Noix Vomique

Raymond Poincaré vous parle

Poincaré

C’est une voix surgie d’outre-tombe -on est d’abord surpris qu’elle fût nasillarde mais quelques photos suffisent à se convaincre qu’elle correspond finalement au physique de celui qui parle. Le gars a beau être mort depuis longtemps; lorsqu’il évoque l’esprit de domination de l’Allemagne ou les tentatives de la France pour maintenir le concert européen, certains verront sans doute une allusion au temps présent. C’est toujours le risque de faire parler les morts. L’heure n’est pourtant pas à la guerre avec l’Allemagne -et s’il existe aujourd’hui un ennemi prêt à asservir la France et à la précipiter dans le mépris d’elle-même, il faut le chercher ailleurs qu’outre-Rhin.

En réalité, cette voix d’outre-tombe nous parle d’une autre époque. Le 14 juillet 1915, alors que la France était en guerre depuis près d’un an, le transfert des cendres de Rouget de Lisle aux Invalides fut l’occasion d’exalter le patriotisme des Français. La guerre menaçait d’être longue et terrible. Le Président de la République Raymond Poincaré prononça un discours où il expliquait que la France, loin de vouloir la guerre, avait été victime d’une agression brutale mais qu’elle ne se laisserait évidemment pas abattre. Deux extraits du discours furent publiés sur un disque en 1928; vous trouverez l’intégralité ci-dessous.

Messieurs,

En décrétant que les cendres de Rouget de Lisle seraient solennellement ramenées à Paris, le jour de la Fête nationale, au cours d’une guerre qui décidera du sort de l’Europe, le Gouvernement de la République n’a pas seulement entendu célébrer la mémoire d’un officier français par qui s’exprima, en une heure tragique, l’âme éternelle de la patrie ; il a voulu rapprocher sous les yeux du pays deux grandes pages de notre histoire, rappeler à tous les fortes leçons du passé et pendant que de nouveau la France lutte héroïquement pour la liberté, glorifier l’hymne incomparable, dont les accents ont éveillé, au cœur de la nation, tant de vertus surhumaines.

La sublime improvisation de Rouget de Lisle a été, en 1792, le cri de vengeance et d’indignation du noble peuple qui venait de proclamer les Droits de l’homme et qui se refusait fièrement à ployer le genou devant l’étranger. Les armées prussiennes s’avançaient sur le Rhin. Par le Nord et par l’Est, les Autrichiens menaçaient nos frontières. Le 20 avril, l’Assemblée nationale avait voté la guerre et, suivant le mot d’un des orateurs, elle avait émis le vœu que les feux des discordes intestines s’éteignissent aux feux des canons.

La nouvelle était parvenue, dès le 25, en cette loyale Alsace qui, le 14 juillet 1790, unie aux fédérations de toutes les provinces, avait à jamais juré fidélité à la France indivisible. Et voyez, messieurs, comme aussitôt tout conspire à faire du chant guerrier, composé par Rouget de Lisle, une œuvre magnifiquement symbolique.

C’est un modeste enfant du Jura, devenu simple capitaine et affecté à la défense de Strasbourg, qui, au moment fixé par les destinées du pays, va être inopinément l’interprète de tous les citoyens. C’est le maire de la grande ville alsacienne qui va conseiller au jeune officier d’écrire une marche pour l’armée du Rhin; et bientôt, lorsque les strophes enflammées de Rouget de Lisle se seront envolées jusque dans le Midi, ce seront des volontaires marseillais qui, prêts à mourir pour la patrie, les chanteront joyeusement sur les routes de France, les feront applaudir par Paris enthousiasmé et leur laisseront un nom impérissable. Si bien, messieurs, que dans la genèse de notre hymne national, nous trouvons tout à la fois un splendide témoignage du génie populaire et un exemple émouvant de l’unité française.

Qu’importe, après cela, que Rouget de Lisle ait achevé dans l’ombre une existence médiocre et qu’il n’ait reçu qu’après la Révolution de Juillet une croix et une pension ! Qu’importe qu’il ait entendu la calomnie lui contester la paternité de son chef-d’œuvre et que des organistes allemands, élevés à l’école du mensonge, aient cyniquement prétendu le dépouiller de sa gloire! Son chant immortel, adopté par tout un peuple, couvre désormais, de ses sonorités puissantes, les murmures de l’envie et les clameurs de la haine.

Partout où elle retentit, la Marseillaise évoque l’idée d’une nation souveraine qui a la passion de l’indépendance et dont tous les fils préfèrent délibérément la mort à la servitude. Ce n’est plus seulement pour nous autres Français que la Marseillaise a cette signification grandiose. Ses notes éclatantes parlent une langue universelle et elles sont aujourd’hui comprises du monde entier.

Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire, dans une guerre comme celle-ci, la généreuse pensée de la France.

Une fois de plus, l’esprit de domination est venu menacer la liberté des peuples. Depuis de longues années, notre démocratie laborieuse se plaisait aux travaux de la paix; elle ne cherchait qu’à entretenir avec toutes les puissances des relations courtoises ; elle aurait considéré comme un criminel ou comme un insensé tout homme qui aurait osé nourrir des projets belliqueux.

Malgré des provocations répétées, malgré les coups de théâtre de Tanger et d’Agadir, elle est restée volontairement silencieuse et impassible. Lorsque les premiers nuages s’étaient amoncelés sur les Balkans, elle avait tout fait pour conjurer l’orage menaçant; c’était elle qui, la première, avait cherché à organiser et à maintenir le concert européen. Lorsque, en dépit de ses efforts inlassables, la guerre avait éclaté en Orient, elle avait tâché de localiser et d’éteindre l’incendie qui s’était déclaré. Lorsque enfin le calme s’était rétabli, elle s’était aussitôt prêtée à de nouvelles négociations pour étouffer, entre elle et l’Allemagne, les dernières causes latentes de difficultés et de conflits. Et, c’est au lendemain du jour où venait d’être signé un accord franco-allemand qui réglait, à la satisfaction des deux pays, les questions orientales, c’est à un moment où l’Europe rassurée commençait à reprendre haleine, qu’un coup de tonnerre imprévu a fait trembler les colonnes du monde.

L’histoire dira la suite. Elle dira comment l’Autriche, malgré les avertissements réitérés de l’Italie, a prémédité une attaque contre la Serbie. Elle dira comment cette petite et vaillante nation a, sur les conseils de la Russie et de la France, répondu dans les termes les plus conciliants à un ultimatum injurieux. Elle dira comment l’Autriche, au lieu de se laisser désarmer par cet exemple de modération, a persévéré dans son dessein meurtrier. Elle dira comment, depuis le début de cette crise redoutable, le Gouvernement de la République n’a cessé d’agir, auprès de tous, et avec une volonté tenace, dans le sens de la paix. Mais l’impérialisme militaire des pays germaniques était résolu à défier le jugement des peuples civilisés. La guerre a été brusquement déclarée à la Russie; elle a été, sous des prétextes hypocrites, déclarée à la France, et la postérité apprendra avec stupéfaction qu’un jour l’ambassadeur d’Allemagne, après avoir vainement cherché à se faire insulter par la population parisienne, a présenté sans rire, comme un casus belli, au ministre des affaires étrangères de France, une fable imaginée dans les bureaux de la Wilhelm-strasse, le raid d’un de nos aviateurs qui serait allé jeter des bombes sur Nuremberg sans y être, et pour cause, aperçu par personne.

Et l’histoire vengeresse dira également le reste : l’ignominie et la lâcheté des propositions faites à l’Angleterre et dédaigneusement repoussées par l’honneur britannique, la neutralité de la Belgique outrageusement violée, les traités les plus solennels et les plus sacrés impudemment déchirés comme des chiffons de papier, les moyens les plus barbares employés pour terroriser, dans les régions traversées, des habitants inoffensifs, la science déshonorée au service de la violence et de la sauvagerie.

Chacun de nous, messieurs, peut, en toute sérénité, ranimer ses souvenirs et interroger sa conscience. À aucun moment, nous n’avons négligé de prononcer le mot ou de faire le geste qui aurait pu dissiper les menaces de guerre, si un fol attentat contre la paix européenne n’avait été, depuis longtemps, voulu et préparé par des ennemis implacables. Nous avons été les victimes innocentes de l’agression la plus brutale et la plus savamment préméditée.

Mais, puisqu’on nous a contraints à tirer l’épée, nous n’avons pas le droit, messieurs, de la remettre au fourreau, avant le jour où nous aurons vengé nos morts et où la victoire commune des alliés nous permettra de réparer nos ruines, de refaire la France intégrale et de nous prémunir efficacement contre le retour périodique des provocations.

De quoi demain serait-il fait, s’il était possible qu’une paix boiteuse vînt jamais s’asseoir, essoufflée, sur les décombres de nos villes détruites ? Un nouveau traité draconien serait aussitôt imposé à notre lassitude et nous tomberions, pour toujours, dans la vassalité politique, morale et économique de nos ennemis. Industriels, cultivateurs, ouvriers français, seraient à la merci de rivaux triomphants et la France, humiliée, s’affaisserait dans le découragement et dans le mépris d’elle-même.

Qui donc pourrait s’attarder un instant à de telles visions ? Qui donc oserait faire cette injure au bon sens public et à la clairvoyance nationale? Il n’est pas un seul de nos soldats, il n’est pas un seul citoyen, il n’est pas une seule femme de France qui ne comprenne clairement que tout l’avenir de notre race et non seulement son honneur, mais son existence même, sont suspendus aux lourdes minutes de cette guerre inexorable. Nous avons la volonté de vaincre, nous avons la certitude de vaincre. Nous avons confiance dans notre force et en celle de nos alliés, comme nous avons confiance en notre droit.

Non, non, que nos ennemis ne s’y trompent pas! Ce n’est pas pour signer une paix précaire, trêve inquiète et fugitive entre une guerre écourtée et une guerre plus terrible, ce n’est pas pour rester exposée demain à de nouvelles attaques
et à des périls mortels que la France s’est levée tout entière, frémissante, aux mâles accents de la Marseillaise.

Ce n’est pas pour préparer l’abdication du pays que toutes les générations rapprochées ont levé une armée de héros, que tant d’actions d’éclat sont, tous les jours, accomplies, que tant de familles portent des deuils glorieux et font
stoïquement à la patrie le sacrifice de leurs plus chères affections. Ce n’est pas pour vivre dans l’abaissement et pour mourir bientôt dans les remords que le peuple français a déjà contenu la formidable ruée de l’Allemagne, qu’il a rejeté de la Marne sur l’Yser l’aile droite de l’ennemi maîtrisé, qu’il a réalisé, depuis un an, tant de prodiges de grandeur et de beauté.

Mais ne nous lassons pas, messieurs, de le répéter : la victoire finale sera le prix de la force morale et de la persévérance. Employons tout ce que nous pouvons avoir de calme, de vigueur et de fermeté à maintenir étroitement dans le pays l’union de toutes les provinces, de toutes les classes et de tous les partis, à protéger attentivement l’opinion contre l’invasion sournoise des nouvelles perfides, à fortifier sans cesse l’action gouvernementale et l’harmonie nécessaire des pouvoirs publics, à concentrer sur un objet unique toutes les ressources de l’État et toutes les bonnes volontés privées, à développer sans relâche notre matériel de guerre et nos moyens de résistance, à ramasser en un mot, la totalité des énergies nationales dans une seule pensée et dans une même résolution : la guerre poussée, si longue qu’elle puisse être, jusqu’à la défaite définitive de l’ennemi et jusqu’à l’évanouissement du cauchemar que la mégalomanie allemande fait peser sur l’Europe.

Déjà, le jour de gloire que célèbre la Marseillaise a illuminé l’horizon; déjà, en quelques mois, le peuple a enrichi nos annales d’une multitude d’exploits merveilleux et de récits épiques. Ce n’est pas en vain que se sont levées en masse, de tous les points de la France, ces admirables vertus populaires. Laissons-les, messieurs, laissons-les achever leur œuvre sainte : elles frayent le chemin à la victoire et à la justice.

.

Le 14 juillet 1915, discours de Raymond Poincaré sur le parvis de l'Hôtel des Invalides à l'occasion du transfert des cendres de Rouget de Lisle.

Le 14 juillet 1915, discours de Raymond Poincaré sur le parvis de l’Hôtel des Invalides, à l’occasion du transfert des cendres de Rouget de Lisle.

Written by Noix Vomique

14 juillet 2015 à 1 h 37 min

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9 Réponses

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  1. Sacré Raymond, va! Et le prix de toutes ces jolies envolées s’éleva à un million et demi de morts parmi l’élite de la jeunesse du pays et, par voie de conséquence, le déclin, la météquisation, la débacle de 1940 et le souk invraisemblable que nous connaissons aujourd’hui.
    Vive la République, la Marseillaise et les monuments aux morts!
    Amitiés.

    nouratinbis

    14 juillet 2015 at 11 h 50 min

  2. Belles et terribles paroles qui appellent d’un vœu formé par un peuple présumé unique une victoire commune, qu’il fallait pourtant partager.

    « Messieurs, il fallait un hymne comme celui-là pour traduire, dans une guerre comme celle-ci, la généreuse pensée de la France. » dit le grand homme.

    Certes. Mais dans ce cas-là, la France n’est généreuse que pour elle-même. Elle habille dans la grandeur de ses sentiments la bassesse de ses envies, qui ne sont pas nobles, mais petites bourgeoises, près de ses sous.

    On comprend le traité de Versailles et la défaite qu’il a fabriquée. On comprend la suite.

    Et que voyons nous aujourd’hui? Toujours cette France qui se prétend généreuse, pour sa propre grandeur, mais qui compte à la façon d’un Thénardier, tous les droits qu’elle concède à regret aux pauvres ou aux étrangers, sans que cela ne lui coûte pourtant sa peau. Personne ne l’écorche, elle reste prospère et jalouse de ses prébendes. Mais à l’écouter, ça lui coûte tant qu’on a envie de se passer d’elle. Si c’est pour se plaindre, en plus, du peu qu’elle a concédé, il vaut mieux accepter de faire sans sa grandeur, pourvu qu’on ait pas tous les reproches qu’elle ne manque jamais d’adresser à ceux qui sont ses débiteurs.

    Dans le fond, c’est un tuteur, devenu comptable, qui compte plus les intérêts qu’on lui doit et pas le capital qu’il donne, qu’il abandonne même, comme s’il n’avait pas de valeur. Bizarre comme pays. Il n’est pas avare de ses sacrifices, pourtant, il compte tout et vous présente la note.

    A la fin, on a l’impression d’un maître cruel et égoïste qui n’a pas su dire combien il voulait notre bien plutôt que le sien. Ce n’est pas les mots qui lui ont manqué, la langue est riche. C’est autre chose.

    Bref, on ne sait si c’est Périclès qui s’exprime ou Harpagon.

    De ce point de vue, le discours de Poincaré, qui fut l’éponyme d’un franc fort, montre bien le lien qui se crée dans l’esprit de tout Français entre son cœur et ses chaussettes,là où il met sa monnaie, son épargne, ce qu’il tend au père Noël lorsqu’il célèbre la naissance de son Dieu en espérant que la divine providence les remplissent, en produisant une curieuse anatomie: le rapport qualité-prix.

    Le rapport qualité-prix, c’est du point carré.

    Du reste, Noix Vomique, cet article s’est assemblé dans la ligne de votre blog après un autre, intitulé « Le bon payeur est le maître de la bourse d’autrui ».

    Il y a toujours une connexion à l’argent chez les réacs, même dans leurs rêves de grandeur, de don de soi, qui pourtant sont sincères.

    Enfin bref. Avec Poincaré on comprend que la petite bourgeoisie peut faire la guerre et cette classe a cassé la gueule aux aristos prussiens.

    C’est son exploit. Et elle l’a fait moins avec la Marseillaise, dont l’écho triomphant allait rapidement abandonner les tranchées françaises, qu’avec du pinard et ses tripes.

    Le vignoble du Languedoc avait pour mission de les rendre amok.

    tschok

    15 juillet 2015 at 17 h 46 min

    • Tschok, je suis en vacances. Aussi vais-je vous répondre brièvement. Vous êtes complètement à côté de la plaque.
      D’abord, contrairement à ce que vous pensez, la plupart des réacs accordent peu d’importance aux questions économiques: leurs préoccupations se situent davantage au niveau culturel.
      Ensuite, comment pouvez-vous dire que la France n’est pas généreuse avec autrui? Chaque année, 200000 migrants sont régularisés et cela a bien sûr un coût -la Cour des comptes s’en est émue récemment. Pour continuer à offrir allocations et couvertures maladie, les Français ne sont-ils pas prêts à se serrer la ceinture et à payer toujours plus d’impôts? Malgré cela, ils se font traiter de pingres et de racistes; c’est ballot.

      Noix Vomique

      16 juillet 2015 at 14 h 13 min

      • Je ne voulais pas vous emmerder pendant vos vacances et il fallait être bien bête comme moi pour croire qu’en plein mois de juillet cela ne serait pas le cas. D’un autre côté votre post est du 14, alors je me suis accordé une licence.

        Je suis d’accord avec vous: le réac s’intéresse peu à l’économie pure, ce qui ne l’empêche pas d’être près de ses sous. Or, je parlais plutôt de pingrerie justement et, plus largement, de cet esprit français du « trop peu trop tard » et aussi de cette mentalité assez spéciale, si on y réfléchit bien, de la générosité à contre cœur.

        Pour l’illustrer, il suffit de reprendre votre exemple: la France, généreuse, accueille 200.000 migrants par an. Sauf que ce n’est pas de la générosité pour elle, c’est un fardeau auquel elle souhaite mettre un terme le plus rapidement possible, bien que cette charge ne soit pas la plus lourde qu’elle ait à porter. Elle ne voit dans cet acte rien de positif, rien d’encourageant, rien de vertueux ni de noble. Elle voit juste une charge dont elle pourrait se défaire.

        Peu valorisante, cette approche ne génère rien d’autre que des frustrations et des jalousies. Je reviens du blog de Fikmonskov qui ne trouve rien d’autre à faire que de dénigrer une jeune femme qui se propose d’accueillir chez elle un réfugié et se pose des questions qui mélangent l’humanisme altruiste à des problèmes domestiques concrets. Et il la traite de facho au motif qu’elle exprime des réserves sans comprendre qu’il s’agit vraisemblablement d’une femme seule qui vit avec un enfant en bas âge.

        Ce que je voulais dire, et peut-être me suis-je mal exprimé, c’est que nous ne sommes pas très fiers de notre générosité. Mais il faut dire aussi que c’est une générosité pingre, qui compte tout et se compte pour se comparer. C’est une générosité que les événements nous extorquent et que nous subissons comme un mal. Pas étonnant dans ce cas qu’elle nous renvoie à une image peu flatteuse de nous-mêmes.

        Ce discours de Poincaré annonce les deux erreurs stratégiques de la France de l’après guerre: la comptabilité pingre des réparations, qui va construire le nazisme, et le repli sur soi de la ligne Maginot:

        « Mais, puisqu’on nous a contraints à tirer l’épée, nous n’avons pas le droit, messieurs, de la remettre au fourreau, avant le jour où nous aurons vengé nos morts et où la victoire commune des alliés nous permettra de réparer nos ruines, de refaire la France intégrale et de nous prémunir efficacement contre le retour périodique des provocations. »

        Vous avez les deux éléments: relever de ses ruines une France entière (Alsace Lorraine, réparations du traité de Versailles), se prémunir efficacement contre le retour des provocations (ligne Maginot).

        Dans ce discours apparemment mystique et lyrique, Poincaré posait en réalité les premiers soubassements d’un esprit française de la défaite. Comme, un siècle plus tard je le vois ressurgir, je me suis permis de vous le dire en vous dérangeant pendant vos vacances. J’espère vivement être à côté de la plaque, mais j’ai lu votre dernier billet et je pense qu’on s’y enfonce.

        tschok

        8 septembre 2015 at 14 h 07 min

        • Tschok, je vais vous répondre brièvement parce que c’est la rentrée et j’ai un peu de travail….😉

          La générosité est une chose difficile à appréhender. Regardez Angela Merkel: alors que les médias nous la présentaient, pendant la crise grecque, comme un monstre d’égoïsme, elle apparaît aujourd’hui comme un exemple de générosité parce qu’elle est prête à ouvrir les frontières de l’Allemagne à des centaines de milliers de migrants. Mais est-elle vraiment généreuse? N’est-elle pas plutôt intéressée?

          Noix Vomique

          8 septembre 2015 at 22 h 20 min

          • Il faut bien que la brièveté soit une qualité que l’un de nous deux partage plus que l’autre…🙂

            Pour être généreux, il faut avoir quelque chose à donner. Et pour être intéressé, il faut avoir quelque chose à gagner. On peut parier que l’Allemagne a quelque chose à donner et quelque chose à gagner, ce qui est la plus confortable des positions. Elle joue et gagne.

            La France, de son côté, estime ne rien avoir à donner et beaucoup à perdre. Position inconfortable. Elle n’est ni généreuse ni intéressée: elle passe son tour et perd. On peut toujours se demander si elle ne se trompe pas de diagnostic, parce que, après tout elle n’est pas si pauvre que cela et elle est très engagée dans le monde, mais le fait est qu’on en est là. Notre mental s’est incontestablement rétrécit.

            L »idée générale que je me fais du problème est que la France est une puissance moyenne de taille mondiale: son hard power ne recèle aucun atout décisif (il y a toujours quelqu’un de plus fort que nous). Il reste donc son soft power: dans ce domaine, son influence est sans commune mesure avec son poids réel, ce que justement nos chers amis les Américains nous reprochent toujours. Et ils s’acharnent à le réduire.

            Eh bien, je crois qu’on vient de se prendre un déculottée dans le soft power: on se l’est fait piquer par Angela Merkel qui, en plus, se paye le luxe de fermer les frontières…

            Si les identitaires français étaient juste un peu stratèges, ils comprendraient ce genre de choses, mais on ne va pas demander à des pingres de penser comme un de Gaulle.

            tschok

            14 septembre 2015 at 18 h 52 min

  3.  » C’est un modeste enfant du Jura, devenu simple capitaine et affecté à la défense de Strasbourg  »

    Claude Rouget est le fils aîné de Claude Rouget, sieur de Lisle, avocat au bailliage de Lons-le Saulnier. Donc, pas du tout un enfant du peuple, mais un enfant de la bourgeoisie en voie d’agrégation à la noblesse, comme la quasi totalité des révolutionnaires de 1789 (comme tous les députés du Tiers état, comme Marat, Robespierre, Camille Desmoulin, Saint-Just, Hérault de Séchelle, Barère, Lechapellier, Armand Camus, Sieyès, Couthon, Billaud-Varennes, ..), les autres étant des nobles renégats (Philippe-Égalité, Lafayette, les frères de Lameth, Condorcet, Mirabeau, Lepeletier de Saint-Fargeau, Barras,..). Officier dans l’armée royale était à l’époque une position extrêmement élevée et prestigieuse en grande partie occupée par des nobles, le grade de capitaine était un grade élevé, surtout à son âge. Rouget de Lisle sortait de l’école royale du génie de Mézières, grande école accessible par un concours national de très haut niveau, qui deviendra l’École nationale des travaux publics, puis l’école Polytechnique. Donc Rouget de Lisle avait la même origine sociale que Raymond Poincaré, fils de polytechnicien, dont on ne dit pas que c’est un modeste enfant de Lorraine.

    Le discours pacifiste est une spécialité des Républicain, pardoxalement toujours accompagné d’une politique nationaliste agressive conduisant au massacre répété de millions de citoyens enrôlés de force, puis jetés dans des expéditions guerrières:
    – Ancien régime, armée de métier, encadrement noble, guerre en dentelles, quelques batailles avec quelques centaines de morts et on signe un traité;
    – Révolution, instauration de l’enrôlement obligatoire, levée en masse, guerres révolutionnaires contre l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, siège de Lyon, guerres de Vendée, guerres du Consulat et de l’Empire: 2 millions de tués.
    – Louis XVIII, suppression de la conscription.
    – IIe République, rétablissement de la conscription.
    – Napoléon III, suppression de la conscription.
    – IIIe République, rétablissement de la conscription, vers 1910, passage du service à 5 ans, conquêtes coloniales, provocation de l’Allemagne à la guerre en décrétant la mobilisation général sans aucun motif sérieux (assassinat de l’archiduc par un nationaliste serbe), 1,5 millions de tués, encore plus de grands mutilés, gueules cassées, gazés, amputés, paralysés, aveugles, fous… 68% des hommes de 18 à 28 ans tués.
    – IVe République, discours pacifiste, réduction de l’armée, déclaration de guerre à l’Allemagne sans le vote préalable imposé par la Constitution, d’où l’instauration d’un régime martial illégitime. Fuite du gouvernement à Bordeaux, désertion du président de la République sans démission, désertion et fuite à l’étranger de nombreux responsables politiques et militaires comme Maurice Thorez, Jean Monet, les Rotschild, De Gaulle, les passagers du Massilia.

    Ces millions de morts et ces dévastations auraient pu être arrêtés. En 1916, l’Allemagne qui avait une nette supériorité des armes a proposé à la France un armistices avec comme conditions un retour à la situation d’avant le conflit, sans exiger ni sanctions ni pénalités ni réparations. Retour à la paix refusé par Clémenceau sur pression de l’Angleterre et des USA qui ont alors promis d’entrer en guerre et d’apporter une aide militaire massive. Le but de guerre était d’écraser l’Allemagne et de la priver de sa puissance.

    Cascatille Iraliot

    17 juillet 2015 at 14 h 00 min

    • L’offre de paix séparée de l’Autriche en février 1917 a été encore plus près d’aboutir.

      Si le but de guerre était « d’écraser l’Allemagne », qu’ont donc fabriqué les négociateurs français des traités de Versailles?!?
      Ils ont démembré l’Autriche-Hongrie et laissé intact l’empire allemand unifié depuis moins de 50 ans!

      Nice move and well done guys!

      Popeye

      20 août 2015 at 12 h 38 min

      • Finalement, vous avez raison, le but de guerre du gouvernement français de 1914 n’était pas « d’écraser l’Allemagne ».

        Le but de guerre du gouvernement de la IIIe République (gouvernement René Viviani) était d’écraser …. le peuple français avec les bombes allemandes, exterminer les enfants des paysans (70% des garçons de 18 à 28 ans tués + les invalides) avec à leur tête les officiers qui vont à la messe, souvent issus d’anciennes familles nobles (ceux de l’Affaire des fiches).

        La République française laïque et internationaliste contre les paysans et les nobles provinciaux: mêmes protagonistes que dans la guerre qu’en Vendée. En France, la guerre de 14 était une guerre civile, classe dominante révolutionnaire, contre classe dominante réactionnaire.

        L’empire d’Autriche a été démantelé parce qu’il était catholique, tandis que l’empire d’Allemagne, protestant et capitaliste, a été transformé en république impotente, et mis en coupe réglée par les vampires de la finances.

        Cascatille Iraliot

        10 octobre 2015 at 12 h 18 min


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