Noix Vomique

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Les leçons de Verdun

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Douaumont-deGaulle-mai1966

Le 29 mai 1966, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille de Verdun, le général de Gaulle prononça un discours devant l’ossuaire de Douaumont.

« Un demi-siècle a passé depuis que se déroula la grande bataille de Verdun. Combien, pourtant, demeure profond le mouvement des âmes que soulève son souvenir ! Cela est vrai des anciens combattants et, d’abord, de ceux d’entre eux qui sont venus attester aujourd’hui leur fierté et leur fidélité. Cela est vrai, aussi, d’innombrables Français et Françaises qui savent que, pour notre pays, tout dépendit de ce qui fut alors joué et gagné ici. Cela est vrai, enfin, de tant et tant d’hommes et de femmes qui, partout dans le monde, s’émeuvent encore à la pensée du drame dont l’Histoire a été marquée sur le terrain que voilà. De part et d’autre de la Meuse, dans un secteur étroit de 24 kilomètres, entre le 21 février 1916 et le 7 septembre 1917, les armées de deux grands peuples guerriers tentèrent de se broyer mutuellement sur place. Lutte si dure, qu’au total, plus de deux millions d’hommes y prirent part, plus de 700000 y tombèrent, plus de 200000 y moururent, plus de 50 millions d’obus y furent tirés. Lutte si sombre que, pour prendre ou perdre tour à tour quelques lambeaux d’un terrain pulvérisé, des dépenses inouïes de valeur et de sacrifice furent prodiguées de part et d’autre, sans que la lumière du triomphe ait lui sur aucun des deux camps.

Les Allemands avaient pris l’offensive. Pour Falkenhayn, qui les commandait au nom de l’empereur Guillaume II, il s’agissait en effet de régler son compte à notre armée. A l’Est, les Russes venaient d’être refoulés par les forces germaniques et austro-hongroises. A l’Ouest, les Britanniques n’étaient pas encore en mesure de déployer toutes leurs possibilités et celles des Belges, malgré leur valeur, ne pouvaient être que limitées, tandis que les Français se trouvaient fort éprouvés par leurs assauts coûteux de l’année 1915, sérieusement engagés en Orient contre les Turcs et les Bulgares et, au surplus, dépourvus d’une artillerie lourde moderne. Par contre, on pouvait prévoir, qu’avant longtemps, les troupes du tsar repartiraient en avant, que celles de Haig auraient reçu des renforts importants, que celles de Joffre commenceraient à utiliser la masse des gros canons que fabriquaient maintenant nos usines, que l’entrée en ligne de l’Italie, celle d’une partie de la Grèce, la constance de la Serbie, l’intervention attendue de la Roumanie, poseraient aux Empires de nouveaux et difficiles problèmes. L’état-major allemand jugeait donc bon de prendre les devants en enfonçant l’adversaire principal. Comme objectif, il se donnait la charnière de Verdun. Car, stratégiquement, il pourrait y briser l’articulation des deux branches Nord et Est de notre front et exploiter ensuite cette rupture ; tactiquement, la forme enveloppante des lignes de l’assaillant favoriserait à l’extrême l’action concentrique de sa formidable artillerie ; symboliquement, l’enlèvement d’une place, connue depuis toujours comme le boulevard de la France, serait la revanche de la Marne.

Le 21 février, la Ve armée allemande, sous les ordres du Kronprinz, entame l’action. Pendant six mois, sans relâche, ses attaques vont se succéder. Tout d’abord, elle essaie de percer nos positions d’un seul coup sur la rive droite de la Meuse, depuis Ornes jusqu’à Brabant. Mais, bien que son avance atteigne le fort de Douaumont, elle ne peut rompre la défense qui, malgré de lourdes pertes, se retrouve, dès le 26, cohérente et continue. C’est alors, à la rive gauche, qu’au début du mois de mars s’étend l’effort de l’ennemi, arrêté bientôt sur les pentes du Mort-Homme et de la Côte de l’Oie. Peu après, en lisière de la Woëvre, il aborde le fort de Vaux, sans pouvoir encore l’enlever. Le 9 avril, sur tout le front entre Avaucourt et Damloup, il passe à l’attaque générale. Mais, en dépit de quelques progrès, celle-ci se heurte à une résistance dans l’ensemble irréductible.

Cependant, l’assaillant s’acharne. Jusqu’au mois d’août, il entreprend de s’emparer successivement de chacun des points d’appui français. Actions brutales à l’extrême, qui consistent à concentrer sur un objectif limité le feu intense des batteries, puis à donner l’assaut aux défenseurs décimés et atterrés par l’infernal bombardement. Parfois, peuvent être conquises de cette façon quelques parcelles ravagées, à moins que l’attaque ne soit bloquée par le tir des fantassins français restés vivants et résolus et par nos barrages d’artillerie. Ainsi, sont mis tour à tour au terrible ordre du jour : Douaumont, Thiaumont, Fleury, le fort et le village de Vaux, les Côtes du Poivre, de Talou, de l’Oie, le Mort-Homme, la cote 304, etc., où les unes après les autres, 70 de nos divisions occupent les positions bouleversées, les réparent et les défendent ; chacune n’étant relevée, suivant la règle, qu’après avoir perdu le tiers de son effectif.

Pourtant, tout en déployant dans cette zone des efforts massifs, les deux adversaires se gardent d’y engager tous leurs moyens. Joffre, qui prépare pour l’été une grande offensive sur la Somme, cherche à limiter sur la Meuse les dépenses d’hommes et de munitions. Falkenhayn, qui a vu sa tentative initiale de rupture tourner en vains combats d’usure, s’attend à subir bientôt de puissantes attaques à l’Ouest et à l’Est et se ménage des réserves. D’ailleurs, dans cette phase de la guerre, la fortification continue du front et le fait que l’armement, s’il est puissant, ne peut être mobile excluent la surprise, la manœuvre et le mouvement. Aussi la bataille, enfermée dans un étroit champ clos, n’est-elle que la mise en œuvre d’une énorme et écrasante machinerie de la destruction.

Dans ces conditions, qu’il s’agisse de mettre en ligne, sur des positions continuellement détruites, des troupes sans cesse renouvelées, combattant ou veillant le jour, cheminant ou travaillant la nuit, au milieu des débris, des entonnoirs et des cadavres ; ou d’installer des batteries en perpétuelle mutation ; ou de rétablir indéfiniment les réseaux interrompus de communications, de transmissions, d’observation ; ou de remanier sans relâche et déclencher à tout instant les plans de feux, de renseignements, de liaisons, établis à chaque échelon ; ou de porter vers l’avant la masse incroyable de matériel, de munitions, d’approvisionnements, que consomme le front de combat et qui, pour les Français, vient de l’arrière par la seule route Bar-le-Duc – Verdun ; ou de faire en sorte que, du haut en bas, responsables et exécutants soient entraînés dans l‘engrenage irrésistible des missions claires, des ordres précis et des contraintes calculées, l’art militaire a pour traits essentiels : la prévoyance, la méthode, l’organisation, puis, quand l’action est déclenchée avec son flot habituels d’alarmes et de faux semblants, une sérénité silencieuse que ne doivent ébranler ni les secousses, ni les mirages, et à laquelle, du fond de leur angoisse, les surbordonnés répondent par leur propre abnégation.

Ces dons de chef, Pétain les possède par excellence. Mis, le 26 février, à la tête de la IIe armée par Joffre, qui décide en même temps de tenir ferme à Verdun, il installe son poste à Souilly. C’est là que, jusqu’au 1er mai, il va commander la défense, de telle sorte que notre dispositif, articulé en quatre groupements : Guillaumat, Balfourier et Duchêne sur la rive droite, Bazelaire sur la rive gauche, ne cessera jamais, dans son ensemble, d’être bien agencé, bien pourvu et bien résolu, et que l’offensive de l’ennemi échouera décidément malgré la supériorité de feu que lui assurent 1 000 pièces d’artillerie lourde. Si, par malheur, en d’autres temps, dans l’extrême hiver de sa vie et au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le Maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire que, vingt-cinq ans plus tôt, il avait acquise à Verdun, puis gardée en conduisant ensuite l’armée française à la victoire, ne saurait être contestée, ni méconnue, par la patrie.

A partir du mois d’août 1916, une fois brisés les derniers assauts des Allemands, Falkenhayn étant remplacé à leur tête par Hindenburg, il nous fallait reprendre à l’ennemi le terrain, qu’au prix de tant d’efforts, il nous avait arraché pas à pas. C’est ce qui fut fait, grâce à la concentration et à l’appui d’une puissante artillerie, en trois brèves et brillantes attaques. La première, déclenchée le 24 octobre, sur l’ordre de Nivelle qui a succédé à Pétain au commandement de la IIe armée, nous remet en possession de Fleury, de Thiaumont, de Vaux, de Douaumont. C’est Mangin qui a préparé et conduit cette éclatante opération. Le 15 décembre, Guillaumat, qui à son tour commande l’armée de Verdun, lance de nouveau Mangin en avant. Du coup, retombent entre nos mains la Côte du Poivre, Louvemont, Bezonvaux, Hardaumont. Enfin, le 20 août 1917, une avance générale, exécutée sur les deux rives de la Meuse, nous rend Beaumont, Samognieux, la Côte de Talou, Champneuville, Regnéville, la Côte de l’Oie, Cumières et tout l’ensemble des massifs du Mort-Homme et de la cote 304. Le gigantesque affrontement, qui pendant dix-huit mois a mis aux prises à Verdun les deux armées les plus fortes du monde, se termine donc par un succès français. Hindenburg peut écrire : « Pour nous, c’est une blessure qui ne se refermera plus ».

Dans cette zone du front, de toutes la plus bouleversée et la plus creusée de tombeaux, la bataille s’assoupit alors. Cependant, un an après, quelques semaines avant la fin de la guerre et tandis que Foch mène l’offensive générale des Alliés, la jeune armée américaine de Pershing, aidée par le corps français de Claudel, attaquera vaillamment au nord de Verdun. Le 26 septembre 1918, sur la rive gauche de la Meuse, elle s’emparera des positions allemandes entre Forges et Avaucourt et parviendra jusqu’à Monfaucon. Puis, en octobre, elle progressera sur la rive droite au-delà de la ligne Ornes-Brabant d’où était naguère parti le grand assaut de l’ennemi. Bientôt, là comme ailleurs, l’armistice victorieux du 11 novembre fera taire la voix des canons.

Celle de l’Histoire lui succède. Sans doute, depuis cinquante ans, d’autres graves événements ont-ils bouleversé les nations. Sans doute, le destin de la France, qui avait pu paraître assuré à l’issue de la première Guerre mondiale, ne fut-il sauvé dans la Deuxième, après un effondrement sans mesure, qu’en vertu d’une sorte de prodige et non sans de cruels ravages matériels et moraux. Pourtant, rien de tout cela n’infirme, bien au contraire ! les leçons que nous tirons de la grande épreuve de Verdun.

L’une se rapporte à nous-mêmes. Sur ce champ de bataille, il fut démontré, qu’en dépit de l’inconstance et de la dispersion qui nous sont trop souvent naturelles, le fait est, qu’en nous soumettant aux lois de la cohésion, nous sommes capables d’une ténacité et d’une solidarité magnifiques et exemplaires. En demeurent les symboles, comme ils en furent les artisans au milieu du plus grand drame possible, tous nos soldats « couchés dessus le sol à la face de Dieu » et dont les restes sont enterrés sur cette pente en rangs de tombes pareilles ou confondues dans cet ossuaire fraternel. C’est pourquoi leur sépulture est, pour jamais, un monument d’union nationale que ne doit troubler rien de ce qui, par la suite, divisa les survivants. Telle est, au demeurant, la règle posée par notre sage et séculaire tradition qui consacre nos cimetières militaires aux seuls combattants tués sur le terrain.

Une autre leçon qu’enseigne Verdun s’adresse aux deux peuples dont les armées y furent si chèrement et si courageusement aux prises. Sans oublier que leurs vertus militaires atteignirent ici les sommets, Français et Allemands peuvent conclure des événements de la bataille, comme de ceux qui l’avaient précédée et de ceux qui l’ont suivie, qu’en fin de compte les fruits de leurs combats ne sont rien que des douleurs. Dans une Europe qui doit se réunir tout entière après d’affreux déchirements, se réorganiser en foyer capital de la civilisation, redevenir le guide principal d’un monde tourné vers le progrès, ces deux grands pays voisins, faits pour se compléter l’un l’autre, voient maintenant s’ouvrir devant eux la carrière de l’action commune, fermée depuis qu’à Verdun même, il y a 1 123 ans, se divisa l’Empire de Charlemagne. Cette coopération directe et privilégiée, la France l’a voulue, non sans mérite mais délibérément, quand, en 1963, elle concluait avec l’Allemagne un traité plein de promesses. Elle y est prête encore aujourd’hui.

La troisième leçon concerne nos rapports avec tous les peuples de la terre. Notre pays ayant fait ce qu’il a fait, souffert ce qu’il a souffert, sacrifié ce qu’il a sacrifié, ici comme partout et comme toujours, pour la liberté du monde, a droit à la confiance des autres. S’il l’a montré hier en combattant, il le prouve aujourd’hui en agissant au milieu de l’univers, non point pour prendre ou dominer, mais au contraire pour aider, où que ce soit, à l’équilibre, au progrès et à la paix. C’est ainsi que le souvenir de Verdun est lié directement à nos efforts d’à présent. Puissent en être affermies la foi de tous les Français et l’espérance de tous les hommes en la vocation éternelle de la France !

Vive la France ! »

De Gaulle savait ce qu’était l’histoire. Et les commémorations, alors, ne s’apparentaient pas à des farces grotesques. C’est sans doute l’ultime leçon que Verdun nous livre avec ce centenaire: nous sommes aujourd’hui dirigés par des débiles et nous courons, nous courons entre les tombes de nos Poilus, nous courons à notre perte.

Written by Noix Vomique

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À l’ombre du Temple

Le mur des lamentations Alexandre Bida

Le Mur des Lamentations, dessin d’Alexandre Bida (1857).

Lorsque j’étais gamin, il était clair que le petit temple en préfabriqué où nous nous rendions chaque dimanche matin n’était qu’une pâle réplique du Temple de Jérusalem. Une petite brochure que nous utilisions à l’École du dimanche nous racontait, entre autres histoires édifiantes, comment Salomon avait fait construire le Temple et, pendant que les adultes écoutaient la prédication du pasteur et chantaient des cantiques, dans la salle attenante, nous dessinions cette maison telle que nous l’imaginions, avec ses murs en pierre de taille, son plancher en cèdre du Liban et le lieu très saint entièrement recouvert d’or. C’était la maison de l’Éternel, le sanctuaire où l’arche de l’alliance était conservée. Mais l’histoire du Temple de Jérusalem nous semblait bien compliquée: au sixième siècle avant notre ère, les Babyloniens l’avaient détruit; les Juifs, à leur retour d’exil, quelques années plus tard, l’avaient reconstruit sous la direction de Josué; il fut entièrement rénové au premier siècle par Hérode le Grand et la colline où il se dressait fut muraillée et nivelée pour favoriser l’aménagement d’un immense parvis à la mode romaine. Au catéchisme, au fur et à mesure des études bibliques, Jean Calvin nous ayant transmis l’amour des textes, le temple d’Hérode finissait par nous apparaître comme un endroit quelque peu inquiétant. Luc nous rapporte cette anecdote où Joseph et Marie, venus à Jérusalem pour fêter la Pâque, craignaient d’avoir perdu Jésus, alors âgé de douze ans: ils le retrouvèrent finalement dans le Temple, en grande conversation avec les docteurs; Jean raconte que Jésus chassa violemment les marchands du Temple, qu’il renversa les tables et dispersa l’argent; Matthieu précise que Jésus, devant le sanhédrin, fut accusé de blasphème parce qu’il avait déclaré qu’il pouvait détruire le Temple de Dieu et le rebâtir en trois jours; toujours selon Matthieu, au moment où Jésus mourut sur la croix, le voile du Temple, qui séparait le lieu saint du lieu très saint, se déchira de haut en bas. Enfin, dans les Actes des Apôtres, c’est l’accusation d’avoir introduit un païen dans le Temple qui valut à Paul d’être arrêté puis déporté à Rome. L’image heureuse du sanctuaire voulu par Salomon, dix siècles plus tôt, semblait lointaine, et c’était comme si les événements terribles du Nouveau Testament nous préparaient à la tragédie: l’armée de Titus détruisit complètement le Temple en l’an 70 -le seul vestige qui subsiste aujourd’hui est le Mur des Lamentations, c’est-à-dire le mur de soutènement qui borde le flanc ouest du Mont du Temple. Pour tout le monde, cette destruction était effroyable; pour les Juifs, mettons-nous à leur place, une véritable catastrophe. Je me souviens que mon Grand-père, bonapartiste convaincu, me racontait que la reconstruction du Temple fut un moment envisagée par Napoléon -je n’ai jamais su d’où il tirait cette information; et toute cette histoire, avec son dénouement tragique, suscita en moi une brève vocation d’archéologue: je me serais bien vu, tel Indiana Jones, à la recherche de l’arche de l’alliance.

Aujourd’hui, le drame du Temple n’est toujours pas terminé; l’UNESCO vient d’en écrire un nouveau chapitre. À la mi-avril, à la demande de plusieurs pays arabes, le conseil exécutif de la commission des relations extérieures de l’UNESCO a en effet adopté une résolution sur la «Palestine occupée». Le texte, qui répète comme une litanie qu’Israël est une «puissance occupante», instille l’idée que les Juifs n’ont aucun droit sur Jérusalem. Le Mur des Lamentations est donc nommé par son nom arabe, Al-Buraq, et le Mont du Temple s’efface au profit de l’appellation al-Haram al-Sharif, comme si le Temple n’avait jamais existé. Devant les protestations d’Israël, la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a balbutié les salades habituelles, en appelant au «respect et au dialogue» et en déclarant que «Jérusalem est une Terre Sainte des trois religions monothéistes, un endroit de dialogue pour tous les peuples – juif, chrétien et musulman.» Or, ce sont toujours les Israéliens que l’on somme d’être ouverts au dialogue. Les Arabes de Palestine, eux, sont dispensés de tout effort: ils peuvent donc répéter que Jérusalem leur appartient et dire, comme Mahmoud Abbas, que «les juifs n’ont pas le droit de souiller les lieux saints de leurs pieds sales», ou que «chaque goutte de sang versée pour Jérusalem est propre et pure».

Lorsqu’ils nient l’existence du Temple, les Arabes de Palestine cherchent évidemment à nier le lien historique qui unit Jérusalem et le peuple juif. Avec le temps, le Mont du Temple, qu’ils préfèrent appeler l’esplanade des Mosquées, est devenu l’enjeu essentiel d’un conflit israélo-palestinien qui a glissé sur le terrain religieux: bien que Jérusalem ne soit jamais mentionnée dans le Coran, le Dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa sont aujourd’hui considérés comme des lieux saints de l’islam -ils furent construits là où Mahomet aurait miraculeusement atterri après avoir parcouru en un instant la distance de La Mecque à Jérusalem. Le Temple s’élevait précisément à cet endroit: en contrebas de l’esplanade, il n’en reste que le Mur des Lamentations, vénéré par les Juifs, puisque c’est le vestige le plus proche du Saint des Saints. Or, la résolution de l’UNESCO laisse entendre que le Mur des Lamentations fait partie de l’esplanade des mosquées -et qu’il est donc un monument islamique. Ce n’est pas la première fois que l’UNESCO permet aux Palestiniens à s’approprier des lieux de culte juifs: en octobre 2015, elle a déclaré que le caveau des Patriarches, à Hébron, et le tombeau de Rachel, à Bethléem, faisaient partie du patrimoine de la Palestine -la tombe de la femme de Jacob se confond désormais avec la mosquée Bilal bin Rabah.

Dans cette nouvelle guerre des pierres, l’UNESCO a donc décrété la prévalence d’une religion sur une autre. Elle reproche ainsi à Israël d’encourager des fouilles archéologiques dans Jérusalem-Est. Ces dernières années, les Israéliens ont en effet multiplié les chantiers archéologiques: pour s’opposer à l’islamisation, ils espèrent trouver dans le sous-sol les preuves du passé juif de Jérusalem. Lorsque la résolution dénonce «les agressions israéliennes» sur le «site sacré» de la mosquée Al-Aqsa, l’UNESCO s’appuie lamentablement sur une rumeur qui est propagée par les Palestiniens, et qui prétend que les Israéliens veulent détruire la mosquée. N’est-il pas étrange que l’organisation prête de telles intentions, forcément mauvaises, aux Israéliens? Depuis qu’ils ont annexé la partie orientale de Jérusalem, en 1967, ces derniers n’ont-ils pas préservé les lieux saints musulmans et garanti leur accès? À l’inverse, l’UNESCO n’a jamais protesté, lorsque les Arabes, après l’armistice israélo-jordanien de 1949, saccagèrent l’ancien quartier juif de Jérusalem: des synagogues furent démolies ou employées comme latrines et le cimetière du Mont des Oliviers fut profané. Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux: ce ne sont tout-de-même pas les Juifs qui, en Afghanistan, au Kosovo, en Irak ou en Syrie, détruisent tout ce qui n’appartient pas à leur religion -statues de Bouddha, monastères chrétiens ou encore temples antiques.

La résolution de l’UNESCO est bien sûr un scandale, car elle est l’émanation d’une nouvelle forme de négationnisme, qui prétend nier l’identité juive de Jérusalem. Nous savions déjà qu’un machin comme l’UNESCO n’avait pas d’honneur; le vote de la France en faveur de cette résolution est autrement plus révoltant. Les pays qui ont voté contre -Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Estonie ou encore États-Unis, sont principalement de culture protestante et sans doute encore imprégnés de la lecture de la Bible. À l’inverse, la France, fille aînée de l’Église, n’est plus que l’ombre d’elle-même lorsqu’elle se range à l’opinion des révisionnistes de l’UNESCO. Bientôt, Chateaubriand sera accusé d’avoir été un fabulateur, dans son «Itinéraire de Paris à Jérusalem», en 1806, lorsqu’il évoquait le Temple et rappelait que le destin des Juifs est lié à celui de Jérusalem:

Tandis que la nouvelle Jérusalem sort ainsi du désert, brillante de clarté, jetez les yeux entre la montagne de Sion et le Temple ; voyez cet autre petit peuple qui vit séparé du reste des habitants de la cité. Objet particulier de tous les mépris, il baisse la tête sans se plaindre; il souffre toutes les avanies sans demander justice ; il se laisse accabler de coups sans soupirer; on lui demande sa tête: il la présente au cimeterre. Si quelque membre de cette société proscrite vient à mourir, son compagnon ira, pendant la nuit, l’enterrer furtivement dans la vallée de Josaphat, à l’ombre du temple de Salomon. Pénétrez dans la demeure de ce peuple, vous le trouverez dans une affreuse misère, faisant lire un livre mystérieux à des enfants qui, à leur tour, le feront lire à leurs enfants. Ce qu’il faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le fait encore. Il a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager ; rien ne peut l’empêcher de tourner ses regards vers Sion. Quand on voit les Juifs dispersés sur la terre, selon la parole de Dieu, on est surpris sans doute mais pour être frappé d’un étonnement surnaturel, il faut les retrouver à Jérusalem ; il faut voir ces légitimes maîtres de la Judée esclaves et étrangers dans leur propre pays; il faut les voir attendant, sous toutes les oppressions, un roi qui doit les délivrer. Ecrasés par la Croix qui les condamne, et qui est plantée sur leurs têtes, cachés près du Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, ils demeurent dans leur déplorable aveuglement. Les Perses, les Grecs, les Romains ont disparu de la terre ; et un petit peuple, dont l’origine précéda celle de ces grands peuples, existe encore sans mélange dans les décombres de sa patrie. Si quelque chose, parmi les nations, porte le caractère du miracle, nous pensons que ce caractère est ici.

Les colombins qui nous dirigent n’ont certainement jamais lu Chateaubriand. Ils n’ont jamais entendu parler du Temple: non seulement, ils n’ont jamais ouvert une Bible, mais ils ne connaissent pas, non plus, l’histoire des Pauvres Chevaliers du Christ, que le Roi de Jérusalem, Baudouin II, hébergea dès 1119 dans les écuries de Salomon. Leur ignorance est une véritable aubaine pour l’obscurantisme. De Bernard Cazeneuve, qui tweete que «les musulmans sont partie intégrante de notre roman national» à Pierre Moscovici, qui ne «ne croit pas aux origines chrétiennes de l’Europe», ils n’en finissent pas de mépriser l’histoire -l’INRAP en est même à essayer de convaincre les Français qu’ils ont des ancêtres sarrasins. Dans ces conditions, est-il surprenant que la France ferme les yeux sur une réécriture de l’histoire au profit de l’islam?

 

Written by Noix Vomique

12 mai 2016 at 20 08 45 05455

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