Noix Vomique

Reichstag, flies red flag, signalling the end

Le drapeau de la victoire

Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny Khaldei: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier était définitivement sécurisé, il remonta sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalisa ce cliché. La propagande veilla ensuite à effacer les montres que le soldat portait aux deux poignets, car elles indiquaient que les soviétiques se livraient au pillage, ce qui était honteux, et elle utilisa ce drapeau qui flotte sur le toit du Reichstag pour signifier au monde entier que c’était l’Armée Rouge qui avait pris Berlin.

Staline était comblé, car les Soviétiques étaient arrivés à Berlin avant les Américains. La perfidie payait: début avril, alors qu’il avait déjà décidé que l’attaque aurait lieu le 16 avril, il avait annoncé à Eisenhower que Berlin ne l’intéressait pas et qu’il ne lancerait aucune offensive avant la mi-mai. Le 16 avril, l’armée du maréchal Joukov tira plus d’un million d’obus sur les lignes allemandes et traversait l’Oder. Au même moment, plus au sud, le maréchal Koniev atteignait la Spree et se vantait d’être en mesure de prendre Berlin. Staline lui demanda alors d’encercler la capitale pour couper la route aux Américains. Les soldats soviétiques firent une percée et entrèrent dans la ville le 21 avril. Ils avaient reçu des drapeaux soviétiques: le premier qui réussirait à hisser le sien sur le Reichstag serait décoré de la médaille de l’Étoile d’or.

Le 2 mai, après une terrible bataille de rue qui dura dix jours, Berlin tombait et le drapeau soviétique flottait sur le Reichstag. La capitulation de l’Allemagne était imminente. Les troupes soviétiques se déchainèrent contre les Berlinois -ils traquaient les femmes mais aussi les petites filles jusque dans les caves pour les violer. Staline, qui venait d’apprendre la mort d’Hitler, exigeait une reddition sans conditions de la part des plénipotentiaires allemands. Mais hors de Berlin, les combats se poursuivaient. Aussi, Staline piqua une colère noire le 7 mai lorsqu’il apprit que la capitulation avait été conclue à Reims, dans la zone libérée par les Britanniques et les Américains. En effet, ce matin-là, à 2h41, dans un collège technique de Reims, Jodl avait signé l’acte de capitulation au nom du Haut Commandement allemand et l’avait remis au général Bedel-Smith, chef d’état-major d’Eisenhower. Certes, les soviétiques étaient présents, représentés par le général Susloparoff mais, aux yeux de Staline, ces deux pages dactylographiées en deux coups de cuiller à pot ressemblaient à une victoire des Américains. Il exigea donc qu’une nouvelle capitulation soit mise en scène le soir du 8 mai à Berlin, au quartier général des forces soviétiques du maréchal Joukov.

the-damned-generals-bronze

Aujourd’hui, j’écoute toujours avec le même plaisir cette chanson des Damned, Generals, composée par le bassiste Paul Gray et extraite de l’album Strawberries, qui tourna et tourna sur ma platine alors que j’étais lycéen: elle raconte la chute de Berlin, avec une allusion à ces exactions commises par les Soviétiques que des historiens semblent découvrir aujourd’hui, et les Damned avaient eu l’idée saugrenue de la sortir en single [1] -ce fut bien sûr un bide. Mais nous nous en foutions car c’est aussi pour cela, et pas seulement parce qu’ils étaient extraordinaires, que nous aimions les Damned: leur absence de succès nous donnait l’impression d’appartenir à une sorte de gratin décadent. Il y a deux semaines, je les ai à nouveau vus en concert -comme si le temps ne filochait pas, Captain Sensible continue à être un fabuleux guitariste et Dave Vanian bouge toujours comme un Elvis déglingué: ils jouèrent de vieilles chansons, de celles qui m’ont accompagné durant ces trente-cinq dernières années et qui donnent encore envie de pogoter, au risque d’envoyer valdinguer mes lunettes -mais ils ne jouèrent pas Generals. Il faut dire qu’il n’y avait pas, non plus, de nonnes sexy qui dansaient sur scène… Peut-être que l’un ne va pas sans l’autre.

GENERALS

Big city all scratched out, revenge is not so sweet
Once proud once so devout, they’re tired and they are weak
They came from east to west, counting up the cost
Red star soon to arrive, they know that all is lost

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

What once was decadence, now nothing but razed land
The end so imminent, big city’s not so grand
They came they saw, they conquered, people hid in fear
They looted, raped and plundered, angry Russian bear

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

Reichstag, flies red flag, signalling the end
Party now bad bad, suicide the end
There’s some who think that golden years might lie ahead
No leaders anymore, in the bunker dead

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
There’s nobody left they can blame

And only the wounded remain
The generals have all left the game
With no will to fight
They’ll fade with the light
The whole world is going insane

. [1] The DAMNED. Generals, Bronze Records BRO nº159, novembre 1982.

Written by Noix Vomique

6 mai 2015 à 16 h 23 min

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20 Réponses

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  1. Sur les combattants qui défendirent Berlin et qui furent loin de n’être que des allemands, au-delà de la cause indéfendable qu’ils défendaient pourtant, on ne peut qu’être admiratif face au courage dont ils firent preuve, à leur incroyable combativité qui réussit à tenir en respect les hordes soviétiques pendant une quinzaine de jours alors qu’ils se battaient environ à un contre dix, mal équipés, peu voire plus ravitaillés :

    « Fin mars 1945, un millier de survivants de la Charlemagne furent regroupés près de Neustrelitz. A l’appel du brigadeführer Krukenberg plus de six cents d’entre eux se portèrent volontaires pour combattre jusqu’au bout, mais trois cents seulement commandés par le Haupsturmführer Fenet purent s’embarquer sur les neuf camions dont Krukenberg avait pu disposer pour conduire à Berlin ces derniers renforts.

    « J’ai emmené avec moi un détachement d’escorte de Français. Les Anglo-Américains se trouvaient à quatre heures de Berlin Ils auraient pu prendre la ville avant les Russes. Je pensais qu’il fallait tenir au moins jusque-là. Nous nous sommes battus encore une longue semaine. Là où nous étions, le front tenait, mais nous étions sans cesse débordés par les ailes».
    Général Krukenberg

    24 avril 1945

    A la tête des volontaires du dernier carré se trouve un ancien lieutenant de l’infanterie coloniale, Henri Fenet, deux fois blessé devant Verdun en juin 1940 et de nouveau blessé en Galicie dans les rangs de la Sturmbrigade comme commandant de compagnie. Il y a quelques semaines, il a réussi à tirer son bataillon presque au complet de l’enfer de Poméranie, la célèbre percée de Dievenow, ce qui lui a valu, avec la croix de fer de première classe, le grade de Haupsturmführer. Ce jeune capitaine SS français de 25 ans va donc commander le Sturmbataillon composé de 4 compagnies de combat (fortement réduites) et la compagnie d’honneur de Weber. Le 25 avril, ils embarquent et partent pour Tempelhof.

    « Un jour d’avril 45, tôt le matin, notre compagnie avec d’autres éléments de la brigade, fut embarquée dans des camions non bâchés prêtés par la Luftwaffe, le nombre exact je ne l’ai plus en tête, mais contenaient les 350 hommes prévus »
    L.Levast ancien de la compagnie d’honneur.

    Comme les véhicules des SS français se trouvent bloqués par un pont détruit par quelques vieux de la Volksturm les ayant pris pour des russes peu avant la capitale, ils continueront à pied « Harrassés, nous marchions en automates, les muscles raidis sous l’effet de la fatigue que nous sentions monter le long de nos jambes…nous marchions obsédés par le souci d’arriver assez tôt dans la capitale encerclée, de ne pas nous laisser barrer la route de notre dernier combat, tout notre être, toutes nos forces tendues vers ce but qui nous attirait de toute sa puissance : BERLIN !»
    Henri Fernet

    Il est certain que le Sturmbataillon Charlemagne a été la dernière unité à pénétrer dans Berlin avant son encerclement complet par les forces soviétiques. La marche sera longue et pénible, plusieurs dizaines de kilomètres chargés de panzerfaust, de grenades et de bandes de mg42. A leur arrivée, les volontaires prennent quelques heures de repos dans la forêt de Grünewald, tandis que Brigadeführer Krukenberg se rend auprès du Général Weidling.

    « Maintenant, allongés sous les pins de la forêt de Grünewald qui surplombe la Havel, nous ne pensons plus qu’à dormir, mais le fracas de l’artillerie rouge qui cherche le pont de Pichelsdorftout prôche, nous tient longtemps éveillés».
    H.Fernet

    Krukenberg apprend qu’il doit prendre la tête de la division SS Nordland, formée de volontaires Danois, Hollandais, Suédois sans compter quelques Anglais du British Free Korps. Pour l’instant, il garde sous ses ordres la compagnie d’honneur, que commande l’Obersturmführer Wilhem Weber. Les autres Français sont répartis entre quatre compagnies fortes de 60 à 80 hommes chacune et bien pourvues en cadres en raison de la présence d’une promotion d’aspirants tout juste sortis de l’école.

    « Les hommes bien reposés malgré tout, furent rassemblés dans l’espace boisé où venait mourir le petit bois, pour être embarqués dans des camions ouverts, le petit convoi prit la route après avoir traversé la plaine boisée pour s’engager sur une large avenue, sur la gauche, longeant le stade olympique construit pour les jeux du même nom».
    Louis Levast

    25 avril 1945

    Dès son arrivée à Tempelholf par de nouveaux camions, le 25 avril 1945, le sturmbataillon aide les feldgendarmes à filtrer les civils et les fuyards de l’armée allemande.

    « Les Berlinois assis sur les bancs des squares dévorent à pleines dents leurs sandwiches. Nous sommes propres, ben sanglés dans nos uniformes et chantons en français : La SS marche en pays rouge. ça éveille sa curiosité et le peuple de Berlin nous applaudit. Une onde de fierté et de bonheur nous parcourt, mes cent vingt quatre hommes et moi.»
    Témoignage de Rostaing.

    « Les Berlinois nous acclament de leurs fenêtres, sur les trottoirs, sur le pas des portes…nous sentons les larmes nous monter aux yeux. des groupes se forment dans les rues, aux carrefours, en dépit des bombardements, et nous font des ovations auxquelles nous répondons chaleureusement. »
    H.Fenet.

    Louis Levast, témoin aussi de la scène, apporte une conclusion à l’euphorie de la population Berlinoise. « Ils nous acclamaient au passage, nous prenant probablement pour l’armée Wenck, promise par Goebbels, venant sauver la capitale des « hordes rouges« .

    26 avril 1945, 6.00 heures du matin

    Le Sturmbataillon français est engagé dans le secteur de Neukölln, au sud-est de Berlin. Quelques panzers dont un Koenigstiger du régiment de chars de la division Nordland appuient une contre attaque qui se heurte rapidement à une résistance acharnée de la part des soviétiques. Très vite les premiers chars russes vont être détruits malgré une résistance acharnée. Trente environs sont mis hors de combat, ainsi que nombre de canons antichars. « Tout va bien !…Non !…une salve de Pak vient de massacrer une section de réserve qui, se croyant à l’abri, s’était imprudemment regroupée : quinze cadavres étendus ou recroquevillés, inertes, sur le trottoir et la chaussée. »
    Fenet

    En une seule matinée, la moitié ses SS français venus à Berlin seront mis hors de combat « A peine engagée depuis une heure, ma compagnie a déjà perdu plus d’un quart de ses effectifs. Nous sommes le 26 avril; à ce rythme-là nous ne tiendrons jamais jusqu’à la fin du mois »
    Rostaing.

    On compte les tués et les blessés par dizaines. Son grand souci, maintenant que la contre attaque française se révèle un échec, est de récupérer ses troupes, isolées par l’avance russe dans le secteur voisin, et de les regrouper en vue d’une nouvelle mission.

    « En hâte nous regagnons l’hotel de ville pour regrouper tout le monde, mais au moment où nous traversons la rue pour entrer au P.C, une longue rafale…Millet se plie en deux puis s’abat, face contre terre…un dernier tressaillement et il demeure immobile »
    Fenet.

    Le Haupsturmführer Fenet, qui a installé son poste de commandement dans l’hôtel de ville, est lui même blessé au pied, à l’endroit exact où il avait été blessé en juin 40 par les Allemands ! Il se fait porter sur une chaise et continue à diriger ses hommes. Il reçoit alors vers minuit l’ordre de rejoindre la Hermannplatz. Le jeune capitaine SS laisse derrière lui un groupe conduit par l’un de ses fidèles sous-officiers, l’Obersharführer Hennecourt, chef de la section de commandement qui doit regrouper tous ceux qui ont été laissés en arrière par le repli français.

    « Débordés de toutes parts, nous sommes obligés de nous replier. Alors que nous nous battons au rez-de-chaussée presque au corps à corps, les Russes occupent les étages« .
    Pierre Rostaing.

    Note : Un groupe de la Hitlerjugend combat avec les Waffen SS français.

    Nuit du 26 avril

    Au début de la nuit du 26 au 27 avril, les rescapés des combats sont rassemblés sur la place Belle Alliance. La 1ère compagnie de l’Untersturmführer Labourdette a été envoyée en mission vers l’aéroport de Tempelhof. Quant à la deuxième compagnie, elle a perdu son chef, l’Obersturmführer Michel, un breton disparu au cours des combats de la veille et que certains affirment avoir vu mortellement blessé. La 3ème compagnie, qui compte désormais moins d’une trentaine d’hommes, est là, avec son chef l’Obersharführer Rostaing, un ancien de la section de chasse de la LVF qui à vécu de passionnantes aventures guerrières en Russie. « Enfin nous atteignons le Grand Théatre. Des cent vingt-quatre hommes de ma compagnie, il ne m’en reste que trente« . Quant à la quatrième compagnie, guère plus nombreuse, en l’absence de son chef, l’Obersturmführer Olliver, engagé dans un autre secteur, elle est commandée par un authentique prince russe, le Standartenjunker Protopopoff.

    27 avril 1945

    Ayant rassemblé ceux de ses hommes qui sont encore valides, le Hauptsturmführer Fenet les installe pour quelques heures de repos dans une brasserie, la Thomas Keller, et se rend au poste de commandement de la division Nordland pour prendre les instructions du Brigadeführer Krukenberg. Son officier d’ordonnance, le Standartenoberjunker Douraux, l’accompagne. Après un arrêt à l’infirmerie de campagne, installée dans les caves de la Reichbank, pour se faire soigner et panser, le chef de bataillon d’assaut français et son ordonnance partent à la recherche de leur commandeur. Ils le retrouveront le 27 avril, dans les sous-sol de l’Opéra, situé sur la célèbre avenue Unter den Linden.

    Fenet apprend que son bataillon sera divisé en petit groupe de 8 hommes chacun, chargés de mener la lutte contre les chars, de plus en plus nombreux à tenter de s’infiltrer dans les rues de la capitale. Dans la journée, les SS français quitteront donc leur cantonnement, pour gagner les caves de l’Opéra-Comique, où l’unité va être réorganisée. Le trajet se fera en empruntant une partie des tunnels du métro Berlinois.

    Pendant ce temps, le poste de commandement de la division s’installe à la station Stadtmitte, dans un wagon éclairé avec des bougies. Dans ce décor sinistre, le Brigadeführer Krukenberg distribue quelques croix de fer gagnées l’avant-veille pendant les combats de Neukölln .

    « Les hommes m’entourent, bourrent mes poches de bonbons, chocolats et cigarettes qu’on vient de leur distribuer…C’est la fête : tout le monde chante »
    Fenet.

    Krukenberg a réuni sous ses ordres non seulement les Allemands et les Scandinaves de la division Nordland, mais également de nombreux isolés, et notamment des volontaires SS Lettons, Estoniens, Suisses et Espagnols.

    Nuit du 27 avril 1945

    Les chars russes se massent aux environs de la place Belle-Alliance, et une demi-douzaine d’entre eux ont même réussi à lancer une attaque en direction de la chancellerie du Reich en suivant la Wilhelmstrasse. Ils seront finalement détruits non loin du bunker occupé par le Führer.

    « Elle est bien calme cette fin de nuit : il n’y a plus rien dans la rue que le T34 qui brûle à côté de nous, hallucinant. De longues flammes dansent maintenant autour de la carcasse d’acier, projetant leur lueur violente contre l’obscurité du ciel que le halo rose des incendies au-dessus des toits n’arrive pas à dissiper. »
    H.Fenet

    28 avril 1945

    Dès l’aube, l’Allemand Weber et le français Hennecourt interviennent pour attaquer les blindés. Les combats de ce genre ne vont plus cesser jusqu’à la fin de la bataille de Berlin.

    « Déjà la journée précédente et le début de la nuit avaient été très dur. Mais à partir de ce matin, la bataille va atteindre son point culminant et s’y maintiendra jusqu’à la fin. Jusqu’aux dernières heures, nous allons vivre dans une sarabande infernale, pilonnés sans arrêt par les mortiers, la pak et les chars, harcelés par l’infanterie, devant repousser plusieurs fois par heures les assauts des blindés. »
    H. Fenet.

    Une véritable compétition s’engage alors entre les volontaires SS pour savoir qui parviendra à détruire le plus grand nombre de chars ennemis. Maintenant que tout est perdu, les hommes de la Charlemagne prennent tous les risques. L’Untersharführer Eugène Vaulot détruit son quatrième char russe au panzerfaust. Ses camarades occupent les avant-postes et guettent les blindés ennemis derrière des pans de mur en ruines, ne tirant sur leur cible qu’à quelques mètres seulement. Les soviétiques font intervenir canons et mortiers pour tenter de rendre la vie impossible à ces chasseurs de chars qui leurs causes de lourdes pertes. Beaucoup, évacués vers les postes de secours, seront par la suite portés disparus, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’ils soient morts. Certains finiront le combat avec d’autres SS étrangers.

    Malgré sa blessure et l’interdiction de son commandeur, le Haupsturmführer Fenet rejoint ses hommes sur la ligne de feu. Il coordonne l’action des petits groupes qui ne cessent de contrer l’avance irrésistible des chars soviétiques. Il retrouve l’Obersturmführer Weber, que ses SS surnomment Cyclone et qui ne parle pas un mot de français, ce qui ne l’empêche pas de jouir d’une fantastique popularité dans sa compagnie d’honneur. Il vient de détruire un T34, qui brûle à quelques mètres de sa position. Seuls les blindés sont jusqu’ici entrés en action, et les SS français ne se sont pas encore mesurés aux fantassins soviétiques dans ce secteur de Berlin, qu’ils occupent entre la Wilhemstrasse et la Friedrichstrasse.

    Fenet retrouve ses agents de liaison, qui lui raconte les moments terribles qu’ils viennent de vivre. Après la mort de l’Untersharführer Millet, tué le 26 avril, son camarade Riberto le remplace. Il réussira un coup de main contre un immeuble tenu par les soviétique et, avec d’autres agents de liaison, mettra une cinquantaine d’adversaires hors de combat.

    Quelques heures plus tard, il repartira en patrouille avec son ami l’Untersharführer Lacombe, dit Bicou, dix huit ans, le plus jeune sous-officier du bataillon français. En compagnie de leur camarade Couturier, un ancien sapeur pompier de Paris, ils se battent au pistolet et à la grenade dans les ruines d’un immeuble occupé par les Russes. Très sérieusement blessé, Riberto perdra un oeil, tout comme un autre SS français, Boural, qui a été touché à Neukölnn. Ce dernier survivra à la bataille de Berlin et entrera dans les ordres après la guerre.

    Nuit du 28 avril 1945

    Les SS français entendent les cris de femmes allemandes, violées par les soldats soviétiques à quelques dizaines de mètres d’eux, dans les caves des immeubles.

    « L’offensive ennemie cesse à vingt et une heures. La nuit prend possession des ruines. Berlin renaît à la vie. Les civils sortent des caves comme les rats abandonnent le navire en perdition »
    Rostaing.

    29 avril 1945

    A l’aube, des chars russes tentent à nouveau de progresser le long de la Wilhelmstrasse. Les premiers sont bloqués net par le tirs des panzerfaust des français.

    « A vingt-cinq, trente mètres de nous au plus, le premier T34 explose, bloquant la progression de ceux qui le suivent. »
    Rostaing.

    Mais les blindés qui n’ont pas été touchés ripostent et essaient, à coup d’obus, de faire écrouler les immeubles où se sont embusqués les défenseurs de ce quartier central de Berlin. Vaulot a détruit la veille quatre nouveaux chars à lui seul, tandis que son camarade l’Untersharführer Albert Brunet en compte trois sur son tableau de chasse.

    Le Haupsturmführer Fenet doit reculer son poste de commandement totalement dévasté par les obus, et décrocher avant que les survivants de son unités ne soient encerclés. en effet les fantassins ennemis commencent à s’infiltrer de part et d’autre de sa position. ses hommes mettent le feu aux immeubles voisins pour couvrir leur repli. Désormais, les SS français vont se battre quelques dizaines de mètres en arrière de leur précédente ligne de front. Ils tiennent maintenant le carrefour de la Puttkammerstrasse. Le poste de commandement est installé dans une librairie qui sera bien vite prise sous le feu des mortiers de 120 soviétiques

    « L’un de nous a déniché un album en couleurs consacré à l’Espagne qui devient la distraction de l’abri où, à tour de rôle, les hommes vont prendre un peu de repos. Nous le feuilletons comme si nous cherchions dans ces paysages ensoleillés un antidote à nos visions d’enfer. »
    H.Fenet.

    Le Standartenjunker Protopopoff est alors tué par un obus de mortier dans la cour de l’immeuble situé derrière le PC.

    Les russes lancent un troisième assaut de blindés. Les obus ne cessent de frapper, les éclats sifflent. L’adjudant SS Rostaing est enseveli sous des gravats et on le croit mort quand il surgit, blanc de poussière, au PC du bataillon pour se voir remettre la croix de fer de première classe. En ce soir du 29 avril, les volontaires français tiennent encore et toujours leurs positions. Mais on compte de nombreux tués, notamment parmi les cadres, comme les Standartenoberjunker Billot et Le Maignan, et de nombreux blessés comme les Standartenoberjunker de Lacaze, Boulier, Frantz et l’Untersturmführer Berthaud. L’Untersturmführer Labourdette a disparu dans les couloirs du métro au cours d’un accrochage avec une patrouille russe. D’après les hommes de la 1ère compagnie, il a été tué.

    Nuit du 29 avril 1945

    Durant toute la nuit Berlin n’est plus qu’un gigantesque brasier. une odeur épouvantable de cadavres en décomposition s’élève des ruines. Les cris des femmes que l’on viole continuent.

    « Comment parler de nuit ? les maisons, les chars qui brûlent sont nos torches, et Berlin s’illumine dans l’incendie qui le dévore. »
    H.Fenet

    30 avril 1945

    La journée du 30 avril se passe dans une atmosphère hallucinante.

    « 30 avril, dix heures du matin. Nous ne pouvons plus contenir la poussée de l’Armée Rouge »
    Rostaing.

    Les soviétiques prennent à partie les défenseurs de la capitale du Reich sous les salves de fusées de leurs « orgues de Staline ». Le bruit devient de plus en plus assourdissant, tandis que les colonnes de fumée noires s’élèvent dans le ciel. Un soldat Ukrainien, fait prisonnier, annonce au Haupsturmführer Fenet que l’assaut final aura lieu le 1er mai.

    « Nous sentions bien que tout était perdu, que tout était en train de mourir autour de nous. Mais nous étions décidés à nous battre jusqu’au bout, jusqu’à l’extinction de nos forces et l’épuisement de notre stock de munitions. Une sorte de rage guerrière nous poussait à ne pas abandonner une seule parcelle de terrain sans l’avoir défendue avec une énergie que j’ai peine à imaginer aujourd’hui. »
    Rostaing

    Les attaques vont se succéder toute la nuit. Les fantassins russes progressent dans le sillage des chars. Un T34 parvient à franchir le barrage des avant-postes et à pénétrer d’une trentaine de mètres dans le dispositif du Sturmbataillon avant d’être détruit. les soviétiques lancent sans cesse de nouvelles attaques dans la Wilhelmstrasse et tentent de déborder les positions françaises.

    Le Haupsturmführer Fenet décide alors de se replier d’une centaine de mètres pour installer les derniers combattants français dans l’immeuble du RSHA, Prinz-Albrechtstrasse. vers 18 h, le décrochage est terminé, et les SS français prennent positions dans les caves, où les soupiraux leur fournissent de bons postes d’observation. très vite, de sévères engagements les opposent à l’infanterie Russes.

    1 mai 1945

    Les Russes engagent le combat massivement, de manière apocalyptique, les chars ne sont détruits qu’à quelques dizaines de mètres derrière les lignes française ! les Sturmgewehre crachent leurs ultimes balles.

    « Il n’a pas menti cet Ukrainien ! Toute la nuit et toute la matinée, l’orage des assauts rouges s’abat sur nous avec la dernière violence. »
    H.Fenet.

    L’après midi la situation empire, l’immeuble des Waffen SS Français est en flamme, ils doivent l’abandonner pour reculer d’une dizaine de mètres, au Sichereitshauptamt.

    – Brigadefuhrer Krukenberg –

    En Avril 1945, maintenant Brigadeführer, Krukenberg termina son service actif de manière magistrale en menant au combat les restes de la 11ème SS-Panzergrenadier Division Nordland et le SS-Kampfbataillon Charlemagne, dans la défense Héroïque de Berlin. Plusieurs jours après la Bataille de Mai 1945, le SS-Brigadeführer Krukenberg se rendait aux soviets, avec pour objectif de rejoindre ses Soldats en captivité.

    Nuit du 1 mai 1945

    Une dernière remise de Croix de fer aura lieu dans la nuit, à la lueur des bougies fixées dans les « tours de jul » trouvées dans les sous-sol du ministère. Au même moment, l’Untersharführer Vaulot, que ses camarades appellent familièrement « Gégène », reçoit la Croix de chevalier de la croix de fer pour avoir détruit en combat singulier son huitième char russe. Le Brigadeführer Krukenberg, en lui remettant la cravate à la station de métro Stadtmitte, prononce un petit discours où il évoque la bravoure des soldats français sur tous les champs de bataille du monde.

    Le Brigadeführer quitte son poste de commandement de Stadtmitte vers minuit. Il se dirige vers le nord-ouest de la capitale pour tenter une percée. Avec lui, quelques hommes de la Charlemagne, dont l’Obersturmführer Weber et l’Obersharführer Appolot, qui viennent d’être à leur tour proposés pour la croix de chevalier de la Croix de fer, tout comme le Haupsturmführer Fenet. Lors de la tentative de percée, Vaulot est tué, et Krukenberg fait prisonnier.

    2 mai 1945

    Les derniers volontaires tiennent les caves du RSHA jusqu’au matin du 2 mai. Ils sont encore une trentaine, soit 10% seulement de l’effectif engagé quelques jours auparavant. A l’aube, alors qu’ils ont gagné les bâtiments du ministère de l’Air, ils aperçoivent des soldats bolcheviques et allemands qui semblent fraterniser.

    « Au petit matin, un lourd silence a envahi la ville. Il nous oblige à apprendre à abandonner les conversations hurlées, dont nous avions pris l’habitude, pour retrouver un ton normal. Quelque chose s’est produit durant la nuit, mais nous ne savons pas quoi. »
    Rostaing.

    Il y aurait donc eu un ordre de cessez le feu ? Des voitures roulent avec des drapeaux blancs. Fenet décide de ce rendre à la Chancellerie du Reich pour y prendre de nouveaux ordres. A la tête de ses hommes en armes, il croisera des soldats soviétiques qui ne tenteront même pas de les arrêter. Seul son officier d’ordonnance, le Standartenoberjunker Douraux, blessé au bras, verra son pistolet confisqué.

    Une bouche d’aération permet aux derniers SS français de gagner le souterrain du métro. A la station Stadtmitte, ils ne trouvent plus trace de l’ancien poste de commandement divisionnaire. A la station Kaiserhof, le capitaine SS aperçoit après une bouche d’aération des centaines de soldats soviétiques qui encombrent les chaussées dévastées. Tout semble fini.

    « Je bois des yeux ce spectacle devant lequel tout mon corps se rétracte : aussi loin que le regard peut aller, des Russes, des véhicules à étoile rouge qui circulent en tous sens…Pas un coup de feu, les murs de la Chancellerie sont muets…il n’y a plus personne…Tout est fini ! »
    Il décide pourtant de gagner la station Potsdamerplatz. Là, il se cache avec ses hommes sous la pile d’un pont en espérant échapper à la capture.
    « La nuit a envahi la petite gare. Nous démontons nos armes et en éparpillons les pièces. Nous arrachons le SS de nos cols, mais gardons nos insignes de grade, puis nous sommeillons. »
    Pierre Rostaing

    Pourtant les français ne tardent pas à être découverts par les patrouilles russes. On leur prend leurs montres puis, ensuite seulement, leurs armes. Ils rejoignent une colonne de prisonniers. L’Untersharführer Brunet est alors tué d’une balle dans la tête par un soldat russe, un sous-officier mongol manifestement ivre comme de coutume. Ce jeune sous-officier avait détruit à lui seul 4 des 62 chars soviétiques mis hors de combat par le bataillon d’assaut français « Charlemagne » lors de la bataille de Berlin. « Nous ne restions plus que seize » Rostaing. Pour les survivants commence la captivité.

    « Fenet n’est plus avec nous. Etant officier, ils l’ont emmené dès notre reddition. Nous sommes quinze, muscle crispé, attendant la mort. »
    Rostaing.
     »

    Historia, hors-série n°32

    Arnaud D

    7 mai 2015 at 11 h 23 min

  2. Heureusement que le viol était limité aux horribles communistes avec le couteau entre les dents. Jamais un GI n’aurait commis un tel acte. C’est très bien relaté dans le jour le plus long, Robert Mitchum est mega classe, propre sur lui. Et John Wayne, séduisant comme jamais.
    On se demande bien pourquoi certaines normandes ont porté plainte contre les libérateurs. Le viol, le pillage, c’est vraiment un truc réservé aux staliniens de la pire espèce. Bon, okay, y a eu quelques débordements, mais uniquement à cause des négros.
    C’est comme nos soldats en centrafrique, si ils ont humilié des petits africains en leur demandant de les sucer contre de la nourriture, c’est uniquement la faute de Hollande qui a autorisé les relations décalées à cause du mariage pour tous.

    Dommage que les Damned ne composent plus rien, ils auraient certainement pu tirer quelques tirades cinglantes sur notre armée, surtout que le groupe apprécie notre pays. j’ai souvenir d’un concert en 99 où Sensible se mettait une bouteille de valstar dans le cul en disant « vive la France ».

    Jacko

    7 mai 2015 at 11 h 53 min

    • Les nouvelles populations de l’armée française ont pu amener leurs coutumes

      bebert4

      7 mai 2015 at 13 h 51 min

      • bebert4, vous êtes le bienvenu ici: votre commentaire, comme c’est le cas ici pour tous les nouveaux commentateurs, était juste en attente de modération. Sinon, votre commentaire est… hum… comment dire… un peu hors sujet. Et puis, il y a des choses qu’il ne faut pas dire: ne saviez-vous pas que Charlie aime l’auto-censure?

        Noix Vomique

        7 mai 2015 at 22 h 36 min

    • Il n’y a pas eu qu’en Normandie où les ricains se sont illustrés à la manière des reîtres bolcheviques. L’Île de France a eu également sa part. Deux jeunes filles ont été violées dans un bourg de Seine et Marne où habitait quelques membres de ma famille. Une a même été égorgée et effectivement les coupables étaient noirs. Pas de bol. Mais il me semble que l’honnêteté devrait quand même pousser à admettre qu’il y a une différence de taille entre les armées US et soviétiques. Une déplore quelques milliers de cas, l’autre est créditée de plus de 4 millions de viols. Ceci dit, il est important de rappeler que la soldatesque russe avait quasiment reçu blanc seing du Kremlin quant à son comportement en terre allemande, et de nombreux officiers de l’armée rouge furent molestés voire tués parce qu’ils avaient tenté de s’interposer, tous les soldats russes ne furent pas des salauds, certains ont payé le prix fort.

      Arnaud D

      7 mai 2015 at 18 h 50 min

      • Arnaud, quatre millions? Il me semble que des historiennes allemandes dont j’ai oublié le nom avançaient le chiffre de 2 millions. Ce qui est déjà énorme.

        Noix Vomique

        7 mai 2015 at 22 h 40 min

        • C’est le chiffre avancé dans un documentaire allemand diffusé il y a peu.

          Arnaud D

          7 mai 2015 at 23 h 02 min

    • Jacko… Le sujet du billet est ailleurs: il y a soixante-dix ans, les Soviétiques prenaient Berlin et l’Allemagne capitulait. Vous me faites un procès d’intention: le fait de parler des exactions perpétrées par les troupes soviétiques ne signifie pas que je cherche à nier celles perpétrées par les Américains. D’ailleurs, on en a largement parlé l’an dernier, au moment de la commémoration du débarquement. Et si j’avais évoqué ici les viols commis par les Américains, vous m’auriez sorti ceux commis par les Soviétiques? C’est un peu lassant, à la fin. Et puis, que voulez-vous, après la guerre, Hollywood ou les Communistes n’allaient pas se vanter de ce que leurs troupes avaient pu faire d’abject: ils avaient gagné la guerre, non? Tout comme on évite de dire, encore aujourd’hui, que des soldats de la 1ère armée française du Général de Lattre de Tassigny violèrent des Allemandes lorsqu’ils prirent Stuttgart début mai…

      Un concert en 99? Où? Décidément, Captain Sensible semble apprécier la Valstar: j’ai vu les Damned à l’Élysée-Montmartre en mars 1992 et il avait brandi une bouteille et dit que ce n’était pas de la pisse de boche -ou quelque chose comme ça. Il ne se l’était pas mise dans le cul mais avait terminé le concert à poil.

      Noix Vomique

      7 mai 2015 at 22 h 26 min

      • C’était peut être 2000 ou 2001, c’était au club dunois dans le 13eme… une salle miteuse. Ce fut un super concert sauf la première partie comme pratiquement toujours avec eux, à chaque fois, on se coltine du metal ou des clowns comme undercover slut au Gibus.

        Jacko

        8 mai 2015 at 11 h 55 min

  3. Sacré chanson en tout cas!
    Quant au reste, c’est et ce sera toujours pareil, l’homme est une
    sale bête, c’est ainsi; à force de nous raconter de jolies histoires
    nous avons fini par l’oublier un peu, cela se rappellera hélas à
    notre bon souvenir…un jour ou l’autre…tout se met doucement
    en place.
    Amitiés.

    nouratinbis

    7 mai 2015 at 18 h 42 min

  4. […] Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny Khaldei: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitôt arraché par des soldats allemands. Attendant que le jour se lève, Yevgeny Khaldei n’avait pas eu le temps de prendre une photo. Le 2 mai, alors que le quartier était définitivement sécurisé, il remonta sur le toit du Reichstag avec deux soldats et réalisa ce cliché…  […]

  5. […] Tout le monde connaît l’histoire de cette photo, prise le 2 mai 1945 par l’ukrainien Yevgeny Khaldei: un premier drapeau soviétique, qui fut planté sur le Reichstag le soir du 30 avril, fut aussitô…  […]

  6. Bonjour,

    Le regretté Pierre Schœndœrffer, un cinéaste qui n’a jamais été suspecté de sympathies communistes, portait parfois une ceinture dont la boucle était une étoile rouge en hommage aux souffrances inouïes du troupier soviétique durant la « grande guerre patriotique ». Comme lui, je suis convaincu que c’est le soldat de l’armée rouge qui a gagné la seconde guerre en Europe. Bien sûr, des viols, des pillages et des massacres ont été commis lors de la contre-offensive de 1944-45 qui aboutit à la prise de Berlin et à la chute du IIIe Reich, mais on peut comprendre la rage des troupiers et des officiers du rang. Dans son essai brillant « La chute de Berlin »*, l’historien Antony Beevor rapporte le témoignage d’un prisonnier de guerre britannique, Robert Kee, qui croisa avec sa colonne des soldats russes gradés par la Volkssturm (milice populaire nazie) lors d’un transfert :
    « La blancheur cadavérique de leurs visages décharnés contrastait de façon atroce avec le noir de la barbe qui en couvrait une partie. Seul le regard conservait quelque chose d’humain, affolé, furtif mais quand même humain, envoyant au monde alentour un ultime signal de détresse. » L’historien rapporte ensuite une anecdote terrible en citant le témoin:
    « Les Britanniques prirent alors ce qu’ils pouvaient avoir dans leurs poches, que ce soit du savon ou des cigarettes, et le jetèrent dans la direction des Russes. L’un des paquets de cigarettes tomba un peu trop loin du groupe. Comme un prisonnier russe se penchait pour le saisir, un homme de la Volkssturm se précipita pour lui écraser les doigts d’un coup de botte. Puis il commença à frapper l’homme du pied et de la crosse de son fusil. Cela souleva un hurlement de rage au sein de la colonne britannique. « Le garde arrêta de frapper le Russe, raconte Kee, et leva les yeux, stupéfait. Il était visiblement devenu si habitué à la brutalité qu’il ne lui venait plus à l’esprit que des êtres humains puissent avoir le droit de protester. » Il se mit à hurler en agitant son fusil d’un air menaçant, mais les Britanniques l’insultèrent de plus belle. Leurs propres gardiens intervinrent pour tenter de rétablir l’ordre et repoussèrent l’homme de la Volkssturm vers ses prisonniers. « Mon dieu ! fit l’un des camarades de Kee. Je pardonnerai aux Russes tout ce qu’ils pourront faire à ce pays lorsqu’ils y arriveront. Absolument tout. »

    * Editions de Fallois 2002 et réédition poche.

    Claude

    11 mai 2015 at 14 h 14 min

    • Claude, merci pour cet extrait de La chute de Berlin. Les bouquins d’Anthony Beevor sont toujours excellents, bien documentés et bien écrits.

      Noix Vomique

      15 mai 2015 at 22 h 48 min

  7. PS: Franco-suisse, je n’ai jamais été « anti-boche », jamais. Les Allemands sont un grand peuple. J’ai passé le ouikend pascal à Hamburg, une cité droite dans ses bottes où l’architecture et la créativité graphique, photographique explose, une ville aux prix abordables qui possède un quartier rock’n’roll, St. Pauli – c’est pas Lennon qui aurait dit le contraire – dont je conseille la visite.

    Claude

    11 mai 2015 at 16 h 23 min

  8. On a le point de vue inverse sur agoravox
    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-role-de-l-urss-dans-la-deuxieme-167206

    Dans cet article, les meurtriers sanguinaires sont les allemands et les russes, les victimes.

    Comme quoi, enseigner l’histoire est quelque chose de bien difficile.

    Jacko

    12 mai 2015 at 16 h 54 min

    • Annie Lacroix-Riz est une communiste déclarée qui trouvait des circonstances atténuantes à Staline responsable de la grande famine en Ukraine dans les années 30.

      Claude

      12 mai 2015 at 17 h 18 min

    • Il faut libérer l’étude de l’histoire des enfermements idéologiques. Certains chercheurs parviennent à garder le cap d’une indépendance d’esprit. Ils sont encore trop rares.

      Claude

      12 mai 2015 at 17 h 30 min

  9. Bonjour Noix Vomique,

    Il m’avait semblé que les Américains et les Soviétiques s’étaient mis d’accord sur le sort de Berlin: aux Soviétiques revenaient le soin de prendre la ville et de porter l’estocade aux nazis.

    Du côté US, seul Patton critiquait cette arrangement que, dans mon souvenir, Eisonhower approuvait complètement (je crois qu’il avait conscience que la prise de la ville serait très coûteuse et n’en voyait pas l’intérêt militairement parlant).

    Je n’ai plus en tête le détail précis de la position de Churchill, mais je ne crois pas qu’il s’y soit opposé avec la fermeté qu’on lui connait lorsqu’il désapprouve vraiment quelque chose.

    Quant aux Français, ils n’étaient pas en mesure de s’opposer à quoi que ce soit, mais leur approbation était toujours appréciée. J’ignore s’ils l’ont donnée.

    Bref, je crois que lorsque vous dites « Staline lui demanda alors d’encercler la capitale pour couper la route aux Américains » je pense que vous voulez surtout dire que Staline ordonna à ses troupes d’encercler la ville, pour la prendre.

    Bonjour Arnaud D,

    Le récit des faits d’arme des combattants français du bataillon Charlemagne me fait penser, quant à l’estime qu’on peut leur porter et l’admiration que leur action aux côtés de l’ennemi nazi pourrait susciter, qu’on serait nettement plus critique si la ville dont on parle n’était pas Berlin, mais Oradour sur Glane.

    Quelle ironie, tout de même, de retrouver des Français parmi les derniers défenseurs – et les plus acharnés! – du bunker d’Hitler.

    En matière d’ironie, ce trait cruel de wikipédia sur la LVF: « Ironie de l’histoire, la LVF livra des combats particulièrement durs devant Dantzig, six ans après que le futur chef collaborationniste Marcel Déat eut exhorté ses compatriotes à ne pas « mourir pour Dantzig ». »

    Finalement, ils sont morts pour Dantzig. C’est d’ailleurs le seul point positif de l’affaire: la LVF est passée d’un effectif d’environ 6.000 hommes à environ 1.500, intégrés en Division Charlemagne, réduite à un Bataillon Charlemagne de 350 bonhommes à peine, au fur et à mesure des combats. D’après ce que j’ai compris ils étaient 16 à la reddition.

    Les Russes ont bien bossé, merci à eux.

    Parallèlement, les aviateurs français du Normandie Niemen capturés par les Allemands étaient sommairement exécutés car considérés comme partisans. L’estime et l’admiration vont à ceux-là.

    tschok

    13 mai 2015 at 15 h 53 min

    • Tschok, vous avez raison d’évoquer les combattants français du régiment Normandie Niemen.

      François Hollande a oublié d’honorer leur mémoire. C’est qu’il a d’autres priorités. Le 8 mai dernier, il n’a pas daigné se déplacer en Russie pour célébrer la capitulation de l’Allemagne nazie et la fin de la guerre en Europe. Pendant qu’Angela Merkel, à Moscou, déposait une gerbe sur la tombe du soldat russe inconnu, notre président de la République, en Guadeloupe, préférait commémorer la traite et l’abolition de l’esclavage et nous ressasser la sempiternelle leçon du vivre-ensemble.

      Noix Vomique

      15 mai 2015 at 22 h 58 min


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