Noix Vomique

Nazis dans le métro

man in high castle subway ad foxnews

Décidément, ils sont forts, ces nazis. Ils nous ont fait croire qu’ils avaient perdu la guerre et, soixante-dix ans après, nous les voyons triompher partout. Alors qu’ils obtenaient 30% des voix aux dernières élections régionales en France, ils ont crânement tapissé le métro new-yorkais de la Croix de fer et de l’Aigle allemand -nous avons échappé de peu à la croix gammée. Cette magnifique opération de propagande n’était toutefois pas orchestrée par le bon Docteur Goebbels: c’était une campagne publicitaire d’Amazon pour sa nouvelle sérieThe Man In The High Castle, inspirée du fameux roman de Philip K. Dick.

Au début des années soixante, Philip K. Dick avait imaginé que l’Allemagne nazie et l’empire japonais avaient vaincu les Alliés. Japonais et Allemands s’étaient donc partagé le monde: tandis que l’ouest des États-Unis est en voie de japonisation, les nazis contrôlent la côte est. Là, ils essaient vainement de censurer un mystérieux livre qui rencontre un succès grandissant, La sauterelle pèse lourd, qui raconte que les Alliés ont gagné la guerre -mais le monde que ce roman-dans-le-roman décrit ne correspond pas tout-à-fait au nôtre, il est en léger décalage.

Tels des personnages de roman à qui l’on révèle que leur monde n’est pas le bon, les voyageurs du métro de New York ont, semble-t-il, éprouvé un malaise lorsqu’ils ont découvert les symboles du Verdienstorden vom Deutschen Adler dans les wagons de la ligne S: nombre d’entre eux se sont donc plaint auprès de la MTA, l’organisme qui gère les transports publics de New York. Une passagère a même expliqué qu’elle avait été obligée d’offrir ses fesses: «La moitié des sièges étaient recouverts d’insignes nazis. L’autre moitié portait le drapeau japonais, dans un graphisme qui rappelle celui de la Seconde guerre mondiale. J’avais donc le choix, et je me suis assise sur l’aigle nazi, parce que je n’avais vraiment pas envie de le regarder

Ainsi, le pouvoir de séduction du nazisme est tel que nous devons détourner le regard. En France, alors que Mein Kampf tombera dans le domaine public en 2016, la maison Fayard ayant annoncé la publication d’une nouvelle traduction, Jean-Luc Mélenchon, saisi d’horreur, n’a pu s’empêcher de ramener sa poire: selon lui, le livre d’Adolf Hitler, qui «est l’acte de condamnation à mort de 6 millions de personnes dans les camps nazis», pourrait faire le jeu de l’extrême-droite -il ne doit donc pas être réédité. Peu importe que cette réédition soit chapeautée par un vrai travail d’historiens. Jean-Luc Mélenchon a trouvé son Yi King: il est convaincu que Mein Kampf annonce les abominations qui arriveront ensuite; que c’est un livre qui exerce un étrange maléfice sur ses lecteurs, qu’il a le pouvoir de transformer ipso facto en nazis.

En fait, à l’instar de l’écrivain dans le roman de Philip K. Dick, comme si les gauchistes avaient des fulgurations d’oracle, Jean-Luc Mélenchon nous dévoile que nous sommes les personnages d’une uchronie. La France n’a jamais cessé d’être pétainiste -d’ailleurs, âgé de 159 ans, le vieux maréchal bande encore, et ce n’est pas un hasard si François Hollande se fait traiter de vichyste lorsqu’il propose la déchéance de nationalité pour les djihadistes. Nous vivons dans un monde où les nazis n’ont pas perdu la guerre, un monde où la démocratie libérale était vouée à l’échec, un monde où le péril islamiste n’existe pas.

 

Written by Noix Vomique

27 décembre 2015 à 15 h 45 min

Publié dans Uncategorized

29 Réponses

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  1. Tout à fait… Surtout pour ce qui concerne le péril islamiste, on se demande bien ce que ce pourrait être!
    Quant à ce vieux maoïste de Méluche (Mao, plus de 30 millions de morts) il a bien raison, le danger c’est Mein Kampf !
    Amitiés.

    nouratinbis

    27 décembre 2015 at 18 h 07 min

  2. âgé de 159 ans, le vieux maréchal bande encore

    Hi hi hi !!!
    C’est vrai qu’il ne fait pas son âge le Vert galant !!!

    fredi maque

    28 décembre 2015 at 14 h 19 min

    • Il ne fait pas son âge, non. On a encore eu droit à Vichy dans une tribune que l’insupportable Esther Benbassa a publiée le 31 décembre dans Libération pour signifier son opposition à la déchéance de nationalité: en mettant en avant son statut d’historienne, elle a fait un parallèle particulièrement odieux entre les juifs d’Algérie, que Vichy a déchu en 1940 de leur nationalité française, et les djihadistes qui ont déclaré la guerre à la France et qui tuent des gens dans les rues de Paris. Voilà à quoi ça mène de combattre le maréchal Pétain en 2015.

      Noix Vomique

      3 janvier 2016 at 15 h 45 min

  3. Il est fou de constater à quel point les nazis fascinent, même 70 ans après les faits, même quand on connaît la nature criminelle de leur entreprise. Il faut dire que question style, ils étaient imbattables. Je cite Les enfants de la zone grise :
    « Pareil encore pour la swastika. Pourquoi restera-t-elle toujours plus bestialement belle que l’accouplement de la faucille et du marteau ? Parce que ce dernier n’est qu’un aide-mémoire pictural, le résumé-symbole d’une école politique à la fois complexe et naïve. Légal et encore prisé, il sent au maximum la désuétude, malgré le score inégalable en morts des masses de tarés qui l’ont arboré. Mais il parle à l’esprit, quand la croix gammée tape directement à l’instinct par ce qu’elle évoque. Vous voulez de la force brute, animale, dégueulasse, fascinante parce que dégueulasse, subjuguante malgré tous les efforts intellectuels et moraux que vous consentez à en repousser l’immonde séduction ? C’est à Berchtesgaden que ça se passe, point final »

    L’article complet :
    http://lesenfantsdelazonegrise.hautetfort.com/archive/2015/05/29/ultime-lucidite-5630660.html

    paulfortune1975

    28 décembre 2015 at 15 h 03 min

    • Le nazisme, plus encore que le fascisme, a été une esthétique.

      Arnaud D

      28 décembre 2015 at 16 h 07 min

      • @Arnaud D
        Très juste.

        fredi maque

        28 décembre 2015 at 16 h 21 min

      • Avec l’appui d’artistes talentueux (Leni Riefenstahl), les nazis ont développé une puissante esthétisation de la politique, sa mise en spectacle glacé dont certaines formes perdurent. Dans un doc’ consacré à F. Mitterrand diffusé récemment, une séquence est assez saisissante. Nous sommes en 1988. On voit le président réélu pour un second septennat défiler avec sa cour. Filmés d’en-haut (du ciel ?) et depuis l’arrière, ils traversent la foule extatique. Le cadre est quasiment le même que celui d’une séquence de propagande prise durant la guerre (en 1942) dans laquelle on voit Hitler et les hauts dignitaires nazis traverser une foule également en extase. La réalisation a inconsciemment – je pense – repris ce cadre puissant.

        Claude

        2 janvier 2016 at 12 h 38 min

        • PS : Je me méfie du comparatisme en politique mais je n’oublie pas que le national-socialisme était aussi un socialisme…

          Claude

          2 janvier 2016 at 12 h 57 min

          • Je suis persuadé que les gauchistes sont aujourd’hui obsédés par la nazisme parce qu’ils savent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils auraient pu être séduits par cette combinaison d’esthétisme et de progressisme.

            Noix Vomique

            3 janvier 2016 at 15 h 49 min

          • C’est vrai.

            Claude

            3 janvier 2016 at 16 h 02 min

      • A propos d’esthétisme, l’archi fasciste (Italie) a été imprégnée de l’élan futuriste :
        https://priskapasquer.com/futurism/
        Contrairement à l’architecture nazie souvent lourde, massive et inerte (Albert Speer aurait dit « ça fera de belles ruines »), les bâtiments construits sous Mussolini ont quelque chose du Bauhaus, de Le Corbusier et de l’art-déco comme ici :
        http://pour15minutesdamour.blogspot.ch/2009/07/metaphysique-coloniale.html
        ou ce bâtiment pour colonies de vacances :
        http://pour15minutesdamour.blogspot.ch/2009/05/les-jolies-colonies-de-vacances.html

        Claude

        2 janvier 2016 at 20 h 43 min

        • Un très bel exemple d’architecture fasciste, le palais de la civilisation italienne par les architectes Guerrini, La Padula et Romano, hommage au Duce, puisque le nombre d’ouvertures sur la rangée verticale correspond au nombre de lettres de son prénom, et comme de juste, le nombre d’ouvertures sur une rangée horizontale le nombre de lettres de son patronyme.

          Le productions nazies, tournées vers le néo-classicisme, sont très nettement moins réussies que leurs petites sœurs américaines où ce style a eu le vent en poupe. Elles inscrivent plus clairement le fascisme dans la modernité progressiste alors que le nazisme semble vouloir figer l’expression artistique dans une séquence vouée à devoir être répétée sans cesse. En cela le nazisme a beaucoup plus à voir avec l’Union Soviétique qui a tranché pour le réalisme socialiste comme seule expression artistique du pays.

          Arnaud D

          3 janvier 2016 at 0 h 45 min

          • Fellini a utilisé ce bâtiment comme décor dans une séquence de « La tentation du Docteur Antonio », le moyen-métrage intégré au film à sketches « Boccaccio 70 » en 1962.
            Vers 40′ env. : https://www.youtube.com/watch?v=H_IOntd1_II

            Claude

            3 janvier 2016 at 13 h 34 min

          • Il y avait incontestablement une dimension esthétique dans le fascisme. D’ailleurs, Mussolini disait: « Qui dit fascisme dit avant tout beauté ». Michel Lacroix, un universitaire québécois, a publié en 2004 De la beauté comme violence où il démontre que le fascisme français était conçu comme une expérience esthétique. Il cite notamment Robert Brasillach: « Le fascisme, il y a bien longtemps que nous avons pensé que c’était une poésie et la poésie même du XXe siècle (avec le communisme sans doute). Je me dis que cela ne peut pas mourir. Les petits enfants qui seront les garçons de vingt ans plus tard apprendront avec un sombre émerveillement l’existence de cette exaltation de millions d’hommes, les camps de jeunesse,la gloire du passé, les défilés, les cathédrales de lumière, les héros frappés au combat, l’amitié entre les jeunesses de toutes les nations réconciliées. José Antonio, le fascisme immense et rouge. Je ne pourrai jamais oublier le rayonnement merveilleux du fascisme universel de ma jeunesse. »

            Noix Vomique

            3 janvier 2016 at 16 h 05 min

    • td

      20 janvier 2016 at 15 h 09 min

  4. […] Décidément, ils sont forts, ces nazis. Ils nous ont fait croire qu'ils avaient perdu la guerre et, soixante-dix ans après, nous les voyons triompher partout. Alors qu'ils obtenaient 30% des voix aux dernières élections régionales en France, ils ont crânement tapissé le métro new-yorkais de la Croix de fer et de l'Aigle allemand -nous avons échappé de peu à la croix gammée…  […]

  5. Personnellement, j’ai très peur, si l’on réédite le livre trois fois maudit, de voir des centaines de milliers de zombis nazis émerger des neiges de Norvège, comme ça se passe dans Snow.

    didiergoux

    31 décembre 2015 at 19 h 20 min

    • Dead Snow est un bon petit film de zombies nazis.

      Claude

      2 janvier 2016 at 20 h 27 min

    • Tant que ce ne sont pas des zombies islamo-nazis…

      Arnaud D

      3 janvier 2016 at 0 h 46 min

    • Ah, Didier, on vous reconnaît bien: ça vous plaît, ça, les histoires de zombis!

      Noix Vomique

      3 janvier 2016 at 15 h 52 min

      • Et on le comprend, dès qu’on allume le poste et que l’on tombe sur un membre du gouvernement…

        Arnaud D

        4 janvier 2016 at 20 h 42 min

        • Nous avons aussi quelques bons spécimen en Suisse.😉

          Claude

          5 janvier 2016 at 13 h 25 min

  6. il est d’ailleurs assez caractéristique que ce soient les nazimobiles , grosses automobiles Hallemandes noires , que ce soient berlines , coupés sport ou gelandewagen , qui soient les véhicules les plus convoités….
    je ne ferais pas de publicité , vous trouverez tout seul à quelles marques et modèles je fais allusion

    kobus van cleef

    1 janvier 2016 at 16 h 35 min

  7. Ils sont très forts ces nazis. D’ailleurs Napoléon l’avait bien dit: si j’avais connu Goebbels jamais personne n’aurait su que j’avais perdu à Waterloo!

    jean-marc

    2 janvier 2016 at 15 h 02 min

  8. Le vrai danger, c’est la ptite blondinette de la région Paca.
    D’ailleurs ouf, les vrais Français ont vu le risque à temps.
    On a eu chaud !

    Bonne année, Noix Vomique ! Meilleurs voeux !

    carine005

    3 janvier 2016 at 15 h 57 min

  9. A propos de la dimension esthétique du fascisme italien, le régime soutenait des revues littéraires qui publiaient des auteurs surréalistes, des peintres d’avant-garde et même des écrivains français communistes (Eluard), chose impensable dans l’Allemagne nazie. Malaparte est emblématique de cette singularité. Il a lui-même dirigé des revues financées par l’Etat fasciste. Sous Mussolini, les artistes avaient une marge de création réelle. (littérature, architecture, design, etc.)

    Claude

    5 janvier 2016 at 13 h 32 min

  10. Aprés Total recall, Blade runner, et bien d’autres, encore un roman du Maître porté à l’écran !
    Je me souviens de ce livre, et des interrogations qu’il avait fait naitre dans mon esprit adolescent (je l’ai lu il y a bien longtemps !). Allez zou, je le cherche et m’ en vais le relire. Merci !

    lenonce

    6 janvier 2016 at 17 h 30 min

  11. A propos de l’obsession « antifa » de certains donneurs de leçons au cerveau obscurci par leur grille de lecture obsolète qui les empêche de voir les vrais ennemis aujourd’hui, je dépose cette réflexion d’A. Finkielkraut :
    « Le nazisme est mort et il ne reviendra plus en dépit des vigilants efforts de ceux qui ont connu la grâce d’une naissance tardive et qui rêvent d’affronter le monstre pour montrer de quel bois résistant ils se chauffent. »

    Un cœur intelligent, Stock/Flammarion, 2009

    Claude

    20 janvier 2016 at 18 h 50 min


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