Noix Vomique

Archive for octobre 2015

Les intellectuels de gauche se mobilisent !

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Ces derniers jours, en guise de riposte à l’émergence d’une pensée supposément réactionnaire, une certaine presse s’est accordée à battre le rappel des intellectuels de gauche. Le Monde a donc publié un premier exercice digne de la méthode Coué puis Libération a ouvert ses pages à dix intellectuels, des vrais, présentés comme des résistants -et ils résistent, en effet, car à défaut de débattre, ils préfèrent se débattre pour ne pas disparaître. Comme ils ont la certitude précieuse que la gauche est le centre du bon goût et du bel esprit, ils n’éprouvent jamais le besoin d’argumenter et la métaphore habituelle de l’asphyxie leur suffit à accabler de mépris les pseudo-z-intellectuels nauséabonds que sont Michel Onfray, Éric Zemmour, Régis Debray et Alain Finkielkraut -ne reculant devant aucune audace, l’héroïque Pap Ndiaye a même ajouté Nadine Morano à cette liste. Serait-ce donc parce qu’ils ont le tarbouif délicat ou les éponges mitées que les intellectuels de gauche réclament sans cesse de l’air frais? Ils donnent en effet l’impression d’être à bout de souffle -et c’est sans doute pour ne pas être emporté par la phtisie qu’ils s’obligent à être vigilants.

Toujours à l’affût, ils n’hésitent jamais à dénoncer le moindre dérapage. Et Libération n’a pas le monopole du Mouchard: dans une tribune publiée par Mediapart, des journalistes et des professeurs d’histoire exigeaient récemment la suppression de l’émission d’Alain Finkielkraut sur France Culture. Ils reprochaient en effet à l’un des invités du 10 octobre dernier, Georges Bensoussan, par ailleurs historien et responsable éditorial au Mémorial de la Shoah, d’avoir cité les propos d’un sociologue algérien: «dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, lantisémitisme, on le tète avec le lait de la mère.» Nos valeureux vigiles ne pouvaient pas laisser passer cette métaphore maladroite sans proférer l’accusation de racisme: ils ont donc demandé au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel de condamner Alain Finkielkraut. Dans leur esprit, la lutte contre l’islamophobie autorise en effet toutes les censures; ils sont tellement fiers de défendre l’obscurantisme. Plutôt qu’écouter France Culture, ils devraient peut-être essayer d’adoucir leurs moeurs en écoutant France Musique –s’ils ne craignent pas, bien sûr, d’être transformés en singes ou en porcs par Allah.

On remarquera que les professeurs d’histoire sont particulièrement nombreux à s’engager contre l’épouvantable menace réactionnaire -à force d’enseigner l’histoire, à l’université ou dans le secondaire, sans doute éprouvent-ils quelque frustration à n’être que des commentateurs: ils auraient tant aimé être des acteurs. Quelle tristesse, en effet, de n’avoir pu être un tchékiste! Parmi les intellectuels invités par Libé, la posture de Nicolas Offenstadt est à ce titre édifiante: du haut de son piédestal, cet universitaire, médiéviste reconverti opportunément en spécialiste de la première guerre mondiale, a choisi de se draper dans le silence. Selon lui, il faut en effet mépriser les réactionnaires car «leur savoir est faible, leurs propos faux pour l’essentiel, et leurs intentions putrides.» Il ne manque pas d’insister sur la nécessité d’être «vigilant», comme pour rappeler qu’il fut cofondateur en 2005 du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. Or, comment ne pas se tordre de rire: ce type qui se situe à gauche a l’habitude de déprécier les discours qui ne sont pas conformes à ses croyances idéologiques en les qualifiant justement d’idéologiques! Sans doute est-ce le péché mignon des historiens engagés: ils sont persuadés que l’histoire a un sens -et un seul, c’est-à-dire celui qu’ils ont choisi. Franchement, quel crédit accorder à un intellectuel, historien de surcroît, qui tweete, le plus sérieusement du monde, qu’Alain Finkielkraut est un «auteur d’extrême-droite»?

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Written by Noix Vomique

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Délocalisation

Un rafale s'apprête à décoller (Source: AFP).

Le 9 octobre, un rafale s’apprête à décoller (Source: AFP).

Ce matin, Le Figaro laissait entendre que les frappes françaises en Syrie « auraient tué des djihadistes français.» Quelle époque: même la guerre civile finit par être délocalisée.

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Le retour en force de la Russie

(Source: Le Figaro)

(Source: Le Figaro)

Au terme d’une semaine diplomatique intense, alors qu’elle paraissait isolée depuis la crise ukrainienne, la Russie a fait un retour en force spectaculaire sur la scène internationale. L’Assemblée générale des Nations-Unies avait à peine cessé de débattre de la situation en Syrie que les avions russes Soukhoï entraient en lice dans le ciel syrien et bombardaient des positions islamistes. Vladimir Poutine infligeait de la sorte un camouflet aux Américains: leur stratégie ne les a-t-elle pas, en effet, conduits dans une impasse et les frappes aériennes qu’ils mènent depuis un an contre l’État islamique ne sont-elles pas inefficaces? Jeudi, lors d’une rencontre à Paris à la veille d’un sommet sur l’Ukraine, Vladimir Poutine et François Hollande ont tenté de rapprocher leurs points de vue sur l’avenir de la Syrie. Mais la France en est réduite à gesticuler: les objectifs de son intervention tardive en Syrie sont flous -l’argument selon lequel elle veut empêcher de nouveaux attentats est spécieux- et François Hollande a sans doute cru malin, deux jours après l’entretien, de déclarer que Vladimir Poutine n’était pas notre allié puisqu’il est « l’allié de Bachar el-Assad. » La France n’a donc pas compris que le plan de la Russie est en train de s’imposer: le départ immédiat de Bachar el-Assad n’est plus une priorité et nous avons en réalité besoin de travailler avec Damas pour anéantir l’État islamique.

Cette rivalité entre la Russie et le France n’est pas sans en rappeler une autre, au dix-neuvième siècle, lorsque ces deux pays s’opposaient pour étendre leur influence à travers l’empire ottoman. À l’époque, la Russie prétendait défendre les minorités chrétiennes du Levant, alors que ce rôle était traditionnellement dévolu à la France depuis des siècles. En effet, dès 1250, saint Louis avait promis aux chrétiens maronites réfugiés à Chypre que la couronne de France leur offrirait une protection particulière « comme nous la donnons aux Français eux-mêmes.» Plus tard, en 1536, ce fut François Ier qui scella une alliance avec Soliman le Magnifique: entre autres accords commerciaux, ces «capitulations» accordaient à la France la défense des chrétiens d’Orient ainsi que la garde des lieux saints. Or, en 1853, le tsar Nicolas Ier, qui avait déjà entrepris la conquête du Caucase et de l’Asie centrale, entra en conflit avec le sultan Abdul-Medjid au sujet des lieux saints. Les troupes russes envahirent les principautés de Valaquie et Moldavie et refusèrent de se retirer. La France et la Grande-Bretagne, alliées aux Ottomans, déclarèrent la guerre à la Russie en mars 1854, bientôt suivies par le royaume de Piémont-Sardaigne, et envoyèrent des corps expéditionnaires en Crimée. Le port de Sébastopol fut assiégé pendant onze mois; après que les Russes l’évacuèrent et l’incendièrent, en septembre 1855, il fallut attendre qu’Alexandre II succédât en mars 1856 à Nicolas Ier pour que la Russie s’avoua vaincue: la guerre de Crimée avait duré deux ans et fait 500000 morts -plus de 95000 français, en partie décimés par le choléra. Le traité de Paris, signé le 30 mars 1856, consacra la neutralisation de la Mer Noire et obligea la Russie à abandonner ses positions au Proche-Orient et dans l’Europe du Sud-Est; en outre, elle devait abandonner son droit à la protection des chrétiens orthodoxes du Levant. Napoléon III savourait sa victoire: il avait profité que la Grande-Bretagne était inquiète de l’expansion russe pour se rapprocher d’elle et la défaite de la Russie avait le parfum d’une belle revanche sur le Congrès de Vienne. Tonton était vengé et la France allait désormais soutenir le principe des nationalités en Europe orientale. Mais, une fois la Russie affaiblie et évincée du Levant, la France se trouvait dans l’obligation d’assurer la sécurité en Syrie. Aussi, en juillet 1860, lorsque 5000 chrétiens furent massacrés à Damas sans que le gouverneur ottoman de la ville, Ahmed Pacha, ne s’interposât, Napoléon III, pressé par les catholiques, fit adopter un protocole international : une troupe de plusieurs milliers d’hommes fut envoyée en Syrie par les pays européens pour rétablir l’ordre; elle y resta jusqu’en juin 1861 -à cette occasion, Napoléon III parla, pour la première fois, d’une « opération à but humanitaire ».

Jacques Bainville disait que l’humiliation de la guerre de Crimée avait laissé aux Russes une rancune contre la France. Or, aujourd’hui, après la sécession de la République de Crimée en mars 2014 puis sa réintégration à la Russie, Vladimir Poutine donne l’impression, en intervenant avec détermination en Syrie, de prendre une sacrée revanche. Les rôles sont inversés: la Russie a pris la place d’une France affaiblie. Ce mercredi, l’aviation et la marine russes soutiennent une offensive terrestre lancée par Bachar el-Assad contre les rebelles islamistes. Il est clair que la stratégie russe contribue au renforcement du camp loyaliste -elle s’inscrit en fait dans le cadre d’une certaine légalité: les Russes défendent les régimes en place, qu’ils soient ou non démocratiques et, comme le soulignait ironiquement Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, « contrairement aux Occidentaux, nous agissons dans le cadre du droit international puisque ces bombardements ont été effectués à la demande et en coopération avec le gouvernement légitime de Syrie. » Vladimir Poutine est surtout en train de montrer à l’Occident qu’il est incontournable. Il a choisi le bon moment, alors que les Américains donnent des signes d’impuissance et que les Européens sont tétanisés par la crise migratoire et la menace terroriste. Il défend aussi les positions de la Russie en Méditerranée orientale -les ports de Tartous et de Lattaquié pourraient devenir des points d’appui indispensables pour la flotte russe. Enfin, alors que la France aligne misérablement sa position sur celle du Qatar et de l’Arabie saoudite, les Russes ont renforcé leur alliance avec Damas et Téhéran -et cette alliance russo-chiite, dans un Moyen-Orient très majoritairement sunnite, est un fabuleux coup de poker.

Written by Noix Vomique

7 octobre 2015 at 22 10 12 101210

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