Noix Vomique

Collaboration

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Pierre Laval, lors de son procès, 1945.

Vichy; encore et toujours. À l’assemblée nationale, alors qu’elle exprimait son opposition au projet de révision constitutionnelle du gouvernement, Cécile Duflot a rappelé que Vichy fut le dernier régime à avoir massivement utilisé la déchéance de nationalité. C’est sans doute une manie chez les écologistes puisque, fin décembre, Esther Benbassa avait déjà évoqué Vichy dans une tribune publiée par Libération: présumant de son statut d’historienne, elle avait comparé les juifs d’Algérie, déchus en 1940 de leur nationalité française, aux djihadistes qui ont déclaré la guerre à la France et qui tuent dans les rues de Paris. Le parallèle avec le supplice des Juifs durant la Seconde guerre mondiale est particulièrement obscène; il n’est pourtant pas rare que des universitaires le ressassent, comme si les islamistes étaient aujourd’hui persécutés en France. 

Esther Benbassa n’est pas loin de manifester sa solidarité avec les djihadistes lorsqu’elle s’identifie à eux, feignant de croire qu’elle est également concernée par la déchéance de nationalité et qu’elle va être obligée de renoncer à sa collection de nationalités -cacherait-elle des kalachnikovs sous son lit? Nous ne sommes donc pas surpris de la découvrir parmi les universitaires qui soutiennent le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, après que Manuel Valls l’avait accusé de fricoter avec le gratin de l’islamisme. En parcourant la liste des signataires, aux côtés de quelques catholiques égarés par le désir de prendre une revanche sur Émile Combes, nous retrouvons les habituels gauchistes islamophiles, qui n’hésitent pas à dénaturer l’idée de la laïcité pour faire la promotion du communautarisme. Les plus cabots font du gringue aux caméras d’Oumma TV; ils en sont même à insinuer que l’État, en France, est islamophobe. Or, l’affirmation qu’il existe aujourd’hui un racisme d’État n’est pas anodine: elle nous renvoie une fois de plus à Vichy, et à l’idée que les Musulmans seraient aujourd’hui des victimes au même titre que les Juifs hier.

Les signataires de la lettre de soutien à Jean-Louis Bianco sont des capitulards: ils cèdent au chantage de l’islam politique qui prétend que la laïcité, telle qu’elle est conçue, encourage l’essor de l’islamophobie en France. Ils se font les porte-paroles des imams et interdisent toute critique de l’islam;  des enseignants et des chercheurs viennent même d’accuser l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud, déjà visé par une fatwa, d’alimenter «les fantasmes islamophobes» des Européens parce qu’il avait écrit que la conception de la femme et du sexe dans le monde arabo-musulman était misérable. Cette sorte d’asservissement de nos élites intellectuelles suggère une autre analogie avec Vichy, qui fait inévitablement penser à Soumission, lorsque Michel Houellebecq raconte un cocktail dans les salles de réception de la Sorbonne:

L’assistance était composée de l’habituel mélange d’universitaires français et de dignitaires arabes; mais il y avait cette fois beaucoup de Français, j’avais l’impression que tous les enseignants étaient venus. C’était assez compréhensible: se plier à la férule du nouveau régime saoudien était encore considéré par beaucoup comme un acte un peu honteux, un acte pour ainsi dire de collaboration; en se réunissant entre eux ils faisaient nombre, se donnaient mutuellement du courage, et leur satisfaction était grande lorsque l’occasion leur était donnée d’accueillir un nouveau collègue.

Soumission n’est peut-être pas le meilleur roman de Houellebecq -le Chef d’oeuvre de Michel Houellebecq étant ailleurs; mais la charge qu’il bat contre les universitaires qui se soumettent à l’islam est vraiment jubilatoire. Les professeurs sont peut-être de médiocres carriéristes; leur motivation est sans doute sexuelle, à l’instar du personnage de Loiseleur qui, en ayant «sauté le pas» avec une étudiante voilée de deuxième année, est assuré d’avoir une épouse soumise, comme s’il existait «un rapport entre l’absolue soumission de la femme à l’homme, telle que l’a décrit Histoire d’O, et la soumission de l’homme à Dieu, telle que l’envisage l’islam». Mais ce sont d’abord des universitaires décadents que Michel Houellebecq nous décrit -et ce sont des collabos, dans la mesure où ils ont pris le parti de l’Autre.

Comment, alors, ne pas penser à l’Occupation? En ruminant sans cesse Vichy, les intellectuels de gauche essayent de digérer un passé qui leur fait honte et que l’historien Simon Epstein a mis en lumière dans Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance (Albin Michel, 2008). Nous savons en effet à quel point les hommes de gauche, qui proclamaient dans les années trente leur rejet de l’antisémitisme, s’étaient ensuite impliqués dans la collaboration avec l’Allemagne nazie -d’ailleurs, cela expliquerait une partie de l’oeuvre sociale de Vichy. Simon Epstein démontre également que le pacifisme fut le moteur principal de la collaboration; Sartre l’avait lui-même compris: «les pacifistes, incapables d’enrayer la guerre, avaient tout-à-coup décidé de voir dans l’armée allemande la force qui réaliserait la paix». La collaboration est donc une tradition à gauche; envisagée pour sauver la paix ou pour baiser, elle aurait même un petit côté peace and love, comme si les collabos avaient dans leur coeur un hippie qui sommeille. Mais ils sont également sous la fascination de l’action et de la violence. En effet, alors qu’eux-mêmes ne sont plus que des révolutionnaires de backrooms, certains intellectuels ne sont-ils pas aujourd’hui subjugués par le fait que les djihadistes puissent prendre les armes et passer à l’acte?

Manuel Valls répète que nous sommes «en guerre»; il est accusé d’être vichyste parce qu’il souhaite prolonger l’état d’urgence au motif «qu’il faut avoir recours à toutes les mesures qui, dans le cadre de la loi, nous permettent de protéger les Français.» Il est tout-de-même savoureux que les contempteurs du premier ministre, obsédés par Vichy, se comportent comme de vrais collabos. Ils devraient se méfier: comme en 1944, lorsqu’il fallut écarter ceux qui avaient collaboré avec l’ennemi, le moment de l’épuration pourrait venir. Il est temps, en effet, que la France réagisse et retrouve son identité -et l’État ne pourra pas continuer d’employer des universitaires qui trahissent la République et tiennent des discours anti-français. D’ailleurs, dans Vichy, L’événement, la mémoire, l’histoire (Gallimard, 2001), Henry Rousso a très bien expliqué quelle fut l’utilité de l’épuration:  «elle a exercé enfin une fonction identitaire et de reconstruction nationale. C’est le sens de la peine de «dégradation nationale» instaurée par les ordonnances de 1944. En éliminant les traîtres à la patrie, à la nation et à la République, la France pouvait espérer fonder son futur destin sur une identité retrouvée». Avant de citer Camus: «Un pays qui manque son épuration, manque sa rénovation».

Written by Noix Vomique

21 février 2016 à 17 h 14 min

Publié dans Uncategorized

3 Réponses

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  1. A reblogué ceci sur Décadence de Cordicopolis.

    Lebuchard courroucé

    21 février 2016 at 17 h 50 min

  2. L’une des armes de ces nouveaux collabos est de discréditer la France en noircissant son histoire, notamment sur la période de Vichy. Aussi ne faut-il pas se laisser faire.

    Par exemple, les mesures de dénaturalisation de Vichy ont peu à voir avec le supplice des juifs, c’est à dire leur extermination, qui relève de la responsabilité de l’Allemagne (et dans laquelle la complicité de Vichy est moins forte, sans doute, que ce que veulent nous faire croire les nouveaux collabos, pour nous y associer pour l’éternité).

    Il y a eu trois types de dénaturalisation employés par Vichy : celles qui ont frappé ceux qui avaient quitté la France (de Gaulle par exemple, ou encore Rothschild) ; celles qui résultent de l’annulation des naturalisations accordées dans l’avant-guerre ; et celle des juifs d’Algérie.
    Ont été dénaturalisés les juifs d’Algérie naturalisés par le décret Crémieux de 1871, ce qui était une mesure d’ensemble (sur laquelle il y avait d’ailleurs eu une hésitation à l’époque) mais pas ceux qui avaient bénéficié de mesures individuelles : par exemple, les juifs d’Algérie ayant obtenu la citoyenneté à titre individuel, entre 1865 et 1870 ; ou les juifs d’Algérie ayant un parent juifs alsacien émigré en Algérie. D’après Renée Dray-Bensoussan, à Marseille environ 20% des juifs marseillais présents en 1940 ont ainsi perdu la nationalité, mais 1,5% l’ont gardé (ils étaient originaires d’AFN mais avaient obtenu la nationalité par une autre voie que les décrets Crémieux). Les juifs d’Algérie n’ont pas été touchés par les déportations s’ils étaient restés en Algérie, et ont continué à être relativement protégés des déportations par la qualité de sujet français pour la minorité venue en métropole.
    De même, les dénaturalisations par annulation en commission ont concerné 15 000 personnes en tout, dont 6 000 juifs (sur plusieurs centaines de milliers de naturalisations depuis la loi de 1927). Les juifs ont été proportionnellement plus touchés que les autres, mais la majorité de ces dénaturalisations portait sur des non-juifs. Et de plus, sur un cas particulier, cet article :

    http://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1988_num_20_1_2792

    montre, page 14, que parmi ceux qui ont perdu la nationalité seule une minorité a été déportée (dans le cas des juifs de Salonique, environ 9%).

    Donc ces mesures de dénaturalisation ne sont en fait pas liées à la déportation vers les camps nazis. Elles ressemblent en fait beaucoup plus, justement, à l’épuration de l’après-guerre dans le cadre de l’analyse de Vichy. Il s’agissait de revenir sur des naturalisations considérées comme injustifiées, ce qui a plus à voir avec la démarche de l’épuration (sur la base d’une analyse erronée) qu’avec les crimes nazis.

    Enfin, la complicité de Vichy avec les déportations nazies est plus faible que ce qu’on veut nous faire croire parce que la diffusion de l’information sur les crimes nazis a été assez lente, et parce qu’il y a eu changement de politique nazie : au début de la guerre, la politique nazie était une politique d’expulsion, notamment un projet d’expulsion en masse vers Madagascar en lien avec un dossier examiné…par la IIIe République avec la Pologne.

    http://www.rgdip.com/histoire/RHD-2011-2_art4-Mathieu-web.pdf

    Beaucoup des mesures prises par Vichy, et peut-être les premières déportations de l’été 1942 (plus de la moitié des déportations de France, et la grande majorité des arrestations par la police française sur demande de Vichy), ont donc été prises sans savoir quelles étaient les intentions nazies.
    Les premières informations sur des meurtres de masse sont parvenues en Grande-Bretagne en juin 1942, et ont été diffusées début juillet par la BBC notamment en français, mais semblent avoir rencontré une certaine incrédulité au cours de l’été 1942. Par exemple, le 30 août 1942, le journal britannique The (Manchester) Guardian écrivait explicitement que les déportations de France étaient des déportations vers le travail.
    Plusieurs historiens juifs de cette période, par exemple Léon Poliakov (L’envers du destin, 1989) ou Marc Ferro (dans son dernier livre, Pétain en vérité) pensent que Vichy n’était pas au courant ou n’avait pas compris, à l’été 1942.

    « Pour ma part, j’ai toujours pensé, contrairement à l’opinion commune, que Laval, qui n’était nullement antisémite, ne mérite pas sa mauvaise réputation. Ma conviction d’historien est qu’à l’époque, en été 1942, il ignorait, comme tout le monde en France, l’existence des chambres à gaz. On pensait que ce serait une vie dure, pénible, mais on ne pensait pas à des meurtres d’enfants. En fait, tout tourne autour d’une phrase de Dannecker, le chef du service juif en France, qui écrivait que pour l’instant il ne fallait déporter les Juifs qu’à partir de l’âge de 16 ans, ce à quoi Laval ajoutait qu’il fallait leur adjoindre leurs enfants. Bref, je pense qu’il ignorait que ces enfants allaient être tués sur place – un petit point d’histoire. »
    Léon Poliakov dans ce livre :

    http://www.amazon.fr/LEnvers-du-destin-L%C3%A9on-Poliakov/dp/2877060454/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1456371959&sr=8-1&keywords=l%C3%A9on+poliakov+destin

    td

    25 février 2016 at 4 h 56 min


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