Noix Vomique

Archive for octobre 2016

New Rose

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Cela fait quarante ans aujourd’hui ; et le New Rose des Damned est toujours aussi magnifique.

Written by Noix Vomique

22 octobre 2016 at 17 05 11 101110

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Détail

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Propagande algérienne relayée par une fonctionnaire française.

Chaque 17 octobre, un devoir de mémoire un peu particulier nous impose le souvenir d’une manifestation du FLN, à Paris en 1961, brutalement réprimée par la police. Ce soir-là, en réponse au couvre-feu décrété par le gouvernement, le FLN avait en effet convoqué une manifestation sur les Champs-Élysées. La police chargea violemment les manifestants; le lendemain, la préfecture de police annonça qu’il y avait eu 2 morts et 44 blessés. Plus de 11000 Algériens avaient été arrêtés dans la nuit;  ils furent transportés au Palais des Sports de la Porte de Versailles où des policiers se livrèrent à des brutalités inouïes. Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la version officielle fut tout-de-suite remise en question. Lors de la seconde séance de l’Assemblée nationale du 30 octobre 1961, le socialiste Maurice Pic demanda une enquête parlementaire car, expliqua-t-il, « toute la presse fait état, depuis quelques jours, d’éléments nouveaux et inquiétants, d’éléments d’ailleurs jusqu’à présent incontrôlés. On parle d’excès, d’exaction, de dizaines de morts ». Quelques minutes plus tard, le centriste Eugène-Claudius Petit dénonçait les violences policières: il décrivit celles dont il avait eu connaissance et ironisa sur le chiffre de deux morts. Le temps passa: après l’indépendance de l’Algérie, les événements du 17 octobre 1961 tombèrent dans l’oubli. Il fallut attendre une vingtaine d’années pour qu’ils réapparaissent dans des journaux comme Libération ou L’Humanité et la rumeur qu’il y avait eu plus de deux cents victimes commença à se diffuser. Aujourd’hui, les médias répétent en boucle que la police aurait assassiné plusieurs centaines d’Algériens. Sur Twitter, une série de tweets a été publiée lundi par deux enseignantes, Laurence de Cock et Mathilde Larrère -dernièrement, elles ont un peu tendance à la ramener dans les médias, toujours attentives à jouer les grandes professionnelles de l’histoire, ce qui en deviendrait presque suspect. Elles parlent également de « 150 morts, peut-être 200 ». Personnellement, le nombre de morts, je n’en ai rien à cogner, c’est un détail, mais soudain, j’ai furieusement envie d’être tatillon.

Dans leurs tweets, nos deux historiennes mentionnent Meurtres pour mémoire, le roman médiocre que Didier Daeninckx a publié en 1984, ou encore La bataille de Paris, le livre du militant communiste Jean-Luc Einaudi, ancien rédacteur au journal L’Humanité rouge, qui avança en 1991 le chiffre de 393 victimes. En revanche, et c’est symptomatique de leur positionnement idéologique, elles ignorent superbement l’historien Jean-Paul Brunet -certainement parce que ses travaux vont à l’encontre des ragots qu’elles ont choisi de colporter. En effet, dans Police contre FLN (Paris, Flammarion, 1999) Jean-Paul Brunet a minutieusement étudié la répression policière de la manifestation du 17 octobre et il conclut qu’elle n’a fait que trente, voire cinquante morts. C’est déjà beaucoup, mais on est loin du chiffre de deux cents morts répété ici ou là. Ces conclusions valurent à Jean-Paul Brunet d’être violemment attaqué par une certaine gauche -son livre fut cependant défendu en 2004 par Serge Berstein dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine: «cet ouvrage, sévère pour la police comme pour le préfet Papon, mais qui montre également comment le terrorisme du FLN suscite chez les policiers crainte et haine, a provoqué une polémique, difficilement compréhensible, de la part d’historiens militants pour qui la confrontation des sources n’est certes pas la vertu essentielle du métier d’historien » (no51-1, p. 233).

En historien rigoureux, Jean-Paul Brunet, a travaillé sans a priori et avec méthode: il a consulté les archives de l’institut médico-légal, il s’est également appuyé sur les rapports de police et toutes les procédures judiciaires ouvertes après une mort suspecte ou une tentative d’homicide, sources qu’il a croisées et soumises à un examen critique, puisqu’elles émanent d’instances qui ne sont pas forcément neutres, et il a pu établir avec certitude que les centaines de victimes algériennes recensées par Jean-Luc Einaudi n’avaient rien à voir, dans leur grande majorité, avec la répression policière -leur mort, d’après les registres de l’Institut médico-légal, était antérieure au 17 octobre! Jean-Paul Brunet explique : « Certains cadavres sont ceux de harkis ou d’anciens harkis, de membres ou d’anciens membres du Mouvement National Algérien, de « traîtres » divers refusant d’obéir aux directives du FLN : anciens combattants de l’armée française, maris de métropolitaines refusant de rejoindre le FLN ; Algériens refusant de payer la capitation mensuelle exigée par le Front ; Algériens rétifs à la loi coranique, par exemple s’adonnant à la boisson et refusant de s’amender, ou faisant appel aux tribunaux français pour régler un litige ». En fait, le soi-disant tabou qui entoure la répression du 17 octobre 1961 sert surtout à dissimuler un autre tabou: les assassinats d’Algériens qui ne partageaient pas les vues du FLN. Et c’est là que le travail de Jean-Paul Brunet, en contextualisant la répression du 17 octobre 1961, est intéressant: la manifestation du FLN entrait dans une stratégie du pire, qui visait à importer le conflit algérien sur le territoire métropolitain. Le livre de Jean-Paul Brunet décrit la véritable guerre que se livraient policiers et nationalistes algériens. Il insiste sur « l’engrenage infernal » qui s’était mis en place : les policiers étaient visés par les attentats du FLN  et, après 47 tués et 140 blessés, un véritable racisme anti-algérien s’était développé dans les rangs de la police; les travailleurs algériens, rapidement assimilés à des terroristes, étaient victimes de « sévices au quotidien » dans les commissariats de police.

La posture de l’anticolonialiste, au vingt-et-unième siècle, est facile. Certains en sont à croire que la guerre d’Algérie n’est pas finie -sans doute est-ce pour cela qu’ils ont du mal à dissimuler leur sympathie pour le terrorisme. D’autres se lancent dans une surenchère victimaire. Mais, en exagérant volontairement le chiffre des victimes du 17 octobre 1961, les « historiens militants » se discréditent. Surtout, leur mensonge risque également de jeter le doute sur la brutalité pourtant incontestable de la répression policière. C’est ballot.

Written by Noix Vomique

18 octobre 2016 at 21 09 48 104810

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Hastings

Tapisserie de Bayeux - Scène 57 : La mort d'Harold

La mort d’Harold (tapisserie de Bayeux, scène 57)

Je ne voudrais pas rivaliser avec Dimitri Casali, qui ne cesse de se lamenter que nos grands hommes disparaissent des programmes scolaires, mais tout-de-même: il est regrettable que l’éducation nationale ignore un personnage comme Guillaume le Conquérant. La mémoire historique est certes sélective et François Hollande, d’habitude toujours prêt à commémorer quelque chose, du moment que le sang a coulé, a bien sûr négligé de célébrer les 950 ans de la bataille d’Hastings. En revanche, outre-Manche, le 14 octobre 1066 reste une date fondamentale: Hastings est pour les Anglais comme le baptême de Clovis pour nous, le point de départ d’une nation. On fait ce que l’on veut des programmes scolaires, et rien ne m’empêchera d’évoquer l’histoire de Guillaume et d’Hastings avec les élèves de 5ème et de seconde, peut-être même les Terminales -cela devrait les intéresser comme cela m’avait passionné, enfant, lorsque je passais mes vacances d’été entre le château de Caen et la tapisserie de Bayeux.

Devenu duc de Normandie alors qu’il n’était qu’un gamin, après la mort en 1035 de son père en Terre sainte, Guillaume affirma rapidement sa personnalité. Au milieu du XIème siècle, la Normandie vivait dans la prospérité, car l’agriculture et l’industrie du fer y étaient des activités florissantes, et le duc de Normandie, personnage puissant, commençait à porter ombrage à son suzerain, le roi des Francs. Henri Ier avait d’abord aidé le jeune duc à vaincre la rébellion des barons normands puis à lutter contre les ambitions du duc d’Anjou, mais il renversa les alliances en 1052 et s’allia à Geoffroy d’Anjou. Sans doute avait-il vu d’un mauvais oeil le mariage de Guillaume avec Mathilde, la fille du comte de Flandre. Mais le roi de France n’était pas de taille à affronter le duc de Normandie: son armée fut sévèrement défaite par les Normands à Mortemer en 1054 puis à Varaville en 1057, et, penaud, il ne lui restait qu’à se désintéresser des affaires du duc.

Au même moment, les Anglais n’en finissaient pas de subir les invasions vikings. Le roi Knut du Danemark s’empara de la couronne d’Angleterre en 1016 ; il se maria avec Emma de Normandie, la veuve d’Æthelred le Malavisé, le roi précédent, qui avait régné sur l’Angleterre de 978 à 1016, et ils eurent un fils, Hardeknud, qui devint roi à son tour en 1040. Sacrée Emma: elle fut reine d’Angleterre deux fois de suite, après avoir épousé deux souverains différents! Depuis 1016, Alfred et Edouard, les fils qu’elle avait eus avec Æthelred, étaient réfugiés chez leur oncle, le duc de Normandie, et caressaient l’idée de reprendre la couronne d’Angleterre. Hardeknud mourut prématurément, sans descendant, en 1042. Il venait d’inviter son demi-frère Edouard à revenir de son exil normand; celui-ci, soutenu par les grands du royaume, se fit donc couronner dans la cathédrale de Winchester en 1043. Edouard était d’une grande piété, ce qui lui valut le surnom de Confesseur, et on rapporte qu’il ne consomma jamais son mariage: il n’eut pas de descendance. Aussi, il désigna Guillaume de Normandie comme héritier. Pour officialiser ce choix, en 1064, il dépêcha son beau-frère Harold Godwin auprès de Guillaume: la tapisserie de Bayeux nous montre ainsi Harold, la main sur des reliques, en train de prêter serment de fidélité au duc de Normandie. Mais, le 6 janvier 1066, le lendemain de la mort d’Edouard, Harold se fit couronner roi, à la surprise générale: sur son lit de mort, Edouard l’aurait en effet désigné pour lui succéder. En Normandie, il ne faisait aucun doute qu’il était un usurpateur. Le problème était juridique: selon le droit normand, seule comptait la première désignation; pour les anglais, qui s’appuyaient sur le droit romain, la dernière désignation effaçait les précédentes. Guillaume n’avait pas l’intention de céder: il allait s’en remettre au droit de la guerre, le jus belli, qui efface tous les arguments juridiques. Sur le champ de bataille, c’était donc Dieu qui trancherait.

Guillaume passa tout l’été 1066 à préparer l’invasion de l’Angleterre et un extraordinaire campement militaire se développa le long de l’estuaire de Dives-sur-Mer. La tapisserie de Bayeux nous montre longuement ces préparatifs: alors que plus de six cents navires mouillaient le long de la côte, trois cents bateaux supplémentaires furent construits -des bateaux dans la tradition viking, sans quille, pour pouvoir s’échouer sur la plage, effilés et rapides, qui pouvaient transporter une centaine d’hommes; plus de 10000 soldats et 5000 chevaux furent réunis, on accumula des tonnes de vivres et des barriques de vin, du foin pour les chevaux et, bien sûr, des armes de jet. Mi-septembre, la flotte du duc quittait Dives pour se rapprocher de son objectif: elle remonta la Manche jusqu’à Saint-Valéry-sur-Somme, où elle allait attendre le moment de l’assaut. Le 25 septembre, l’armée d’Harold remporta près de York une victoire contre les Norvégiens; concentrée dans le nord de l’Angleterre, elle laissait le sud sans défense. Pour Guillaume, c’était le moment de lancer l’attaque: son armée traversa la Manche et débarqua dans la baie de Pevensey. Dans la nuit du 13 au 14 octobre, elle prit la direction de Londres et s’engagea sur la route dite du Pommier gris, à une quinzaine de kilomètres d’Hastings. L’armée d’Harold avait eu le temps de rappliquer; elle attendait les Normands au sommet de la colline de Senlac. La bataille débuta dans la matinée: Guillaume envoya ses archers; en vain. Les javelots anglais tuèrent de nombreux Normands; Guillaume feignit alors de reculer. Les Anglais prirent confiance et commirent l’erreur de descendre de la colline: ils se retrouvèrent pris au piège, encerclés par les troupes de Guillaume. On estime que deux mille soldats anglais furent massacrés. Cependant, le sort de la bataille n’était pas joué: une partie de l’armée anglaise était restée sur la colline, avec Harold, qui avait été blessé à l’oeil par une flèche. Pour en finir, car la bataille s’éternisait, et ce n’était pas habituel à cette époque, Guillaume décida qu’il fallait tuer Harold avant la tombée de la nuit: un commando de quatre chevaliers traversa les lignes anglaises et dessouda l’usurpateur. Guillaume avait gagné. Pour éviter que la tombe d’Harold ne devînt un lieu de pèlerinage, il ordonna que le corps fût enterré dans un endroit gardé secret, sur une falaise, non loin d’Hastings. Le souvenir d’Harold restera cependant vif: il est véritablement le personnage central de la tapisserie de Bayeux, où il est représenté ou nommé 48 fois -Guillaume ne l’est que 42 fois.

Une seule bataille avait livré l’île à Guillaume. Et pour que les choses soient bien claires, il se fit couronner roi d’Angleterre deux fois, le 25 décembre 1066, puis le jour de Pâques de l’année 1070. Entre ces deux dates, il créa des comtés, dont il confia l’administration à des normands; il fit également élever dans toute l’Angleterre des châteaux à motte pour affirmer son pouvoir. Plus tard, il réorganisa l’Église en créant de nouveaux évêchés, nomma les évêques et commanda la construction de nombreuses abbayes. En 1085, il procéda à un véritable inventaire du royaume: le Domesday Book, aujourd’hui conservé aux Archives nationales de Londres, est un document exceptionnel qui précise, pour chaque domaine, le nom du seigneur, le nombre de terres et d’habitants. Guillaume était un grand homme d’État. Quand il était en Angleterre, il confiait la gestion du duché de Normandie à sa chère Mathilde: loin d’être une Pénélope occupée à broder une tapisserie en attendant le retour de son mari, elle jouait un rôle politique et signait les actes de la chancellerie et les grandes chartes. La confiance était totale entre les deux époux: ils s’étaient mariés contre l’avis du Pape, parce qu’ils étaient cousins au cinquième degré, et pour obtenir son pardon, ils avaient fait construire deux abbayes à Caen -chacune leur servira ensuite de sépulture. Guillaume aimait sa femme: il n’eut jamais de concubine, ce qui était rare pour l’époque, et lorsqu’elle mourut, en 1083, il fut effondré et ne se remaria pas. Mathilde ne lui avait-elle pas offert un navire pour l’encourager à conquérir le trône d’Angleterre, le Mora, qu’elle avait fait armer à Barfleur durant l’été 1066?

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14 octobre 2016 at 17 05 19 101910

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My Generation

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Au moment où il commence à rédiger ses Mémoires d’outre-tombe, comme si son destin était déjà achevé, Chateaubriand n’a qu’une quarantaine d’années. Se souvenant de son adolescence à Combourg, et de ces « amusements gothiques » qui mettaient le village en effervescence -la Quintaine, qui conservait la tradition des tournois d’antan, ou encore cette foire appelée l’Angevine, qui avait lieu tous les 4 septembre; il évoque les paysans en sabots et en braies, « hommes d’une France qui n’est plus », et il remarque : « j’ai été placé assez singulièrement dans la vie pour avoir assisté aux courses de la Quintaine et à la proclamation des Droits de l’Homme ». Les Mémoires lui permettent de relier les bouleversements extraordinaires de son époque à ceux qui marquent sa propre existence. Aussi, il reproduit les actes de décès de son père puis de sa mère: le premier date de 1786 et témoigne des moeurs de l’ancienne société ; le second, daté de l’an VI de la République, indique qu’une ère nouvelle a commencé. La Révolution est une rupture. Pour Chateaubriand, horrifié que l’on puisse commettre des massacres au nom de la liberté, la Révolution est aussi une véritable tragédie -les pages qu’il lui consacre sont terribles. Il sait cependant qu’elle est irréversible. Dans le chapitre 11 du livre septième, lorsqu’il regarde sur de vieilles cartes les anciennes colonies que la France a perdues, il en profite pour glisser l’une de ces réflexions dont il a le secret :

L’immobilité politique est impossible ; force est d’avancer avec l’intelligence humaine. Respectons la majesté du temps ; contemplons avec vénération les siècles écoulés, rendus sacrés par la mémoire et les vestiges de nos pères ; toutefois n’essayons pas de rétrograder vers eux, car ils n’ont plus rien de notre nature réelle, et, si nous prétendions les saisir, ils s’évanouiraient. Le chapitre de Notre-Dame d’Aix-la-Chapelle fit ouvrir, dit-on, vers l’an 1450, le tombeau de Charlemagne. On trouva l’empereur assis dans une chaise dorée, tenant dans ses mains de squelette le livre des Évangiles écrit en lettres d’or : devant lui étaient posés son sceptre et son bouclier d’or ; il avait au côté sa Joyeuse engainée dans un fourreau d’or. Sur sa tête, qu’une chaîne d’or forçait à rester droite, était un suaire qui couvrait ce qui fut son visage et que surmontait une couronne. On toucha le fantôme ; il tomba en poussière.

Cette vérité, qui donne sacrément envie de se servir un autre verre de scotch, n’est pas toujours facile à admettre : le passé est passé ; nous ne le retrouverons jamais et la vie doit continuer. Aujourd’hui, à l’instar de la génération de Chateaubriand, cette génération qu’il qualifiait lui-même de « perdue », nous vivons une nouvelle cassure, beaucoup moins brutale que celle occasionnée par la Révolution, car elle se confond avec la durée de nos vies. Ça ressemble de plus en plus à la fin de l’empire romain d’Occident. Sommes-nous à blâmer? Nous achèverons nos jours dans une société qui n’aura rien à voir avec celle de notre enfance : la France que nous avons connue n’existera plus ; j’espère seulement que nous lutterons pour que son souvenir subsiste.

Written by Noix Vomique

7 octobre 2016 at 13 01 54 105410

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Le camp du Bien

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Les conventionnels se piquaient d’être les plus bénins des hommes: bons pères, bons fils, bons maris, ils menaient promener les petits enfants ; ils leur servaient de nourrices ; ils pleuraient de tendresse à leurs simples jeux ; ils prenaient doucement dans leurs bras ces petits agneaux, afin de leur montrer le dada des charrettes qui conduisaient les victimes au supplice. Ils chantaient la nature, la paix, la pitié, la bienfaisance, la candeur, les vertus domestiques ; ces béats de philanthropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l’espèce humaine.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Livre neuvième, chapitre 2.

Written by Noix Vomique

6 octobre 2016 at 12 12 01 100110

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