Noix Vomique

Archive for mai 2015

Réforme du collège: naufrage pour tous ?

Qu'attendre d'un gouvernement qui s'adresse aux citoyens comme s'ils étaient complètement débiles?

Qu’attendre d’un gouvernement qui s’adresse aux citoyens comme s’ils étaient complètement débiles?

En se précipitant pour publier le décret et l’arrêté sur la réforme du collège, le gouvernement a donc décidé de faire un gigantesque bras d’honneur aux enseignants qui venaient de manifester. À moins que ce ne soit un début de panique, car la réforme du collège soulevait une contestation de plus en plus véhémente. La polémique s’était fixée sur la suppression des options latin et grec, la disparition des classes bilangues ou encore le caractère optionnel de certains chapitres d’histoire, comme la Chrétienté au Moyen-Âge ou le Siècle des Lumières. La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, avait tenté de balayer les critiques d’un revers de la main, en qualifiant les opposants de «pseudo-intellectuels». Les petits carriéristes qui soutiennent la réforme cherchèrent ensuite à transformer le débat en bataille idéologique qui aurait opposé le camp du progrès à celui de la réaction. Les syndicats d’enseignants, qui ont manifesté ce 19 mai et qui sont majoritairement à gauche, ont certainement apprécié d’être assimilé à des réacs -mais ne l’avaient-ils pas cherché en s’opposant à la réforme aux côtés d’un Nicolas Sarkozy? Et d’ailleurs, à l’UMP, ne sont-ils pas un peu couillons? Qu’ont-ils fait, eux-mêmes, lorsqu’ils étaient au pouvoir? Ils réclament depuis des années la fin du collège unique et davantage d’autonomie pour les établissements scolaires, et, alors que la réforme prévue par le gouvernement va dans ce sens, ils trouvent aujourd’hui le moyen de moufter? Le diable lui-même y perdrait son latin.

Très vite, les programmes d’histoire furent le prétexte pour jouer la querelle des Anciens et des Modernes: pour un peu, il aurait fallu prendre parti entre Dimitri Casali  et Laurence De Cock. Le premier prône un retour à l’enseignement du «roman national» -il tente vainement d’imiter le style d’Ernest Lavisse, sans avoir peur d’être grotesque, lorsqu’il prolonge jusqu’à nos jours le petit Lavisse, ce manuel de l’école de la Troisième République; la seconde, qui défend l’idée d’une histoire scolaire «ouverte à l’altérité», «décloisonnée et indisciplinée», soutient la réforme -le contraire eût été surprenant puisqu’elle fait partie des experts consultés par le Conseil supérieur des programme. Personnellement, je n’ai pas envie de choisir entre les certitudes de ces deux collègues. Certes, la polémique sur les programmes aurait pu rappeler cette controverse qui opposa Edmund Burke à Thomas Paine -Burke regrettait que les révolutionnaires français aient fait table rase du passé. Mais non. Le talent n’est pas au rendez-vous -sans doute la faute à l’Éducation nationale- et nous n’avons qu’un débat bidon, comme un contre-feu allumé en toute hâte. En réalité, les enjeux de la réforme se situent ailleurs.

J’avoue ne pas comprendre ceux qui, soudainement, s’inquiètent d’une éventuelle baisse du niveau des élèves: la réforme du collège s’inscrit en effet dans la continuation d’une politique qui, depuis une quarantaine d’années, a lentement déconstruit les savoirs. Que l’enseignement du français ou de l’histoire soit sacrifié, ce n’est pas une nouveauté. D’ailleurs, cette fois-ci, le contenu des programmes change peu [1]. Nous pouvons regretter, évidemment, que la chrétienté médiévale, l’humanisme ou encore les Lumières soient devenus des thèmes optionnels. Nous pouvons regretter, encore, comme le dit Pierre Nora, que les programmes d’histoire soient «l’expression d’une France fatiguée d’elle-même». Mais nous nous consolerons en songeant que la réforme laisse encore beaucoup de liberté aux professeurs. Cette liberté a toujours existé: en classe, dans le cadre fixé par le programme, je fais finalement ce que je veux. Qu’est-ce qui m’empêche, en 5ème, de parler à mes élèves de Philippe Auguste, de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, de façon à ce qu’ils comprennent ce que représentent ces personnages, ou encore d’insister sur ce Temps des cathédrales cher à Georges Duby? Je ne vais pas me gêner! Et, contrairement à ce que semble craindre Michel Lussault, qui préside le Conseil supérieur des programmes, il n’est pas question de transformer l’histoire en une sorte de «roman national» quasi-mythologique: il s’agit de produire en classe un récit national, soucieux d’exactitude historique, où l’on peut aborder la colonisation et les traites négrières sans tomber dans la repentance, et qui permette finalement aux élèves de comprendre cette nation à laquelle ils appartiennent. N’est-il pas légitime, en effet, que les jeunes connaissent l’histoire du pays où ils vivent? Bien sûr, on ne niera pas que l’histoire doit être ouverte sur le monde: par exemple, loin d’être une nouveauté en 5ème, l’enseignement sur les débuts de l’islam est l’occasion de montrer la véritable nature de cette religion, lorsque Mahomet, en 630, s’empara de La Mecque par la force puis détruisit les idoles de la Kaaba. Les élèves pourront ainsi faire le lien avec notre époque, lorsque les djihadistes de l’État islamique anéantissent les vestiges archéologiques de Mossoul, ou peut-être lorsqu’ils déboulent au milieu des ruines de Palmyre en gueulant «rien à branler des cultures antiques, foutez-moi ça en l’air» -et oui, il existe des gens, comme ça, qui n’aiment pas ceux qui les ont précédés.

Mais cessons de discutailler sur les programmes: le vice le plus néfaste de la réforme du collège est ailleurs. Horrifiés à l’idée que certains élèves puissent mieux réussir que d’autres, Najat Vallaud Belkacem et les idéologues du Conseil supérieur des programmes ont donc décidé de s’attaquer à cette injustice en coupant les têtes qui dépassaient. Au nom de l’égalité, il s’agit d’adapter l’ensemble du collège aux élèves qui, selon la ministre, «s’ennuient». Puisque les élèves sont incapables de rester concentrés, on leur proposera des «enseignements pratiques interdisciplinaires» (EPI) pour qu’ils travaillent différemment, sur des thèmes tarte-à-la-crème définis par le ministère. Et là, il faut résister à la déprime. Pendant une dizaine d’années, dans les lycées agricoles successifs où j’ai exercé, j’ai pratiqué l’enseignement pluridisciplinaire: nous étions plusieurs professeurs à travailler avec les élèves sur des projets communs. Par rapport au temps investi, les résultats étaient souvent décevants: les bons élèves s’impliquaient volontiers et arrivaient à s’approprier quelques vagues notions; les autres, qui n’avaient pas acquis les bases suffisantes dans les différentes disciplines, glandouillaient et ne tiraient rien de ces activités. Aussi, en 1994, René Rémond rédigea un rapport sur l’enseignement agricole [2] où il concluait que «les pratiques pluridisciplinaires ne sauraient masquer la médiocrité disciplinaire». Or, la réforme du collège prévoit de systématiser des enseignements interdisciplinaires qui seront mis en place au détriment des disciplines traditionnelles. En histoire-géographie, les élèves devront travailler des compétences telles que «s’informer dans le monde du numérique» ou «coopérer et mutualiser», qui ne sont évidemment pas spécifiques à l’histoire ou à la géographie: les connaissances passent au second plan. C’est la logique perverse des compétences: les élèves doivent être de bons exécutants -peu importe qu’ils soient ignares. Chaque établissement sera chargé d’organiser ses EPI, et il est probable que le principal aura le dernier mot au moment de répartir les heures et de choisir les thèmes et les matières. Cela signifie qu’il y aura de grandes disparités d’un établissement à l’autre: selon les moyens et le bon vouloir des chefs d’établissement, les EPI seront plus ou moins fauchés. Toujours est-il que les enseignements disciplinaires vont dérouiller au nom d’un égalitarisme niveleur. De la même façon, les options de latin et grec, jugées élitistes, seront supprimées. Elles connaissaient pourtant un succès grandissant, notamment dans les établissements de ZEP où l’inspection générale avait souligné qu’elles permettaient de «donner plus à des élèves qui sont de bonne volonté et ont le désir d’apprendre et de réussir». Mes parents étaient ouvriers et ils m’ont encouragé à faire du latin, pour me donner le goût de me cultiver -c’était la fin des années soixante-dix, j’étais élève au collège Jules Ferry de Conflans et, dans un souci d’imiter les punks, nous rêvions de bousiller notre collège, nous griffonnions sur les tables de classe des «Destroy Jules Ferry» qui se voulaient furibards; quarante ans plus tard, en rompant avec la culture du mérite et en refusant aux meilleurs élèves le droit d’être les meilleurs, Najat Vallaud-Belkacem et Michel Lussault réalisent hélas ce souhait: leur réforme signe la mise à mort de l’école républicaine, les élèves issus des milieux les plus modestes seront désormais condamnés à la médiocrité et les inégalités vont immanquablement se creuser. L‘hommage que François Hollande avait rendu à Jules Ferry au lendemain de son élection était bel et bien un enterrement de première classe.

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[1] Cette fois, nous avons évité le pire. Annie Genevard, membre du Conseil supérieur des programmes, raconte dans Le Figaro, que nous avons échappé, entre autres délires idéologiques, à un thème mettant sur le même plan les invasions barbares, la colonisation et l’immigration «pour accréditer l’idée que tous les Français seraient le produit de ces mouvements migratoires».

[2] René Rémond, Commission d’évaluation de la rénovation pédagogique de l’enseignement agricole public et privé ; Rapport à Monsieur le Ministre de l’agriculture et de la pêche, 1994. – 79 p.

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Reichstag, flies red flag, signalling the end

Le drapeau de la victoire

Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny Khaldei: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier était définitivement sécurisé, il remonta sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalisa ce cliché. La propagande veilla ensuite à effacer les montres que le soldat portait aux deux poignets, car elles indiquaient que les soviétiques se livraient au pillage, ce qui était honteux, et elle utilisa ce drapeau qui flotte sur le toit du Reichstag pour signifier au monde entier que c’était l’Armée Rouge qui avait pris Berlin.

Staline était comblé, car les Soviétiques étaient arrivés à Berlin avant les Américains. La perfidie payait: début avril, alors qu’il avait déjà décidé que l’attaque aurait lieu le 16 avril, il avait annoncé à Eisenhower que Berlin ne l’intéressait pas et qu’il ne lancerait aucune offensive avant la mi-mai. Le 16 avril, l’armée du maréchal Joukov tira plus d’un million d’obus sur les lignes allemandes et traversait l’Oder. Au même moment, plus au sud, le maréchal Koniev atteignait la Spree et se vantait d’être en mesure de prendre Berlin. Staline lui demanda alors d’encercler la capitale pour couper la route aux Américains. Les soldats soviétiques firent une percée et entrèrent dans la ville le 21 avril. Ils avaient reçu des drapeaux soviétiques: le premier qui réussirait à hisser le sien sur le Reichstag serait décoré de la médaille de l’Étoile d’or.

Le 2 mai, après une terrible bataille de rue qui dura dix jours, Berlin tombait et le drapeau soviétique flottait sur le Reichstag. La capitulation de l’Allemagne était imminente. Les troupes soviétiques se déchainèrent contre les Berlinois -ils traquaient les femmes mais aussi les petites filles jusque dans les caves pour les violer. Staline, qui venait d’apprendre la mort d’Hitler, exigeait une reddition sans conditions de la part des plénipotentiaires allemands. Mais hors de Berlin, les combats se poursuivaient. Aussi, Staline piqua une colère noire le 7 mai lorsqu’il apprit que la capitulation avait été conclue à Reims, dans la zone libérée par les Britanniques et les Américains. En effet, ce matin-là, à 2h41, dans un collège technique de Reims, Jodl avait signé l’acte de capitulation au nom du Haut Commandement allemand et l’avait remis au général Bedel-Smith, chef d’état-major d’Eisenhower. Certes, les soviétiques étaient présents, représentés par le général Susloparoff mais, aux yeux de Staline, ces deux pages dactylographiées en deux coups de cuiller à pot ressemblaient à une victoire des Américains. Il exigea donc qu’une nouvelle capitulation soit mise en scène le soir du 8 mai à Berlin, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov.

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Aujourd’hui, j’écoute toujours avec le même plaisir cette chanson des Damned, Generals, composée par le bassiste Paul Gray et extraite de l’album Strawberries, qui tourna et tourna sur ma platine alors que j’étais lycéen: elle raconte la chute de Berlin, avec une allusion à ces exactions commises par les Soviétiques que des historiens semblent découvrir aujourd’hui, et les Damned avaient eu l’idée saugrenue de la sortir en single [1] -ce fut bien sûr un bide. Mais nous nous en foutions car c’est aussi pour cela, et pas seulement parce qu’ils étaient extraordinaires, que nous aimions les Damned: leur absence de succès nous donnait l’impression d’appartenir à une sorte de gratin décadent. Il y a deux semaines, je les ai à nouveau vus en concert -comme si le temps ne filochait pas, Captain Sensible continue à être un fabuleux guitariste et Dave Vanian bouge toujours comme un Elvis déglingué: ils jouèrent de vieilles chansons, de celles qui m’ont accompagné durant ces trente-cinq dernières années et qui donnent encore envie de pogoter, au risque d’envoyer valdinguer mes lunettes -mais ils ne jouèrent pas Generals. Il faut dire qu’il n’y avait pas, non plus, de nonnes sexy qui dansaient sur scène… Peut-être que l’un ne va pas sans l’autre.

GENERALS

Big city all scratched out, revenge is not so sweet
Once proud once so devout, they’re tired and they are weak
They came from east to west, counting up the cost
Red star soon to arrive, they know that all is lost

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

What once was decadence, now nothing but razed land
The end so imminent, big city’s not so grand
They came they saw, they conquered, people hid in fear
They looted, raped and plundered, angry Russian bear

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

Reichstag, flies red flag, signalling the end
Party now bad bad, suicide the end
There’s some who think that golden years might lie ahead
No leaders anymore, in the bunker dead

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
The whole world is going insane

. [1] The DAMNED. Generals, Bronze Records BRO nº159, novembre 1982.

Written by Noix Vomique

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Nichons et salut nazi

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Alors que les Femen vociféraient sur ce balcon d’un hôtel de la place de l’Opéra et mimaient le salut nazi, les seins à l’air, comment ne pas penser à ces pisseuses qui fricotaient avec les Fridolins? Ou à l’esthétique vaguement érotique de ces séries Z des années soixante-dix telles que Ilsa, la louve des SS? Ce n’était pas l’effet recherché; il est cependant difficile de ne pas y penser.

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Written by Noix Vomique

3 mai 2015 at 11 11 24 05245

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