Noix Vomique

Le camp du Bien

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001069662.

Les conventionnels se piquaient d’être les plus bénins des hommes: bons pères, bons fils, bons maris, ils menaient promener les petits enfants ; ils leur servaient de nourrices ; ils pleuraient de tendresse à leurs simples jeux ; ils prenaient doucement dans leurs bras ces petits agneaux, afin de leur montrer le dada des charrettes qui conduisaient les victimes au supplice. Ils chantaient la nature, la paix, la pitié, la bienfaisance, la candeur, les vertus domestiques ; ces béats de philanthropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l’espèce humaine.

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Livre neuvième, chapitre 2.

Written by Noix Vomique

6 octobre 2016 à 12 h 01 min

Publié dans Uncategorized

8 Réponses

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  1. A reblogué ceci sur Décadence de Cordicopolis.

    Lebuchard courroucé

    6 octobre 2016 at 12 h 53 min

  2. Ils ont probablement inauguré une époque, on a vu ensuite pléthore de dictateurs plus ou moins sanguinaires mignarder les petits enfants et jouer avec leur chienchien.

    Paul-Emic

    6 octobre 2016 at 16 h 33 min

  3. Quoi ?!
    Ça existait déjà les bobos au cœur sec ?
    Immuable nature humaine…

    Fredi M.

    6 octobre 2016 at 21 h 46 min

  4. http://www.mediterranee-antique.fr/Auteurs/Fichiers/TUV/Taine/OFC/2P/T2/2P2_11.htm

    « Sans contredit, lorsqu’il s’agit de faire des lois durables, c’est-à-dire d’approprier la machine sociale aux caractères, aux conditions, aux circonstances, un pareil esprit [celui des philosophes des Lumières, appelés Jacobins] est le plus impuissant et le plus malfaisant de tous ; car, par structure, il est myope ; d’ailleurs, intériorisé entre ses yeux et les objets, son code d’axiomes lui ferme l’horizon : au delà de sa coterie et de son club, il ne distingue rien, et, dans cet au-delà confus, il loge les idoles creuses de son utopie.

    Mais, lorsqu’il s’agit de prendre d’assaut le pouvoir ou d’exercer arbitrairement la dictature, sa raideur mécanique le sert, au lieu de lui nuire. Il n’est pas ralenti et embarrassé, comme l’homme d’État, par l’obligation de s’enquérir, de tenir compte des précédents, de compulser les statistiques, de calculer et de suivre d’avance, en vingt directions, les contre-coups prochains et lointains de son œuvre, au contact des intérêts, des habitudes et des passions des diverses classes. Tout cela est maintenant suranné, superflu : le Jacobin sait tout de suite quel est le gouvernement légitime et quelles sont les bonnes lois ; pour bâtir comme pour détruire, son procédé rectiligne est le plus prompt et le plus énergique.

    Car, s’il faut de longues réflexions pour démêler ce qui convient aux vingt-six millions de Français vivants, il ne faut qu’un coup d’œil pour savoir ce que veulent les hommes abstraits de la théorie. En effet la théorie les a tous taillés sur le même patron et n’a laissé en eux qu’une volonté élémentaire ; par définition, l’automate philosophique veut la liberté, l’égalité, la souveraineté du peuple, le maintien des droits de l’homme, l’observation du contrat social. Cela suffit : désormais, on connait la volonté du peuple, et on la connait d’avance ; par suite, on peut agir sans consulter les citoyens ; on n’est pas tenu d’attendre leur vote. En tout cas, leur ratification est certaine ; si par hasard elle manquait, ce serait de leur part ignorance, méprise ou malice, et alors leur réponse mériterait d’être considérée comme nulle ; aussi, par précaution et pour leur éviter la mauvaise, on fera bien de leur dicter la bonne.

    En cela, le Jacobin pourra être de très bonne foi : car les hommes dont il revendique les droits ne sont pas les Français de chair et d’os que l’on rencontre dans la campagne ou dans les rues, mais les hommes en général, tels qu’ils doivent être au sortir des mains de la Nature ou des enseignements de la Raison. Point de scrupule à l’endroit des premiers : ils sont infatués de préjugés, et leur opinion n’est qu’un radotage. A l’endroit des seconds, c’est l’inverse ; pour les effigies vaines de sa théorie, pour les fantômes de sa cervelle raisonnante, le Jacobin est plein de respect, et toujours il s’inclinera devant la réponse qu’il leur prête ; à ses yeux, ils sont plus réels que les hommes vivants, et leur suffrage est le seul dont il tienne compte. Aussi bien, à mettre les choses au pis, il n’a contre lui que les répugnances momentanées d’une génération aveugle. En revanche, il a pour lui l’approbation de l’humanité prise en soi, de la postérité régénérée par ses actes, des hommes redevenus, grâce à lui, ce que jamais ils n’auraient dû cesser d’être.

    C’est pourquoi, bien loin de se considérer comme un usurpateur et un tyran, il s’envisagera comme un libérateur, comme le mandataire naturel du véritable peuple, comme l’exécuteur autorisé de la volonté générale ; il marchera avec sécurité dans le cortège que lui fait ce peuple imaginaire ; les millions de volontés métaphysiques qu’il a fabriquées à l’image de la sienne le soutiendront de leur assentiment unanime, et il projettera dans le dehors, comme un chœur d’acclamations triomphales, l’écho intérieur de sa propre voix. »

    td

    12 octobre 2016 at 18 h 16 min

  5. Ce com est peut-être un peu mal placé, quoi que quel que soit le billet que je lise, j’ai l’impression que vous représentez une France qui est convaincue qu’elle va disparaître (ce qui nous arrive à tous un jour ou l’autre, m’enfin bon).

    Alors voilà ce petit texte qui est issu du film Independence Day. Il s’agit de la harangue du président Withmore à ses troupes, le jour de la bataille finale, à la façon des généraux de l’Antiquité:

    « Good morning. In less than an hour, aircraft from here will join others from around the world. And you will be launching the largest aerial battle in the history of mankind. « Mankind. » That word should have new meaning for all of us today. We can’t be consumed by our petty differences anymore. We will be united in our common interests. Perhaps it’s fate that today is the Fourth of July, and you will once again be fighting for our freedom… Not from tyranny, oppression, or persecution… but from annihilation. We are fighting for our right to live. To exist. And should we win the day, the Fourth of July will no longer be known as an American holiday, but as the day the world declared in one voice: « We will not go quietly into the night! » We will not vanish without a fight! We’re going to live on! We’re going to survive! Today we celebrate our Independence Day! »

    Et là-dessus ils sont allés casser la gueule aux envahisseurs extraterrestres (c’est mieux quand ils y a des envahisseurs, parce qu’une civilisation qui disparait comme ça, toute seule, c’est nul).

    Il me semble que la phrase « We will not go quietly into the night! » We will not vanish without a fight! We’re going to live on! We’re going to survive! » teinterait votre pessimisme naturel d’une légère nuance d’espoir qui vaudrait bien une autre rasade de whisky.

    Il reste à trouver votre 4 juillet.

    tschok

    17 octobre 2016 at 17 h 45 min


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