Noix Vomique

Rendre des comptes

macron-meeting

Les braves gens qui ont élu François Hollande à la présidence de la République doivent tout-de-même l’avoir mauvaise: il ne se présentera pas devant eux pour défendre son bilan. Ils se consoleront d’avoir été cocufiés, n’en doutons pas. Car l’électeur est lui-même volage: un jour, il vote pour Sarkozy, cinq ans plus tard, il reporte son choix sur Hollande, puis il élira encore quelqu’un d’autre. Il peut se permettre en toute impunité d’être inconstant et de voter pour n’importe qui ; en démocratie, ce sont les élus qui doivent rendre des comptes, et non ceux qui les désignent. En 2012, alors que tous les sondages lui prévoyaient une sévère raclée, Nicolas Sarkozy avait eu le courage, au moins, d’affronter son électorat. Mais cette fois, le président sortant ayant renoncé à batailler, personne n’assumera la responsabilité d’avoir conduit la politique de la France pendant ces dernières années, et nous voyons Emmanuel Macron et Manuel Valls se lancer, sans aucune gêne, dans la course présidentielle, comme s’ils n’étaient pas tous les deux largement impliqués dans le fiasco de François Hollande. Ils n’ont pas grand chose à dire ; leur démarche est d’abord narcissique. Pourquoi s’embarrasser ? Ce week end, en meeting à Paris, alors qu’il n’a jamais rien prouvé, Emmanuel Macron a réussi à rassembler, sur son seul nom, une dizaine de milliers de personnes. Il fut longuement applaudi. De son discours, essentiellement économique, on a retenu les quelques instants maladroits, certes comiques, mais véritables, où, à la manière d’un télévangéliste, il s’emballait et s’égosillait. Cette posture d’irascible est une manie étonnante, que l’on retrouve aussi chez Manuel Valls et d’autres hommes politiques, lorsqu’ils veulent se donner des airs de tribun: ils haussent le ton, comme s’ils engueulaient leur public, et terminent, frémissants de rage, en poussant des vociférations furibardes. On remarquera que Manuel Valls a toujours l’air d’être en colère, alors qu’Emmanuel Macron donne plutôt l’impression de forcer sa nature. Les conseillers en communication de nos politiciens croient-ils vraiment qu’il suffit de jouer la colère pour s’attirer le suffrage d’électeurs qui sont, à force d’être trompés, réellement fumasses? Supposons que Manuel Valls ou Emmanuel Macron aient des raisons de piquer une rogne, seuls sur scène, devant leur fan-club. Contre qui leur colère est-elle dirigée? A-t-elle vraiment un objet?  Peut-être s’emportent-ils contre eux-mêmes, parce qu’ils connaissent leurs propres limites ; peut-être s’emportent-ils contre l’électorat, parce qu’ils savent, au fond, qu’il est volage. Dans De la colère, Sénèque explique que la colère est un moment de folie, qu’elle brouille le raisonnement et favorise l’injustice, et il dit: « le grand mal de la colère, c’est qu’elle ne veut pas être éclairée. La vérité elle-même l’indigne dès qu’elle éclate contre son gré ». Et si, finalement, nos hommes politiques tremblaient de colère devant ce monde réel qui leur demande des comptes?

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Written by Noix Vomique

14 décembre 2016 à 18 06 11 121112

Publié dans Uncategorized

11 Réponses

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  1. Quel cinéma, qui peut encore se laisser prendre à cette comédie , c’est prendre les électeurs pour des buses, où alors, dans le fond parce qu’ils savent que ça marche !

    Boutfil

    14 décembre 2016 at 20 08 06 120612

    • C’est en effet du cinéma; une fuite devant le monde réel. Et, visiblement, ce genre de mise en scène narcissique, ça marche: il est tout-de-même étonnant que Macron, qui n’a pas vraiment de structure et qui n’a jamais fait de campagne électorale, soit capable, soudain, de réunir sur son seul nom 15000 personnes…

      Noix Vomique

      15 décembre 2016 at 7 07 54 125412

  2. Mais le titre initial n’était il pas Colère ?

    Didstat

    14 décembre 2016 at 21 09 57 125712

    • Je l’ai changé. J’ai toujours un peu de mal à trouver un titre à mes billets; j’imagine que c’est une accroche importante pour donner envie de lire le texte…

      Noix Vomique

      15 décembre 2016 at 7 07 56 125612

  3. Ils nous jouent la colère, c’est certain. Pour que, nous qui sommes en colère, nous nous identifiions à celui qui a la possibilité de l’extérioriser .. En même temps je suis sûre qu’ils en jouissent, façon cri primal qui libère. Donc ce sont toujours les mêmes qui ont le beurre et l’argent du beurre, et les mêmes qui les regardent se faire du bien au gosier.

    G. Boyer.

    15 décembre 2016 at 7 07 52 125212

    • C’est vrai. Mais je ne suis pas sûr que ce soit un bon calcul de jouer la colère: qui a envie, en effet, d’élire un politicien colérique? Sénèque nous dit avec raison que la colère ne rend pas plus courageux, et que seul l’homme calme est capable, «s’il le faut, de renverser, de fond en comble, des maisons entières et de puissantes familles».

      Noix Vomique

      15 décembre 2016 at 8 08 09 120912

  4. Valls est d’un naturel irascible, ça ne se voit que trop. En revanche Macron a l’air doux comme un agneau de lait ce qui le rend parfaitement ridicule lorsqu’il surjoue la colère.
    Le placide Fillon aura sans doute le dernier mot…ensuite il aura largement de quoi se foutre en rogne!
    Amitiés.

    nouratinbis

    15 décembre 2016 at 19 07 00 120012

    • Je ne dirais pas que Macron a l’air aux comme un agneau… il n’est sans doute pas d’un naturel irascible comme Valls mais il a les dents longues. Et il a des prétentions qui me semblent extraordinaires.

      Noix Vomique

      18 décembre 2016 at 15 03 05 120512

  5. Le voilà condamner à hurler à tous ses meetings. Ses auditeurs seraient déçus s’il ne leur offrait pas le même spectacle. Et même, il sera obligé d’en faire plus à chaque fois pour garder le rythme. Il finira aphone. Il risque de ne même pas avoir sa voix le jour de l’élection.

    Pangloss

    16 décembre 2016 at 19 07 17 121712

    • C’est l’inconvénient de la politique-spectacle: les gens vont aller à ses meetings en espérant qu’il leur serve toujours le même numéro qui les a tant fait rire!

      Noix Vomique

      18 décembre 2016 at 15 03 07 120712

  6. […] Les braves gens qui ont élu François Hollande à la présidence de la République doivent tout-de-même l'avoir mauvaise: il ne se présentera pas devant eux pour défendre son bilan. Ils se consoleront d'avoir été cocufiés, n'en doutons pas. Car l'électeur est lui-même volage: un jour, il vote pour Sarkozy, cinq ans plus tard, il reporte son choix sur Hollande, puis il élira encore quelqu'un d'autre. Il peut se permettre en toute…  […]


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