Noix Vomique

Le Royaume

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Je ne connais pas Emmanuel Carrère. J’ai lu seulement deux de ses livres, que j’ai sans doute achetés parce qu’ils me rappelaient d’anciennes velléités, lorsque j’envisageais d’écrire des textes sur Philip K. Dick et sur Luc l’évangéliste. Il n’y a rien de masochiste à vouloir lire ce que d’autres ont réussi à produire: je mesure seulement à quel point j’étais un branleur -sans doute le suis-je encore. Aujourd’hui, je réalise que je n’ai pas parlé de Philip K. Dick dans ce blog; quant à Luc, je l’ai évoqué brièvement l’an dernier à l’occasion de la Pentecôte. Mais venons-en à l’objet de ce billet: après Je suis vivant et vous êtes morts (Le Seuil, 1993), je viens donc de lire Le Royaume (P.O.L, 2014). Un bouquin ambitieux que j’ai lu avec plaisir, même si c’est parfois long ou écrit comme un article du Nouvel Obs.

Au départ, quand Emmanuel Carrère nous parle d’une crise mystique qui l’a secoué au début des années quatre-vingt-dix, et que je trouve quelque peu caricaturale, j’ai cru qu’il allait nous proposer une façon de Transmigration de Timothy Archer, le dernier roman de Philip K. Dick, et qu’il allait nous emmener sur les traces de l’évêque Archer dans le désert de Judée. L’épisode de la nounou psychotique renforça ce sentiment mais le récit, page 145, prend soudain une autre tournure: quinze ans ont passé et Emmanuel Carrère, qui se définit désormais comme un sceptique, décide d’enquêter sur les origines du christianisme. Contrairement à Philip K. Dick, qui avait puisé son inspiration dans le Laphroaig pour expédier son roman en quelques semaines, Emmanuel Carrère est méticuleux et prend le temps de se plonger dans les textes. Les sources primaires sont bien sûr chrétiennes -principalement les quatre évangiles, les épîtres de Paul et surtout les Actes des Apôtres, que Jacqueline de Romilly considérait comme l’aboutissement de la littérature grecque depuis Homère; mais aussi non-chrétiennes -quelques brèves indications de Suétone et Tacite, ainsi que des extraits des Antiquités judaïques de l’historien juif Flavius Josèphe, contemporain de Paul. Rien de nouveau, certes, mais ces maigres sources vont permettre à Emmanuel Carrère de donner vie aux premières communautés chrétiennes, à une époque où il était encore difficile de distinguer les chrétiens des juifs.

Car, lors de ses voyages, Paul s’adressait d’abord aux juifs. Dans toutes les villes où il passait, il visitait la synagogue: le samedi, après la lecture de la Bible, il prenait la parole pour expliquer que Jésus est le messie attendu par Israël. Sa prédication n’était pas toujours bien accueillie, et il échappa plus d’une fois à la lapidation, si bien qu’il décida aussi de prêcher Jésus aux païens. Les judéo-chrétiens commencèrent à lui reprocher de ne pas vouloir imposer la circoncision aux chrétiens venus du paganisme. Paul se rendit alors à Jérusalem pour rencontrer les apôtres -il devait leur remettre les sommes d’argent collectées lors de ses voyages mais il avait également l’intention de soulever le problème des prescriptions rituelles. Emmanuel Carrère souligne bien la rivalité qui oppose Paul à Jacques, le frère de Jésus, qui dirigeait la communauté des Jérusalémites. Paul, accusé d’avoir introduit un païen dans le temple, fut arrêté et déféré devant la justice romaine: durant deux ans, comme si les Romains hésitaient à le livrer au Sanhédrin, il fut gardé prisonnier à Césarée. Finalement, après avoir invoqué sa qualité de citoyen romain, ce qui lui permettait de faire appel auprès du tribunal impérial, il fut transféré à Rome. Le voyage fut pénible mais valait la peine puisque Paul fut, semble-t-il, acquitté. Emmanuel Carrère nous plonge alors avec délectation dans la Rome du premier siècle et il imagine Paul, en régime de liberté surveillée, qui «a été autorisé à louer un petit logement, […] un studio ou un deux pièces  dans une de ces barres qu’aujourd’hui nous connaissons par coeur».

Le Royaume regorge de ce genre d’analogie, auxquels les historiens peuvent certes se risquer, à l’instar de Fernand Braudel qui, dans La Méditerranée, comparait les mouvements de colonisation phéniciens et grecs à un «Far-West méditerranéen». Mais le recours à de tels anachronismes, plus ou moins audacieux, donne l’impression ici de tourner au procédé, et c’est parfois malheureux, quand les premiers chrétiens sont comparés à des «djihadistes», ou un publicain à un «collabo», c’est-à-dire un «sale type». D’ailleurs, les limites du livre d’Emmanuel Carrère se trouvent dans ces allers-retours entre notre époque et les débuts du christianisme: l’écrivain n’a pas vraiment réussi à emboiter le récit de sa vie d’ancien chrétien dans celui des premiers chrétiens, et la confrontation entre les deux époques reste artificielle.

En fait, quand il ne parle pas de lui, Emmanuel Carrère préfère se projeter dans le personnage de Luc: cela nous donne certainement les meilleurs moments du livre. Il nous présente Luc comme un romancier qui se fixe des objectifs d’historien, ce qui le distingue des autres évangélistes:

Tout en étant le plus ferme de la bande des quatre sur le bonheur promis aux pauvres et la malédiction liée à la richesse, Luc est aussi le plus porté à rappeler qu’il y a de bons riches , comme il y a de bons centurions. Il est le plus sensible aux catégories sociales, à leurs nuances, au fait qu’elles ne déterminent pas entièrement les actions. Historien de la Seconde guerre mondiale, il aurait insisté sur le fait que des gens d’Action française et des Croix-de-Feu ont compté parmi les premiers héros de la résistance.

Emmanuel Carrère imagine beaucoup de choses: que Luc, par exemple, est Macédonien -alors que j’ai toujours pensé, sans doute une réminiscence de l’École du dimanche, qu’il était originaire d’Antioche et qu’il avait justement fait la connaissance de Paul dans cette ville de Syrie, bien avant ce fameux voyage à Troas au cours duquel il dit «nous» pour la première fois dans les Actes des Apôtres. Luc reste en Macédoine, à Philippe, pour animer la petite communauté chrétienne que Paul a fondée. Il rejoint ensuite Paul lors de son troisième voyage, dont il fait un récit très détaillé, comme s’il avait tenu un journal de bord, puis il cesse de dire «nous» à Jérusalem après l’entrevue avec Jacques. Pendant les deux ans du séjour de Paul en prison, Luc rassemble les matériaux nécessaires à la rédaction de son évangile et Emmanuel Carrère imagine alors qu’il recueille le témoignage de Philippe, qui serait l’un des disciples d’Emmaüs:

Je suis certain pourtant qu’il y a un moment où Luc s’est dit que cette histoire devait être racontée et qu’il allait le faire. Que le sort l’avait mis à la bonne place pour recueillir les paroles des témoins: Philippe d’abord, puis d’autres que lui ferait connaître Philippe, qu’il allait rechercher lui-même.

Mille questions devaient se lever dans son esprit. Depuis des années, il participait à des repas rituels au cours desquels, en mangeant du pain et buvant du vin, on commémorait le dernier repas du Seigneur et, mystérieusement, entrait en communion avec lui. Mais ce dernier repas, qu’il s’était toujours imaginé avoir lieu dans une sorte d’Olympe, suspendue entre ciel et terre, ou plutôt qu’il n’avait jamais eu l’idée d’imaginer, ce repas, il en prenait soudain conscience, avait eu lieu vingt-cinq ans plus tôt dans une pièce réelle d’une maison réelle, en présence de personnes réelles. Il allait falloir que lui, Luc, entre dans cette pièce, parle avec ces personnes. De même, il savait que le Seigneur, avant de ressusciter, avait été crucifié. Pendu au bois, selon l’expression de Paul. Luc savait parfaitement ce qu’était le supplice de la croix, qui était pratiqué dans tout l’Empire romain. Il avait vu, au bord des routes, des hommes crucifiés. il sentait bien qu’il y avait quelque chose d’étrange et même de scandaleux d’adorer un dieu dont le corps avait été soumis à cette torture infamante. Mais il ne s’était jamais demandé pourquoi il y avait été condamné, dans quelles circonstances, par qui. Paul ne s’y attardait pas, il disait « par les juifs », et comme tous les ennuis de Paul venaient des Juifs on ne s’y attardait pas non plus, on ne posait pas de questions plus précises.

Emmanuel Carrère réussit un magnifique portrait de Luc: il le rend vivant et nous raconte qu’il construit son œuvre comme un véritable écrivain. L’occasion de redécouvrir la splendeur de la parabole du fils prodigue. Évidemment, lorsqu’il «démonte les rouages» de l’évangile, Emmanuel Carrère a souvent tendance à affirmer que Luc invente. Il réduit aussi, un peu trop facilement, les Actes des Apôtres à une «biographie de Paul». Enfin, et surtout, il oublie que Luc est animé par la foi. Mais la foi est étrangère à Emmanuel Carrère; il a du mal à en parler et il tergiverse jusqu’à terminer Le Royaume par un «je ne sais pas» qui rappelle les fins béantes de certains romans de Philip K. Dick. Sa conversion au christianisme, qui dura trois ans dans les années quatre-vingt-dix, n’était qu’un simulacre: il allait à la messe tous les jours et noircissait des pages de cahiers comme un fou furieux, un peu comme Philip K. Dick composait son Exégèse. Or, la foi n’est pas un refuge névrotique: il s’agit simplement de croire. Aujourd’hui, Emmanuel Carrère ne veut pas croire mais il reste fasciné. Il ne croit plus en la résurrection mais ça l’intrigue que «des gens normaux, intelligents» puissent croire à «une histoire tout aussi délirante». Or, aucun historien ne peut lui apporter de réponse.

L’historien ne peut pas se prononcer sur la réalité de la résurrection -s’il s’intéresse à Jésus, le champ de ses recherches s’arrête avec l’épisode de la mise au tombeau, et il peut seulement constater que quelque chose s’est produit, qui va favoriser ensuite l’émergence du christianisme. La fin tragique de Jésus avait jeté le désarroi parmi ses disciples: ils n’avaient pas attendu la fin du procès pour décaniller et Luc montre à quel point les disciples d’Emmaüs étaient désabusés: «Nos grands-prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël». Les choses auraient pu en rester là. Le troisième jour, tout le monde s’est résigné à l’idée que Jésus est mort et, lorsque les femmes se pointent avec des aromates pour embaumer le cadavre, elles trouvent le tombeau vide. Elles courent avertir les apôtres restés sur place: ceux-ci considèrent que ce sont des «inepties». Jésus apparaît alors à des gens convaincus de sa mort: les disciples d’Emmaüs puis les onze apôtres, avec lesquels il partage un morceau de poisson grillé. Luc écrit ici des passages superbes pour nous signifier que la résurrection est un événement aussi extraordinaire qu’inattendu. Et c’est pour cela qu’on y croit.

Je vous souhaite un bon dimanche de Pâques; n’oublions pas les chrétiens d’Orient.

Written by Noix Vomique

5 avril 2015 à 8 h 00 min

Publié dans Uncategorized

15 Réponses

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  1. Vous me redonnez l’envie de relire le merveilleux livre, déjà très ancien puisque paru en 1985 , de Guy Hocquenheim  » la colère de l’agneau  » il faut que je le retrouve dans mon fatras de ivres

    BOUTFIL

    5 avril 2015 at 16 h 47 min

  2. de livres ……

    BOUTFIL

    5 avril 2015 at 16 h 48 min

  3. Ce que vous en dites ne donne pas tellement envie de lire ‘Le Royaume » j’avais déjà hésité, et ça me conforte. Je n’ai pas l’impression que ce livre apporte quoi que ce soit de vraiment nouveau ni qu’il soit vraiment délectable.
    Merci du renseignement et joyeuse Pâques

    nouratinbis

    5 avril 2015 at 18 h 30 min

    • Nouratin, en fait, il faut prendre Le Royaume comme une fiction: ce n’est pas un vrai livre d’histoire et Emmanuel Carrère a fait de Paul et Luc de vrais personnages de romans. Je l’ai lu avec plaisir, et sans doute avec bienveillance, parce que ça parle de choses qui m’intéressent. En revanche, il est vrai que certains aspects, que j’ai mentionnés, sont parfois agaçants. Si vous n’en avez pas envie, ne vous forcez pas à le lire; lisez plutôt un bon vieux Philip K. Dick.😉

      Noix Vomique

      8 avril 2015 at 15 h 00 min

  4. Merci, je ne connaissais pas ce titre, mais je vais le lire. À rapprocher de l’œuvre de Messadié?

    Myrto303

    8 avril 2015 at 3 h 03 min

    • Bienvenue ici, Myrto303. Je n’ai jamais rien lu de Messadié: je ne peux donc pas vous répondre.

      Noix Vomique

      8 avril 2015 at 15 h 03 min

  5. […] Je ne connais pas Emmanuel Carrère. J'ai lu seulement deux de ses livres, que j'ai sans doute achetés parce qu'ils me rappelaient d'anciennes velléités…  […]

  6. Moi, je dis que la photo me donne plutôt envie de lire et de m’intéresser à Philip K. Dick que vous citez en début de billet !!!😉
    Bien à vous.

    Lebuchard courroucé

    20 avril 2015 at 0 h 53 min

    • Ooooooooo, Blade Runner est basé sur son œuvre !!…. pffff, un film pourtant que j’apprécie beaucoup… merci pour cette découverte !
      Décidément, je lis trop d’essais politiques et ma culture SF se limite à Herbert, Azimov et Lovecraft…

      Lebuchard courroucé

      20 avril 2015 at 1 h 27 min

      • Lebuchard, je vous conseille vivement la lecture de Philip K. Dick! C’est un must!
        Le bouquin qui a inspiré le Blade Runner de Ridley Scott s’appelait Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques? » et Philip K. Dick refusa de le réécrire pour qu’il soit conforme au film -à la place, il écrivit La transmigration de Timothy Archer dont je parlais dans mon billet.. Si j’étais vous, je commencerais par lire les bouquins écrits au début des années soixante, tels Glissement de temps sur Mars, Simulacre ou encore Le dieu venu du Centaure: personnellement, ce sont mes préférés. Et puis, il y a Ubik, également, qui est incontournable.

        Noix Vomique

        21 avril 2015 at 15 h 24 min

  7. Je ne connais pas l’œuvre de Carrère mais ses sorties plutôt paradoxales avec son rejet des idées défendues par Renaud Camus justifiant sa distance avec cet « ami » et son soutien enthousiaste du livre visionnaire « Soumission » de Houellebecq me laissent assez perplexe quant à la cohérence du bonhomme (et donc de ses écrits)…

    Lebuchard courroucé

    20 avril 2015 at 1 h 13 min

    • Ph.K. Dick est un grand inspirateur du cinéma de SF US, assez difficile à louper quand on a lu Herbert, Azimov ou Lovecraft.

      Peut-être que le plus grand tort de Carrère est de ne pas penser comme vous?

      tschok

      20 avril 2015 at 12 h 47 min

      • « assez difficile à louper quand on a lu Herbert, Azimov ou Lovecraft. »…
        J’ai du mal à vous saisir…
        Quel est le but de cette intervention vénérable tschok ?!!…
        Peut-être tout simplement que je réponde…
        Mes capacités doivent être sûrement aussi piètres et médiocres que celles de Paulfortune et je dois assurément très mal m’exprimer mais ne comprenez vous pas la signification du mot « limite » ?
        La SF n’est pas un genre auquel j’accorde énormément de temps en terme de lecture.
        Je ne suis pas très « roman » en général, et j’affectionne, d’ailleurs, plutôt le fantastique à la Edgar Poe, Conan Doyle, Rymer ou Stephen King pour tout vous dire.
        Et encore je n’ai pas voulu parler en SF des Wells ou Barjavel.
        Je ne vois pas en quoi il est obligatoire de connaître Ph. K. Dick en ayant lu « La pierre parlante », « Les enfants de Dune » ou « Dagon » !!…
        Quelque chose m’échappe mais j’attends avec impatience vos lumières là-dessus…
        Comme si je vous reprochais de ne pas avoir lu Sorel ou Halevy alors que vous avez lu (ou pas !) Peguy et Thibaudet !!!…
        Je répète, ce genre SF n’est pas vraiment celui pour lequel j’ai envie de m’investir avec le peu de temps dont je dispose, je lui préfère les essais politiques ou philosophiques.
        J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur !!!

        « Peut-être que le plus grand tort de Carrère est de ne pas penser comme vous? »…
        Un peu comme le tort de paulfortune1975 par rapport à vous (cf. chez Skandal où vous lui reprochez tout ce que, finalement, vous vous permettez de faire à son encontre « être moins critique à l’égard d’autrui », « Veuillez, je vous prie, donner des noms et expliciter des circonstances » !! Vous ne donnez finalement aucune explication; aucun contre-argument dans votre longue diatribe mis à part balancer votre venin qui a priori est précieux) ??…
        Décidément, vous avez du mal à comprendre ce qui est écrit dirait-on.
        Que Carrère pense comme moi ou pas m’importe peu et n’était pas le sujet !!!
        C’est son incohérence entre prendre ses distances avec Renaud Camus qui ne fait qu’énoncer un constat de la réalité française, celui du grand remplacement notamment par une population d’Afrique du Nord et sub-saharienne à forte proportion musulmane, et faire l’éloge de Houellebecq qui imagine un France islamisée jusqu’au trognon.
        Là aussi, je suis convaincu que vous ne manquerez de m’éclairer de toute votre compétence et votre grande clairvoyance ! Et n’y voyez aucun procès d’intention…

        D’ailleurs, pour finir, je me demande comment autant de compétences, à la lumière de vos vives critiques envers Paul et à la lecture d’un style d’écriture que j’apprécie réellement (si, si !) bien qu’un poil pompeux (ce que l’on peut me reprocher aussi certainement), ne sont pas mises au service d’un incroyable blog qui nous tirerait tous vers le haut !!!….
        C’est regrettable…

        • S’agissant de Ph K Dick, il est difficile à louper au sens que:

          – Quand on a lu les auteurs que vous mentionnez (Azimov, Herbert, etc)
          – Automatiquement, on a Ph K Dick dans le viseur,
          – Ce d’autant qu’il est estampillé fournisseur agréé d’Hollywood en matière de SF (par ex: Total Recall ou Minority Report, qui sont à la SF ce que Titanic est au film catastrophe).

          C’est un « must » quoi. On tombe dessus, obligatoirement. Il est dans le couloir, vous pouvez pas le manquer.

          Mais je comprends aussi que le désir de lire soit guidé par l’envie, la curiosité ou les contraintes de temps et, là-dessus, je ne fais jamais de procès à personne. C’était donc juste un étonnement.

          Sinon, laissez à Paul Fortune le soin de me répondre s’il le souhaite, ce qui n’est nullement une nécessité. Son silence est toujours un soulagement.

          (Sa dernière perle: Hitler était un progressiste. Bon, je veux bien avaler des couleuvres, mais pour les anacondas, je demande juste de pouvoir reprendre ma respiration entre deux anneaux)

          En fait, je crois que j’aime bien Carrère, dont je n’ai lu qu’un article (sa critique assez positive de Soumission, justement) et je devine, en le lisant, que la sophistication de ces processus mentaux ne peut que l’éloigner des théories fumeuses de Renaud Camus.

          Non pas qu’il les condamne moralement ou politiquement – ça, je crois qu’il s’en fout – mais plutôt parce que sa quête d’identité, intime et personnelle, peut difficilement être compatible avec un corpus idéologique qui sert de base à l’expression désentravée d’une hystérie collective qui ne demande qu’à se venger d’une offense imaginaire.

          Qu’une partie des Européens se prépare psychologiquement à une guerre contre l’islam est un fait qui n’autorise néanmoins pas les partisans de la théorie du grand remplacement à sommer Carrère de rejoindre leur camp. Je crains qu’il ne se fasse porter pâle.

          Enfin, ce que je reproche à Paul Fortune et ses semblables, ce n’est pas la critique, même facile, mais de toujours désigner dans leurs affirmations péremptoires et gratuites un coupable de tous les maux de la société, et d’en faire l’objet de leur ressentiment.

          Je trouve que cette attitude est la marque des faibles et des méchants et qu’elle se révèle pesante, à la longue.

          Elle devient même une marque de fabrique du réac qui, pourtant, a bien d’autres choix intellectuels.

          Comprenez ce que je dis: désigner un coupable, c’est stigmatiser. En soi, c’est pas bien grave et en plus c’est banal. Mais, si on ajoute à cette première intention paresseuse le désir de faire de celui qu’on désigne l’objet de tous nos ressentiments, on donne à cet instant précis à nos frustrations une raison vivante de se prendre au sérieux, de s’incarner dans le corps d’un ennemi et de se renforcer dans notre esprit en faisant deux victimes: nous et l’autre.

          Ca, c’est autre chose.

          La stigmatisation, c’est du flan on s’en fiche. Ce qui devient sérieux, c’est de mettre dans la case de notre cerveau qui correspond à l’ennemi, un truc comme « population d’Afrique du Nord et sub-saharienne à forte proportion musulmane ».

          Quand on en est là, on se prépare à encadrer quelqu’un, faut pas se mentir. On n’est plus dans le concept.

          tschok

          20 avril 2015 at 20 h 19 min


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