Noix Vomique

Archive for juillet 2015

Utopie nazie: vacances pour tous

Prora

Début juillet, je lisais dans Le Figaro qu’un luxueux complexe touristique allait voir le jour sur l’île de Rügen, à trois cents kilomètres au nord de Berlin. On nous promet des suites cinq étoiles et deux cents appartements de standing dans une pinède, avec vue imprenable sur la mer Baltique -ce n’est certes pas la mer Égée, mais les Allemands, qui doutent d’être désormais bien accueillis en Grèce, doivent se creuser la tête pour trouver une alternative. Pour mener à bien ce projet qu’ils ont baptisé «Prora Solitaire», les promoteurs devront restaurer des barres d’immeubles qui s’étendent sur quatre kilomètres et demi et qui étaient tombées à l’abandon après la chute du mur de Berlin. Du temps de la RDA, ces bâtiments austères servaient de caserne militaire mais leur origine est plus ancienne: Prora est en effet un vestige du caractère utopique du nazisme.

La première pierre de la station balnéaire de Prora fut posée en 1936. L’organisation Kraft durch Freude, c’est-à-dire «La Force par la joie», qui prétendait organiser les loisirs des Allemands et qui offrait déjà aux classes populaires des séjours au ski et des croisières bon marché, avait prévu la construction de plus de 11000 chambres, avec des réfectoires collectifs tous les cent mètres, des installations sportives et une immense salle des fêtes destinée à accueillir vingt mille vacanciers. Après trois années de travaux, Prora était presque terminée lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata et mit fin au rêve. Car c’était un rêve, comme l’a montré Frédéric Rouvillois dans le remarquable Crime et utopie (Flammarion, 2014).

Les nazis souhaitaient en effet instaurer une société parfaite, débarrassée des structures traditionnelles et racialement homogène, où rien n’eût été laissé au hasard: cela supposait que l’État exerçât un contrôle total sur la population. Tous les moyens étaient bons pour imposer le bonheur obligatoire aux Allemands: l’euthanasie et le génocide n’étaient finalement conçus que pour éliminer ceux qui ne s’inséraient pas dans ce projet. Peu importait que l’utopie conduisît au totalitarisme et au crime; le national-socialisme promettait d’être une fête permanente. Le docteur Ley, qui aurait pu inventer Paris Plage, avait convaincu Hitler que le divertissement était la meilleure facon d’endoctriner les Allemands: la KdF allait donc leur offrir des sorties au théâtre et au cinéma, des équipements pour faire du sport, des paquebots et des volkswagen pour partir en vacances, et la plage de Prora aurait dû devenir le symbole de ce paradis nazi. Mais les utopies ne sont plus ce qu’elles étaient et Prora, construite par un régime totalitaire pour les classes populaires, est aujourd’hui rénovée pour le seul plaisir des plus riches.

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Raymond Poincaré vous parle

Poincaré

C’est une voix surgie d’outre-tombe -on est d’abord surpris qu’elle fût nasillarde mais quelques photos suffisent à se convaincre qu’elle correspond finalement au physique de celui qui parle. Le gars a beau être mort depuis longtemps; lorsqu’il évoque l’esprit de domination de l’Allemagne ou les tentatives de la France pour maintenir le concert européen, certains verront sans doute une allusion au temps présent. C’est toujours le risque de faire parler les morts. L’heure n’est pourtant pas à la guerre avec l’Allemagne -et s’il existe aujourd’hui un ennemi prêt à asservir la France et à la précipiter dans le mépris d’elle-même, il faut le chercher ailleurs qu’outre-Rhin.

En réalité, cette voix d’outre-tombe nous parle d’une autre époque. Le 14 juillet 1915, alors que la France était en guerre depuis près d’un an, le transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides fut l’occasion d’exalter le patriotisme des Français. La guerre menaçait d’être longue et terrible. Le Président de la République Raymond Poincaré prononça un discours où il expliquait que la France, loin de vouloir la guerre, avait été victime d’une agression brutale mais qu’elle ne se laisserait évidemment pas abattre. Deux extraits du discours furent publiés sur un disque en 1928; vous trouverez l’intégralité ci-dessous.

Messieurs,

En décrétant que les cendres de Rouget de Lisle seraient solennellement ramenées à Paris, le jour de la Fête nationale, au cours d’une guerre qui décidera du sort de l’Europe, le Gouvernement de la République n’a pas seulement entendu célébrer la mémoire d’un officier français par qui s’exprima, en une heure tragique, l’âme éternelle de la patrie ; il a voulu rapprocher sous les yeux du pays deux grandes pages de notre histoire, rappeler à tous les fortes leçons du passé et pendant que de nouveau la France lutte héroïquement pour la liberté, glorifier l’hymne incomparable, dont les accents ont éveillé, au cœur de la nation, tant de vertus surhumaines.

La sublime improvisation de Rouget de Lisle a été, en 1792, le cri de vengeance et d’indignation du noble peuple qui venait de proclamer les Droits de l’homme et qui se refusait fièrement à ployer le genou devant l’étranger. Les armées prussiennes s’avançaient sur le Rhin. Par le Nord et par l’Est, les Autrichiens menaçaient nos frontières. Le 20 avril, l’Assemblée nationale avait voté la guerre et, suivant le mot d’un des orateurs, elle avait émis le vœu que les feux des discordes intestines s’éteignissent aux feux des canons.

La nouvelle était parvenue, dès le 25, en cette loyale Alsace qui, le 14 juillet 1790, unie aux fédérations de toutes les provinces, avait à jamais juré fidélité à la France indivisible. Et voyez, messieurs, comme aussitôt tout conspire à faire du chant guerrier, composé par Rouget de Lisle, une œuvre magnifiquement symbolique.

C’est un modeste enfant du Jura, devenu simple capitaine et affecté à la défense de Strasbourg, qui, au moment fixé par les destinées du pays, va être inopinément l’interprète de tous les citoyens. C’est le maire de la grande ville alsacienne qui va conseiller au jeune officier d’écrire une marche pour l’armée du Rhin; et bientôt, lorsque les strophes enflammées de Rouget de Lisle se seront envolées jusque dans le Midi, ce seront des volontaires marseillais qui, prêts à mourir pour la patrie, les chanteront joyeusement sur les routes de France, les feront applaudir par Paris enthousiasmé et leur laisseront un nom impérissable. Si bien, messieurs, que dans la genèse de notre hymne national, nous trouvons tout à la fois un splendide témoignage du génie populaire et un exemple émouvant de l’unité française.

Qu’importe, après cela, que Rouget de Lisle ait achevé dans l’ombre une existence médiocre et qu’il n’ait reçu qu’après la Révolution de Juillet une croix et une pension ! Qu’importe qu’il ait entendu la calomnie lui contester la paternité de son chef-d’œuvre et que des organistes allemands, élevés à l’école du mensonge, aient cyniquement prétendu le dépouiller de sa gloire! Son chant immortel, adopté par tout un peuple, couvre désormais, de ses sonorités puissantes, les murmures de l’envie et les clameurs de la haine.

Partout où elle retentit, la Marseillaise évoque l’idée d’une nation souveraine qui a la passion de l’indépendance et dont tous les fils préfèrent délibérément la mort à la servitude. Ce n’est plus seulement pour nous autres Français que la Marseillaise a cette signification grandiose. Ses notes éclatantes parlent une langue universelle et elles sont aujourd’hui comprises du monde entier.

Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire, dans une guerre comme celle-ci, la généreuse pensée de la France.

Une fois de plus, l’esprit de domination est venu menacer la liberté des peuples. Depuis de longues années, notre démocratie laborieuse se plaisait aux travaux de la paix; elle ne cherchait qu’à entretenir avec toutes les puissances des relations courtoises ; elle aurait considéré comme un criminel ou comme un insensé tout homme qui aurait osé nourrir des projets belliqueux.

Malgré des provocations répétées, malgré les coups de théâtre de Tanger et d’Agadir, elle est restée volontairement silencieuse et impassible. Lorsque les premiers nuages s’étaient amoncelés sur les Balkans, elle avait tout fait pour conjurer l’orage menaçant; c’était elle qui, la première, avait cherché à organiser et à maintenir le concert européen. Lorsque, en dépit de ses efforts inlassables, la guerre avait éclaté en Orient, elle avait tâché de localiser et d’éteindre l’incendie qui s’était déclaré. Lorsque enfin le calme s’était rétabli, elle s’était aussitôt prêtée à de nouvelles négociations pour étouffer, entre elle et l’Allemagne, les dernières causes latentes de difficultés et de conflits. Et, c’est au lendemain du jour où venait d’être signé un accord franco-allemand qui réglait, à la satisfaction des deux pays, les questions orientales, c’est à un moment où l’Europe rassurée commençait à reprendre haleine, qu’un coup de tonnerre imprévu a fait trembler les colonnes du monde.

L’histoire dira la suite. Elle dira comment l’Autriche, malgré les avertissements réitérés de l’Italie, a prémédité une attaque contre la Serbie. Elle dira comment cette petite et vaillante nation a, sur les conseils de la Russie et de la France, répondu dans les termes les plus conciliants à un ultimatum injurieux. Elle dira comment l’Autriche, au lieu de se laisser désarmer par cet exemple de modération, a persévéré dans son dessein meurtrier. Elle dira comment, depuis le début de cette crise redoutable, le Gouvernement de la République n’a cessé d’agir, auprès de tous, et avec une volonté tenace, dans le sens de la paix. Mais l’impérialisme militaire des pays germaniques était résolu à défier le jugement des peuples civilisés. La guerre a été brusquement déclarée à la Russie; elle a été, sous des prétextes hypocrites, déclarée à la France, et la postérité apprendra avec stupéfaction qu’un jour l’ambassadeur d’Allemagne, après avoir vainement cherché à se faire insulter par la population parisienne, a présenté sans rire, comme un casus belli, au ministre des affaires étrangères de France, une fable imaginée dans les bureaux de la Wilhelm-strasse, le raid d’un de nos aviateurs qui serait allé jeter des bombes sur Nuremberg sans y être, et pour cause, aperçu par personne.

Et l’histoire vengeresse dira également le reste : l’ignominie et la lâcheté des propositions faites à l’Angleterre et dédaigneusement repoussées par l’honneur britannique, la neutralité de la Belgique outrageusement violée, les traités les plus solennels et les plus sacrés impudemment déchirés comme des chiffons de papier, les moyens les plus barbares employés pour terroriser, dans les régions traversées, des habitants inoffensifs, la science déshonorée au service de la violence et de la sauvagerie.

Chacun de nous, messieurs, peut, en toute sérénité, ranimer ses souvenirs et interroger sa conscience. À aucun moment, nous n’avons négligé de prononcer le mot ou de faire le geste qui aurait pu dissiper les menaces de guerre, si un fol attentat contre la paix européenne n’avait été, depuis longtemps, voulu et préparé par des ennemis implacables. Nous avons été les victimes innocentes de l’agression la plus brutale et la plus savamment préméditée.

Mais, puisqu’on nous a contraints à tirer l’épée, nous n’avons pas le droit, messieurs, de la remettre au fourreau, avant le jour où nous aurons vengé nos morts et où la victoire commune des alliés nous permettra de réparer nos ruines, de refaire la France intégrale et de nous prémunir efficacement contre le retour périodique des provocations.

De quoi demain serait-il fait, s’il était possible qu’une paix boiteuse vînt jamais s’asseoir, essoufflée, sur les décombres de nos villes détruites ? Un nouveau traité draconien serait aussitôt imposé à notre lassitude et nous tomberions, pour toujours, dans la vassalité politique, morale et économique de nos ennemis. Industriels, cultivateurs, ouvriers français, seraient à la merci de rivaux triomphants et la France, humiliée, s’affaisserait dans le découragement et dans le mépris d’elle-même.

Qui donc pourrait s’attarder un instant à de telles visions ? Qui donc oserait faire cette injure au bon sens public et à la clairvoyance nationale? Il n’est pas un seul de nos soldats, il n’est pas un seul citoyen, il n’est pas une seule femme de France qui ne comprenne clairement que tout l’avenir de notre race et non seulement son honneur, mais son existence même, sont suspendus aux lourdes minutes de cette guerre inexorable. Nous avons la volonté de vaincre, nous avons la certitude de vaincre. Nous avons confiance dans notre force et en celle de nos alliés, comme nous avons confiance en notre droit.

Non, non, que nos ennemis ne s’y trompent pas! Ce n’est pas pour signer une paix précaire, trêve inquiète et fugitive entre une guerre écourtée et une guerre plus terrible, ce n’est pas pour rester exposée demain à de nouvelles attaques
et à des périls mortels que la France s’est levée tout entière, frémissante, aux mâles accents de la Marseillaise.

Ce n’est pas pour préparer l’abdication du pays que toutes les générations rapprochées ont levé une armée de héros, que tant d’actions d’éclat sont, tous les jours, accomplies, que tant de familles portent des deuils glorieux et font
stoïquement à la patrie le sacrifice de leurs plus chères affections. Ce n’est pas pour vivre dans l’abaissement et pour mourir bientôt dans les remords que le peuple français a déjà contenu la formidable ruée de l’Allemagne, qu’il a rejeté de la Marne sur l’Yser l’aile droite de l’ennemi maîtrisé, qu’il a réalisé, depuis un an, tant de prodiges de grandeur et de beauté.

Mais ne nous lassons pas, messieurs, de le répéter : la victoire finale sera le prix de la force morale et de la persévérance. Employons tout ce que nous pouvons avoir de calme, de vigueur et de fermeté à maintenir étroitement dans le pays l’union de toutes les provinces, de toutes les classes et de tous les partis, à protéger attentivement l’opinion contre l’invasion sournoise des nouvelles perfides, à fortifier sans cesse l’action gouvernementale et l’harmonie nécessaire des pouvoirs publics, à concentrer sur un objet unique toutes les ressources de l’État et toutes les bonnes volontés privées, à développer sans relâche notre matériel de guerre et nos moyens de résistance, à ramasser en un mot, la totalité des énergies nationales dans une seule pensée et dans une même résolution : la guerre poussée, si longue qu’elle puisse être, jusqu’à la défaite définitive de l’ennemi et jusqu’à l’évanouissement du cauchemar que la mégalomanie allemande fait peser sur l’Europe.

Déjà, le jour de gloire que célèbre la Marseillaise a illuminé l’horizon; déjà, en quelques mois, le peuple a enrichi nos annales d’une multitude d’exploits merveilleux et de récits épiques. Ce n’est pas en vain que se sont levées en masse, de tous les points de la France, ces admirables vertus populaires. Laissons-les, messieurs, laissons-les achever leur œuvre sainte : elles frayent le chemin à la victoire et à la justice.

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Le 14 juillet 1915, discours de Raymond Poincaré sur le parvis de l'Hôtel des Invalides à l'occasion du transfert des cendres de Rouget de Lisle.

Le 14 juillet 1915, discours de Raymond Poincaré sur le parvis de l’Hôtel des Invalides, à l’occasion du transfert des cendres de Rouget de Lisle.

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Le bon payeur est le maître de la bourse d’autrui

Benjamin Franklin (1706-1790)

Benjamin Franklin (1706-1790)

Comment ne pas voir que la crise grecque signifie l’échec de l’Europe de Maastricht? Dans une certaine mesure, le résultat du référendum de dimanche dernier m’a réjoui car je suis un souverainiste convaincu -j’avais voté contre le traité Maastricht en 1992, ce qui m’avait valu à l’époque d’être traité pour la première fois de réac. Il devient maintenant évident que Philippe Séguin, Charles Pasqua et Jean-Pierre Chevènement avaient raison. Mais l’heure n’est pas au triomphalisme et je ne partage pas la jubilation mauvaise de ceux, comme Jean-Luc Mélenchon, qui avaient défendu le traité de Maastricht au nom du progrès et qui prétendent aujourd’hui prendre une revanche sur les eurocrates.

Bien sûr, l’Europe s’est construite en méprisant les peuples et la tenue d’un référendum en Grèce était plutôt une bonne nouvelle. Mais après? On semble oublier que les Grecs sont responsables de leurs malheurs. Sans doute par commodité, ils ont cru aux mensonges des politiciens qui les gouvernaient, ils n’ont pas amélioré leur système de prélèvement d’impôts et ont continué à emprunter. Aujourd’hui, ils se permettent de faire un bras d’honneur à leurs créanciers, c’est-à-dire les autres pays européens, tout en espérant que ceux-ci vont continuer à raquer pour eux. S’ils étaient vraiment dignes, ils sortiraient de l’Europe et essaieraient de se démouscailler seuls. Mais ils préfèrent finasser, ou se livrer à un chantage indigne, comme le ministre de la Défense, Panos Kamménos, qui a menacé d’inonder l’Europe de migrants si l’Eurogroupe ne trouvait pas de solution favorable pour la Grèce: «On leur distribuera des papiers valides qui leur permettront de circuler dans l’espace Schengen. Et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l’État islamique». Marine Le Pen applaudit ce genre d’individu, aveuglée par l’idée que la France pourrait suivre l’exemple grec et, éventuellement, sortir de l’euro. Elle devrait pourtant savoir que les nations ne sont pas interchangeables: la Grèce n’est pas la France.

Car la Grèce n’en finit pas de ressasser son histoire. Sans doute est-ce le moment de relire Économie et société dans l’Antiquité, de Max Weber, comme nous l’avait proposé dès 2011 l’anthropologue Jean-Michel Le Bot. Dans l’Antiquité, les paysans de l’Attique étaient si endettés qu’ils étaient devenus esclaves: ils travaillaient pour la noblesse urbaine. L’esclavage pour dette les dispensait de service militaire et la défense de la Cité, qui reposait sur les hommes libres, s’en trouvait remise en question. Aussi, au début du sixième siècle avant notre ère, Solon, archonte à Athènes, décida d’annuler la dette des paysans. C’est ce que l’on appelle la seisachtheia, c’est-à-dire le «rejet du fardeau»: ceux qui demandent aujourd’hui une restructuration de la dette grecque ont probablement cet épisode en mémoire.

Restons avec Max Weber. Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il citait longuement Benjamin Franklin:

Souviens-toi que le temps, c’est de l’argent. Celui qui, pouvant gagner dix shillings par jour en travaillant, se promène ou reste dans sa chambre à paresser la moitié du temps, bien que ses plaisirs, que sa paresse, ne lui coûtent que six pence, celui-là ne doit pas se borner à compter cette seule dépense. Il a dépensé en outre, jeté plutôt, cinq autres shillings.

Souviens-toi que le crédit, c’est de l’argent. Si quelqu’un laisse son argent entre mes mains alors qu’il lui est dû, il me fait présent de l’intérêt ou encore de tout ce que je puis faire de son argent pendant ce temps. Ce qui peut s’élever à un montant considérable si je jouis de beaucoup de crédit et que j’en fasse bon usage.

Souviens-toi que l’argent est, par nature, générateur et prolifique. L’argent engendre l’argent, ses rejetons peuvent en engendrer davantage, et ainsi de suite. Cinq shillings qui travaillent en font six, puis se transforment en sept shillings trois pence, etc., jusqu’à devenir cent livres sterling. Plus il y a de shillings, plus grand est le produit chaque fois, si bien que le profit croît de plus en plus vite. Celui qui tue une truie, en anéantit la descendance jusqu’à la millième génération. Celui qui assassine (sic) une pièce de cinq shillings, détruit tout ce qu’elle aurait pu produire : des monceaux de livres sterling.

Souviens-toi du dicton : le bon payeur est le maître de la bourse d’autrui. Celui qui est connu pour payer ponctuellement et exactement à la date promise, peut à tout moment et en toutes circonstances se procurer l’argent que ses amis ont épargné. Ce qui est parfois d’une grande utilité. Après l’assiduité au travail et la frugalité, rien ne contribue autant à la progression d’un jeune homme dans le monde que la ponctualité et l’équité dans ses affaires. Par conséquent, il ne faut pas conserver de l’argent emprunté une heure de plus que le temps convenu; à la moindre déception, la bourse de ton ami te sera fermée pour toujours.

Il faut prendre garde que les actions les plus insignifiantes peuvent influer sur le crédit d’une personne. Le bruit de ton marteau à 5 heures du matin ou à 8 heures du soir, s’il parvient à ses oreilles, rendra ton créancier accommodant six mois de plus; mais s’il te voit jouer au billard, ou bien s’il entend ta voix dans une taverne alors que tu devrais être au travail, cela l’incitera à te réclamer son argent dès le lendemain; il l’exigera d’un coup, avant même que tu l’aies à ta disposition pour le lui rendre.

Cela prouvera, en outre, que tu te souviens de tes dettes; tu apparaîtras comme un homme scrupuleux et honnête, ce qui augmentera encore ton crédit.

Garde-toi de penser que tout ce que tu possèdes t’appartient et de vivre selon cette pensée. C’est une erreur où tombent beaucoup de gens qui ont du crédit. Pour t’en préserver tiens un compte exact de tes dépenses et de tes revenus. Si tu te donnes la peine de tout noter en détail, cela aura un bon résultat : tu découvriras combien des dépenses merveilleusement petites et insignifiantes s’enflent jusqu’à faire de grosses sommes, tu t’apercevras alors de ce qui aurait pu être épargné, de ce qui pourra l’être sans grand inconvénient à l’avenir […].

Benjamin Franklin, Advice to a Young Tradesman (1748), cité par Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905).

Ces conseils sont frappés au sceau du bon sens. Alexis Tsipras le sait. Aussi, cette nuit, et malgré le résultat du référendum, il a finalement accepté l’essentiel des mesures proposées par les créanciers de la Grèce -une hausse de la TVA, le recul de l’âge de départ à la retraite, la suppression des avantages fiscaux et la réorganisation des impôts. Évidemment, ça fait mal. Les comiques extrémistes de gauche et de droite vont crier à la trahison; alors qu’en engageant la Grèce à rembourser sa dette, Alexis Tsipras s’est juste rendu à la raison. C’est aussi cela, la démocratie: les peuples qui se sont choisis des dirigeants médiocres finissent toujours par payer la facture.

Written by Noix Vomique

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Islamisme: Claude Bartolone a trouvé la parade

Sousse, Tunisie, ce week end.

Sousse, Tunisie, ce week end. Merci à Eugénie Bastié d’avoir déniché cette photo.

«Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.»

Philippe Muray, Chers djihadistes, Mille et Une Nuits, 2002.

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Vendredi, un musulman, que ses voisins présentèrent ensuite devant les caméras de télévision comme quelqu’un de normal, a décapité son chef puis tenté de faire exploser une usine de gaz dans l’Isère. Les gauchistes voulurent voir les signes d’un vrai conflit social, comme au bon vieux temps de la lutte des classes, mais leurs espoirs furent vite déçus -le terroriste avait envoyé une photo de son forfait à l’un de ses contacts en Syrie, et celui-ci n’est probablement pas un délégué syndical. Le même jour, un djihadiste autrement plus déterminé reproduisait sur une plage de Tunisie la scène de l’attentat décrite par Michel Houellebecq à la fin de Plateforme (Flammarion, 2001): le bruit de moteur venant de la mer, les rafales de mitraillette, une grande femme blonde qui s’effondre, les cris, etc. Le tueur, que les médias nous présentent comme un étudiant normal, amateur de football et de breakdance, ne visait que les occidentaux, si bien que ce massacre n’inspire aujourd’hui que des réflexions sur l’effondrement du tourisme en Tunisie: avant d’être des personnes, les trente-huit victimes sont en effet des touristes! Et dès le lendemain du massacre, des survivants en bermuda rappliquaient pour filmer les lieux du drame.

Bien sûr, François Hollande se précipita pour commenter les événements: il n’avait rien à dire, ou si peu -les pleurnicheries et les incantations habituelles. Il aurait pu faire sa déclaration en bermuda: la fonction présidentielle n’eût pas été davantage discréditée. Alors que le gouvernement tunisien affichait sa fermeté et annonçait la fermeture de 80 mosquées salafistes, la France préférait se demander si Manuel Valls avait raison de dire que «c’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons». Le Premier ministre ne serait-il pas islamophobe? Et s’il se trompait? Et si c’était notre ramollissement que nous sommes condamnés, désormais, à défendre? Dans la majorité présidentielle, sans doute désireux de montrer qu’il n’est pas président de l’Assemblée nationale par hasard, Claude Bartolone fut l’un des rares à proposer une réponse au terrorisme islamiste. Et quelle réponse! Sur son blog, il explique en effet, dans une prose invraisemblable, que les terroristes ne gagneront pas car «dans les rues de Paris, des milliers de personnes de toute origine et de toute croyance célèbreront la liberté, à l’appel des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. Ces foules de couleurs et de mouvements rappelleront à tous les assoiffés de destruction que des plus intenses métissages naissent les plus grandes harmonies». Il suffisait d’y penser: la Gay pride, comme moyen de combattre l’islamisme! Voilà qui devrait terroriser les terroristes, pour reprendre une formule de feu Charles Pasqua. En voyant l’homosexualité jouer fièrement des gambettes sur les décombres de notre société, les djihadistes, pauvres résidus de l’hétérosexualité, devraient enfin comprendre que leur guerre est totalement archaïque. Ce serait tellement beau s’ils se joignaient aux victimes de l’homophobie dans des défilés festifs et multicolores! Et qu’ils n’oublient pas de participer, également, à la fête des voisins; c’est très important, au cas où les journalistes viendraient faire une enquête.

Written by Noix Vomique

1 juillet 2015 at 11 11 45 07457

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