Noix Vomique

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Migrants: l’Union européenne à la ramasse

Refugees/Migrants Emergency Response - Mediterranean UNHCR 2015-09-17 à 22.21.53

Le 9 septembre dernier, lors d’une séance au parlement européen, Nigel Farage dénonçait la politique européenne d’accueil des réfugiés : « Nous devons être fous de prendre le risque de voir des djihadistes sur notre sol ». Le lendemain, le vilain tabloïd britannique Daily Express essayait à son tour de sabrer le formidable élan de solidarité qui se levait en Europe: une mystérieuse source proche de l’État islamique aurait affirmé que plusieurs milliers de djihadistes, profitant des flux de migrants, étaient entrés en Europe. Tout-de-même, iI faut être un pisse-froid sacrément esquinté pour prendre au sérieux les menaces et les rodomontades de l’État islamique: la propagande des barbus n’est-elle pas d’une grossièreté sans nom? Nous devrions plutôt nous féliciter de vivre dans des démocraties, puisque nos médias, jamais, ne se livreraient à de telles manipulations. Jamais, par exemple, ils n’exhiberaient le cadavre d’un enfant pour que le spectateur, ému, se sente coupable: c’est un procédé qu’il vaut mieux laisser au Hamas -ou à Charles Enderlin.

Certes, les médias tombent parfois dans la facilité et attirent notre attention un peu trop systématiquement sur des familles qui se retrouvent sur la route avec leurs enfants. Du coup, lorsque les premiers réfugiés arrivèrent en France, la journaliste de BFMTV s’étonnait de ne voir débarquer que de jeunes hommes. Les chiffres publiés par l’ONU sont pourtant clairs: 18% des migrants sont des enfants, seulement 13% des femmes et 69% des hommes. Or, que penser de tous ces hommes qui prennent la tangente et laissent derrière eux femmes et enfants? En fait, nous ignorons tout de ces réfugiés. Pourtant, nous devons soudain, sans débat, les héberger. Sont-ils seulement syriens? L’ONU indique que les Syriens ne représentent que 51% des migrants, en supposant, bien sûr, que leur passeport soit authentique; le second contingent est composé d’Afghans (13%) puis viennent les Irakiens (3%). La plupart d’entre eux sont passés par la Turquie, où ils vivaient parfois depuis des années. Entendons-nous bien: parmi ces centaines de milliers de migrants, certains sont désespérés et fuient vraiment des persécutions ou les horreurs de la guerre. Il n’est évidemment pas question de leur refuser le droit d’asile -qu’ils sachent cependant que c’est une terre chrétienne qui leur offre l’hospitalité et, si cela ne leur convient pas, qu’ils n’hésitent pas à aller se faire voir chez les Saoudiens. Mais comment expliquer, après quatre années de guerre, que les flux migratoires se soient brusquement amplifiés cet été? Est-ce dû à une dégradation de la situation en Syrie et en Irak? A priori, et malgré la prise spectaculaire de Palmyre par les djihadistes, qui fut abondamment relayée par nos médias, l’État islamique a subi un certain nombre de défaites depuis le début de l’année 2015: en Irak, il a cédé Tikrit;  en Syrie, dans la zone stratégique qui fait frontière avec la Turquie, il a perdu Kobané (en janvier), Tall Hamis et Tell Brak (en février) puis Tall Abyad (en juin) et Sarrine (en juillet). Les mouvements de population ont subitement augmenté après ces deux derniers revers: les migrants qui tentent de gagner l’Europe auraient-ils donc peur de l’Armée syrienne libre ou des Kurdes de l’YPG? A contrario, préféraient-ils vivre sous le joug de l’État islamique ou de Bachar el-Assad?

Une chose est sûre: c’est le bordel en Syrie. Et l’Union européenne, faute d’avoir une vraie vision politique, à force d’indécision et d’atermoiement, va hériter de ce bordel sur son sol. Les peigne-culs qui dirigent l’Europe s’obstinent à prendre le problème à l’envers: ils se contentent de gérer les flux, alors qu’il eût fallu se préoccuper de leur origine pour les empêcher. Réunis mercredi à Bruxelles, les ministres de l’Intérieur de l’Union ont voté un plan de répartition de 120 000 migrants -chiffre dérisoire, puisque Frontex estime que 500 000 migrants sont déjà entrés en Europe au cours des huit premiers mois de l’année. L’Union européenne est tout simplement à la ramasse: incapable d’anticiper les événements, elle est aujourd’hui débordée, à l’image de l’Allemagne qui, après avoir annoncé qu’elle était prête à accueillir 800 000 réfugiés, est submergée et se trouve obligée de fermer «provisoirement» sa frontière avec l’Autriche. Mais les médias préfèrent condamner la Hongrie, coupable à leurs yeux de fermer sa frontière aux migrants alors que les Hongrois se cantonnent finalement à respecter la Convention de Schengen: la frontière avec la Serbie est une frontière extérieure de l’Union européenne et de l’espace Schengen et il est nécessaire de la sécuriser.

Jeudi, alors que l’Allemagne essaie d’exercer le leadership, le sommet extraordinaire des vingt-huit dirigeants de l’Union européenne n’a rien donné, à part le sentiment que l’espace Schengen est cuit -ça sent la trahison, voire la dislocation. L’Union européenne a tragiquement renoncé à la realpolitik: elle est restée bloquée sur l’idée de renverser Bachar el-Assad et ne se résout pas à lancer une véritable intervention militaire terrestre contre l’État islamique et les passeurs de migrants. Elle se prive ainsi d’être une vraie puissance et se contente, par angélisme, d’ouvrir ses frontières, au risque d’être envahie, sans réaliser que les flux migratoires sont également une arme qui menace de la déstabiliser. Mais que Nigel Farage se console. Les djihadistes n’ont pas attendu cette crise migratoire pour infester l’Europe; ils vivent ici depuis longtemps, et ont même bénéficié de la complaisance de nos élites: que je sache, Mohamed Merah, Medhi Nemmouche, les frères Kouachi, Amedy Coulibaly, Omar Abdel Hamid El-Hussein, Sid Ahmed Ghlam, Yassine Salhi, Ayoub El Khazzani ou encore Salim Benghalem n’ont jamais été syriens.

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Written by Noix Vomique

27 septembre 2015 at 10 10 09 09099

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