Noix Vomique

Populisme

with 27 comments

Le référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union Européenne marque sans doute, vingt sept ans après la chute du mur de Berlin, un retour en force de l’histoire sur le continent européen. Je n’ai aucune certitude, mais j’aurais certainement choisi, comme les Britanniques, de quitter l’Union européenne -la primauté de l’économie sur la civilisation ne m’a jamais fait rêver. Certes, il est pour l’instant difficile d’identifier les enjeux et les conséquences d’une telle rupture. Mais le Brexit est d’ores et déjà un véritable camouflet pour tous ceux qui croyaient que l’histoire n’allait que dans un seul et même sens. Ceux-là l’ont d’ailleurs mauvaise: sans se remettre une seconde en question, ils perdent leur sang-froid, comme s’ils avaient fini par craindre les calamités qu’ils avaient eux-mêmes prophétisées durant la campagne; ils fulminent depuis trois jours contre ce peuple, forcément ignorant et xénophobe, qui a choisi de larguer les amarres; ils vilipendent le «populisme» et laissent même entendre que les classes populaires n’auraient jamais dû être consultées -elles auraient dû rester à leur place, c’est-à-dire dans les films de Ken Loach. Salauds de pauvres; putain de démocratie.

Written by Noix Vomique

27 juin 2016 à 14 h 44 min

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27 Réponses

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  1. Ça me rappelle un échange entre deux dirigeants syndicaux dans le film de Jean yanne « Moi y’en a vouloir des sous » :

    « Qu’est-ce que tu veux faire, c’est la base qui décide. »
    « Ah la base, la base ! Ça serait facile de faire du syndicalisme s’il n’y avait pas d’ouvriers.« 

    Arnaud D

    27 juin 2016 at 23 h 33 min

  2. Et, d’ailleurs, sait-on comment a voté Ken Loach ?

    didiergoux

    28 juin 2016 at 7 h 23 min

    • @ Didier Goux,

      Oui, on le sait: il a voté non au brexit.

      C’est du moins ce qu’il a annoncé ici:

      http://www.humanite.fr/brexit-ken-loach-votera-no-mais-veut-une-autre-europe-609269

      @ Noix Vomique,

      Franchement, je ne sais pas qui fulmine vraiment en France, tant les Britanniques nous agaçaient dans leur façon d’appartenir à l’UE. Pour une part, il y a sans doute ce que vous dites, mais pour une autre part, notre vieil antagonisme avec l’Anglais nous fait secrètement nous réjouir qu’il se barre enfin. Ce n’est pas une tragédie, quoi.

      Et puis après, il y a la question de la construction européenne, comment on la veut, ou pas du tout, etc. Mais c’est un peu la routine d’une histoire qui, parfois, régresse.

      J’ignore si vous avez eu cette impression, mais au lendemain du brexit, j’ai eu le sentiment, en France au moins, qu’on recommençait à se mettre dans le même état d’esprit qu’en 2005. Rajeunir de plus de 10 ans est à la base une bonne nouvelle, mais cela signifie aussi que si les mêmes sujets reviennent sans cesse sur la tapis, alors il y a quelque chose qui coince.

      On pédale dans la semoule depuis 10 ans et on en est toujours en 2005 dans nos têtes, comme si rien ne s’était passé.

      Ah si! Dix ans de régression mentale nous ont appris à mieux formuler les problèmes. Là, tout de suite, je pourrais vous faire une fiche de synthèse sur les différents thèmes autours desquels s’organise le débat sur la « refondation » de l’UE, que tout notre personnel politique appelle désormais de ses vœux.

      On repart comme en 2005, mais cette fois-ci, on a le plan de la dissert. C’est plus un brouillon. On va pouvoir rendre une copie plus propre et présentable.

      C’est un détail important, l’air de rien, parce qu’on va discuter avec des partenaires qui, en général, sont assez désarçonnés par la confusion de l’esprit français dans ses grands moments de détresse intellectuelle.

      tschok

      28 juin 2016 at 13 h 11 min

      • Tschok, .je suis d’accord avec vous: on n’en finit pas de ressasser ce référendum de 2005. Je ne sais pas si le traumatisme existe aussi aux Pays-Bas et au Danemark, où l’on n’avait pas tenu compte, non plus, de la victoire du «non» lors de référendums.
        Sinon, les gens qui pestent aujourd’hui contre le Brexit sont souvent ceux qui reprochaient au Royaume-Uni de plomber le fonctionnement de l’Union européenne: dans tous les cas, ils ne remettront jamais en question l’Union européenne.

        Noix Vomique

        28 juin 2016 at 22 h 46 min

        • La ratification du traité de Lisbonne a soulevé des oppositions sérieuses dans les trois pays du non (France, Pays Bas, Danemark). On peut donc supposer que le référendum de 2005 a créé une sorte de trauma. Mais il en a également soulevé dans d’autres pays, comme en Irlande par exemple, qui a d’abord rejeté la ratification, puis qui l’a acceptée, à l’occasion de deux référendums.

          En France, on aurait peut-être pu soumettre la ratification à référendum, car le problème avait évolué dans le sens de la simplicité: un non aurait tout simplement signifié la sortie de la France de l’UE. La France aurait ainsi pu faire, ou ne pas faire, son frexit en 2008.

          Mais le personnel politique, échaudé par le référendum de 2005 n’a pas voulu prendre ce risque… surtout qu’on a présenté le traité de Lisbonne comme un succédané du TCE: le truc qu’on a chassé par la grande porte et qui revient par la petite.

          En fait, je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais la question a été mise sous le boisseau. On a banalisé le traité de Lisbonne en le faisant passer pour un ajustement technique, à la suite du non au TCE, histoire de pas faire trop de vagues.

          Mais quand vous regardez le truc juridiquement, vous vous dites « ah! si je signe pas le papelard, là, je suis plus dans le pacte européen, donc je sors ».

          Je ne sais pas si l’opinion publique, à l’époque, avait bien intégré cette dimension du problème, mais il est vrai qu’on a tout fait pour qu’elle ne l’intègre pas. Donc on va remettre le couvert.

          Enfin bon, à force de vouloir une autre Europe, on finira bien par en sortir, alors qu’on veut y rester. C’est pas un truc compliqué dans le fond: on veut être dans le dehors. Ou à l’extérieur du dedans. Comme le chat de Schrödinger: il est à la fois mort et vivant, mais tant qu’on a pas ouvert la boîte, on sait pas.

          On va bien se marrer.

          tschok

          29 juin 2016 at 14 h 01 min

          • « un non aurait tout simplement signifié la sortie de la France de l’UE. »

            C’est votre interprétation.
            D’abord, le non de 2005 n’avait absolument pas la signification de la sortie de la France de l’UE. C’était un retour au traité de Nice.
            Le Non de 2005 provenait au 2/3 de la gauche ; il était donc fort probable qu’un vote exclusivement partisan pousse les électeurs de gauche pour le non en 2008. Si la victoire du non avait conduit à un gouvernement de gauche, on peut être sûr que le PM socialiste aurait alors choisi l’interprétation « plus d’Europe ».
            Enfin, Sarkozy aurait pu effectivement choisir un référendum avec une vraie alternative (rester ou sortir). Mais compte tenu des conséquences, il aurait pu demander un vote au niveau équivalent à celui exigé pour un changement de la constitution (vote au 2/3 pour un changement effectif).

            Donc, logiquement, référendum ou non, le traité de Lisbonne serait passé.
            Malheureusement, Sarkozy a crû faire l’économie pour la France de la cérémonie de désenvoutement au référendum de 2005. Il n’aurait pas dû.

            amike

            29 juin 2016 at 22 h 10 min

          • Ben non, ce n’est pas mon interprétation, c’était ce que disait le traité de Lisbonne.
            .
            Il avait par exemple pour effet de transformer l’Union en personne morale.

            Si la France n’avait pas ratifié le traité, elle n’aurait pas été membre de cette personne morale. Elle n’aurait pas acquis, en quelque sorte, sa qualité d’associé, donc exit.

            C’est un petit détail juridique à la con, mais la supranationalité s’est vraiment faite à ce moment-là.

            tschok

            1 juillet 2016 at 14 h 59 min

    • Didier, Ken Loach a voté pour le maintien dans l’Union européenne parce que, selon lui, c’est l’extrême-droite qui veut le Brexit. Voilà à quoi les gauchistes sont réduits, à force de toujours se positionner par rapport à l’épouvantail fasciste…

      Noix Vomique

      28 juin 2016 at 22 h 31 min

  3. Assister au défilé des longues figures de la médiature pro-UE* venues prophétiser la début de la fin de leur petit monde dans la boîte aux images qui bougent a quelque chose d’assez réjouissant. Cette caste qui méprise tant le peuple a reçu une claque cuisante et toutes ses circonvolutions et contorsions ne pourront en atténuer la douleur.

    * A la TV suisse aussi alors que nous ne sommes pas dans l’UE, un comble !

    PS : L’auteur du blog Incarnation a déposé cette citation de Maurice Dantec :
    « En l’état actuel des choses, je ne donne pas dix ans à la France, allez… quinze, et conséquemment moins de vingt ans à la prétendue « Union européenne ».

    Ou les Français conduisent l’Europe à la Révolution fédérale-constituante qui lui est nécessaire, ou ils s’exileront d’eux-mêmes du processus métapolitique du XXI ème siècle. Cet exil se traduira entre autres choses par la désagrégation de l’Etat-nation dinosaurien, puis pas l’explosion armée des néonihilismes « révolutionnaires » qui se répandront comme une traînée de poudre dans tout l’espace « européen », comme au début du XX ème siècle ou à la fin du XVIII ème. » »

    Source : incarnation.blogspirit.com

    Claude

    28 juin 2016 at 14 h 52 min

    • Claude, c’est vrai que c’est réjouissant!

      Les élites affidées à Bruxelles semblent incapables de se remettre en question. Comprennent-elles seulement qu’elles sont à l’origine de la colère qui sourd un peu partout en Europe? Le référendum du 23 juin révèle en Grande-Bretagne une fracture du même type que celle observée par Christophe Guilluy en France: ce sont les classes populaires, en marge des bénéfices de la mondialisation, qui se sentent méprisées par l’oligarchie et qui se montrent favorables à la sortie de l’Union européenne.

      Noix Vomique

      28 juin 2016 at 22 h 53 min

      • Alors que les peuples rejettent de plus en plus l’UE, à Genève des collègues et des connaissances degôche, réclament un renforcement du centralisme bureaucratique européen ! Leur vision du centralisme (supra)étatique vient directement d’une forte imprégnation gauchiste internationaliste des années 60 et 70. Certains sont fonctionnaires internationaux parfois haut placés. Leur job qui consiste souvent à établir la taille des confetti et la hauteur des réverbères au plan européen et mondial ne peut que renforcer cette illusion. Ils ne voient pas – ou ne veulent pas voir – que ce centralisme bureaucratique travaillé par des lobbyistes de la mondialisation économique constitue aujourd’hui le risque majeur sur la tête des peuples. J’ai cessé de débattre avec eux car ils sont incapables, je veux dire viscéralement incapables, de modifier leur grille de lecture au contact du réel.

        Claude

        17 juillet 2016 at 12 h 37 min

  4. Martin Schultz, président du parlement européen : « Ce n’est pas la philosophie de l’UE que les foules décident de leur sort« .

    Alain Juppé : « On peut craindre un Frexit » donc « je suis hostile à un référendum. »

    Fermez le ban et flinguez-moi toutes ces ordures.

    Arnaud D

    29 juin 2016 at 0 h 01 min

    • le jour venu , on risque de manquer de murs pour les aligner contre….
      heureusement,nous ne manquerons pas de briques pour les finir à la main, même les briques risqueront d’avoir mal….

      kobus van cleef

      30 juin 2016 at 14 h 19 min

      • Puisqu’il semble que nous soyons entrés dans l’ère du pourtoussisme, une proposition simple et peu coûteuse : la hart pour tous. Ça ferait une belle décoration urbaine, tous ces salopards pendant aux réverbères des Champs-Elysées. Une manière de Montfaucon moderne en somme.

        Arnaud D

        30 juin 2016 at 14 h 30 min

        • et ça nourri les oiseaux du bon dieu pour pas cher!

          kobus van cleef

          1 juillet 2016 at 22 h 13 min

          • Arnaud, Kobus… Il me semble en effet que nos dirigeants devraient méditer le destin malheureux de Jo Cox. Un jour, on va leur demander des comptes et ça va mal se terminer.

            Noix Vomique

            14 juillet 2016 at 11 h 54 min

  5. c’est l’extrême-droite qui veut le Brexit.

    Tant que ce ne sont pas les Nazis…

    Fredi M.

    9 juillet 2016 at 17 h 33 min

    • C’est tout-de-même une surprise de découvrir qu’il y autant de pétainistes en Grande-Bretagne!

      Noix Vomique

      14 juillet 2016 at 13 h 08 min

    • l’extrème drouâte voudrait le Brexit?
      mouais , c’est une idée….
      la conséquence la plus flagrante ,c’est que la Vronze va se retrouver une fois de plus face à l’Hallemagne
      alors , ça va tant que l’Hallemagne est faiblarde, voire même endettée , comme en 93
      et qu’on lui passe les artéfacts comptables qui ont émaillé sa réunification
      artéfacts et artifices comptables, eux aussi largement suggérés par golmann sachs

      mais lorsqu’elle est puissante et compte plus de la moitié des citoyens européens…en faisant la somme des peuples de son inther-land….ça commence à sentir le roussi

      d’autant plus qu’on se prépare à faire renter en Europe des pays , autrefois bannis, qui ont aidé le 3ème Reich…

      et pas des moindres , sur le plan de la férocité , de la répression et du sadisme

      ne prenons que le cas de la Croatie

      ou celui de la Bosnie

      ça vous dit quelque chose?

      la Croatie c’était les oustachis ( Üstaças ) d’Ante Paleviç , de grands génocidaires de serbes ( les mêmes serbes qu’on a aplatis sous les bombes de l’OTAN en 93) , la Bosnie c’était la division Anschar, antisémites et déporteurs notoires

      mais on préfère oublier

      pour ce qui est de ceux qui n’ont pas oublié , les serbes, eux , ils resteront à la porte

      mais peut être ne demandent ils pas autre chose?

      kobus van cleef

      21 juillet 2016 at 22 h 32 min

  6. Comme ça, en tout cas, les braves gens ont certainement
    compris que la démocratie c’est quand on vote comme il faut.
    Non mais des fois!
    Amitiés.

    nouratinbis

    11 juillet 2016 at 17 h 05 min

  7. Bon… Je vous remercie tous pour vos commentaires. Mais je crois qu’il est temps d’annoncer l’arrêt de ce blog… Depuis plusieurs mois, l’envie d’écrire de nouveaux billets s’est émoussée: la vacuité de notre vie politique a sans doute fini par être lassante et je commençais à avoir l’impression de tourner en rond. Il y a un moment où il est difficile de lutter contre l’idée que le blogage est vain. Ce blog est toujours resté confidentiel, avec quelques dizaines d’habitués, que je remercie bien sûr du fond du coeur. Il correspond sans doute à une époque; en l’interrompant, j’éviterai de tenir la chronique des désastres qui s’annoncent. Portez-vous bien.

    Noix Vomique

    14 juillet 2016 at 13 h 25 min

    • C’était bien de vous lire. On sentait, chez vous, toujours de la retenue dans les coups portés. Un sens de la mesure qui avait plus avoir avec l’éducation, voire une certaine forme de classe, qu’avec la mollesse du genou. Que vos routes vous épargnent, donc, les désastres qui s’annoncent.

      Anton

      14 juillet 2016 at 19 h 30 min

    • Ce serait dommage, même si je comprends la raison de votre lassitude. Mais peut-être qu’en laissant passer l’été… A bientôt, ici ou ailleurs.

      Claude

      17 juillet 2016 at 10 h 44 min

      • Claude, vous avez raison… On a besoin de souffler, de temps en temps. Pour ensuite reprendre le collier.

        Noix Vomique

        6 octobre 2016 at 9 h 59 min

  8. Même si vous ne souhaitez plus écrire pour le moment, ne supprimez pas le site, laissez le actif. Des liens pointent vers vos textes et ainsi d’autres personnes pourront les lire dans les années à venir.
    Ces dernières années, beaucoup de blogs importants ont fermé et je le regrette. Je ne retrouve plus des textes que j’aurais aimé relire. Il me semble que laisser un blog actif ne coûte presque rien.

    Alex

    5 août 2016 at 13 h 17 min


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