Noix Vomique

Enseigner la Shoah

Le 27 janvier, alors que les soixante-dix ans de la libération d’Auschwitz-Birkenau étaient célébrés en grande pompe, j’ai publié un billet qui se limitait à une série de photos des camps prises par l’Armée rouge. Ces photos étaient parfois surprenantes, car les prisonniers n’étaient pas tondus et semblaient plutôt bien nourris, mais je ne doutais pas de leur véracité puisque je les avais trouvées sur le site du mémorial Yad Vashem. Or, très vite, la sagacité de Didier Goux a mis en évidence ce que je m’interdisais de voir: ces photos étaient bidouillées, sans doute à des fins de propagande, et les Soviétiques les avaient mises en scène avec des figurants polonais. Par paresse autant que par naïveté, je m’étais donc fait couillonner. De quoi ressentir un malaise car, en présentant ces photos comme authentiques, Yad Vashem prend le risque de prêter le flanc à toutes les divagations négationnistes. Du coup, j’ai décidé d’effacer mon billet et de le recouvrir, à la manière d’un palimpseste, d’un nouveau texte. Je conserve ainsi les commentaires de mes lecteurs perspicaces: vous pourrez les trouver ci-après.

Mais bordel de merde, comment ai-je pu me faire pigeonner? C’est d’autant plus condamnable que, lorsque je traite cette question en classe, je rechigne à utiliser ce genre de photos. Quelles images doit-on d’ailleurs montrer aux élèves? L’enseignement de la Shoah m’a toujours semblé difficile: ce chapitre d’histoire n’est pas comme les autres; l’extermination systématique de ces millions de personnes à l’échelle d’un continent dépasse l’entendement. Et, au-delà d’une dimension émotionnelle bien compréhensible, cette question amène, comme l’a dit Najat Vallaud-Belkacem, à réfléchir  «sur le bien et le mal». Comment des hommes ordinaires ont-ils pu, en effet, commettre cette abomination? Cependant, en parlant de «mal», le devoir de mémoire risque de se transformer en une leçon de morale, voire en transmission de la culpabilité, ce qui pourrait s’avérer pesant pour les élèves.

On a parfois l’impression que la Shoah prend beaucoup de place à l’école. En fait, elle est abordée, à raison de quelques heures par an, en CM2, en troisième et en première. Le sentiment de saturation est davantage entretenu par les politiques et les médias, notamment lorsqu’ils ont des poussées de fièvre commémorative. Mardi, quel était l’intérêt d’entendre le président de la République, toujours incapable de trouver les mots justes, mélanger Auschwitz, l’antisémitisme des islamistes, le génocide des Arméniens puis celui des Tutsis au Rwanda? Il ne manquait plus qu’il évoque les traites négrières.

C’est le problème des commémorations: elles flattent les mémoires mais ne suscitent pas vraiment de réflexion historique. J’ai également la faiblesse de penser que la visite des camps n’apporte pas grand chose, hormis, évidemment, une émotion très forte. Une fois, et une seule, j’ai emmené des lycéens à Auschwitz. Il y a une vingtaine d’années: la Guerre froide venait de se terminer, j’étais un jeune professeur et je n’avais pas peur d’organiser à travers l’Europe des voyages insensés en autobus. La visite d’Auschwitz, par une belle journée ensoleillée, fut bien sûr bouleversante: guidés par un survivant, les élèves prenaient la mesure de l’horreur et, notamment, de la dimension industrielle de l’extermination. Mais, de la même façon que nous ne sommes pas obligés de voir la marque des clous pour croire, est-il nécessaire d’aller à Auschwitz pour appréhender la Shoah? Le vrai travail de compréhension ne se fait-il pas entre les murs de la classe, le professeur face à ses élèves?

En classe de première, on étudie «la politique nazie d’extermination des Juifs et des Tsiganes» dans le thème consacré à «la guerre au XXème siècle». Je suis persuadé qu’il faudrait séparer l’étude de la Shoah de la Seconde guerre mondiale, quitte à détacher également les massacres perpétrés par les Einsatzgruppen sur le front de l’Est, car, à force, les élèves ont tendance à faire du génocide un enjeu central de la guerre. Alors qu’il s’inscrit davantage dans l’histoire du nazisme. Pour expliquer l’extermination des Juifs, le Mémorial de la Shoah propose un cours que je trouve intéressant car il s’appuie sur le raisonnement de l’historien américain Raul Hilberg. À partir d’une série de documents -textes, cartes, tableaux statistiques, photos et vidéos, les élèves sont amenés à comprendre le processus complexe qui conduit de l’idéologie nazie à la destruction des Juifs. Ces documents me vont très bien: ils n’imposent pas aux élèves des images qui pourraient les choquer. Quel est l’intérêt pédagogique, en effet, de montrer des amoncellements de cadavres décharnés? Personnellement, je m’y refuse: je trouve que c’est un manque de respect pour les victimes. C’est comme si, après les nazis, notre regard continuait à les avilir et à leur nier toute dignité humaine. Pour cette raison, je ne projette jamais Nuit et Brouillard, le film d’Alain Resnais: outre le fait que ce film a vieilli, que le texte de Jean Cayrol m’insupporte et qu’il confond camps de concentration et d’extermination, la scène du bulldozer de Bergen-Belsen qui pousse les cadavres dans une fosse de commune est, à mon avis, une véritable horreur qui n’a pas sa place en classe.

Les élèves sont sensibles aux témoignages. Ça ne remplace pas un cours, évidemment, mais dans leur tête, le témoin est celui qui sait, parce qu’il a vécu les événements. En classe, nous lisons des extraits de Si c’est un homme, de Primo Levi. Il y a Shoah, de Claude Lanzmann, qui repose sur des témoignages, mais que j’ai toujours du mal à réduire à quelques extraits. Une année, au Mémorial de la Shoah, à Paris, nous avons rencontré un rescapé d’Auschwitz, Henri Borlant, qui nous raconta son histoire avec beaucoup de simplicité et de gentillesse. Sa famille avait fui les grands pogroms de Russie et s’était installée en France au début du vingtième siècle. En juillet 1942, les Allemands vinrent arrêter tous ceux qui avaient entre quinze et cinquante ans; il fut déporté avec son père, Aron, son frère Bernard et sa sœur Denise. Il avait quinze ans et sera le seul à revenir en France, après s’être évadé du camp d’Ohrdruf en avril 1945. Sa mère et ses autres frères et sœurs furent sauvés par un gendarme et par le maire de la petite commune du Maine-et-Loire où ils résidaient. Son récit de l’arrivée à Auschwitz, après un voyage en train déjà terrible, est poignant: l’affolement, les hurlements dans une langue, l’allemand, qu’il ne comprenait pas, les coups qui pleuvent, les chiens qui aboient, la vision étrange de ces gens en habits de bagnards, l’humiliation d’être tondu puis tatoué, les gens qui sont tués au hasard devant tout le monde, pour signifier que la vie n’a plus aucune valeur. C’était brusquement l’enfer, alors que la semaine précédente, il était encore «avec papa et maman, petit garçon gentil, poli, pas très téméraire, pas vraiment casse-cou». En l’écoutant, les élèves s’approchaient de l’idée de ce que pouvait être l’existence à Auschwitz: la terreur, les beignes, la faim, les maladies, la mort omniprésente, notamment lors de l’épreuve, toujours imprévisible, de la sélection pour la chambre à gaz, mais aussi la solidarité entre les prisonniers, cette solidarité qui prouve que les nazis n’avaient pas réussi à déshumaniser entièrement leurs victimes. Aujourd’hui, j’utilise en classe des extraits de son récit (Merci d’avoir survécu, Seuil, 2011). Comme les témoins sont avec le temps de moins en moins nombreux, le Mémorial de la Shoah a eu la bonne idée de mettre en ligne des témoignages enregistrés.

Chaque année, je prépare un nouveau cours sur la Shoah. Et chaque année, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait. C’est comme si ce cours, par son objet, ne pouvait jamais être satisfaisant. J’ai vu que Canopé, l’éditeur de l’Éducation nationale, a décidé de republier L’Album d’Auschwitz, qui regroupe 200 photos prises au printemps 1944 par un SS. C’est un document saisissant qui, comme l’a souligné Serge Klarsfeld, «montre la Shoah dans ce qu’elle avait de programmé, de systématique». Parmi les photos, il y a celle, terrible, où l’on voit des femmes juives avec leurs enfants, avant d’être gazées: une rescapée la découvrira trente ans plus tard et identifiera les membres de sa famille. Mais c’est encore à travers le regard des bourreaux que l’on appréhende ici la Shoah. Canopé a donc utilisé un second album, qu’un militaire américain a offert au musée de l’Holocauste à Washington, pour produire un excellent Web-documentaire intitulé Les deux albums d’Auschwitz. Pour décrire le fonctionnement d’un camp sans avoir l’impression d’adopter le regard des nazis, il existe aussi quatre photos, prises clandestinement durant l’été 1944 par des membres du Sonderkommando d’Auschwitz. Ces prisonniers juifs, qui étaient préposés au crématoire, avaient réussi à se procurer un appareil photo: ils firent des photos et firent parvenir la pellicule, accompagnées d’une note explicative, à la résistance polonaise de Cracovie. Ces clichés sont de piètre qualité, on devine plus qu’on ne voit ces femmes qui vont à la chambre à gaz ou ces corps qui sont brûlés. Mais l’angle de vue restitue aux victimes leur humanité et leur statut de victimes. Et, bien sûr, ces photos ont une valeur historique autrement plus grande que celles mises en scène par les Soviétiques après la libération d’Auschwitz.

Written by Noix Vomique

31 janvier 2015 à 17 h 08 min

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29 Réponses

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  1. Des images très fortes .. !

    Freyja

    27 janvier 2015 at 13 h 39 min

  2. On ne l’a jamais mentionné mais les Russes ont cru un bon moment
    qu’ils s’étaient trompés de côté et s’étaient retrouvés au Goulag!
    Oui, je sais, ces choses là ne se disent pas…mais justement…
    Amitiés.

    nouratinbis

    27 janvier 2015 at 14 h 13 min

    • Nouratin, je vous conseille ce témoignage d’un soldat soviétique. Je ne sais pas s’il a pensé au goulag, mais il raconte qu’en s’approchant du camp, il ne savait pas du tout ce que c’était: « Plus on s’approchait de ce camp, plus on sentait une odeur très forte, comme une odeur de combustion. J’avais l’habitude de cette odeur. C’était celle des villages brûlés. Mais ici, c’était particulier. Comme une odeur de corps brûlés.« 

      Noix Vomique

      27 janvier 2015 at 21 h 36 min

      • Ça devait être bien pire que tout ce que nous pouvons
        imaginer,pour faire un tel effet à des soldats Russes!
        Cela dit, j’ai vu « Nuit et Brouillard » à peu près au moment
        de sa sortie, je devais avoir un peu moins de dix ans, c’était
        l’époque des « documentaires » de première partie au cinéma…
        ce truc m’est tombé dessus sans crier gare et j’en ai
        cauchemardé pendant des semaines! Donc, si véritablement
        vous êtes
        obligé d’enseigner le génocide en question, allez y mollo,
        pas la peine de traumatiser les enfants.
        Amitiés.

        nouratinbis

        1 février 2015 at 18 h 20 min

  3. Ceux de la famille de mon grand père ne sont pas revenus, mon arrière grand mère, qui avait échappé au massacre par pure chance avec mes grands parents , les a attendu, tous les jours elle allait gare de l’Est,, jusqu’à sa mort de chagrin en 1956 quand elle a compris
    Et je voudrai donner un grand coup de chapeau à l’imbécile musulman qui a dit dans la rue il n’y a pas longtemps, à un amie  » on va finir ce qu’Hitler n’a pas terminé  » mais attention, pas d’amalgame ; ne nous trompons pas de victimes à dit Hollandouille ,

    BOUTFIL

    27 janvier 2015 at 17 h 27 min

    • Boutfil, le discours de François Hollande a été lamentable. Il a dénoncé une résurgence de l’antisémitisme sans préciser quelle en est l’origine. Et il mélange tout, le génocide des Tutsis au Rwanda puis celui des Arméniens. Bref, n’importe quoi, comme d’habitude. C’est en l’écoutant que l’on réalise la vanité de ces commémorations.

      Noix Vomique

      27 janvier 2015 at 21 h 49 min

  4. Ces photos sont, très manifestement, « bidon », c’est-à-dire mises en scène, soit avec des figurants, soit en ayant sélectionné les prisonniers les plus récemment arrivés. Il suffit de voir les vraies photos des camps, tous ces effrayants cadavres vivants, aux regards hébétés, pour comprendre que ceux-là n’en sont pas.

    didiergoux

    27 janvier 2015 at 17 h 45 min

    • C’est une remarque intéressante: je me suis également posé la question. À partir du moment où l’on cherche des photos avec des soldats soviétiques, le risque de trouver des photos de propagande est toujours élevé.
      J’ai trouvé ces photos sur le site du mémorial de Yad Vashem: a priori, il n’y a aucun intérêt à diffuser des photos bidonnées. Mais c’est vrai que ces quelques clichés tranchent avec l’image habituelle des prisonniers cadavériques.
      Je vais essayer de trouver une explication; dans le doute, je me réserve la possibilité de supprimer ce billet.

      Noix Vomique

      27 janvier 2015 at 18 h 24 min

    • Didier, j’ai retiré les trois photos douteuses. Apparemment, elles appartiendraient à une série prise en février, quelques semaines après la libération des camps. Je les ai remplacées par d’autres qui sont référencées de façon incontestable par Yad Vashem.

      Noix Vomique

      27 janvier 2015 at 20 h 02 min

    • Il y avait des déportés en bon état qui travaillaient à l’usine du camp, puis qui s’usaient… et partaient un jour à la douche. Ceux des photos que vous jugez bidonnées pouvaient être de la main d’oeuvre récente.

      Cela reste le plus parfait exemple de la monstruosité du genre humain et il n’a pas guéri de ses pulsions.

      Catoneo

      27 janvier 2015 at 23 h 39 min

      • Les déportés valides furent évacués par les SS quelques jours avant l’arrivée des troupes soviétiques. Quand l’Armée rouge libéra dans le camp, elle ne trouva que 7000 survivants, ceux qui n’avaient pas la force de marcher.

        En fait, on n’a pas de vraies photos de la libération du camp. Les soviétiques étaient sans doute trop occupés à se battre, et ils ne s’attendaient pas à ce qu’ils allaient découvrir à Auschwitz. Les photos dont nous disposons sont donc des mises en scène, sans doute avec des figurants polonais, et cela pose évidemment un problème. Comme Paul le souligne plus haut, le fait qu’elles figurent dans les archives de Yad Vashem, c’est prêter le flanc à toutes les thèses négationnistes.

        Pour cette raison, et pour ne pas induire les visiteurs de ce blog en erreur, je songe à supprimer ce billet.

        Noix Vomique

        28 janvier 2015 at 10 h 45 min

  5. Excellent témoignage. Cela dit, je ne suis pas sûr que l’on puisse comme vous le dites « découpler » l’extermination des Juifs et la guerre. À partir de 1943, lorsqu’il est apparu clairement que la guerre était perdue pour les Allemands, Hitler a intensifié le « drainage » des Juifs d’Europe vers les camps d’extermination, Auschwitz principalement, privant ainsi ses troupes de l’Est, de trains qui leur auraient été infiniment précieux. Il a, en quelque sorte, accepté de perdre la guerre, pourvu qu’il puisse achever le massacre qu’il avait programmé.

    didiergoux

    1 février 2015 at 8 h 37 min

    • Didier, oui, ce serait compliqué de séparer l’extermination des Juifs de la guerre. Mais, de toute façon, quelle que soit la démarche que l’on adopte, c’est compliqué.

      L’entreprise de liquidation des Juifs s’intensifie avant 1943. L’été 1942 est sans doute un tournant: les 16-17 juillet 1942 a lieu à Paris la Rafle du Vél’ d’Hiv, le 22 juillet débutent les grandes déportations de Varsovie qui durent jusqu’en septembre. C’est également le moment où Himmler prend la décision de faire construire les quatre grands crématoires de Birkenau…

      Noix Vomique

      1 février 2015 at 21 h 57 min

  6. Très intéressant texte, et fort bien écrit ! Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur le refus de montrer les images les plus fortes des camps. Bien sûr, « Nuit et brouillard » a vieilli et le commentaire de Cayrol est redondant, mais ces images terribles que vous décrivez doivent être vues (entendons-nous, pas au collège, mais certainement au lycée), dans le cadre d’un cours et avec un accompagnement pédagogique pour ne pas céder à l’émotion ou à l’horreur « pures », si je puis dire. Je me souviens moi-même de l’effet qu’elles ont produit sur moi quand j’étais lycéen, et je pense qu’elles ont joué un rôle dans le fait que toute la propagande négationniste m’a toujours semblé complètement absurde et abjecte.

    Le bidonnage des images de la libération des camps par les Soviétiques est en effet très intéressant à étudier : on se rend compte à quel point le mensonge et la manipulation du réel sont au cœur du système communiste ; la réalité — même la plus atroce — doit à tout prix se plier aux impératifs de la propagande, comme une une sorte d’impératif catégorique. On imagine la surprise et l’horreur qui ont dû saisir ceux qui sont entrés dans ces camps, mais elles ont très vite été supplantées par la nécessité de plier la réalité à l’orthodoxie idéologique. Et tout cela ne s’est pas fait dans la précipitation : la manipulation a été si bien préparée et réalisée qu’elle réussit encore aujourd’hui à tromper son monde, comme l’illustre la mésaventure que vous avez connue avec les photos illustrant votre premier billet !

    Emmanuel F.

    1 février 2015 at 10 h 22 min

    • Emmanuel, l’accompagnement pédagogique est évidemment essentiel. Il fut une époque où je montrais à mes élèves le film américain où l’on voit Eisenhower, Bradley et Patton visiter le camp d’Ohrdruf. Mais je sentais que ça les mettait mal à l’aise et j’ai arrêté. Ça n’apportait rien au cours.

      Vous parlez du négationnisme. C’est une question que je n’aborde en classe que si un élève la soulève. En fait, ce n’est arrivé qu’une seule fois dans ma carrière. Et là, à la limite, si un élève défend ces thèses, peut-être que je finirais par diffuser ces images. Il faudrait que j’y réfléchisse.

      Noix Vomique

      1 février 2015 at 22 h 15 min

  7. Plusieurs choses sont gènantes dans votre texte, comme d’ailleurs dans toute cette histoire d’holocauste: le mot même d’holocauste pour commencer: holos venant du grec, voulant dire entièrement, il est évident que le mot ne peut pas convenir. Sans doute pour cela qu’on y substitue le mot Shoah, qui ne veut plus rien dire en français. Ensuite, l’emploi du mot « extermination », au lieu de, au mieux,  » tentative d’extermination », pour les mêmes raisons. Et enfin, on a du mal à comprendre l’objectif d’une prétendue propagande soviétique à vouloir réduire l’horreur des camps nazis. Incompréhensible, voire illogique. Et ce refus systématique d’une vraie enquête rationnelle et désintéressée sur le phénomène historique achève de le recouvrir d’un voile qui maintiendra une suspicion légitime et désormais éternelle.

    Martel

    1 février 2015 at 19 h 14 min

    • Tiens, les négationnistes pointent le bout de leur nez…

      didiergoux

      1 février 2015 at 19 h 19 min

      • Le sens des mots est important. Celui de négationniste et de révisionniste, par exemple. Si on se fout du sens des mots, on peut alors dire n’importe quoi…

        Martel

        2 février 2015 at 8 h 50 min

    • Martel, «Holocauste», «Shoah» ou «tentative d’extermination»: vous jouez sur les mots. En fait, pour être exact, j’aurais peut-être dû dire, comme Raul Hilberg, «destruction des Juifs d’Europe».

      Vous louvoyez: en réalité, ce qui semble vous gêner, lorsqu’on lit votre commentaire, c’est que l’entreprise d’extermination n’ait pas été entièrement achevée. C’est abject. Le pire, c’est qu’ensuite, vous vous mettez en contradiction avec vous-même: vous semblez douter de la réalité de l’extermination des Juifs. Là, si vous avez décidé d’être suspicieux, je ne peux rien pour vous: les travaux d’historiens sérieux, qui établissent la destruction des Juifs de façon incontestable, sont suffisamment nombreux -je citais Raul Hilberg mais il y en a d’autres. Très franchement, je n’ai même pas envie de perdre mon temps à discuter de cela.

      J’ajouterai, qu’à partir de maintenant, je ne tolérerai sur ce blog aucun commentaire révisionniste ou négationniste. C’est valable pour vous et pour vos petits copains.

      Noix Vomique

      1 février 2015 at 22 h 44 min

      • « en réalité, ce qui semble vous gêner, lorsqu’on lit votre commentaire, c’est que l’entreprise d’extermination n’ait pas été entièrement achevée. » Voilà un excellent exemple de procès d’intention!! Ensuite et enfin, je n’en dirai pas plus car vous me semblez bien trop formaté sur ce sujet, je ne connais pas de population ayant été « exterminée » et se retrouvant aux manettes du monde financier, médiatique et politique des sociétés leaders de la planète moins d’un quart de siècle après leur « extermination ».

        Martel

        2 février 2015 at 8 h 57 min

        • Martel,

          Je rejoins Noix Vomique: Vous jouez sur les mots et en plus vous le faites mal.

          Le mot « extermination » se comprend comme le mot « empoisonnement ». Il y a empoisonnement dès qu’il y a administration volontaire d’une substance de nature à provoquer la mort. Mais l’empoisonné peut survivre à l’administration du poison. Autrement dit, l’empoisonnement ne doit pas nécessairement conduire à la mort de la personne pour être consommé, si j’ose dire.

          Aussi, l’empoisonnement se distingue-t-il de la tentative d’empoisonnement, qui est réalisée dès que l’on verse un poison dans le verre qu’une personne s’apprête à boire, par exemple.

          Ainsi, l’extermination est réalisée dès lors qu’on s’engage dans un processus destiné à détruire physiquement un groupe de personnes, indépendamment du fait que cette extermination soit ou non menée à son terme: en clair, l’exterminateur commence à tuer des gens appartenant à un groupe qu’il a l’intention de détruire jusqu’au dernier.

          A distinguer de la tentative d’extermination – très théorique au demeurant – qui consiste à préparer l’acte criminel par des actes préparatoires, mais qui implique une interruption de l’acte préparatoire par une circonstance extérieure à la volonté de l’exterminateur AVANT le premier meurtre.

          La tentative d’extermination supposerait donc que les nazis aient regroupé leurs victime dans des camps, par exemple, pour se préparer à les exterminer, mais qu’ils aient perdu la guerre avant d’avoir eu le temps de verser le contenu du premier tonnelet de zyklon B dans les chambres à gaz. Cela n’est hélas pas arrivé.

          Avec la Shoa, on est clairement en face d’une extermination et pas d’une tentative et il n’y a absolument aucun débat là-dessus. Le fait qu’il y ait des survivant est indifférent, comme en matière d’empoisonnement.

          Au passage cela signifie que le crime de génocide, qui est l’une des qualifications juridiques de l’extermination, est constitué au premier mort.

          On peut toujours faire de la sémantique, mais cela suppose de la précision car, oui, comme vous le dites vous-même, le sens des mots est important.

          tschok

          2 février 2015 at 14 h 00 min

        • Ah oui, Martel, c’est ça, je dois être formaté. Ou j’ai de la merde dans les yeux. Heureusement qu’il y a des tronches comme vous, capables de renifler l’immense supercherie.

          La population qui se trouve aux manettes du monde financier, médiatique et politique? Vous voulez parler des WASP? Saviez-vous que John Rockfeller était protestant, et pas juif comme on l’imagine souvent? Protestant, comme la plupart de huiles du Dow Jones. Tiens, et en France, saviez-vous que Schlumberger, Peugeot, Pathé, Hermès, Guerlain ou encore De Dietrich appartiennent à la haute société protestante? Comment est-ce possible, alors qu’on nous dit qu’il y a eu le massacre de la Saint-Barthélémy et la Révocation de l’édit de Nantes? Y’a quelque chose qui cloche, là aussi?

          NB: Et qu’on ne m’accuse pas d’avoir une phobie des protestants. Je suis moi-même parpaillot.

          Noix Vomique

          3 février 2015 at 11 h 01 min

  8. Le mieux est d’enseigner la Shoah comme on vous le demande et sans réfléchir en bon petit soldat de la République car dans ce domaine chercher à se faire sa propre idée est périlleux, c’est mettre les pieds sur une pente savonneuse…

    pharamond

    1 février 2015 at 22 h 07 min

  9. Bonjour Noix Vomique,

    En raison de mon âge, j’ai fait partie des générations d’élèves « pilotes » à qui on a enseigné la Shoa autrement. Pas comme on le faisait auparavant, si j’en juge par ce que m’ont dit mes ancêtres, ceux dont je procède, ou ceux de générations antérieures ne serait-ce que de quelques années.

    Jusque là, il m’a semblé que la Shoa était traitée au chapitre des horreurs de la guerre, même si son énormité lui conférait un caractère spécial qu’on ne parvenait pas, à l’époque, à bien préciser.

    Pour l’enfant que j’étais dans les années 70 et l’adolescent que je devenais dans les années 80, la qualification juridique de génocide – provenant des procès de Nuremberg – absorbait tout mais restait finalement assez opaque. On savait qu’on nageait dans l’atroce, mais seul le nombre, ces fameux 6 millions de Juifs exterminés, constituait le point d’entrée d’un événement désespérément inexplicable.

    Ce d’autant que sur un plan théorique on n’avait que Hanna Arendt et son compte rendu du procès Eichmann, assez inaccessible. Primo Levi n’était pas dans l’écran radar.

    La première rupture, c’est la série « Holocauste » en 1979. Ce mot s’est brièvement imposé dans le vocabulaire pour décrire le génocide en France. La seconde rupture est après 1985: nos profs nous ont dit que ce mot n’était plus approprié et que le bon mot pour décrire les événements était « Shoa », que le mot « génocide » restait correct, mais qu’il lui manquait quelque chose pour vraiment décrire l’événement en question dans toute sa complexité. Le mot « holocauste » reste employé dans le vocabulaire anglo-saxon, où il est jugé correct.

    On nous a dit aussi que si on n’avait pas vu Shoa, de Claude Lanzmann, on ne pouvait pas en parler de façon autorisée. C’était un « must ». A l’opposé de la vision de son auteur, ce documentaire a immédiatement suscité un culte mémoriel dont on mesure aujourd’hui les séquelles.

    Après Shoa, il y a eu une phase négationniste qui a obligé les historiens à entrer dans l’expertise du crime, ce qu’on a pas bien mesuré sur le coup. Après tout, c’est un crime sans cadavre, donc une énigme. Aujourd’hui encore, il faut faire de la sémantique avec un Martel.

    L’histoire ne s’arrête pas là, mais je vais m’arrêter là en vous citant:

    « Chaque année, je prépare un nouveau cours sur la Shoah. Et chaque année, je ne suis pas satisfait de ce que j’ai fait. C’est comme si ce cours, par son objet, ne pouvait jamais être satisfaisant. »

    C’est une œuvre à la Sisyphe.

    Vous-même découvrez que vous publiez des photos qui ont été des outils de propagande (rendons à l’œil de Didier Goux le tribu qui est dû à César) puis que cette propagande a sa propre explication (votre com du 28/01 à 10.45), ce qui vous oblige à prendre en conscience une décision d’édition: ces photos étaient peut-être un pieux mensonge soviétique, mais il faut éviter d’induire le lecteur en erreur.

    La complexité de l’événement n’a pas été épuisée, même si on a fait le tour d’Auschwitz et qu’on a passé au tamis le moindre centimètre carré du terrain sur lequel il a été bâti sur plusieurs pieds de profondeur.

    tschok

    2 février 2015 at 15 h 23 min

    • Tschok,

      Oui, c’est la série Holocauste qui fut le point de départ d’une prise de conscience et du besoin de donner un nom particulier à l’extermination des Juifs: je me souviens que j’étais en 3ème et ça avait été diffusé dans le cadre des Dossiers de l’écran. À l’époque, on enseignait le génocide de façon assez brutale, sans s’attarder sur le processus: il y avait eu 5 millions de Juifs exterminés pendant la guerre, et basta.

      Noix Vomique

      3 février 2015 at 11 h 24 min

  10. Pour moi aussi l’enseignement de ce génocide était brutal….
    Très bon billet avec un rebondissement qui met mal à l’aise…(photos bidonnées).
    Franchise, modestie, conviction, réflexion….tout ça est parfaitement rédigé.
    Le niveau de rares commentaires pourrait tout gâcher, cela ramène juste à la triste réalité de certains de nos contemporains . Bien sur Tschok remonte le niveau mais c’est encore un peu long 😀

    Didstat

    3 février 2015 at 21 h 50 min

  11. Arf…

    tschok

    5 février 2015 at 11 h 54 min


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