Noix Vomique

Archive for avril 2016

Un appartement à Tchernobyl

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Ils l’avaient attendu longtemps, cet appartement. Ils étaient arrivés en 1979, quand la centrale avait embauché pour renforcer la sécurité -depuis cette date, aucun autre accident du travail ne s’était produit. Après des années d’attente, un ami du KGB avait apporté son appui et ils avaient enfin reçu ce bel appartement, beaucoup plus vaste et plus lumineux qu’ils ne l’avaient jamais espéré. C’était sûr, ils allaient être heureux, à Tchernobyl.

The Chernobyl Gallery.

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Fête foraine

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Comme des migrants dans un camion-caisson ©Sandrine Etoa-Andègue

Au Musée national de l’histoire de l’immigration, qui n’est rien d’autre qu’une excroissance pernicieuse de l’exposition coloniale de 1931, un spectacle-performance intitulé Ticket propose aux spectateurs de devenir momentanément des migrants clandestins -ou des comédiens, on ne sait plus, car les frontières sont faites pour être abolies et tout le monde est finalement tout le monde; et cachés dans un camion, dans l’obscurité, les spectateurs s’apprêtent donc à passer en Angleterre, ils tremblent à l’idée d’être découverts, ils écoutent le bruit du moteur, ils sursautent aux moindres éclats de voix, et pour un peu, ils se pisseraient dessus: c’est la version avant-gardiste et compassionnelle de ce bon vieux train fantôme que l’on trouve dans n’importe quelle fête foraine, un tour de manège citoyen et participatif qui permet de s’émouvoir et de se sentir concerné, parce qu’on ne peut pas se contenter d’être progressiste dans le vide et qu’il est important de partager les conditions de voyage des migrants, pour comprendre mais surtout pour ne pas oublier, car tout va si vite qu’on ne se souvient même plus, six mois après, du nom de ce môme, là, mort sur une plage de Turquie, avec son putain de tee-shirt rouge, et c’est justement pour lutter contre l’indifférence qu’il faut des spectacles interactifs comme Ticket, pour soulever le coeur comme si l’on dévalait des montagnes russes mais aussi pour émettre un acte de contrition, car les Européens ont forcément leur part de culpabilité -d’ailleurs, puisqu’ils semblent avoir quelque disposition, ils mériteraient bien d’être exhibés, lorsque le grand remplacement sera achevé, dans des sortes de zoos humains festifs.

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Révolutionnaires

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Au nombre des singeries de la «Nuit Debout», il est cocasse de voir des historiens, spécialistes de la Révolution, se démener sur une place de la République subitement transformée en bidonville. Ils sont convaincus qu’ils vont enfin pouvoir la faire, leur révolution. Ils jouent donc à la Commune -il ne manque que l’armée prussienne pour mettre le siège devant Paris et les troupes versaillaises pour abréger l’expérience. Comme en 1871, des commissions sont créées et, l’Éducation nationale étant ce qu’elle est, une commission Éducation populaire propose à des professeurs, chose absolument inouïe, de «partager leurs savoirs». Le programme, digne d’une Fête de l’Huma, prévoit des interventions sans surprise, sur les concepts de Karl Marx, sur l’État d’urgence depuis la guerre d’Algérie, les réfugiés, le travail des femmes ou encore la révolution de 1848. L’historien Guillaume Mazeau est venu parler de la Terreur. Je me souviens d’une interview parue en 2013 dans L’Humanité, à propos de la demande de reconnaissance du génocide vendéen, où il dénonçait une instrumentalisation de la mémoire par la droite et reprenait à son compte la vieille idée de Clemenceau, pour qui «la révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire» :

« Discréditer l’héritage de la Révolution française peut servir à écarter des politiques égalitaires pour aujourd’hui. Dire que la Terreur n’a été que mort, violence et déclin, en oubliant toute la pensée sociale de la Terreur, même si elle est restée largement en chantier et qu’elle s’est accompagnée de politiques répressives, c’est tout jeter avec l’eau du bain ».

Quel raisonnement extraordinaire: les bonnes intentions de la Terreur, notamment en matière sociale, suffiraient donc à excuser tous les massacres commis entre 1793 et 1794. Imaginez la tête de nos bobos si un historien utilisait les mêmes ficelles et venait leur raconter qu’on ne peut pas réduire le régime de Vichy à la collaboration avec l’Allemagne nazie? S’il leur expliquait que les déportations de Juifs ne doivent pas faire oublier l’oeuvre sociale de Vichy: la Charte du travail, promulguée le 4 octobre 1941, qui posait pour la première fois le principe d’un salaire minimum vital; l’instauration en 1941 du système de retraite par répartition et la création de l’Allocation des vieux travailleurs salariés, conservée à la Libération puis transformée en minimum vieillesse en 1956; la loi du 21 décembre 1941, qui fonde l’hôpital moderne, «toutes-classes», avec la création des services hospitaliers par type de maladie; la création des comités sociaux d’entreprise, par la loi du 16 août 1940, qui favorisèrent la mise en place de crèches, de cantines, de jardins ouvriers, de coopératives de ravitaillement ou encore de colonies de vacances? Les bobos ne manqueraient pas de s’indigner, car ils ont été dressés pour cela: il est impossible que le régime de Vichy ait eu de bonnes intentions. Un certain William encouragerait alors l’assistance à rejeter tout usage de l’histoire par l’extrême-droite. Sans doute est-ce le péché mignon des historiens engagés à gauche: ils sont persuadés que l’histoire a un sens -et un seul, c’est-à-dire celui qu’ils ont choisi.

Dimanche, sur la place de la République, parce que la «Nuit Debout» a accompli le miracle de transformer l’Homo festivus en Homo erectus, certains voulaient croire que l’histoire se remettait en marche. Des universitaires, persuadés qu’ils représentaient le peuple, ont donc saisi l’occasion de jouer au Communard, oubliant au passage que la Commune fut un échec retentissant -l’histoire est pleine de culs-de-sac comme la Commune, et le régime de Vichy en est un. Mais les Communards de 2016 ne termineront pas leur aventure dans le cimetière du Père Lachaise, acculés contre le mur des fédérés; après quelques selfies, ils reprendront leur confortable petit boulot à l’université. L’avaient-ils laissé, d’ailleurs?

Written by Noix Vomique

12 avril 2016 at 15 03 59 04594

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