politiciennes de François Hollande ou la présence de personnages comme le président gabonais ou le premier ministre turc. Mais ces millions d’anonymes sont descendus dans la rue parce qu’ils étaient bouleversés. S’ils proclamaient qu’ils étaient Charlie, ils n’oubliaient pas, non plus, les autres victimes de ces trois journées tragiques, les policiers, les Juifs ou encore ce modeste agent de maintenance. Mais on observera que Charlie Hebdo a le don de mobiliser des foules qui ne l’ont jamais lu: les fois précédentes, c’était en Égypte ou au Pakistan, quand des hordes de musulmans furibards vociféraient des menaces à l’encontre des dessinateurs.

Je n’étais pas un lecteur régulier de Charlie Hebdo. Néanmoins, j’avais pris l’habitude d’en feuilleter les exemplaires qu’un collègue déposait chaque semaine en salle des profs, et, parfois, les dessins me faisaient marrer. Charb, Cabu, Wolinski et les autres étaient certes des gauchistes mais après l’attentat de mercredi, l’envie de les absoudre est très forte. Ils représentaient en effet un certain esprit français, à la fois railleur et frondeur, et ils eurent la moelle de ne pas céder aux intimidations des islamistes: ils continuèrent donc de se moquer de l’islam -comme ils le faisaient des autres religions; et cette bravoure leur a coûté la vie.

Mais ce dimanche, en bon flemmard, j’ai manifesté seul, devant la télévision: d’autres occasions se présenteront, n’en doutons pas, lorsque nous serons endeuillés par les prochains attentats. Je n’ai pas proclamé que je suis Charlie. D’ailleurs, pour rendre hommage à Charlie Hebdo, plutôt que ce slogan consensuel, il eût été préférable de brandir ou publier les fameuses vignettes qui donnaient des boutons aux islamistes du monde entier. Mais on ne les a pas vues, ces caricatures, comme si ceux qui prétendent manifester leur attachement à la liberté d’expression ne voulaient blesser personne. C’est donc dans mon divan que j’assistai à cette journée que les journalistes qualifiaient d’historique: d’ici quelques siècles, il serait étonnant que l’on vibre autant à son souvenir qu’à celui du Sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération, mais on peut comprendre, en effet, que les attentats soient une irruption brutale de l’Histoire dans le monde gentillet des bobos. Les journalistes parlaient de «violence terroriste» sans jamais la nommer ni en préciser l’origine -il était une époque où ils ne prenaient pas autant de gants avec les séparatistes basques ou les nationalistes corses. De la même façon, vendredi soir, François Hollande, incapable de mettre des mots sur les maux, nous avait parlé d’un terrorisme indéfini. Or, en évitant de désigner l’islamisme, comme si c’était la même chose que l’islam, toutes ces voix autorisées ne contribuent-elles pas à entretenir les amalgames?

Certes, il est parfois difficile de distinguer un musulman modéré d’un islamiste. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, s’est évertué à cultiver la confusion: avec l’Union des organisations islamiques de France, il avait intenté en 2007 un procès à Charlie pour un dessin de Cabu, où Mahomet, «débordé par les intégristes», se lamentait «d’être suivi par des cons». Les dessins de Charlie ne cherchaient pourtant pas à offenser les musulmans: ils chambraient les plus radicaux d’entre eux. Plus tard, en 2011, après la sortie d’un numéro baptisé «Charia Hebdo», alors que les locaux de la rédaction de Charlie furent détruits par une attaque au cocktail molotov, un collectif de militants antiracistes avait dénoncé un «buzz antimusulman» et affirmait qu’il n’y avait pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo. Et mercredi dernier, après l’attaque meurtrière contre Charlie Hebdo, Dalil Boubakeur ne montra aucune compassion pour les victimes: au lieu de condamner l’attentat, sa première réaction fut de disculper l’islam et plaindre les musulmans. Sami Aldeeb, docteur en droit et professeur d’université en Suisse, lui a rétorqué de façon cinglante que «ce qui est arrivé à Paris est entièrement conforme à l’enseignement de l’islam tel qu’il ressort du Coran, de la Sunna de Mahomet et de tous les ouvrages reconnus de droit musulman». Un jour, les musulmans de France devront clarifier leur position. En accusant Charlie d’être islamophobe, à l’instar de certains gauchistes du parti de la soumission, lesquels nous expliquent sans rire qu’il y a des djihadistes à cause de Zemmour ou de Finkielkraut, Dalil Boubakeur a fait le jeu des islamistes et donné une raison d’être aux terroristes; cela ne l’a cependant pas empêché de se joindre à la marche de dimanche -dans une chaise roulante, ce qui lui donnait un petit air de Docteur Folamour.

La mobilisation de dimanche est la preuve que le malaise est ancien et profond. N’en déplaise aux suiveurs de Philippe Muray, les millions de français qui défilèrent n’étaient pas que des moutons compassionnels. Beaucoup d’entre eux étaient sincèrement émus, et ils avaient enfin l’occasion de montrer qu’ils étaient là, qu’ils n’avaient pas encore été complètement remplacés. Ils rendaient hommage aux forces de l’ordre et exprimaient leur attachement à la liberté. Une façon de manifester, in fine, leur amour de la France. Une leçon de civilisation, en quelque sorte, qui répondait à la barbarie islamiste. Évidemment, journalistes et politiques continuent à nous arnaquer lorsqu’ils parlent d’union nationale et lorsqu’ils nous mettent en garde contre les amalgames -toujours les mêmes phrases creuses, et les plus merdeux d’entre eux s’obstineront dans le déni, ce qui les décharge de leurs responsabilités. En fait, ce sont eux, les véritables moutons. Et ils sont mûrs pour l’Aïd el-Kebir: au nom du vivre-ensemble, ils semblent avoir capitulé et tendent le cou, prêts à se faire égorger.

Cependant, ce mardi, devant l’Assemblée nationale, le discours de Manuel Valls a tranché avec les habituelles simagrées de nos hommes politiques. En nommant l’innommable, le Premier ministre a tenu le langage de la vérité: «la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical». On lui pardonnera le pléonasme: l’islamisme est toujours radical. Après une trentaine d’années d’angélisme, nous sommes en effet en guerre. Et nous verrons bien la suite; car il s’agit de changer toutes les politiques d’immigration, d’intégration et d’éducation. Et, bordel de merde, il faudra également penser à bombarder généreusement le Yémen. En attendant, n’ayons pas peur de stigmatiser l’islamisme. Il ne faut pas avoir peur de dire que cet islam radical, parce qu’il est synonyme d’obscurantisme et de barbarie, n’a pas sa place en France.

Mahomet-et mes fesses

Written by Noix Vomique

14 janvier 2015 à 14 h 58 min

Publié dans Uncategorized

12 Réponses

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  1. On est d’accord. Soit vous virez gauchiste, soit je vire réac.

    Nicolas

    14 janvier 2015 at 15 h 03 min

  2. Allez savoir, c’est peut-être mon côté gauchiste contrarié qui s’exprime…

    Ceci dit, j’espère bien qu’on va accabler le Yémen sous les bombes.

    Noix Vomique

    14 janvier 2015 at 15 h 13 min

    • C’est un peu ce que j’écris dans mon billet en ce moment (ou du moins que j’essaie d’écrire).

      Nicolas

      14 janvier 2015 at 15 h 18 min

  3.  » N’en déplaise aux suiveurs de Philippe Muray, les millions de français qui défilèrent n’étaient pas que des moutons compassionnels. »
    Allez savoir pourquoi, je me suis senti visé. Entendons-nous bien : c’est davantage le ridicule slogan « Je suis Charlie » allié aux dégoulinades compassionnelles des commentateurs qui ont provoqué ma nausée (le mot n’est pas trop fort). Auraient-ils défilé sous des bannières « Non au terrorisme » que je me serais senti moins mal.
    Ensuite et sur le fond, je suis contre les rassemblements de foule quels que soient leur motivation. Enfin, je dois dire que ces attentats ne m’ont ni surpris ni bouleversé : leur survenue est parfaitement logique vu le climat ambiant. Je manque peut-être de cœur, mais c’est ainsi. Aux émotions, je préfère la réflexion froide…

    jacquesetienne

    14 janvier 2015 at 15 h 47 min

    • Jacques, rassurez-vous, je ne visais personne en particulier.

      Bien sûr que le slogan est bas du front, bien sûr que toute cette compassion obligatoire est obscène, bien sûr que les journalistes sont exaspérants! Pas plus que vous, je n’aime ces rassemblements. D’ailleurs, pour tout vous dire, pour la minute de silence, je n’avais pas cours et j’ai préféré me sauver du lycée et descendre au bar m’envoyer un verre de blanc.
      Mais je suis persuadé que les manifestants de dimanche ne sont pas dupes: eux aussi, ils savaient que ça arriverait un jour. Ils ont voulu montrer que nous étions -encore- en France. J’ose espérer que quelque chose va changer dans ce pays. Et nous savons tous que ce sera forcément violent.

      Noix Vomique

      14 janvier 2015 at 16 h 10 min

  4. Wep.

    Suzanne

    14 janvier 2015 at 17 h 23 min

  5. Je crois que nous n’avons pas encore très clairement compris le
    problème mais nous avançons, c’est déjà ça. Encore quelques
    petits assassinats du même genre et, peut être, commencerons
    nous à envisager un Pegida à la française. Bien sûr c’est cher
    payé mais que voulez vous, on ne fait pas d’omelette…n’est ce
    pas?
    Amitiés.

    NOURATIN

    14 janvier 2015 at 18 h 27 min

  6. les réactions dans mon quartier ne me font augurer de bon et je pense que dans les lycées et collèges du coin les profs n’ont pas dû être très surpris

    BOUTFIL

    14 janvier 2015 at 18 h 55 min

  7. Je savais que ça arriverait un jour mais quand ? Dommage que le contexte soit aussi pourri mais oui on est quasiment d’accord, allez, à 90%…j’ai bien compris que je n’étais pas le seul, n’est ce pas Nicolas…il est possible que les uns ou les autres nous nous fassions une idée bien caricaturale de l’opinion des autres…
    Ça s’appelle aussi unité nationale ce beau billet…
    Vous auriez dû venir, j’ai même vu un punk 😀

    Didstat

    14 janvier 2015 at 21 h 13 min

    • Didstat, vous, vous êtes en train de virer réac.
      Quand Zemmour se sera fait buter, je vous imagine bien avec une pancarte Je suis Zemmour.

      Noix Vomique

      15 janvier 2015 at 6 h 53 min

      • Elle est bonne.

        Cela dit – et si les terroristes sont aussi malins qu’on le dit – Zemmour ne fait pas partie des cibles. Il est nécessaire à la propagation d’un climat d’amalgame dans l’esprit des gens, ce qui est l’un des objectifs recherchés.

        D’un autre côté, il faut quand même qu’il fasse gaffe et qu’on le protège, au cas où. Parce que les islamofachos sont aussi des gens versatiles qui peuvent changer de stratégie en cours de route, ou faire simplement n’importe quoi, histoire d’accentuer le sentiment de chaos.

        Sinon, dans la phrase « la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical » c’est vrai qu’il y a un pléonasme, mais c’est une question de musicalité: si vous mettez pas « radical » à la fin, ça vous fait trop de mots en « isme » et ça sonne mal.

        Et puis ça permet de terminer la phrase sur le mot « radical », ce qui donne de l’emphase à l’ensemble de la proposition « la France est en guerre » qui, en réalité, est galvaudée.

        La France, en effet, est aussi en guerre contre: la délinquance, la finance internationale, le tabagisme, le stationnement en centre ville, le cancer, les violences conjugales, le chômage, l’évasion fiscale, etc. C’est jamais qu’une guerre de plus qu’il faut donc distinguer de toutes les autres.

        Enfin, le mot « radical » a aussi une importance symbolique qui marque l’émergence dans l’esprit du gouvernement de la nécessité de mettre en place une politique « anti-radicalité » qui serait comprise entre la défense de la laïcité pour ce qu’elle est, c’est à dire un instrument de paix sociale, et les opérations de police spécifiquement dirigées contre les entreprises terroristes.

        Une politique anti-radicalité c’est ce qui fait par exemple qu’un Dieudonné se trouve mis en examen ou que la responsabilité d’internautes est recherchée pour des messages haineux émis via twitter ou des blogs.

        C’est à cet endroit qu’il y avait jusqu’à présent un angle mort dans le dispositif.

        tschok

        16 janvier 2015 at 14 h 45 min

        • Bienvenue ici, Tschok.
          Ah oui, tiens, je n’avais pas réalisé que le pléonasme, tout en insistant sur le mot «radical», servait la musicalité de ces deux phrases… Ou le rythme, puisque ce sont deux alexandrins.

          Noix Vomique

          16 janvier 2015 at 23 h 49 min


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