Noix Vomique

-Ceci est-il une véritable bataille? -Un peu.

Louis-Victor Baillot, né en 1793, dernier survivant de la bataille de Waterloo, photographié à Carisey en 1897.

Louis-Victor Baillot, né en 1793, dernier survivant de la bataille de Waterloo, photographié en 1897.

À ce moment, un boulet donna dans la ligne de saules, qu’il prit de biais, et Fabrice eut le curieux spectacle de toutes ces petites branches volant de côté et d’autre comme rasées par un coup de faux.

— Tiens, voilà le brutal qui s’avance, lui dit le soldat en prenant ses vingt francs. Il pouvait être deux heures.

Fabrice était encore dans l’enchantement de ce spectacle curieux, lorsqu’une troupe de généraux, suivis d’une vingtaine de hussards, traversèrent au galop un des angles de la vaste prairie au bord de laquelle il était arrêté ; son cheval hennit, se cabra deux ou trois fois de suite, puis donna des coups de tête violents contre la bride qui le retenait. Hé bien, soit se dit Fabrice.

Le cheval laissé à lui-même partit ventre à terre et alla rejoindre l’escorte qui suivait les généraux. Fabrice compta quatre chapeaux bordés. Un quart d’heure après, par quelques mots que dit un hussard son voisin, Fabrice comprit qu’un de ces généraux était le célèbre maréchal Ney. Son bonheur fut au comble ; toutefois il ne put deviner lequel des quatre généraux était le maréchal Ney ; il eût donné tout au monde pour le savoir, mais il se rappela qu’il ne fallait pas parler. L’escorte s’arrêta pour passer un large fossé rempli d’eau par la pluie de la veille ; il était bordé de grands arbres et terminait sur la gauche la prairie à l’entrée de laquelle Fabrice avait acheté le cheval. Presque tous les hussards avaient mis pied à terre ; le bord du fossé était à pic et fort glissant, et l’eau se trouvait bien à trois ou quatre pieds en contre-bas au-dessous de la prairie. Fabrice, distrait par sa joie, songeait plus au maréchal Ney et à la gloire qu’à son cheval, lequel, étant fort animé, sauta dans le canal ce qui fit rejaillir l’eau à une hauteur considérable. Un des généraux fut entièrement mouillé par la nappe d’eau, et s’écria en jurant Au diable la f… bête ! Fabrice se sentit profondément blessé de cette injure. Puis-je en demander raison ? se dit-il. En attendant, pour prouver qu’il n’était pas si gauche, il entreprit de faire monter à son cheval la rive opposée du fossé ; mais elle était à pic et haute de cinq à six pieds. Il fallut y renoncer ; alors il remonta le courant, son cheval ayant de l’eau jusqu’à la tête, et enfin trouva une sorte d’abreuvoir ; par cette pente douce il gagna facilement le champ de l’autre côté du canal. Il fut le premier homme de l’escorte qui y parut ; il se mit à trotter fièrement le long du bord ; au fond du canal les hussards se démenaient, assez embarrassés de leur position ; car en beaucoup d’endroits l’eau avait cinq pieds de profondeur. Deux ou trois chevaux prirent peur et voulurent nager, ce qui fit un barbotement épouvantable. Un maréchal-des-logis s’aperçut de la manœuvre que venait de faire ce blanc-bec, qui avait l’air si peu militaire.

— Remontez ! il y a un abreuvoir à gauche ! s’écria-t-il, et peu à peu tous passèrent.

En arrivant sur l’autre rive, Fabrice y avait trouvé les généraux tout seuls ; le bruit du canon lui sembla redoubler ; ce fut à peine s’il entendit le général, par lui si bien mouillé, qui criait à son oreille :

— Où as-tu pris ce cheval ?

Fabrice était tellement troublé qu’il répondit en italien :

L’ho comprato poco fa. (Je viens de l’acheter à l’instant.)

— Que dis-tu ? lui cria le général.

Mais le tapage devint tellement fort en ce moment, que Fabrice ne put lui répondre. Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois, la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L’escorte prit le galop ; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.

— Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards de l’escorte, et d’abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu’en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d’horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore ; ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s’arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mît les pieds sur aucun habit rouge. L’escorte s’arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d’attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.

— Veux-tu bien t’arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal-des-logis. Fabrice s’aperçut qu’il était à vingt pas sur la droite en avant des généraux, et précisément du côté où ils regardaient avec leurs lorgnettes. En revenant se ranger à la queue des autres hussards restés à quelques pas en arrière, il vit le plus gros de ces généraux qui parlait à son voisin, général aussi, d’un air d’autorité et presque de réprimande ; il jurait. Fabrice ne put retenir sa curiosité et, malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière, il arrangea une petite phrase bien française, bien correcte, et dit à son voisin :

— Quel est-il ce général qui gourmande son voisin ?

— Pardi, c’est le maréchal !

— Quel maréchal ?

— Le maréchal Ney, bêta ! Ah çà ! où as-tu servi jusqu’ici ?

Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l’injure ; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine, ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves.

Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d’une façon singulière. Le fond des sillons était plein d’eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui ; c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres le sang coulait dans la boue.

Ah ! m’y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J’ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. À ce moment, l’escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c’étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d’où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n’y comprenait rien du tout.

À ce moment, les généraux et l’escorte descendirent dans un petit chemin plein d’eau, qui était à cinq pieds en contre-bas.

Le maréchal s’arrêta, et regarda de nouveau avec sa lorgnette. Fabrice, cette fois, put le voir tout à son aise ; il le trouva très-blond, avec une grosse tête rouge. Nous n’avons point des figures comme celle-là en Italie, se dit-il. Jamais, moi qui suis si pâle et qui ai des cheveux châtains, je ne serai comme ça, ajoutait-il avec tristesse. Pour lui ces paroles voulaient dire : Jamais je ne serai un héros. Il regarda les hussards à l’exception d’un seul, tous avaient des moustaches jaunes. Si Fabrice regardait les hussards de l’escorte, tous le regardaient aussi. Ce regard le fit rougir, et, pour finir son embarras, il tourna la tête vers l’ennemi. C’étaient des lignes fort étendues d’hommes rouges ; mais, ce qui l’étonna fort, ces hommes lui semblaient tout petits. Leurs longues files, qui étaient des régiments ou des divisions, ne lui paraissaient pas plus hautes que des haies. Une ligne de cavaliers rouges trottait pour se rapprocher du chemin en contre-bas que le maréchal et l’escorte s’étaient mis à suivre au petit pas, pataugeant dans la boue. La fumée empêchait de rien distinguer du côté vers lequel on s’avançait ; l’on voyait quelquefois des hommes au galop se détacher sur cette fumée blanche.

Tout à coup, du côté de l’ennemi, Fabrice vit quatre hommes qui arrivaient ventre à terre. Ah ! nous sommes attaqués, se dit-il ; puis il vit deux de ces hommes parler au maréchal. Un des généraux de la suite de ce dernier partit au galop du côté de l’ennemi, suivi de deux hussards de l’escorte et des quatre hommes qui venaient d’arriver. Après un petit canal que tout le monde passa, Fabrice se trouva à côté d’un maréchal-des-logis qui avait l’air fort bon enfant. Il faut que je parle à celui-là, se dit-il, peut-être ils cesseront de me regarder. Il médita longtemps.

— Monsieur, c’est la première fois que j’assiste à la bataille, dit-il enfin au maréchal-des-logis ; mais ceci est-il une véritable bataille ?

— Un peu. Mais vous, qui êtes-vous ?

— Je suis frère de la femme d’un capitaine.

— Et comment l’appelez-vous, ce capitaine ?

Notre héros fut terriblement embarrassé ; il n’avait point prévu cette question. Par bonheur, le maréchal et l’escorte repartaient au galop. Quel nom français dirai-je ? pensait-il. Enfin il se rappela le nom du maître de l’hôtel où il avait logé à Paris ; il rapprocha son cheval de celui du maréchal-des-logis, et lui cria de toutes ses forces :

— Le capitaine Meunier ! L’autre, entendant mal à cause du roulement du canon, lui répondit : — Ah ! le capitaine Teulier ? Eh bien ! il a été tué. Bravo se dit Fabrice. Le capitaine Teulier ; il faut faire l’affligé. — Ah, mon Dieu cria-t-il et il prit une mine piteuse. On était sorti du chemin en contre-bas, on traversait un petit pré, on allait ventre à terre, les boulets arrivaient de nouveau, le maréchal se porta vers une division de cavalerie. L’escorte se trouvait au milieu de cadavres et de blessés ; mais ce spectacle ne faisait déjà plus autant d’impression sur notre héros ; il avait autre chose à penser.

Pendant que l’escorte était arrêtée, il aperçut la petite voiture d’une cantinière, et sa tendresse pour ce corps respectable l’emportant sur tout, il partit au galop pour la rejoindre.

— Restez donc, s… ! lui cria le maréchal-des-logis.

Que peut-il me faire ici ? pensa Fabrice, et il continua de galoper vers la cantinière. En donnant de l’éperon à son cheval, il avait eu quelque espoir que c’était sa bonne cantinière du matin ; les chevaux et les petites charrettes se ressemblaient fort, mais la propriétaire était tout autre, et notre héros lui trouva l’air fort méchant. Comme il l’abordait, Fabrice l’entendit qui disait : — Il était pourtant bien bel homme ! Un fort vilain spectacle attendait là le nouveau soldat ; on coupait la cuisse à un cuirassier, beau jeune homme de cinq pieds dix pouces. Fabrice ferma les yeux et but coup sur coup quatre verres d’eau-de-vie. — Comme tu y vas, gringalet ! s’écria la cantinière. L’eau-de-vie lui donna une idée : il faut que j’achète la bienveillance de mes camarades les hussards de l’escorte.

— Donnez-moi le reste de la bouteille, dit-il à la vivandière.

— Mais sais-tu, répondit-elle, que ce reste-là coûte dix francs, un jour comme aujourd’hui ?

Comme il regagnait l’escorte au galop :

— Ah ! tu nous rapportes la goutte s’écria le maréchal-des-logis, c’est pour ça que tu désertais ? Donne.

La bouteille circula ; le dernier qui la prit la jeta en l’air après avoir bu. — Merci, camarade ! cria-t-il à Fabrice. Tous les yeux le regardèrent avec bienveillance. Ces regards ôtèrent un poids de cent livres de dessus le cœur de Fabrice ; c’était un de ces cœurs de fabrique trop fine qui ont besoin de l’amitié de ce qui les entoure. Enfin il n’était plus mal vu de ses compagnons, il y avait liaison entre eux ; Fabrice respira profondément, puis d’une voix libre, il dit au maréchal-des-logis :

— Et si le capitaine Teulier a été tué, où pourrai-je rejoindre ma sœur ? Il se croyait un petit Machiavel, de dire si bien Teulier au lieu de Meunier.

— C’est ce que vous saurez ce soir, lui répondit le maréchal-des-logis.

L’escorte repartit et se porta vers des divisions d’infanterie. Fabrice se sentait tout à fait enivré ; il avait bu trop d’eau-de-vie, il roulait un peu sur sa selle ; il se souvint fort à propos d’un mot que répétait le cocher de sa mère :Quand on a levé le coude, il faut regarder entre les oreilles de son cheval, et faire comme fait le voisin. Le maréchal s’arrêta longtemps auprès de plusieurs corps de cavalerie qu’il fit charger ; mais pendant une heure ou deux notre héros n’eut guère la conscience de ce qui se passait autour de lui. Il se sentait fort las, et quand son cheval galopait il retombait sur la selle comme un morceau de plomb.

Tout à coup le maréchal-des-logis cria à ses hommes :

— Vous ne voyez donc pas l’Empereur, s… ! Sur-le-champ l’escorte cria vive l’Empereur ! à tue-tête. On peut penser si notre héros regarda de tous ses yeux, mais il ne vit que des généraux qui galopaient, suivis, eux aussi, d’une escorte. Les longues crinières pendantes que portaient à leurs casques les dragons de la suite l’empêchèrent de distinguer les figures. Ainsi, je n’ai pu voir l’Empereur sur un champ de bataille, à cause de ces maudits verres d’eau-de-vie ! Cette réflexion le réveilla tout à fait.

Stendhal, La Chartreuse de Parme.

Written by Noix Vomique

18 juin 2015 à 0 h 24 min

Publié dans Uncategorized

4 Réponses

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  1. Il y a aussi ces clichés : http://www.laboiteverte.fr/veterans-des-guerres-de-napoleon/

    Ceci dit, la bataille de Waterloo mit un point final, bien tardif malheureusement, à l’aventure napoléonienne. On a l’habitude de tresser des couronnes à l’usurpateur en oubliant que ses guerres, qui n’étaient jamais que la continuation de celles initiée par la révolution, saignèrent cruellement le peuple de France. Ce qui ne fut pas sans conséquences, hélas néfastes, par la suite.

    Néanmoins, lorsque je regarde ces clichés et le vôtre, je ne peux m’empêcher d’éprouver un immense respect pour ses hommes qui croyaient se battre pour la France, alors qu’ils servaient une mauvaise cause dont la naissance remontait à 1789. On oublie d’expliquer aux enfants, durant les cours d’histoire, que c’est grâce à la révolution que la France eut à subir les outrages d’armées étrangères foulant son sol, ce qui n’était pas arrivé depuis Louis XIII, et que grâce à Napoléon la capitale fut occupée par des armées étrangères, ce qui n’était pas arrivé depuis 400 ans. D’autant que la seconde occupation, après l’abdication définitive du petit tondu, fut tout sauf une partie de plaisir pour les Français qui eurent à subir violences, pillages, viols et parfois des meurtres.

    Il me semble donc que le solde de cette épopée n’est guère positif. Surtout si on tient compte du fait qu’elle inocula le venin révolutionnaire parmi d’autres peuples européens et que les soubresauts que cela causa fut le terreau des guerres (entre nations et guerres civiles) à venir.

    Arnaud D

    18 juin 2015 at 1 h 11 min

    • Ah! Je vous trouve un peu sévère. Mais sans doute ai-je, moi-même, une certaine sympathie pour Napoléon. L’épopée napoléonienne est la conclusion logique de la Révolution mais aussi de la guerre qui oppose, depuis 1792, les grandes puissances européennes à la France. On peut évidemment regretter la politique de conquête et d’annexions de la France, qui a causé la mort de centaines de milliers de soldats français. Mais Napoléon a également donné aux Français ce qu’ils attendaient: au delà des fantasmes d’un nouvel empire romain, les acquis de la Révolution étaient maintenus et l’ordre ramené à l’intérieur du pays. L’administration et la justice furent réorganisées, l’économie se remit peu à peu en marche et les querelles religieuses furent apaisées. Aussi, n’en doutez pas: ces soldats qui se battaient à Waterloo étaient Français et se battaient bel et bien pour la France. Parce que Napoléon, c’est aussi la France -oui, je sais, je rêve de vouloir faire gober ça à un monarchiste, mais il me semble que l’œuvre de Napoléon a mieux survécu au temps que celle d’un Louis XVIII.😉

      Noix Vomique

      18 juin 2015 at 11 h 27 min

  2. En tout cas, on peut dire ce qu’on veut mais ça c’est du boulot, on s’y croirait!
    Et il réussit à être drôle, en plus…non, décidément un talent pareil ça fait regretter la déliquescence du français et la criante insuffisance des gens qui l’écrivent aujourd’hui.
    Sinon Waterloo? La plus belle de toutes les conneries napoléoniennes.
    Amitiés.

    nouratinbis

    18 juin 2015 at 18 h 13 min

  3. Bonjour Noix Vomique,

    je ne sais si je parviendrai à vous intéresser à ce que je vais dire, tant la force du romanesque de la figure de Napoléon écarte toute possibilité de voir autrement la bataille de Waterloo que comme la scène d’une tragédie où le dernier coup de poignard est enfin planté dans le dos ou la poitrine de celui qui doit mourir, dans l’apothéose théâtrale de la chute finale du héros, qui justifie le prix du billet d’entrée.

    Et de fait, la bataille se prête à la reconstitution, comme un spectacle plus que comme une commémoration.

    Pourtant on oublie le choc des empires et des projets stratégiques. Si on veut le voir, alors ce n’est pas Napoléon qu’il faut regarder, mais le duc de Wellington son ennemi (de son petit nom Wellesley) et surtout son CV, indien.

    En 1815, alors que la France vaincue renonçait enfin à son empire, aussi césarien qu’anachronique sur l’Europe, la perfide Albion se lançait dans la conquête du monde à partir d’un centre délocalisé: l’Inde. Wellington y avait déjà gagné sa bataille fétiche.

    On ne dira jamais assez que Napoléon fut un extraordinaire tacticien mais un piètre stratège (je parle de la grande stratégie, celle des Etats, des nations).

    On ne dira jamais assez que l’Anglais fut un grand stratège dans l’histoire et un redoutable soldat partout, d’Azincourt aux SAS.

    Ce choc de 1815 est une cruelle leçon qui nous dimensionne plus qu’elle nous hiérarchise.

    Mais puisque je ne veux pas perdre une bribe de votre attention, je terminerai ce commentaire par une chute romanesque: on raconte que Wellington termina sa vie dans la contemplation fascinée du portrait de l’empereur, son ennemi. Nul ne sait s’il mêlait à ses méditations le mépris pour le vaincu ou l’admiration pour l’homme, on sait seulement que l’Angleterre ne conserva pas la dépouille mortelle du tyran et qu’elle autorisa son retour en France où on lui trouva une place, ailleurs qu’au Panthéon.

    Depuis lors il fait partie de ces ossements qualifiés de reliques qu’on commercialise à Paris, avec les porte-clés à effigie de la Tour Eiffel.

    tschok

    22 juin 2015 at 17 h 08 min


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